Chapitre 111
Traductrice : Moonkissed
À ce stade, le problème n’était encore qu’en train de couver sous la surface.
Après tout, cela ne faisait que deux jours que nous avions pris la tête des charts digitaux.
Mais des signes montraient que ça commençait à bouillonner.
Les fandoms de Drop Out et NOP étaient puissants.
S’ils commençaient à répandre l’histoire sur les communautés, elle atteindrait le grand public en un rien de temps.
Et Choi Dae-ho ne resterait pas les bras croisés.
Il préparerait sûrement quelque chose, voyant là son opportunité.
C’est pour ça que j’ai dit que notre champ de fleurs était dangereux.
Ce n’était pas le moment d’en apprécier le paysage et le parfum.
En fait, c’en était presque drôle.
Tout le monde utilise du tuning. En vérité, j’en utilise à peine comparé aux autres.
Il y a une limite claire à ce qu’on peut corriger d’une voix avec des machines.
Si on pouvait obtenir des vocaux parfaits uniquement par l’édition, il suffirait de caster des gens magnétiques visuellement et d’en faire des chanteurs de studio.
Si c’était possible, j’aurais inondé le marché d’albums quand j’essayais de franchir la barre des 200 millions en tant que producteur.
On fait venir des visages bankables, on leur verse tous mes tubes.
Mais ça ne marche pas comme ça, et c’est pour ça que la valeur des vocalistes top niveau grimpe.
Le marché Billboard est même plus sensible au playback que la K-pop.
Si tu ne peux pas chanter en live, il est difficile d’atteindre la stardom.
Tu ne peux pas demander à lipsync au Super Bowl Halftime Show, si ?
La K-pop, c’est pareil.
Au début, on castait des beaux garçons et jolies filles, mais aujourd’hui la capacité vocale est cruciale.
Et elle deviendra encore plus importante à l’avenir.
À mesure que la concurrence s’intensifie, l’attention se déplace au-delà du visuel vers la substance.
Et sur ce terrain de la substance, nous sommes confiants.
J’ai donné 70 à cette chanson.
En retirant l’étiquette K-pop et en jugeant à froid, 70 est une très haute note.
Personnellement, je mettrais Selfish de Drop Out un peu au-dessus de 50.
Mais le problème, c’est…
— « On n’a aucun moyen de le prouver. »
Choi Jaesung, comprenant l’objet de la réunion du jour, leva la main.
— On a les images de la séance d’enregistrement, non ? Celles de l’épisode 2 de notre self-content. On ne peut pas sortir ça d’abord ?
— C’est la solution la plus courante, mais pas la plus fiable.
Ceux qui nous attaquent ne s’intéressent pas à la vérité.
Ils veulent juste susciter le doute.
En ce sens, la vidéo porte toujours le soupçon d’un montage a posteriori.
Même faire un live et chanter ne suffit pas.
On chanterait dans un environnement maîtrisé, avec notre matériel.
Ils pourraient dire qu’on a pré-enregistré, ou truqué les réglages micro.
Bien sûr, ce serait faux, mais il ne leur faut que du soupçon.
À ce moment-là, Koo Taehwan prit la parole.
— Je pense qu’on ne devrait pas expliquer avec l’intention d’expliquer. Les gens se soucient moins des explications que tu ne le crois.
Koo Taehwan marquait un point.
Il avait raison.
Tenter de résoudre le problème par des explications fonctionne rarement.
Le public déteste se sentir manipulé par le marketing, et c’est généralement inefficace.
C’est pour ça que les agences de pub sont folles de symboles.
Dire cent fois « notre jus d’orange est frais » marche moins bien que montrer une paille plantée dans une orange.
La meilleure méthode, c’est de résoudre naturellement les soupçons via un autre contenu ou une autre situation.
La meilleure option, bien sûr, ce serait une apparition en music show.
On pourrait y faire un live brut.
