Chapitre 11
Traductrice : Moonkissed
Album 2. C.U.N
Le premier tournage de Coming Up Next, tenu dans un centre de congrès à Incheon.
C’était peut-être à cause du lieu, mais on avait plus l’impression d’assister à une conférence business qu’à une émission d’audition.
— ……
Oubliez.
À mieux regarder, les cheveux des participants étaient beaucoup trop colorés.
Et c’était quoi, ces fringues ?
Avec ces pensées en tête, je balayai la salle du regard et repérai neuf candidats assis maladroitement.
Nous étions dix, moi compris, installés dans le hall principal du centre de congrès, à attendre l’arrivée du PDG Choi Dae-ho.
Personne ne s’était présenté, alors on se lançait des coups d’œil de côté.
Pour être honnête, je n’avais aucune idée du concept réel de l’émission.
Il y avait la Team A, TakeScene, entraînée depuis longtemps chez Lion Entertainment.
Et la Team B — nouvellement formée (enfin, pas encore formée), sans même un nom.
Apparemment, les deux équipes allaient s’affronter, et l’équipe gagnante débuterait…
Logiquement, ça veut dire que Team A va débuter et que Team B sert juste de faire-valoir, non ?
Même si Lee Hyun-seok du LB Studio ne me l’avait pas dit, c’était facile de deviner l’intention réelle du programme.
Bien sûr, dans le monde de la télé, avoir une bonne raison n’est pas si important.
Ce qui compte, c’est l’audience. Et avec de bonnes audiences, n’importe quelle justification suit.
Alors, est-ce que je pense que ce programme va marcher plus tard ?
Aucune idée.
Je ne me souviens même pas si une émission appelée Coming Up Next a vraiment été diffusée.
Je n’étais pas impliqué dans la production, mais ça ne veut pas dire que je peux affirmer qu’elle a existé.
Une chose que j’ai apprise à force de régressions, c’est que certains événements restent incertains, même sans mon intervention.
Par exemple :
L’humoriste américain Burnett Adel finit en prison cette année pour délit de fuite en état d’ivresse.
Mais parfois, dans d’autres timelines, il continue sa carrière sans souci.
Peut-être qu’il n’a pas bu. Peut-être qu’il a bu mais ne s’est pas fait choper. Qui sait ?
Bref, ça arrive.
Ma conclusion ?
Les situations fondées sur des émotions personnelles peuvent changer, même sans moi.
Donc si le lancement de Coming Up Next dépendait de l’humeur du PDG Choi Dae-ho ?
Peut-être que ça n’est jamais arrivé dans une vie précédente.
Une chose, en revanche, était sûre : TakeScene allait débuter.
Je ne l’avais pas compris juste au nom, mais je les ai vus sur la chaîne YouTube de Lion Entertainment.
C’était un groupe plutôt populaire, et leur main vocal savait vraiment chanter.
Avec le temps, il laisserait l’étiquette « idol » et serait reconnu comme véritable artiste solo.
Je me demande s’il y a une star parmi eux.
Sur cette pensée, j’examinai plus attentivement les neuf autres candidats.
Certains me semblaient familiers, mais sans certitude.
Peut-être que les voir performer me rafraîchirait la mémoire.
À ce moment, un membre du staff entra et distribua de grands badges prénoms à accrocher sur nos tenues.
Je collai celui où « Han Sion » était imprimé en gros, puis je commençai à regarder les noms des autres…
— Bonjour à tous.
Le PDG Choi Dae-ho entra et se mit à parler de tout et de rien.
Des trucs du genre « Vous êtes la source de l’avenir de la K-pop » et « Lion Entertainment est toujours ouvert aux talents ».
De belles phrases de caméra.
Je décrochai pendant les parties barbantes, jusqu’à ce qu’enfin, quelque chose d’utile sorte.
— Avant la compétition principale, il y aura une pré-mission où vous vous présenterez et montrerez vos compétences.
Une pré-mission ?
— Montrez vos capacités et votre personnalité en un seul couplet. Selon le classement de cette pré-mission, vous choisirez votre ordre pour la scène principale.
Un couplet.
Pas une mauvaise façon de lancer l’émission.
Ça dépend du genre, mais en général, un couplet, c’est environ 60 secondes.
