Chapitre 6
Nous venions de dépasser notre première semaine dans le Bloc. Les entraînements avaient été aussi éprouvants qu’humiliants : Brad m’apprenait à tenir une lame, tandis que Born corrigeait la posture d’Aria. Après les exercices, ils nous avaient montré les bases de la pêche. Ce jour-là, nous avions décidé de retourner seuls à l’étang.
— Allez, Casimir ! Avance ! me lança Aria, déjà à quelques mètres devant moi.
J’essayais, et je lui fis remarquer qu’elle pourrait ralentir un peu : les exercices des derniers jours me faisaient encore boiter de la jambe gauche. Elle finit par réduire l’allure et je la rejoignis sur le sentier qui longeait les champs jusqu’à l’étang. Au-delà de l’eau se trouvait le petit hameau où l’on forgeait les hameçons de la région.
Aria se demandait à quoi ressemblait le monde après Champi-Brume, et surtout comment s’en sortaient les autres. Je lui rapportai ce que Ben m’avait appris : chaque territoire était différent. Nous avions eu de la chance d’arriver dans un endroit qui ressemblait encore au nôtre ; certains seraient bien plus étranges que ce que nous pouvions imaginer. Elle voyait déjà des châteaux victoriens ou un royaume abandonné sous la végétation. Ses yeux s’illuminaient à cette idée, et je dus reconnaître que, vu ce qui nous attendait, nous finirions peut-être par voir de tels endroits.
L’étang apparut entre les arbres. Je portais nos deux cannes rudimentaires, faites de bois, de fibres animales tressées et d’un hameçon forgé à Champi-Brume. Elles suffisaient pour attraper de quoi manger, même si la pêche et moi avions toujours fait deux.
Avant d’arriver ici, j’avais deux meilleurs amis. Leur père, pêcheur réputé, avait transmis sa passion à son fils. Sa fille, elle, était aussi catastrophique que moi. Nous avions passé tant de journées ensemble après les cours que leur maison m’avait parfois semblé plus familière que la mienne. J’en souris, jusqu’à ce que le souvenir de leur absence reprenne le dessus.
Je savais qu’ils avaient existé. Je savais aussi qu’ils étaient morts. Pourtant, leurs visages refusaient de revenir nettement, et même leurs voix commençaient à m’échapper. Cette pensée me serra la poitrine. Le Bloc avait déjà effacé le souvenir de mon crime. Je ne voulais pas découvrir qu’il était capable d’emporter le reste avec lui, jusqu’à ne me laisser de ceux que j’avais aimés que la certitude de les avoir perdus.
— Casimir ! Ma canne !
Aria me regardait d’un air exaspéré. À mon « Hein ? », elle n’eut même pas besoin de répondre : je baissai les yeux et découvris le bois que je tordais entre mes mains. Je lui rendis son matériel en m’excusant. Elle menaça de finir par m’accrocher à son hameçon ; je lui assurai que je préférais éviter.
Aria fixait déjà son appât. Les Chipons, de petites chenilles aussi inoffensives que des vers, se tortillaient entre ses doigts sans ralentir son travail. Cette aisance me dépassait ; elle me confia que cela lui rappelait les journées passées avec son grand frère. J’ignorais encore qu’elle en avait un. Il s’appelait Tobias et tenait davantage de leur mère, tandis qu’elle ressemblait surtout à leur père.
— Il a fini par partir en me laissant seule avec tout ce que j’ai dû subir après son départ, ajouta-t-elle sans quitter sa ligne des yeux.
J’étais toujours incapable de faire tenir mon appât. Je lui dis que j’étais désolé ; fils unique, je ne savais même pas ce que cela faisait d’avoir quelqu’un comme lui dans sa vie. En remarquant mes difficultés, elle s’accroupit devant moi et récupéra l’hameçon pour y fixer le Chipon.
— Cherche pas trop à comprendre. J’étais devenue trop dépendante de lui. En partant, il s’est simplement débarrassé du poids que je représentais.