Personne ne prétendrait que l’émission a truqué les micros.
Mais les music shows ne sont pas les charts digitaux.
Les classements sont gérés par des entreprises et n’échappent pas à l’influence de Lion Entertainment.
Même s’ils sont proches, personne ne serait assez fou pour leur demander de retirer la chanson de Trois Mois, Cent Jours des charts.
Manipuler l’algorithme à ce niveau serait monumental.
Au-delà des aspects techniques, se faire attraper détruirait la boîte.
C’est pour ça que nos classements sont diffusés sans interférence — mais pas les music shows.
Les music shows coopèrent avec les grandes agences.
Elles ne sont pas toutes-puissantes, mais elles pourraient le devenir si on les pousse à l’extrême.
Si Lion Entertainment menaçait de boycotter tous ses artistes des émissions de variétés, ce serait un désastre.
Personne ne veut en arriver là, alors tout le monde s’arrange.
Au passage, c’est pour ça que ceux qui contrarient les grandes agences finissent souvent en dramas ou en documentaires.
Le département drama et le département variétés sont rivaux, même si les variétés s’alignent sur les grandes agences.
Les rubriques culture et news se fichent de leurs guéguerres…
— Attendez.
Quelque chose m’a traversé l’esprit.
J’ai rapidement rassemblé mes idées.
Nous devons prouver notre niveau — mais pas par des explications directes.
Il faut que ce soit intégré naturellement dans un autre contenu, comme un music show.
Mais les départements variétés proches de Lion ne nous laisseront pas apparaître…
Oui. C’est ça.
— J’ai une idée. Ça vaut le coup d’essayer.
— Quoi donc ?
— Eh bien… buskons.
Busking. Des performances de rue.
Il n’y a pas mieux pour prouver le niveau, mais le problème, c’est la portée limitée.
Même si on busque dans tout Séoul, on ne croisera peut-être pas mille personnes.
Peut-être qu’une dizaine d’entre elles seulement sont actives sur les communautés.
Essayer d’orienter l’opinion publique avec ça serait stupide.
Cependant…
Si on ajoute juste un type de contenu, la situation peut changer.
On pourrait couper court au problème naissant avant qu’il n’émerge.
Mais les membres me regardaient juste cligner des yeux.
— Pourquoi vous me regardez comme ça ?
— C’est juste… J’ai jamais entendu parler d’un idol group qui fait du busking. En dehors des émissions de variétés, je veux dire.
— Tu penses que c’est dangereux ?
— Euh, pas sûr. Est-ce qu’on est assez connus pour ça ?
Honnêtement, je n’en étais pas sûr non plus.
J’avais des repères clairs pour Billboard.
Tel niveau = telle notoriété, tel autre = superstardom.
Mais pour la Corée, je n’étais pas certain.
Même essayer de me rappeler l’époque For the Youth me semblait trop loin.
Une chose est sûre : attirer une foule dans la rue est surprenamment difficile.
Même des acteurs de cinéma apparus dans deux ou trois gros projets par an ne rassemblent pas de foule dans la rue.
Ce n’est pas une question d’âge ou de physique.
Ces facteurs comptent, mais plus encore, c’est la familiarité.
Parce qu’on associe les acteurs à des personnages, pas à leur vrai self.
Donc, même si on les reconnaît de loin, on chuchote et on passe.
Pour les idols, c’est pareil.
Quand le décalage entre leur image à l’écran et leur apparence réelle est grand, ils paraissent étrangers.
Quand ce décalage se résout-il ?
Quand ils sont exposés sans fin au public.
Comme un robinet ouvert — toujours allumé.
Certains associeront un idol à une pub, d’autres à un moment de variété, d’autres à une scène, d’autres à des photos candides.
Quand le public peut les rappeler à travers diverses impressions personnelles, c’est là que les foules se forment.
C’est ce qui fait un idol « un objet de culte. »
Bien sûr, cela exclut le fandom.
