Chapitre 2
Traduction : Henyee Translations Édition : Henyee Translations
Allez, sérieux ! pense Mag. J'ai juste écrit des trucs au hasard ; mes mots étaient peut-être méchants et virulents, et des dizaines de restos ont peut-être dû fermer, mais est-ce que t'es vraiment obligé de me transformer en cuistot ?!
L'idée d'être surveillé par un système pour apprendre à cuisiner déprime Mag. Savoir préparer un plat correct, c'est une chose, mais devenir le Dieu de la cuisine, c'en est une autre !
Dieu de la cuisine ? Tu te fous de moi ou quoi ?! Mag est furieux.
« Papa, tu te sens bien ? » demande Amy, inquiète, en tendant la main pour toucher le visage de Mag. Elle a l'impression que son père est différent aujourd'hui, mais elle n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui a changé.
La chaleur de sa main ramène Mag à la réalité. Il fait de son mieux pour se calmer, esquisse un sourire timide, puis fouille dans ses souvenirs et dans ses poches. Il déniche les deux dernières pièces de cuivre et les dépose dans la petite main d'Amy. « Amy, va nous acheter deux galettes. On ne cuisine pas ce soir. »
« Vrai ? J'adore les galettes ! » Amy sourit, ravie. Serrant les deux pièces, elle rampe vers Mag pour l'embrasser, puis sort du lit, enfile ses chaussures et court vers la porte sur ses petites jambes.
Mag ressent un pincement au cœur en la voyant disparaître. Les galettes sont faites de céréales grossières et coûtent une pièce chacune. Ces dernières années, avec les petits boulots de Mag Alex à la guilde, ils arrivaient à peine à survivre. Les galettes étaient un tel luxe que Mag n'en achetait qu'une seule à Amy pour les jours de fête.
Amy est tellement sage et intelligente que, même si elle adore ça, elle n'en réclame jamais.
Le système est apparu de nulle part et il a déjà disparu ? se demande Mag.
En s'appuyant sur ses bras, Mag lutte pour sortir du lit et traîne ses sandales de paille jusqu'à un vieux miroir en bronze ébréché. Il observe son reflet.
Sa peau est un peu jaunâtre à cause de la malnutrition et du soleil, mais son visage ressemble presque à celui qu'il avait avant. Seuls ses longs cheveux bruns qui frisent derrière sa tête et sa barbe mal taillée lui donnent un air négligé.
Quel gâchis, avec un physique pareil ! pense Mag. Il ferait peur aux gosses avec cette tête. Comment est-il censé s'occuper d'une petite fille aussi mignonne avec ce visage ?
Après cet incident, son prédécesseur avait presque tout abandonné. Sans Amy, il aurait sans doute mis fin à ses jours cette nuit-là, il y a trois ans.
Cette petite a vraiment souffert à cause de toi. Laisse-moi réparer ça ! Mag serre le poing, mais il sent qu'il manque de force.
Difficile de trouver de la vigueur avec des membres autrefois brisés. Mag se sent inutile ; il arrive à peine à fermer le poing.
De plus, la maison est vide, à part les murs nus. Il n'y a qu'un lit avec une petite couverture en tissu pour Amy.
Sans parler du Dieu de la cuisine, avec ses deux dernières pièces envolées, le repas de demain reste un problème. Tout semble dépendre de ce fameux système.
Soudain, la voix neutre du système retentit à nouveau. « Le système a émis la première mission : posséder un restaurant. L'hôte doit seulement fournir le terrain, et le système décorera et aménagera l'ensemble du restaurant selon le style choisi par l'hôte. Délai : trois jours. La réussite sera récompensée, l'échec sera puni. »
Posséder un restaurant ? Mag reste figé un instant, mais en entendant la suite, il sourit. Finalement, ce système n'est peut-être pas si terrible.
Son prédécesseur a peut-être eu une vie misérable, mais il a eu la bonne idée d'acheter cette maison à deux étages dès son arrivée à Chaos City. Certes, la bâtisse est très vieille et située dans un coin reculé de la place Aden, mais elle lui appartient.
De plus, bien qu'isolé, le rez-de-chaussée est un endroit correct pour ouvrir une boutique. Des gens avaient voulu le louer, mais ce chevalier têtu avait refusé. Sinon, comment la galette à une pièce serait-elle devenue un luxe pour eux ?
Mag descend lentement en s'appuyant contre le mur. Le plancher en bois craque sous le poids des années et certaines marches sont cassées ; c'est une vraie ruine.
