Chapitre 90
Oryn était là.
Nous étions arrivés depuis à peine quelques heures et je n’arrivais pas à comprendre pourquoi tout se produisait maintenant. Est-ce qu’ils étaient venus pour moi ? Pour le Flocon Éternel ? Une pensée beaucoup plus inquiétante me traversa aussitôt : le reste du groupe était encore au village.
Les trois Colombes firent immédiatement demi-tour pour rejoindre le centre du territoire, tandis que je restai quelques secondes sans savoir quoi faire. Les suivre aurait été logique, mais pour quoi faire ? Je n’avais jamais vraiment appris à me battre et, après tout ce temps, je maîtrisais à peine ma propre Nulama.
Je cherchai autour de moi, espérant au moins trouver Santa-santa.
Il avait disparu.
— Santa-santa ? Où est-ce que tu es parti…
L’inquiétude prit rapidement le dessus et je repartis vers le village, essayant de rester discrète malgré la neige.
Lorsque j’en approchai enfin, je compris immédiatement que la situation avait déjà dégénéré.
C’était une guerre.
Les Colombes affrontaient plusieurs joueurs que je n’avais jamais vus auparavant. Ils n’étaient peut-être que cinq ou six, mais les armes s’entrechoquaient de tous les côtés et le vacarme donnait l’impression que le village entier s’était transformé en champ de bataille. Une masse heurta un cimeterre, un javelot traversa la neige tandis que des carreaux d’arbalète et des flèches passaient d’un groupe à l’autre.
Certaines armes produisaient des effets irréels qui trahissaient probablement des passifs d’Armement ou de Combat. Chez d’autres, les mouvements de leur corps ou les phénomènes qui les entouraient ressemblaient davantage à des Dons. Tout se mélangeait tellement vite que je n’arrivais même plus à distinguer qui attaquait qui.
Un membre des Colombes fut projeté à mes pieds et je reculai brusquement.
Plus loin, Gabin et Malven combattaient à leurs côtés. Gabin avait son épée habituelle, mais son armure n’était pas encore apparue et son passif ne semblait pas actif. Malven, lui, maniait sa bardiche avec une aisance impressionnante. Son passif d’Armement lui donnait un avantage monstrueux lorsqu’il devait affronter plusieurs adversaires à la fois.
Je longeai le village en essayant d’éviter les combats, mais deux autres joueurs apparurent bientôt devant moi.
Ils ne portaient pas l’équipement des Colombes. Le premier ne laissa deviner que sa silhouette, mon regard ayant été aussitôt attiré par le second, beaucoup plus massif, avait le physique d’un homme d’une quarantaine d’années.
Son regard croisa le mien.
— Un membre de GoldenBrown… Tiens donc.
Je partis immédiatement en courant.
Je ne savais même pas où aller. Je voulais seulement mettre de la distance entre lui et moi.
Sur ma route, je croisai enfin Excella et Holoryne qui se dirigeaient vers une grotte isolée, la Caverne des Punis.
— Givernale, ça va ? demanda Excella en me voyant arriver.
— Pourquoi ils sont là maintenant ? L’un d’eux m’a vue, il doit sûrement me pour—
— Respire, Givernale. Personne ne te suit.
Elle regarda rapidement derrière moi avant de reprendre :
— Occupe-toi d’Holoryne. Je vais rejoindre Gabin.
Je secouai la tête, toujours incapable de comprendre.
— La coïncidence est trop étrange. Pourquoi maintenant ? Pourquoi exactement aujourd’hui ?
— On aura nos réponses plus tard. Reste là.
Je n’eus pas vraiment le choix et restai avec Holoryne dans la grotte pendant qu’Excella repartait vers le village.
— Où est Rodolphe ? demanda Holoryne.
— Je ne l’ai pas vu, désolée.
Elle semblait sincèrement inquiète.
— J’espère qu’il est retourné à la maison. Je n’ai même pas pu préparer le repas pour mes enfants.
— Ils vont très bien, j’en suis sûre.
Elle resta silencieuse quelques secondes avant de se relever.
