Chapitre 112
Traductrice : Moonkissed
[WTF j’étais en route pour un café avec ma pote et je suis tombée sur Trois Mois, Cent Jours !]
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[On dirait qu’ils font du busking à Hongdae !]
— Hein ? C’est un tournage ?
— Pas de caméras ! On dirait qu’ils sont juste sortis faire du busking tout seuls !
— La boîte a perdu la tête ? Ça a l’air dangereux.
— Trois Mois, Cent Jours n’est pas si connu.
— J’ai entendu dire que leurs voix sont tellement tunées que c’est limite immorale mdr. Voyons leur live.
— Mdr c’est trop drôle comme les stans de Drop Out et NOP s’énervent à chaque post sur Trois Mois, Cent Jours toute la semaine, haha.
— Pour de vrai mdr. À chaque fois qu’un post Trois Mois, Cent Jours apparaît sur les communautés, ils débarquent au quart de tour.
— Mais sérieusement, des YouTubeurs qui font de l’analyse musicale disent que leurs voix sont trop éditées.
— Ouais j’ai vu des vidéos comparatives aussi. C’est peut-être Han Sion le vraiment doué plutôt que Trois Mois, Cent Jours ?
— Je ne les ai pas vues. Pourquoi Han Sion d’ailleurs ?
— Les voix étaient très retouchées, et Han Sion a fait tout le mix et le mastering lui-même.
— Mdr pitié. Comme si vos idols n’étaient pas retouchés.
— Pas à ce point, mdr. Là c’était quasiment de la création sonore, pas juste de l’édition.
Comme Han Sion l’avait anticipé, des rumeurs remettant en cause les compétences de Trois Mois, Cent Jours commençaient à fuiter.
Le grand public sous-estime souvent l’influence des fandoms d’idols sur le discours général. Il croit que ce ne sont que des fans qui bavardent entre eux, sous la surface. Mais beaucoup d’affaires liées aux idols naissent dans les fandoms, sont reprises par des journalistes, puis se propagent au public. Qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Fondées ou infondées.
C’est pourquoi les fans de Trois Mois, Cent Jours n’arrivaient pas à se défaire du sentiment que la situation était dangereusement précaire. À moins qu’il ne se produise quelque chose d’important, ces rumeurs sans fondement risquaient de traîner un bon moment. Vu l’état du fandom de Trois Mois, Cent Jours, c’était risqué.
Trois Mois, Cent Jours n’était pas un obscur groupe rookie. Ils avaient débuté dans une émission de variétés à plus de 11 % d’audience, et le génie certifié Han Sion n’arrêtait pas d’alimenter le buzz. Mais leur fandom restait petit. Les fans n’avaient pas encore eu le temps ni l’occasion de se souder en noyau dur.
Pour être honnête, l’activité du fandom semblait plus animée quand ils étaient en compétition avec Take Scene dans Coming Up Next. Et dans ce genre de situation, la cohésion d’un fandom fragile s’érode davantage. La fatigue s’installe, sans contenu fun pour la dissiper. Il n’y a pas non plus de moment cathartique pour clouer le bec à ceux qui racontent n’importe quoi. Devenir fan commençait à être difficile.
D’où ce genre de commentaires :
— Franchement, y a rien à kiffer en ce moment.
— Resume a explosé mais y a ni scènes ni passages en music shows.
— Je les ai aimés pour leur niveau mais là ils ne prouvent rien ;
Bien sûr, la plupart de ceux qui postaient ça n’étaient pas de vrais fans de Trois Mois, Cent Jours : plutôt des casuals, des multi-fandoms ou des trolls.
— S’il vous plaît. Leur émission s’est finie il y a à peine trois mois. C’est pas assez impressionnant d’être déjà n°1 ?
— Tu racontes quoi ? Leur self-content fait de super vues.
— Les vrais fans ne parlent pas comme ça.
— Take Scene ne fait rien non plus. Pourquoi se plaindre seulement de notre groupe ?
