Chapitre 102
Traductrice : Moonkissed
Les grands groupes comme Lion ne dominent pas parce que tout le monde a peur d’eux.
Ils dominent parce qu’ils rapportent.
Il existe cette croyance : « renoncer à un gain immédiat aujourd’hui, c’est s’assurer que Lion Entertainment fera gagner beaucoup plus demain ». À force de s’additionner, ces croyances deviennent un cartel ; le temps passe, ça se transforme en pouvoir établi.
Et quand on devient un cartel d’intérêts acquis, on acquiert un pouvoir très particulier :
La normalité.
Si les journalistes n’ont presque pas cité Trois Mois, Cent Jours dans la couverture de la fin de Coming Up Next, ce n’est pas qu’ils ont posé un tableau Excel du pour et du contre. C’est parce que personne ne demande : « pourquoi ne pas faire comme Lion le souhaite ? »
Ça va de soi. Point.
Évidemment, Lion entretient cette impression de normalité : divertissements, achats d’espaces pub, petits services rendus aux rédactions — parfois à perte. Car le bénéfice de la normalité cartelisée dépasse toujours ces coûts.
Voilà pourquoi l’affaire Trois Mois, Cent Jours était dangereuse.
Quand un sujet enfle, les gens se mettent à penser.
Pourquoi Trois Mois, Cent Jours s’est-il mis en indépendant ?
Pourquoi Drop Out apparaît dans leur contenu ?
Pourquoi sont-ils proches ?
Au bout de tous ces « pourquoi », un autre surgit :
Pourquoi on n’écrirait pas dessus ?
C’est là que Choi Dae-ho a senti le danger : à l’instant où la « normalité » cesse d’aller de soi, le cartel s’effrite.
« Qu’est-ce que mijote Double M ? »
Ils ne se rangent pas du côté de Trois Mois, Cent Jours par sens de la justice. Double M agirait de la même façon si les rôles étaient inversés. Autrement dit, ils ont quelque chose à gagner dans le lien Drop Out ↔ Han Sion.
Mais quoi ? Sont-ils en train de signer Trois Mois, Cent Jours ? Peu probable : s’ils voulaient, Double M aurait approché Lion bien plus tôt. Sion leur a donné un bon morceau ? Pas suffisant pour risquer une embrouille frontale avec un géant.
Impossible à lire. Et appeler Double M ? Inutile : ce ne sont pas des acteurs locaux qu’on fait reculer au téléphone, et ce serait concéder un pas. Dans ces moments-là, mieux vaut observer et attendre.
Deux jours plus tard, NOP sortit son single.
— Bon, et ce self-contenu, c’est quand ? Ils traînent…
— Toujours rien sur la chaîne officielle de Trois Mois, Cent Jours.
— Ils ont juste posté une photo pour détourner l’humeur ?
— Vous croyez Drop Out assez bêtes pour cautionner ça ?
— Les gars, le single de NOP est sorti.
— Ah oui, comment est le morceau ?
— Solide. Peut rivaliser avec Selfish.
— Hé, c’est en ligne.
— Perso, je préfère NOP.
— Non mais vraiment, c’est en ligne !
— Quoi donc ?
— Le self-contenu de Trois Mois, Cent Jours ! Première dans une heure !
— Ouh là.
Un contenu autoproduit, diffusé via live YouTube — une vidéo pré-enregistrée lancée en faux direct.
Les récriminations arrivèrent aussitôt :
— Mais je regarde quoi, là ?
— Drop Out, c’est quand ?
— Légendaire : je passe ma vie à mater du self-contenu d’idols soporifique.
— Je reviens quand les chaînes recap auront résumé.
— Je laisse le son pendant que je joue. Prévenez quand Drop Out arrive.
— Comment ?
— Le tchat explosera, duh.
— Déjà 9 000 viewers. Bientôt 10 000 ?
Tout le monde ne râlait pas :
— Bel appart. Ils sont sous quelle agence ?
— Sion qui déclare tranquillement : « jouez sans moi, je prends la chambre solo » mdr.
— C’est pas un peu impoli ?
— Y a sûrement une raison, les membres ont l’air OK.
— Il ronfle ?
— Pardon ? Nos idols ne ronflent pas, merci.
— ??? Ils sortent quoi là ?
— Du hwatu (cartes coréennes) mdr.
— Qui joue au seotda pour attribuer les chambres dans un contenu d’idols ???
— Hwatu. Bataille de fleurs. Parfait pour nos fleurs, non ?
— Tu racontes quoi, otaku.
— Way From Flower : ???
— Pourquoi ils montrent à peine la partie ? Ça a l’air fun.
— C’est plus un concours d’imitation de Tazza qu’un jeu.
— Ambiance week-end d’intégration.
— Ils ont l’air vraiment proches.
— Pourquoi Sion est si sérieux dans ses imitations alors qu’il ne joue même pas mdr.
— Et en plus il est bon.
Coming Up Next a fait des scores massifs, et la plupart des titres de Sion ont pris la tête des charts. Autrement dit, beaucoup de gens gardent de bons souvenirs — surtout ceux que les articles de divertissement n’influencent pas tant. Résultat : pas mal de monde regarde tranquillement ce contenu. Pas si mal pour transformer le bruit en bruit marketing.