— Je n’ai pas non plus vérifié les devoirs de ma fille.
— Holoryne, reste assise.
Elle m’ignora et sortit de la grotte.
Je la suivis aussitôt, mais quelqu’un nous attendait dehors.
C’était le même homme que j’avais aperçu près du village. Il tenait maintenant deux lames dans ses mains.
— Holoryne… Décidément.
Elle recula.
— Qui êtes-vous ?
— Ne joue pas à l’amnésique.
— Laissez-moi passer.
Il eut un sourire mauvais.
— J’ai une mission, mais vous zigouiller enfin me paraît être une occasion en or. Oryn ne dira rien. Il sera même probablement ravi que son bras droit ait réglé ça.
Son bras droit.
Alors c’était lui. Celui qui avait obtenu le Souverain du Renouveau, comme Holoryne et moi.
Son regard passa de l’une à l’autre.
— Maintenant que j’y pense, c’est justement vous deux qui avez obtenu ce titre. Quelle ironie. Vous n’allez même pas pouvoir en profiter.
Il bondit sur Holoryne, une lame déjà partie en revers vers elle.
Je n’eus même pas le temps de réagir.
Un énorme espadon surgit entre eux et frappa l’homme avec suffisamment de force pour le projeter dans la neige.
— Pas touche.
Mon cœur manqua un battement.
— Santa-santa ?! Qu’est-ce que tu fais ici ? Je t’avais dit de partir !
Il tenait son espadon des deux mains, fermement campé dans la neige.
— Moi battre ours sans poil.
Même dans ma panique, je réalisai qu’il venait réellement de toucher cet homme de plein fouet.
Celui-ci se releva en essuyant la neige sur son visage.
— Je l’avais pas vu venir, celui-là. Un petit babouin.
— Ne l’insulte pas ! C’est le chevalier du territoire. Exclamai-je.
Santa-santa bomba immédiatement le torse.
— Santa Kigne !
— Tu parles. Tu te ridiculises.
Derrière nous, Holoryne commença doucement à retourner vers la grotte, mais l’homme la remarqua et bondit au-dessus de nous.
— Bouge pas, la sorcière.
Santa-santa réagit avant moi. Son espadon frappa l’homme entre les omoplates et le projeta une seconde fois, puis il se jeta sur lui avant même qu’il puisse reprendre son équilibre.
Les deux lames arrêtèrent l’espadon dans un choc violent.
— Il rigole pas, le morveux. J’avoue que je suis presque impressionné.
Santa-santa poussa de toutes ses forces.
— Travail. Acharnement. Motivation.
L’homme détourna brièvement son attention vers Holoryne et moi.
— Vous êtes trois. Vous pourriez vous battre aussi. Vous avez l’avantage.
Son raisonnement semblait logique, mais justement trop logique pour me rassurer. Personne n’expliquait spontanément à ses adversaires comment ils pouvaient mieux le combattre. Je ne connaissais pas son passif et je préférais ne pas prendre le risque.
— Tu es déjà occupé avec Santa-santa. Commence par lui.
— Si t’insistes.
Les armes s’entrechoquèrent de nouveau.
Santa-santa se servait du poids énorme de son espadon pour entraîner tout son corps dans ses mouvements. À chaque attaque, l’élan de la lame le soulevait presque de la neige avant qu’il ne retombe avec encore plus de force. Il réussit même à faire basculer l’homme au-dessus de lui.
Je restai pourtant incapable de bouger.
J’avais terriblement peur pour Santa-santa, mais chaque fois que j’essayais d’avancer, j’avais l’impression que mon intervention ne ferait qu’aggraver la situation.
Une masse noire traversa soudain mon champ de vision et frappa l’homme en plein visage. Une épaisse poussière sombre lui recouvrit aussitôt les yeux.
— Qui vient encore me faire chier ?!
Une voix répondit derrière nous.
— Le plan Q du groupe, pétasse.
Amandine se tenait quelques mètres plus loin, étonnamment détendue, un Tromblon braqué d’une main et sa Gemme Océanique dans l’autre.