Les fans ont déjà surmonté cette étrangeté en tombant amoureux.
En ce sens, nous n’en étions pas encore là.
Même au LB Studio, on nous reconnaissait, mais peu de gens venaient demander des autographes ou des photos.
Peut-être deux ou trois sur dix ?
Plutôt des femmes que des hommes, d’ailleurs.
— Je pense que ça ira. Mais par sécurité, engageons un ou deux gardes du corps en civil.
— Tu prends ça au sérieux ? On fait ça combien de jours ?
— Au moins trois jours. Peut-être jusqu’à une semaine.
— Pourquoi ? Qu’est-ce qu’on cherche à obtenir ?
Après que j’ai expliqué mon plan, les membres avaient l’air perplexes.
— Même si le plan est bon… est-ce réalisable ?
— Faut essayer.
— Mais comment on sécurise un emplacement ? Il faut un spot pour busker.
— Je peux le sécuriser. J’ai un allié incroyable.
— Qui ? Le PDG Lee Hyun-seok ? L’avocat ?
Ni l’un ni l’autre.
Mon allié, c’est l’argent.
Create X voulait inclure le busking de Trois Mois, Cent Jours dans notre self-content, mais pas encore.
On pourrait filmer après avoir atteint mon objectif.
Nous avons donc pris la direction de Hongdae.
Notre premier lieu de busking : la rue du busking de Hongdae, remplie de nombreux autres artistes.
Ce ne serait probablement pas le spot dont j’avais besoin, mais c’était pour préparer le terrain.
Annoncer que Trois Mois, Cent Jours se lançait dans le busking.
Mais alors, quelque chose d’inattendu s’est produit.
— Waaaah !
— C’est Trois Mois, Cent Jours !
Alors qu’on installait le matériel qui nous était attribué, une foule commença à se rassembler.
Tellement vite qu’on n’a pas eu le temps de réagir.
— … ?
J’ai fait une tête déconcertée, et Oh Saemiro m’a regardé comme si j’étais un idiot.
— Quoi ?
— Tu ne t’y attendais vraiment pas ?
— Euh…
Je ne m’y attendais pas. Mais ça me blessait l’ego de l’admettre.
Si Koo Taehwan, Choi Jaesung, ou même Lee Ion, légalement plus âgé que moi, me l’avaient demandé, j’aurais acquiescé.
Mais Oh Saemiro ? Le mal-à-l’aise officiel de Trois Mois, Cent Jours ?
— C’est plus enthousiaste que prévu, mais j’en avais anticipé une partie.
Les membres, qui saluaient les fans, ont soupiré en chœur.
Quoi ça ?
Ils avaient clairement percé mon mensonge.
J’ai compris pourquoi en installant les enceintes.
— Hyung, tu radotes toujours quand tu mens.
— Ah oui ?
— Et tu prépares toujours un terrain d’atterrissage. Genre “plus enthousiaste que prévu”.
J’étais indigné.
C’est la faute de la grammaire anglaise.
Je rêve encore en anglais, et quand on explique des raisons en anglais, on parle comme ça.
C’est vrai.
Mais je n’avais pas le temps de m’expliquer davantage.
Les enceintes beat, les enceintes micro et la platine portable étaient installées.
La foule autour de nous était énorme.
Environ 150 personnes.
Même pour Hongdae, je n’aurais jamais imaginé autant de monde un jour de semaine.
Bien sûr, ça ne signifie pas qu’on a atteint la stardom.
Si Drop Out débarquait ici, la rue serait bloquée.
Mais quand même…
Nous sommes meilleurs en musique.
— Bonjour ! Nous sommes Trois Mois, Cent Jours !
Sur cette salutation, nous avons lancé le beat immédiatement.
La foule a explosé en acclamations.
Après tout, c’était la chanson n°1 du moment.
Notre première chanson fut Resume.