Rien ne me permettait de savoir si Tobias avait été cruel. Essayer de la détromper aurait été maladroit ; je n’allais pas prétendre connaître son frère mieux qu’elle. Je l’écoutai raconter les trajets à vélo jusqu’au ponton où il lui avait appris à pêcher, pendant qu’elle finissait d’installer le Chipon sur mon hameçon. Elle reproduisait pour moi un geste qu’elle avait appris avec lui, sans que je sache quoi lui répondre au sujet de son départ.
Lorsqu’elle me rendit la canne prête à servir, je lui avouai trouver un peu humiliant de devoir apprendre à mettre un ver sur un hameçon. Elle n’était pas de cet avis, surtout si c’était elle qui m’aidait : elle préférait m’apprendre quelque chose plutôt que toujours compter sur moi. Je lui fis remarquer que j’étais pourtant censé montrer l’exemple en tant que leader.
— Un leader peut pas tout savoir faire, répondit-elle. Et si notre fier capitaine se plie à mes moindres désirs, qu’est-ce que ça fait de moi ?
— Je me souviens pas t’avoir juré allégeance.
— Laisse-toi convaincre du contraire, murmura-t-elle en croisant mon regard.
Nous lançâmes nos lignes presque ensemble. Près d’une heure s’écoula. Peu à peu, le clapotis de l’eau et la présence d’Aria eurent raison de ma vigilance. Nous parlâmes peu. Le silence ne ressemblait plus à celui de notre première journée.
Une secousse parcourut ma canne, puis une autre, plus vive. Le bois ployait entre mes mains : cette fois, j’avais bien quelque chose. Aria me conseilla aussitôt de tirer vers moi comme pour le sortir de l’eau. Je m’exécutai trop brusquement ; la ligne se tendit, vibra quelques secondes et retomba mollement à la surface. Le poisson s’était échappé.
— Je crois qu’il était lour—
La botte d’Aria entre mes omoplates m’envoya dans l’étang avant que j’aie pu finir. Je heurtai la surface dans une gerbe d’eau ; le froid me saisit la gorge. En secouant mes cheveux pour me dégager les yeux, je la découvris pliée en deux sur la rive.
— Va le chercher ! réussit-elle à articuler entre deux éclats de rire.
J’étais un peu agacé, mais son rire était trop franc pour que cela dure. Depuis notre arrivée dans le Bloc, je ne l’avais jamais entendue ainsi, sans retenue ni méfiance. Je lui fis tout de même remarquer que ce n’était pas très gentil avant de nager jusqu’au bord. Mes mains avaient à peine trouvé appui sur la terre humide pour me hisser hors de l’eau qu’Aria s’approcha et posa sa paume sur mon front. Je retombai dans l’étang avec une nouvelle éclaboussure.
— Tu as oublié le poisson. Tu remonteras quand tu l’auras retrouvé.
Son sourire triomphant disparut quand ma main se referma autour de sa cheville.
— Casimir, n’ose pas—
Je tirai avant qu’elle termine. Elle poussa un cri en basculant, son manteau et ses cheveux disparaissant dans l’écume. Lorsqu’elle refit surface, elle me lança un regard scandalisé. À deux, nous irions plus vite, lui expliquai-je. Elle s’inquiéta alors de voir sa montre se casser avec toute cette eau.
— Tu t’es pas inquiétée pour la mienne.
En repoussant ses cheveux trempés derrière ses épaules, elle attrapa son poignet pour examiner l’écran. La montre était étanche ; cela ne craignait rien. Je lui demandai donc ce qu’elle pensait de la baignade, puisque nous n’avions plus à nous inquiéter pour les montres.
Aria gonfla les joues. Son visage se décomposa peu à peu, jusqu’à prendre l’expression blessée de quelqu’un qui essayait de ne pas pleurer. Je cessai aussitôt de sourire.
— Pardon, Aria. Je voulais pas te faire mal. C’était seulement pour me venger de—
Aucune larme ne coulait, et je compris mon erreur lorsqu’Aria se jeta sur moi. Le poids de son corps sur mes épaules m’enfonça sous la surface avant que j’aie le temps de protester.