— Amandine… C’est le défilé des casse-couilles aujourd’hui.
— Dégage de là, tu veux ?
— Bien sûr que non.
Elle tira une nouvelle fois dans son visage.
— Ça suffit avec ton truc ! cria-t-il en toussant.
Amandine ne sembla pas particulièrement impressionnée.
— Emmène Holoryne en sécurité. Je m’occupe de lui avec le môme.
Je me rapprochai d’elle.
— Tu sais où sont les autres ? Oscar et Rodolphe ?
— Oscar est parti avec les habitants vers le village d’à côté. Rodolphe est face à Oryn.
L’homme tourna brutalement la tête.
— Merde… Oryn. Changement de plan, je vais le rejoindre. Merci pour l’info.
Avant qu’il puisse partir, un autre joueur arriva en courant.
— Vous êtes là ?!
l'individu lui lança un regard agacé.
— Quoi ? J’ai pas le temps.
Le joueur reprit difficilement son souffle.
— Un Colombe… avant qu’on le tue, il a parlé pour avoir la vie sauve. Il nous a dit qui avait l’artéfact.
Mon cœur s’emballa aussitôt.
Je reculai sans même m’en rendre compte, oubliant presque Holoryne, Amandine et Santa-santa autour de moi.
— C’est Givernale qui possède le Flocon Éternel.
L'individu tourna immédiatement les yeux vers moi.
Je compris avant même qu’il ne bouge.
— COURS ! cria Amandine.
Je partis.
Il fonça sur moi sans prononcer un mot, directement, comme s’il n’existait plus rien entre lui et moi.
Un puissant jet d’eau le percuta de côté. Amandine venait d’activer sa Gemme Océanique pour lui barrer le passage, tandis que Santa-santa se jetait de nouveau sur lui.
Je continuai pourtant à courir, tout droit, sans regarder derrière moi.
Quelques secondes plus tard, quelque chose passa devant moi à une vitesse effrayante.
Santa-santa.
Son corps roula plusieurs fois dans la neige avant de s’arrêter plus loin.
— Santa-santa !
Je me précipitai vers lui et le relevai beaucoup trop brutalement sous l’effet de la panique.
— Ça va ? Dis-moi que ça va !
Il grimaça, mais réussit malgré tout à se remettre debout.
— Suis encore fort. Relève du chevalier.
Son espadon était toujours coincé contre sa main, mais du sang coulait au niveau de son bassin.
Je fixai sa blessure et repensai aussitôt aux paroles de Gabin.
Et si tu lui donnais le Flocon, Givernale ? Un vrai chevalier doit savoir assurer la protection.
Je sortis l’artéfact sans prendre le temps d’y réfléchir davantage.
— Écoute-moi, Santa-santa. Je veux que tu le gardes sur toi. C’est un trésor et tu dois le protéger à tout prix.
Son visage s’illumina malgré la douleur.
— Oui !
Je refermai doucement ses doigts autour du Flocon.
— Mais je veux surtout que tu te mettes à l’abri. Les hommes que tu viens de voir veulent le récupérer. Aujourd’hui, ton rôle est de l’empêcher de tomber entre leurs mains, d’accord ?
Il redressa fièrement le menton.
— Honorer mission de dame Givernale.
Les larmes commencèrent à me monter aux yeux.
Je venais de confier à un enfant une responsabilité que moi-même je n’arrivais plus à supporter.
— Tu dois le garder longtemps, très longtemps. Et surtout, s’il commence un jour à réagir, ne te laisse pas emporter par son pouvoir. Il peut être dangereux et son rituel est horrible, cruel. Je ne sais même pas exactement comment il fonctionne, alors tu ne tentes rien avec. Jamais. Contente-toi de le protéger pendant au moins dix ans.
Santa-santa me regarda avec incompréhension.
— Pourquoi dix ans ? Protéger cadeau toute ma vie. Tant que respire, être bon chevalier.
Je sentis ma gorge se serrer.