Les fans réagissaient vertement, mais au fond, ils savaient que ce raisonnement n’était pas simple à balayer. Ils voulaient donc que Trois Mois, Cent Jours fasse quelque chose…
« Du busking ? »
C’était ambigu. Pas une mauvaise idée, mais ça ne semblait pas devoir avoir beaucoup d’effet. Et sans caméras, ça ne ressemblait même pas à du contenu pour leur self-produit : ça ressemblait littéralement à une sortie détendue entre membres. C’était sympa de les voir proches, mais l’absence totale d’urgence était frustrante. Sans société pour les piloter, ils ne lisaient manifestement pas la situation.
« Ils auraient au moins dû collaborer avec un de ces YouTubeurs de karaoké de rue. » Même si ça n’aurait pas été idéal non plus : des YouTubeurs en manque de vues pourraient tenter des trucs risqués, et ça finirait cheap plutôt que sincère. Mais même ça paraissait mieux qu’un busking aléatoire. Voilà ce que pensaient les fandoms.
Mais ce qui allait se passer dépassait de loin leurs attentes.
Resume était actuellement n°1 des charts digitaux quotidien et hebdo. Trois Mois, Cent Jours n’avait pas profité d’un trou dans les classements : Drop Out et NOP occupaient toujours les 2e et 3e places, respectivement.
Donc, quand l’intro de Resume a retenti, la foule a naturellement explosé en acclamations. Pour beaucoup, c’était une chance inouïe de tomber là-dessus par hasard à Hongdae.
Mais tout le monde ne le ressentait pas ainsi. Dans la foule, certains n’aimaient pas Trois Mois, Cent Jours, voire ressentaient de l’hostilité. Pas nécessairement des fans de Drop Out ou de NOP : il y a des gens comme ça, tout simplement.
« J’ai lu en ligne que leurs voix, c’est que du montage. » pensaient certains.
Mais là, comme pour faire taire ces pensées, la voix de Koo Taehwan retentit :
[Woo— Salut]
Les habitués du busking furent surpris dès qu’ils entendirent sa voix. Le son était d’une clarté folle. La plupart des buskers font passer beat et voix par une seule enceinte puissante ; Trois Mois, Cent Jours, eux, avaient installé un mixeur et quatre enceintes. Logiquement, la qualité était meilleure. Mais même en tenant compte de ça, c’était trop propre — un niveau de clarté qu’on entend rarement en busking.
Très vite, c’est devenu clair : ce n’était pas juste le matériel. Koo Taehwan chantait vraiment à ce niveau. Bien au-delà de ce que des gens ordinaires peuvent faire. Idem pour Lee Ion, Choi Jaesung, On Saemiro et Han Sion quand ils prenaient le relais.
— « Oh la vache. »
— « Ils sont incroyablement bons. »
Il n’y avait quasiment aucune différence avec l’enregistrement. Mieux : l’ambiance brute rendait le tout encore meilleur. Même des passants au loin s’arrêtaient net pour écouter.
— « Wow, ces aigus. »
— « C’est qui ? »
— « Y a une star ici ou quoi ? »
Alors même que Trois Mois, Cent Jours était entièrement noyé dans la foule compacte.
À la fin du premier morceau, des acclamations assourdissantes éclatèrent.
— « Bonjour, nous sommes Trois Mois, Cent Jours ! »
— « On prévoit de busker un moment, et aujourd’hui c’est notre première fois. »
— « On a préparé sept chansons ! On enchaîne ! »
Ils parlaient peu, mais enchaînaient avec fluidité. Ils avaient l’expérience de la scène indé. Et ils avaient appris en regardant Han Sion sur scène.
Trois Mois, Cent Jours interpréta trois titres d’affilée : Seoul Town Funk, Crossroads et Trois Mois, Cent Jours. Tous des morceaux déjà sortis dans Coming Up Next, et tous déjà passés n°1 au digital. Et pourtant, ils les jouaient de façon sidérante — mieux même que sur scène avec décors et costumes.
« C’est quoi ce live ?! »
C’était un jour de semaine, il n’y avait pas beaucoup d’autres buskers. Mais un habitué regardait, la bouche ouverte. Il savait que Trois Mois, Cent Jours avait bonne réputation vocalement, et que les solos de Han Sion étaient souvent repris dans l’indé. Mais ce niveau-là, c’était autre chose. Même en invoquant la qualité du son, n’importe quel musicien l’aurait su : c’était un écart de niveau.