— Tu t’es fait avoir comme un débutant, Casimir ! Tu es beaucoup trop naïf ! lança-t-elle en appuyant de nouveau sur mes épaules.
Je remontai en toussant et m’agrippai à ses poignets pour qu’elle me laisse reprendre mon souffle. Derrière elle, les buissons remuaient.
— Derrière…
— Tu essaies de me résister ?
— Derrière toi… Aria…
— Quoi ?
Deux groinios déboulèrent entre les arbres, écrasant les buissons sur leur passage. Leurs longs groins fouettaient l’air sous deux cornes épaisses, leurs sabots labouraient la terre humide et leur pelage rugueux ressemblait à de l’écorce mouillée. Le rire d’Aria s’éteignit d’un coup. Elle me saisit le bras et m’entraîna vers la rive opposée.
— Allez, vite !
Nous atteignîmes les hauts-fonds, nos vêtements alourdis par l’eau. Les groinios contournèrent l’étang, chacun d’un côté, et se rejoignirent sur la berge devant nous. De l’eau jusqu’aux cuisses, je retrouvai un appui dans la vase et tirai mon épée de son fourreau trempé.
— Décale-toi sur le côté. Je vais attirer leur attention.
— Il est hors de question que tu me demandes de m’éloigner pendant que tu restes seul devant eux, protesta Aria en se tournant aussitôt vers moi.
— Je te demande seulement de sortir de l’eau sur le côté pour pouvoir utiliser ton arc.
— Je préfère cette formulation, concéda-t-elle après une brève hésitation.
Aria repartit vers la rive que nous venions de quitter tandis que je restais face aux deux groinios. Je levai les bras et frappai ma lame contre l’eau pour attirer leur regard. J’avais l’air ridicule, mais cela fonctionna. Les deux bêtes se tournèrent vers moi, leurs sabots labourant la terre humide.
Une flèche traversa l’étang derrière mon épaule. Elle se planta dans la cuisse du premier groinio. La bête poussa un cri rauque et percuta son compagnon dans un mouvement de panique. Je profitai de l’ouverture pour sortir de l’étang et foncer droit devant moi, l’épée levée.
Le groinio blessé se détourna brusquement et longea la berge vers Aria. La flèche dépassait encore de sa cuisse tandis qu’il avançait en zigzaguant. Elle n’eut pas le temps de préparer un nouveau tir et replongea dans l’étang au moment où la bête atteignait la rive. L’autre groinio se trouvait encore près de moi.
Je plantai mon épée dans son flanc de toutes mes forces. La lame s’enfonça difficilement à travers son pelage épais, mais suffisamment pour le faire s’effondrer dans un cri étouffé. Je tirai sur la poignée. L’arme resta coincée. Le groinio qui avait poursuivi Aria revenait déjà vers moi.
— Attention ! cria-t-elle.
Depuis l’eau, Aria essayait de replacer une flèche sur la corde, gênée par ses manches trempées. Mon épée refusait toujours de sortir. Je lâchai la poignée et me préparai à recevoir la charge à mains nues.
— Arrête ! Tu vas te faire écraser, Casimir ! Saute !
La bête accélérait. La terre tremblait sous ses sabots. Il aurait suffi d’un pas sur le côté, peut-être de deux, pour lui échapper. Pourtant, je tendis les bras vers ses cornes. Aria me regardait. Après tous ces entraînements, j’allais encore devoir fuir devant elle ?
— Laisse-moi faire.
— Casimir…
La peur dans sa voix aurait dû me faire renoncer. Un cri d’homme me parvint depuis les arbres, mais je ne voyais plus que la bête. Juste avant l’impact, une lance s’enfonça dans les côtes du groinio et dévia sa course. La bête s’écroula à quelques pas de moi.
Plus loin, un homme tenait encore plusieurs lances dans une main. Je soufflai le nom de Brandon en le reconnaissant : le maître artisan du hameau voisin s’avançait déjà vers les carcasses. Il fabriquait les outils utilisés dans les villages, comme Briana s’occupait des armes. Plus petit que les autres habitants, il avait les cheveux blonds et un visage sans barbe, alors qu’une épaisse fourrure couvrait ses bras et remontait sur son torse. Il paraissait un peu plus âgé que Briana.