— Comme tu veux… C’est seulement que dans dix ans, tout le monde disparaitra, tu ne me verras probablement plus. Peut-être même bien avant. Je ne veux pas que ma disparition te mette en colère, Santa-santa. Tu dois rester digne.
Il serra immédiatement l’artéfact contre lui.
— Non. Toi pas disparaître. Moi protéger toi toute vie. Fou de rage si toi plus là.
— Non… C’est justement ce que j’essaie de te dire—
Une silhouette apparut au loin.
Je la reconnus aussitôt et me relevai.
— Pars loin d’ici, Santa-santa.
Cette fois, il m’écouta.
Il partit dans la direction opposée, le Flocon serré dans sa main, sans essayer de retourner combattre.
L’homme, lui, ne changea pas de trajectoire. Il n’avait probablement pas vu ce que je venais de faire.
— Ça ne sert à rien de fuir. Donne-le-moi.
Sa voix me parvenue au loin, je repris ma course.
Personne n’était plus près de moi. Chacun avait déjà son propre rôle à jouer. J’ignorais ce qu’étaient devenues Amandine et Holoryne. Rodolphe affrontait Oryn, Oscar était parti avec les habitants, tandis que Gabin et Malven repoussaient les autres joueurs.
Je continuai jusqu’à ce qu’une silhouette familière se dessine au milieu de la tempête.
L’Arbre Hivernal.
Mes jambes tremblaient tellement que je finis par trébucher devant lui et tombai dans la neige, incapable de reprendre correctement mon souffle.
L’homme arriva quelques secondes plus tard.
Il ne courait même plus.
Sa tenue était presque déchirée et du sang coulait le long de sa tempe, mais il tenait toujours ses deux lames.
— C’est bon ? T’as fini ?
Je reculai en m’aidant de mes mains.
— Pourquoi vous le voulez ? Son activation est immorale ! Cet artéfact ne sert à rien !
— Notre objectif ne te concerne pas.
— Vous êtes au moins au courant qu’il supprime le passif du détenteur ?
Il s’arrêta devant moi.
— Justement. C’est ce qui intéresse Oryn.
Je le fixai sans comprendre.
— Quoi ?
Il soupira.
— Puisque ça ne changera probablement plus grand-chose de te le dire… Oryn possède un passif de la dernière catégorie.
— La sixième ? La plus rare ?
La colère commença à remplacer une partie de ma peur.
— C’est complètement égoïste ! Tout le monde possède son propre passif. Vous ne pouvez pas sacrifier quelqu’un juste pour permettre à Oryn de supprimer le sien. C’est immoral et injuste.
— J’en ai rien à foutre. Et personne n’a parlé de sacrifice. Tu connais même pas la description de ton propre artéfact ?
— Bien sûr que si, mais avec vous, on peut s’attendre au pire.
Il eut un sourire sans joie.
— Voilà bien la preuve que vous vous trompez sur notre idéologie. Mais pour arriver au bout, il faut parfois faire des choix et mettre toutes les chances de notre côté. Notre but, c’est de buter 404.
Je secouai la tête.
— Vous aurez plus de chances avec un passif qu’en le supprimant.
Son expression se durcit.
— Parce que tu ignores complètement en quoi consiste la dernière catégorie. Tu parles sans rien comprendre.
Je reculai encore dans la neige, jusqu’à ce que ma main trouve la poignée de ma Nulama. Je sortis brutalement le sabre, sans même savoir ce que j’espérais réellement accomplir avec. Je savais à peine m’en servir, mais je refusais de rester complètement sans défense.
L’homme s’approcha encore, puis son regard quitta soudain le mien.
Je tournai légèrement la tête.
Gabin arrivait.
Il était couvert de sang, ses vêtements presque entièrement tachés, mais il tenait encore debout.
— GoldenBrown en personne, souffla l’homme.
Gabin leva son épée.
— Recule.
— Pas tant qu’elle m’aura pas donné ce qu’on veut.
— Tu vas encore pleurer après que je t’aurai botté le cul, comme toujours.
L’homme serra ses deux lames.
— Ferme-la, le bleu. T’as jamais rien fait contre moi.