Assez court pour que personne ne s’ennuie, même avec des chanteurs inconnus.
Et le choix de la chanson révèle le goût du candidat.
— La mission commence dans trois heures, et l’ordre sera aléatoire. Des questions ?
Un candidat avec une snapback à l’envers leva la main en premier.
— On peut utiliser des couplets originaux ?
Le PDG Choi jeta un œil à son badge et répondit.
— Participant Kim Hae-woon, tu es rappeur ?
— Oui.
— Les originaux sont un atout pour les rappeurs. Ça peut être l’un ou l’autre — original ou morceau existant. Suivant ? Participant Nam Seong-il ?
— La danse comptera-t-elle dans l’évaluation ?
— On évaluera l’ensemble de la prestation. Si la danse renforce votre performance, c’est un plus. Mais si vous finissez à bout de souffle, c’est un moins.
— Faut-il chanter le premier couplet ?
— Non, n’importe quel couplet — deuxième, troisième, peu importe.
— Dans ce cas, peut-on lancer l’instrumental depuis le refrain si on chante le deuxième couplet ?
— Oui, pas de problème. C’est une pré-mission, pas la compétition principale. On s’adaptera à vos préférences.
De plus en plus de questions fusèrent.
J’en avais aussi, mais les autres posèrent exactement ce que je voulais savoir.
Alors je me tus — jusqu’à ce que le PDG Choi pose soudain les yeux sur moi.
— Participant Han Sion, tu n’as aucune question ?
Il avait lu les badges pour appeler les autres — mais pas le mien.
Ça voulait dire qu’il s’était souvenu de mon nom.
En bien ou en mal, j’avais marqué.
À en juger par la réaction de la cheffe de l’équipe « nouveaux talents » l’autre jour, ce n’était peut-être pas en bien…
Ils ont peut-être hésité jusqu’à la dernière seconde à m’accepter.
Je secouai la tête.
— Non, ça va.
— Vraiment ? Pas même une ?
Qu’est-ce qu’il a ?
Il cherche à me faire dire un truc ?
Honnêtement, je n’étais curieux de rien.
Mais répondre « non » ne rend pas bien à l’écran.
Je ne connais pas bien le monde idol, mais je sais comment attirer la caméra.
— Eh bien… il y a un truc.
— Lequel ?
— Pourquoi “Lion” ?
— …Pardon ?
— Vous vous appelez Dae-ho, non ? Ça ne devrait pas être “Tiger” ?
L’atmosphère se glaça instantanément, mais sérieux — je ne peux pas être le seul à m’être posé la question.
Je l’ai vue revenir à chaque recherche sur Lion Entertainment.
Peut-être parce qu’on était arrivés tôt, on nous distribua des lunch boxes.
Marque inconnue — sans doute du product placement.
Le fait qu’il y ait du PPL si tôt signifie que l’émission sera diffusée, c’est sûr.
Les trainees ayant un peu d’expérience essayaient de mettre en valeur la bouffe tout en échafaudant leurs stratégies.
Un couplet, hein.
Ne chanter qu’un couplet, c’est simple.
Ceux qui sont faibles dans le grave peuvent choisir un deuxième couplet chargé en aigus.
Ceux qui sont faibles dans l’aigu peuvent rester sur un intro doux et bas du premier couplet.
Le problème, c’est que :
Tout le monde va sûrement penser la même chose.
À part les rappeurs ou les bons danseurs, la plupart des prestations auront la même vibe.
Je voulais choisir un truc qui sorte du lot — mais je n’avais aucune idée.
Seuls cinq sur dix passent. La pression est réelle.
À minima, je devais éclipser le gars à côté.
Kim Seong-woo, un trainee recalé au début qui avait postulé à Coming Up Next par frustration, se tourna vers son voisin.
Le badge disait « Han Sion », celui qui mangeait son déjeuner.
Celui qui avait posé sa drôle de question au PDG Choi — un vrai chercheur d’attention.
— Ce lunch est pas mal, hein ?
— Pas mauvais.
— T’étais trainee avant ? Tu me dis quelque chose.
Mensonge.
Il ne l’avait jamais vu.
— Non. Et toi ?
— J’ai été trainee quelques années… Je peux te demander ton âge ?
— Vingt.
— Ah, j’ai dix-neuf. Parle-moi à l’aise si tu veux.