En dégageant sa lance du flanc du groinio, il me fit remarquer qu’un peu plus, je finissais transformé en vesse-de-loup.
Les deux bêtes ne bougeaient plus. Aria sortit de l’eau pendant que Brandon examinait leurs blessures. Elle avançait lentement, les vêtements lourds, les cheveux collés au visage.
— J’ai eu si peur… murmura-t-elle. Je ne veux pas te voir risquer ta vie juste pour avoir l’air fort.
— Si je ne suis même pas capable de gérer un groinio, je n’imagine pas ce que ça donnera face à Albert.
Elle s’arrêta devant moi et son regard passa sur mes bras, mon torse, mon visage, comme si elle vérifiait que rien ne manquait. Pendant une seconde, je crus qu’elle allait se rapprocher. Puis sa main partit. La gifle claqua dans l’air froid, et ma joue se mit à brûler.
— Jamais, souffla-t-elle. Jamais tu ne me refais ça.
— Je t’ai dit de sauter, Casimir. Je t’ai dit de t’écarter, et tu es resté là comme si ta vie ne comptait pas, poursuivit-elle d’une voix qui tremblait davantage de peur que de colère. Elle ne cherchait plus à cacher ni l’une ni l’autre.
— Je voulais seulement—
— Je m’en fiche !
Elle leva les mains, puis les laissa retomber près de ses jambes. Je reculai d’un demi-pas. Elle ne chercha pas à me toucher de nouveau ; son regard passa de ma joue à mes yeux avant qu’elle reprenne.
— Arrête de vouloir faire le héros. Pas devant moi. Pas quand je suis là à regarder et que je ne peux rien faire.
Je restai sans voix. Aria me demanda si je croyais la rassurer en me jetant devant une bête pareille, lui donner envie de compter sur moi. Elle n’y voyait que la possibilité de me perdre un jour, parce que j’aurais voulu aller trop loin.
— J’ai l’impression qu’un jour, tu vas disparaître toi aussi. Comme les autres.
« Comme les autres. » Je repensai à ce qu’elle m’avait dit de son frère, à l’étang. Sa peur me serra la gorge, sans m’aider à oublier la brûlure sur ma joue. J’aurais voulu lui expliquer que je ne cherchais pas à mourir devant elle ; je ne trouvais pas comment lui répondre sans faire comme si elle n’avait fait que me gronder.
— Elle a raison, intervint Brandon près des carcasses. Attraper un groinio par les cornes est extrêmement dangereux. L’intention était courageuse, mais l’idée était mauvaise.
Je regardai la bête étendue à quelques pas. Sur mon imprudence, Brandon et Aria avaient raison. Sur le moment, j’avais surtout refusé de reculer. Maintenant que tout était fini, les autres possibilités revenaient d’un coup : mes mains qui glissaient, un appui qui cédait, la lance de Brandon arrivée une seconde trop tard.
J’avais voulu être utile. J’avais surtout failli leur donner un cadavre de plus à ramener au village.
— Aria, je…
— Toi, tu ne bouges plus, me coupa-t-elle en refermant la main sur mon poignet pour me retenir face à elle.
Je baissai les yeux vers ses doigts et lui expliquai que je voulais m’excuser. Elle me répondit que je m’excuserais en marchant. Elle n’avait pas crié ; c’était presque pire. Sa respiration restait trop rapide et, même les bêtes abattues, elle refusait de me lâcher. J’aurais pu insister. Je n’en avais plus la force, et sa main tremblait encore contre mon poignet. J’acceptai donc de rentrer.
Aria me domina du regard quelques secondes, comme pour vérifier que je n’allais pas discuter, puis désigna le chemin du village : jusque-là, je resterais avec elle. Je comptais bien rentrer en sa compagnie, mais ce n’était pas ce qu’elle voulait dire. Ses doigts se resserrèrent lorsqu’elle précisa qu’elle me tiendrait par le poignet. Je lui demandai si elle était sérieuse.