Finalement, Mag arrive en bas, à bout de souffle. Ce corps est vraiment trop faible. Autrefois, il pouvait déchiqueter des orcs à mains nues, et maintenant, il doit se reposer après quelques pas. Mag comprend mieux pourquoi son prédécesseur avait abandonné. À sa place, il n'aurait peut-être pas eu la force de continuer non plus.
« Système, après avoir terminé la mission, y a-t-il une récompense pour récupérer ma santé ? » demande Mag intérieurement, en serrant le poing machinalement.
« Pas pour le moment », répond le système sans émotion.
Pas pour le moment ? Ça veut dire qu'il y en aura peut-être une plus tard ? Les yeux de Mag s'illuminent. S'il doit continuer à vivre comme ça, il ne sait pas combien de temps il tiendra, mais s'il peut guérir… même sans retrouver la puissance de l'ancien chevalier, redevenir une personne normale lui suffirait.
Dans sa vie précédente, il avait l'argent, les femmes, le pouvoir… tout. Il était né dans une position inaccessible pour la plupart des gens, alors après ses 30 ans, il s'est souvent interrogé sur le sens de la vie, sans jamais trouver de réponse.
À l'époque, critiquer la nourriture et les restaurants était son activité favorite. Il était un peu difficile et accro aux critiques assassines, mais ce n'était qu'une victoire par les mots, et il se sentait encore plus vide après avoir publié ses avis.
Aujourd'hui, tout est différent. Il a une fille adorable et il vit tout en bas de l'échelle. Que ce soit pour guérir ou pour offrir une vie meilleure à sa fille, il doit faire de son mieux, travailler dur et apprendre à cuisiner.
Maintenant que son rêve et son but sont clairs, Mag se sent revivre.
Il imagine la scène : des nobles qui trépignent d'impatience dans une longue file d'attente, des elfes qui s'empiffrent de brochettes sans aucune politesse, des dragons assis autour d'une fondue avec des écumoires à la main, des démons qui dégustent des dangos… L'idée devient soudainement très excitante.
Le rez-de-chaussée est spacieux. En abattant le demi-mur au milieu, il peut obtenir plus de 80 mètres carrés. Il y a des planches qui traînent partout et, au fond, une cuisine sombre et rudimentaire.
Il préférait laisser cet endroit à l'abandon plutôt que de le louer ! Pas étonnant qu'il n'ait pas d'argent… Mag secoue la tête, sans comprendre. L'un sème, l'autre récolte. Au moins, la condition pour la première mission est remplie, alors il annonce intérieurement : « Je fournis ce terrain pour le restaurant. »
« Le système a confirmé que cette maison appartient à l'hôte et que cet emplacement est adapté pour un restaurant. Mission accomplie. Veuillez choisir le style de décoration. »
Alors que le système répond, une série d'images en 3D apparaît dans l'esprit de Mag : style chinois classique, rustique, occidental… Tout ce qui existe dans la réalité est là. Mag est submergé par le choix.
Puisque c'est le ressentiment de ces cuisiniers qui m'a amené ici, les plats que je dois apprendre à cuisiner doivent venir d'eux. J'allais surtout dans des restos chinois, mais aussi dans beaucoup d'occidentaux et divers établissements réputés sur le Web. Mag ne se précipite pas.
Après réflexion, il se dit qu'il ne peut pas choisir un style trop typé. Il ne peut pas servir un steak avec fourchette et couteau dans un resto chinois traditionnel, ça déclencherait ses propres critiques assassines.
Un style simple et chaleureux, capable d'accueillir beaucoup de monde, est la meilleure option. Il a déjà hâte de voir son restaurant rempli de clients.
C'est ça !
Un restaurant au style européen classique attire son attention. Les tons sont marron, avec de belles gravures aux murs et un grand lustre européen suspendu au centre. Les tables sont de simples modèles en bois brut pour quatre personnes, de forme oblongue, accompagnées de chaises assorties sans accoudoirs. Devant le comptoir se trouve une longue table commune pouvant accueillir facilement 16 personnes. Aucun doute, il peut recevoir beaucoup de monde confortablement.
À l'intérieur, une cuisine semi-ouverte se trouve derrière le comptoir. À travers la vitre, on peut tout voir, mais elle est assez haute pour empêcher les clients de lorgner sur le plan de travail.
Le design est à la fois ancien et grandiose, parfait pour n'importe quel type de cuisine. Même manger des brochettes en se vantant ne dénoterait pas ici.
« Parfait ! » Mag hoche la tête, satisfait, prêt à valider son choix, quand un problème lui vient à l'esprit. « Système, est-ce que la rénovation inclut le deuxième étage ? »