D’autres silhouettes apparurent derrière Gabin.
Excella, Malven et Rodolphe.
— Givernale ! cria Malven.
Il voulut courir vers moi, mais Rodolphe le retint immédiatement.
— Reste où t’es.
Excella, elle, aperçut mes blessures.
Son visage se remplit aussitôt de colère.
— Grosse merde ! Qu’est-ce que tu lui as fait ?!
L’armure de Gabin apparut autour de son corps et, presque au même instant, lui et Rodolphe se jetèrent sur l’homme à une vitesse que mes yeux avaient du mal à suivre.
Je les regardai se battre pour moi.
Encore une fois.
J’avais toujours eu confiance en ce groupe. Ils m’avaient accueillie lorsque j’étais seule, sans rien, après ces longues semaines passées au Point A. Ils m’avaient offert une place parmi eux sans jamais me demander d’être plus forte que je ne l’étais.
Et maintenant, ils étaient là, blessés, épuisés, prêts à continuer malgré tout simplement parce que j’étais en danger.
Je ne trouverais probablement jamais les mots capables d’exprimer toute ma gratitude.
Pourtant, une profonde honte continuait de m’accompagner. Depuis le début, je n’avais presque jamais combattu. Lorsque les choses devenaient trop dangereuses, je laissais les autres prendre les risques à ma place et je finissais toujours par fuir.
Même aujourd’hui, j’avais couru.
Peut-être que le Bloc avait réellement été conçu pour ça, pour nous forcer à affronter ce que nous étions et expier nos péchés. Si c’était le cas, alors j’avais probablement déjà échoué. J’avais laissé ma peur décider à ma place beaucoup trop souvent.
De toute manière, je savais depuis quelque temps que je n’irais jamais jusqu’au bout de cette aventure avec eux.
Depuis que j’avais découvert ce que signifiait réellement la sortie, je savais que mon voyage finirait probablement avant celui des autres.
Le Souverain du Renouveau me donnerait peut-être une chance de revenir d’une manière ou d’une autre. Je ne savais pas exactement comment il fonctionnait, pas plus que je ne savais si mon Phénix des neiges pourrait encore réagir après ma mort si un corps sans vie se trouvait près du mien.
Je n’avais plus envie d’y penser.
Pour une fois, je voulais seulement regarder les personnes qui m’avaient accompagnée jusque-là.
Malven, qui avait toujours été là malgré sa manière particulière de le montrer. Excella, avec son caractère impossible mais son cœur beaucoup plus tendre qu’elle ne voulait l’admettre. Rodolphe, Holoryne, Oscar, Amandine… et Santa-santa, qui devait déjà être loin avec le Flocon serré entre ses mains.
Je les aimais tous énormément.
Je regrettais simplement de ne pas avoir eu davantage de temps pour le leur dire.
Et puis il y avait Gabin.
Je gardai les yeux sur lui tandis qu’il combattait.
Avec Excella, avec tout ce qui existait déjà entre eux, je n’avais jamais réussi à lui parler de ce que je ressentais réellement. Je m’étais convaincue que ce n’était pas nécessaire, que cela finirait peut-être par passer ou qu’un jour je trouverais un moment plus simple pour lui dire.
Je n’avais seulement jamais trouvé ce moment.
Alors, même s’il ne pouvait pas m’entendre, je me permis enfin de l’admettre.
Je t’aime, Gabin.
Je crois que je t’ai aimé bien plus longtemps que je ne voulais me l’avouer.
Merci de m’avoir trouvée lorsque j’étais seule. Merci de m’avoir donné une place auprès de vous et de m’avoir permis de vivre toutes ces trois années à vos côtés.
Merci d’avoir été mon ami.
Je vis alors le bras droit d’Oryn échapper brusquement à Gabin et Rodolphe.
Son regard trouva le mien.
Je n’eus même pas le temps de comprendre comment il avait réussi à les dépasser. Il bondit dans ma direction beaucoup trop vite pour que je puisse seulement relever correctement ma Nulama.
Sa lame traversa ma gorge.