— Très sérieusement. Considère ça comme ta punition.
Je retins un soupir. Je n’avais ni l’envie ni le souffle pour me disputer au bord de l’eau. Je voulais rentrer, sécher ces vêtements qui me collaient à la peau et lui parler quand nous aurions cessé de trembler. Je gardai mes reproches pour le retour, en espérant qu’elle finirait au moins par desserrer les doigts.
À quelques mètres, Brandon nous observait sans trop savoir s’il devait intervenir ou faire semblant de regarder les carcasses. Je lui épargnai le choix en lui disant qu’il pouvait garder les deux bêtes : nous n’étions pas venus pour elles.
— J’avais remarqué les cannes à pêche. Mais vous repartez sans le moindre poisson ?
Je lui expliquai que nous étions surtout venus nous reposer ; repartir les mains vides n’était pas bien grave. Brandon acquiesça et récupéra ses lances avant de se pencher sur les carcasses. Dans ce cas, il allait les rapporter au village. Au moins, leur viande ne serait pas perdue.
Avant de repartir avec les bêtes, Brandon dégagea mon épée et me la rendit. Je l’essuyai tant bien que mal avant de la rengainer. Nous nous retrouvâmes seuls dans la clairière ; j’attendis quelques secondes pour essayer de dégager doucement mon poignet. Aria ne bougea pas d’un centimètre. Quand je lui rappelai que je devais récupérer nos affaires, elle m’opposa l’existence de mon autre main.
Je cherchai sur son visage le moindre signe qu’elle plaisantait. Elle soutint mon regard avec un sérieux parfaitement assumé et confirma qu’elle comptait faire tout le trajet ainsi. Je lui fis remarquer que j’avais passé l’âge.
— Aujourd’hui, ça ne se voit pas beaucoup. Alors tu vas te faire tout petit.
Je laissai échapper un souffle par le nez et ramassai mes affaires comme je pus, de la main gauche. Aria me lâcha seulement pour récupérer les siennes ; à peine nos sacs remis sur nos épaules, sa main retrouva mon poignet. Aucun de nous n’ajouta rien, et nous reprîmes ainsi le chemin du village.
En rentrant chez Briana, Aria me lâcha et je retirai de nouveau l’épée. L’essuyer au bord de l’étang n’avait pas servi à grand-chose : le fourreau avait pris l’eau. Je le retournai et quelques gouttes tombèrent sur le sol. Aria s’était arrêtée près de moi. Elle regardait la lame avec la même attention qu’elle avait mise à vérifier mes bras et mon visage, là-bas.
Elle prit le fourreau que je lui tendais et m’aida à en sécher l’extérieur. J’aurais préféré qu’elle commence par dire quelque chose sur la gifle.
Ma joue ne brûlait presque plus, pourtant je retrouvais la sensation dès qu’elle levait la main. Je gardai les yeux sur mon épée. Moi aussi, j’avais des choses à lui dire. Je savais maintenant à quel point mon idée avait été mauvaise ; ça ne rendait pas le reste plus facile à avaler.
Lorsqu’elle voulut m’indiquer comment tenir la lame, je lui demandai de me laisser terminer. Elle se raidit et je m’attendis à devoir recommencer, à l’entendre m’expliquer que je n’avais pas beaucoup de raisons de discuter après ce qui venait de se passer. Aria baissa pourtant la main. Elle vérifia le fourreau avec moi, puis le posa pour qu’il finisse de sécher. Je pus reprendre ma tâche sans avoir à défendre chacun de mes gestes.
Nous restâmes un moment ainsi, occupés à remettre nos affaires en état. Je repensais encore à Brandon et à sa lance, à tout ce qui aurait pu arriver avant qu’il intervienne. Aria gardait le visage fermé. Quand je levai les yeux, elle suivait ce que je faisais et attendait que j’aie fini. Cela me permit de rester près d’elle sans avoir envie de m’éloigner aussitôt le travail terminé.