Sur les forums d’idols, ça spécule :
— Le dortoir a l’air hors de prix et leur façon de promouvoir… c’est bizarre.
— On dirait qu’une agence est derrière.
— Double M ? C’est pour ça que Drop Out est impliqué ?
— Vraiment ? Trois Mois, Cent Jours va débuter chez Double M ?
— Si c’était vrai, l’équipe PR de Double M aurait éteint l’incendie quand Sion se faisait laminer.
— Ils ont peut-être signé après. Et ils utilisent ce contenu pour l’annoncer.
— Ça se tient… sauf le titre Journal d’indépendance.
À l’écran, Sion appella tout le monde au salon. Il lança le sujet du morceau maison.
[La maquette d’instru et les lignes de chant sont prêtes… mais on n’a pas les paroles. On les écrit ensemble.]
[On écrit comment ?]
[Comme sur Seoul Town Funk : notez tout ce que vous voulez dire.]
[Le thème ?]
[CV.]
[CV ?]
[Nous aussi, on cherche un job dans l’industrie. Comme une candidature.]
[Ne me dis pas, Sion, que tu vas écrire « je suis beau », hein ?]
[Jaesung, de quoi tu parles ?]
[Tu ne vas pas le faire, hein ?]
[Il faut écrire : je suis très beau. N’oublie pas la formule de politesse.]
[…]
Le montage accéléra l’écriture. On saisissait des bribes d’instru, trop courtes pour entendre le tout ; seule l’humeur lumineuse ressortait.
— Là, franchement, on dirait qu’ils n’ont pas d’agence. Avec une boîte, t’aurais au moins un coach ou un prod qui débarque.
— Alors qui a trouvé ce dortoir ?
— J’étais venu pour Drop Out.
— Pareil. Mais bizarrement, je reste.
La plupart pensent que le titre maison ne sera pas dévoilé ici. D’ordinaire, le self-contenu tease des fragments, puis on révèle en music show / MV.
Sauf que, sur l’écran… la chanson était déjà finie.
[Et la choré ?]
[Aucune idée. On improvise ?]
[Hors de question, il faut au moins un hook.]
[Oh, Choi Jaesung. Le sens des responsabilités du main dancer ?]
[Ah oui. Je suis le main dancer. Allez, fixons quelques moves.]
Sous la conduite de Jaesung, ils esquissèrent des pas — et, cette fois, on entendait vraiment la prod.
— Pas mal.
— J’aime bien. Ça sent Mac DeMarco.
— Je suis le seul à être paumé ? On dirait qu’ils s’amusent pour eux et qu’ils veulent montrer un truc carré.
— Même impression.
Les questions se dissipèrent d’un coup.
L’image coupa au noir.
— Resume (Live Version)
Un titre s’afficha, la prod d’intro démarra.
— ????
— Ils balancent comme ça ???
— Attends. C’est une première live ?
La caméra se relevait sur… un lit. Le soleil passait à travers le rideau et éclairait une couette sous laquelle quelqu’un était entièrement enfoui. Une main entra dans le cadre, arracha la couette : Goo Taehwan, recroquevillé.
Allongé, il commença à chanter :
[Woo— salut
As-tu
bien rêvé
toute la nuit
au chaud]
La voix de Taehwan coulait sur la mélodie tiède : confortable comme un rayon de matin, mais présente.
— Le roi des intros, encore mdr.
— C’est le meilleur résultat de Han Sion sur Taehwan.
— Trop moelleux.
Taehwan se leva, enfila… des sandales de douche. La caméra glissa vers la salle de bains : Lee Ion devant le miroir, tout juste sorti de la douche.
— Seigneur, ce visage.
— Si j’étais Lee Ion, j’aurais des miroirs sur tous les murs.
— Pourquoi il remet un t-shirt après la douche ? Torse nu, voyons.
Rasoir en main, Ion enchaîne :
[Woo— salut
je commence
la journée un peu
tôt
matin frais]
— C’est vraiment live mdr.
— La réverb’ de la salle de bains est jolie.
La caméra pivota vers le salon : Choi Jaesung sur le canapé, jambes croisées, un journal à la main.
[Curieux—
de tout
je me demande
ce que je peux—
faire]
Un ding retentit hors champ. La caméra fila : Oh Saemiro devant des douzaines de toasters. Les ding s’enchaînèrent, les tranches jaillirent ; elle dressait les assiettes en chantant :
[les tâches
que je ne dois pas—
éviter]
Ses aigus s’ouvraient sans forcer. Plateau en mains, Saemiro rejoint la table où tous étaient réunis — sauf Han Sion, à un clavier maître posé à côté.
Au moment où Saemiro posa le plateau, Sion attaqua :
[Nous— sommes là
sérieux
on le veut—]
Le refrain revint, cette fois harmonisé par tous sauf Sion ; Ion, lui, tapotait la table en mode batterie.
[Nous— sommes là
sérieux
on le veut—]
La mélodie douce et rêveuse, la grille simple qui tourne, le beat qui caresse : c’était du bedroom pop.