— OK.
— Hyung, t’as choisi ta chanson ?
Han Sion hocha la tête sans hésiter.
— Ah… J’espère qu’on n’a pas choisi la même. Je peux demander ce que t’as pris ?
— Under the Streetlight.
— Oh ? Donc tu fais le refrain ?
— Non, le premier couplet.
— Euh… c’est une bonne chanson.
Mais non.
Mauvais choix.
Under the Streetlight est une rock ballad qui commence molle et explose au refrain.
Au karaoké, tout le monde checke son téléphone jusqu’au refrain.
Elle est populaire à cause du refrain — pas du couplet.
Chanter le premier couplet ?
Même le deuxième serait un meilleur choix.
Le premier est grave, mélodie plate, et répétitif.
En y repensant, le deuxième n’est pas fou non plus. Juste moins pire que le premier.
Ce gars est cuit.
Seuls cinq survivront, donc cinq disparaîtront.
La pré-mission n’est pas éliminatoire, mais s’il a choisi Under the Streetlight parce qu’il manque de confiance en son chant, il est foutu.
Beau, d’accord. Mais pas assez pour débuter juste au visuel.
S’ils veulent un visual, ils prendront Lee Ion, assis tout au bout.
On dirait un acteur.
— Merci. Bon appétit.
Seong-woo boucla naturellement la discussion et se détourna.
Après le déjeuner, on nous attribua des salles de pratique individuelles.
À peu près la taille d’une cabine téléphonique, insonorisées, avec un haut-parleur pour connecter son téléphone.
Aucun moyen que ça existe dans le centre de congrès — l’équipe de tournage avait dû bricoler ça.
Pendant que les dix candidats disparaissaient dans leurs cabines pour répéter ou choisir un morceau, les jurés arrivèrent un par un.
Même si ça passerait sur la chaîne M-Show, Coming Up Next restait une audition interne de Lion Entertainment.
Naturellement, tous les jurés avaient été choisis par Lion.
Le PDG Choi Dae-ho.
Blue, idol 1re génération de Lion devenu artiste solo et entertainer à succès.
Yoo Sun-hwa, meilleure vocal coach de Corée et collaboratrice de longue date de Lion.
Lee Chang-joon, producteur à succès et cadet de fac de Choi.
Tous liés à Choi, certes — mais M-Show était aussi content du casting.
En retirant Choi, les trois autres avaient le niveau pour juger sur des grandes chaînes.
— Ouf, un tournage de trois jours à mon âge ?
— Ce n’est pas toi qui vas veiller — ce sont les candidats.
— C’est bien vrai, PDG ? Quoi qu’il arrive, les jurés dorment, hein !
— …Tu as bien grandi. Tu pleurais dans la salle de pratique en suppliant de débuter.
— Tu te souviens que j’ai débuté en 2000, hein ? Ça fait 17 ans.
Yoo Sun-hwa intervint.
— Ce n’est pas moi qui ai entraîné ton groupe à l’époque ?
— C’est pour ça que mes genoux tremblent encore quand je te vois.
— Et moi ?
— Toi aussi, producteur Chang-joon. Je me souviens encore de l’enregistrement de notre album de début. “Encore, encore !”
L’ambiance était chaleureuse et complice grâce à leur longue histoire.
Même sans script, leur banter passait nickel à l’écran.
— Alors, des profils prometteurs ?
— Difficile à dire. Sur le papier, ils avaient l’air corrects. On verra sur scène.
Le temps passa vite, et les candidats commencèrent à monter sur scène.
Il n’y avait pas de présentateur officiel, mais Blue assurerait un peu l’animation.
C’était le plus jeune, et un senior de Lion — parfait.
— Vous voyez qui je suis ? Ou je suis trop vieux pour la jeune génération ?
— On vous connaît !
— Ouf, soulagé. On va maintenant commencer la pré-mission. C’est important, mais pas trop non plus. Faites de votre mieux en restant relax.
Les candidats acquiescèrent aux mots bienveillants de leur aîné.
Puis, sur le moniteur, un nom fut tiré au hasard parmi les dix.
— Participant Choi Jae-seong. Prêt ?
— Oui… ! Je suis prêt.
— Alors, viens.
Et c’est ainsi que la pré-mission commença.
Han Sion passa quatrième.