La jalousie monta, profonde. Ils avaient atteint un domaine qu’il ne toucherait jamais malgré des années de chant.
Puis son regard croisa celui de Han Sion.
Han Sion attrapa le micro.
— On va faire une petite pause. Tu voudrais chanter une chanson pour nous ?
La voix de Han Sion sortit des enceintes, et tout le monde se tourna pour voir qui il regardait. Le busker se figea sous l’attention soudaine.
— « M-moi ? »
— T’es pas venu busker ?
Difficile de nier avec une guitare en bandoulière et une enceinte à la main. Une partie de lui voulait fuir cette attention écrasante. Ironique : il était venu busker pour l’attention, et maintenant qu’il l’avait, il voulait s’échapper. Il hocha donc la tête.
Tandis que les membres de Trois Mois, Cent Jours chauffaient le public, les applaudissements jaillirent. Han Sion lui posa une question en montant sur leur scène improvisée. Ceux proches purent entendre, et beaucoup filmaient.
— « Salut. Tu chantes d’habitude en t’accompagnant à la guitare ? »
— « D’habitude, oui… Ça va ? »
— « Quelle chanson tu comptais chanter ? »
— « Love on Me de Nod… »
Han Sion acquiesça. Le morceau avait culminé #7 au Billboard Hot 100 et était encore plus populaire en Corée. Certains artistes étrangers collent naturellement au goût coréen ; Nod en faisait partie. Love on Me était particulièrement aimé en Corée. Un bon choix — et une chanson que Han Sion connaissait bien.
— « Ça t’irait si je jouais la guitare pour toi ? »
— « Hein, toi… Han Sion ? »
— « Oui. Je pense pouvoir m’amuser avec la guitare électrique. »
Proposition inattendue mais bienvenue. Quand aurait-il à nouveau l’occasion de jouer avec une célébrité ? Il n’avait jamais vu Han Sion jouer de la guitare, mais il semblait sûr de lui.
Pourtant…
« La guitare électrique ne colle pas trop à cette chanson, non ? » pensa-t-il. Pas que ce soit impossible — électrique et acoustique restent le même instrument. Mais côté expression, ça paraissait un mauvais match. Malgré tout, il acquiesça : le poids de tant de regards était trop lourd.
Pendant que Han Sion réglait la guitare, il sourit :
— « Le beat et la mélodie sont exactement les mêmes. Je n’ai rien changé. »
— « Hein ? »
— « C’est parti. »
Han Sion commença à jouer brusquement.
Le busker fut déconcerté. Ça ne sonnait pas du tout comme Love on Me. Le son était agressif et éblouissant — non, plus qu’éblouissant : on aurait dit un raid aérien. Love on Me, ce n’était pas ça. C’était plutôt une brise douce faisant onduler des pissenlits au bord de la route. La version de Han Sion, elle, ressemblait à des pissenlits qui éclorent sur un champ de bataille sous bombardement.
Et pourtant, comme il l’avait dit, le beat et la mélodie étaient intacts.
Le busker, désorienté un instant, se mit tout de même à chanter — et fut stupéfait : le morceau coulait étonnamment bien. À un moment, il n’entendit plus la guitare de Han Sion — seulement sa propre voix qui emplissait son corps. Et pourtant, le rythme et la mélodie continuaient de s’ancrer dans son cerveau comme injectés. Il se sentit habité.
Soudain, des acclamations assourdissantes le tirèrent de sa transe.
« Je suis où dans la chanson ? »
Il se retourna, surpris, et vit que Han Sion ne tenait plus la guitare. Il applaudissait en souriant. La chanson était déjà terminée. D’autres applaudissements éclatèrent…
Et le busker sentit les larmes lui monter aux yeux. Pas à cause de la réaction du public, mais submergé par une euphorie musicale qu’il n’avait jamais ressentie.
La foule, émue par la scène, cria de plus belle, et les membres de Trois Mois, Cent Jours applaudirent avec lui.
Mais une personne ne comprenait pas du tout.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? Pourquoi il pleure ? » — c’est ce que pensait Han Sion.