Chapitre 114
Oscar déposait les planches à côté de moi pendant que je fixais les dernières étagères au mur. Dès qu’un rayon tenait suffisamment pour recevoir des livres, je commençais à le remplir. Il me fallut déplacer plusieurs piles pour conserver un ordre qui ne soit pas évident uniquement pour moi. Oscar avait déjà cherché un ouvrage sur Argemira parmi les récits de voyage, alors que je l’avais rangé avec les études sur les peuples souterrains.
— Si tu dois être là pour expliquer où tout se trouve, autant te demander directement, avait-il fini par me dire.
J’avais voulu lui répondre, puis ajouté une indication au bord de l’étagère. Nous y passâmes le reste de la matinée et une bonne partie de l’après-midi. Lorsque je vidai enfin le dernier sac, mes doigts étaient tachés d’encre et une douleur me remontait dans le dos chaque fois que je me redressais.
Oscar ramassa les chutes de bois pendant que je vérifiais une dernière fois les catégories. Malgré la fatigue, je ne pouvais m’empêcher de m’arrêter devant les rayonnages neufs. Quelques heures plus tôt, ces livres encombraient encore mes affaires. Désormais, quelqu’un d’autre pourrait les ouvrir sans avoir besoin de me rencontrer.
La section consacrée aux anciens joueurs restait pourtant bien pauvre. Marjolaine et Simone occupaient l’essentiel de la place. Leurs réalisations avaient laissé assez de traces pour que je puisse rassembler des témoignages et comparer les récits.
Pour les autres, je disposais surtout de noms, parfois d’un exploit rapporté sans date, et de versions qui ne s’accordaient pas toujours. Les joueurs de notre époque remplissaient davantage de pages. Je pouvais encore les interroger, ou demander à ceux qui les avaient accompagnés de corriger ce que j’écrivais.
À ma prochaine visite, il faudrait reprendre plusieurs volumes. J’avais laissé de la place à la fin de certains, mais je savais déjà qu’elle ne suffirait pas. Gabin modifierait encore son projet, nous découvririons d’autres territoires, et des informations que je tenais pour exactes aujourd’hui demanderaient peut-être à être rectifiées.
Les paroles d’Auboriale me revinrent tandis que je rangeais mes notes. La Terre Blanche conservait les morts. Je pourrais sans doute y retrouver beaucoup de noms qui manquaient ici. Restait à savoir ce qu’on aurait gardé de leurs vies.
Une inscription ne me dirait pas qui les avait aimés, ce qu’ils avaient tenté ni pourquoi certains avaient échoué. Cela ne rendait pas le voyage inutile. Je notai la piste avant de refermer mon carnet.
Le livre de Givernale attendait encore sur la table. Je le pris avec plus de précaution que les autres. J’avais vérifié son contenu pendant le voyage, repris les passages dont je doutais, distingué ce qu’on m’avait raconté de ce que j’avais vu. Rien ne justifiait de le laisser là.
Pourtant, au moment de le ranger, j’ouvris de nouveau la couverture. Son nom figurait sur la première page, suivi de quelques lignes que j’avais eu beaucoup de mal à écrire sans les réduire à la manière dont elle était morte.
Oscar cessa de ramasser les morceaux de bois. Je sentis sa présence derrière moi, mais il ne vint pas regarder par-dessus mon épaule. Je refermai le volume et le glissai à sa place, en espérant que le prochain livre consacré à l’un de nous pourrait attendre son retour pour être terminé.
Un cri traversa la Bibliothèque. Ma main resta contre le dos du livre tandis qu’Oscar se retournait vers l’entrée. Le bruit dura assez longtemps pour que je cesse d’y chercher une voix humaine. Il montait, se brisait, reprenait plus bas, avec une force qui me fit serrer les dents. Sur la table, une petite chute de bois vibra contre une autre avant de tomber.
— C’est quoi, ce putain de cri ? demanda Oscar en s’approchant de la porte.
— Je n’ai jamais entendu ça ici.
Je le rejoignis sans prendre le temps de ranger mes outils. Lorsque nous sortîmes derrière l’habitation, je crus d’abord que nous avions travaillé beaucoup plus longtemps que prévu.
La ruelle était sombre. Je distinguais à peine les joints des pierres, et les fenêtres d’en face ne renvoyaient plus la lumière du ciel. Pourtant, au bout du passage, un éclat orange découpait le bord des toits.
Oscar ralentit pour me laisser arriver à sa hauteur. Nous gagnâmes ensemble la grande place, où des habitants s’étaient arrêtés au milieu de leur trajet.
Certains levaient la tête ; d’autres couraient déjà vers les maisons en appelant ceux qui étaient restés dehors. Un Célestorien descendit trop vite et dut se retenir à une colonne pour ne pas tomber. Ses ailes heurtèrent la pierre dans un froissement qui me fit chercher aussitôt les gardes.
Ils étaient tous les trois auprès d’Auboriale. Elle s’était affaissée près des marches du Panthéon, une main appuyée sur le marbre. Daracness lui parlait, penché vers elle, tandis que Dyzavold faisait reculer les habitants qui approchaient. Je me mis à courir avant de savoir ce que je pourrais faire.
— Auboriale ! Que se passe-t-il ? Vous êtes blessée ?
Elle tourna la tête vers moi. Ce mouvement suffit à me soulager un instant, jusqu’à ce que je voie l’effort qu’il lui demandait. Duvertald vint à notre rencontre, puis désigna le ciel d’un geste raide.
— Nous l’ignorons. Regardez.
Le soleil était toujours là, mais sa lumière n’atteignait plus la cité comme auparavant. Un orange vif courait sur son pourtour, tandis que son centre paraissait se contracter.
Les façades prenaient un peu de couleur à chaque pulsation, puis retombaient dans l’obscurité. Je dus abriter mes yeux derrière ma main pour continuer à le regarder.
— Dis-moi que ça arrive de temps en temps, souffla Oscar.
Je ne pus que secouer la tête. Un grondement venait de remplacer le cri. Je le sentais dans ma poitrine autant que je l’entendais, et la rampe sous ma main tremblait légèrement. Autour de nous, les voix se couvraient les unes les autres. Quelqu’un demandait qu’on rentre les enfants ; plus loin, une femme criait un nom sans obtenir de réponse.
— Le soleil… murmura Auboriale.
Je me rapprochai pour l’entendre. Elle regardait toujours l’astre, les doigts crispés contre la marche.
— La puissance que je lui ai demandée de transmettre… Il ne l’a pas supportée.
Je pensai à la place supplémentaire dans la Bibliothèque, à la barrière qu’elle venait de renforcer. Quelques heures plus tôt, j’avais admiré cette même lumière en attendant qu’elle termine. Je cherchai une question qui ne soit pas seulement une façon de lui faire démentir ce que je venais de comprendre.
— Le sortilège est terminé. Vous pouvez couper ce qui l’alimente encore ?
— Je ne lui donne plus rien, Holoryne.
Elle leva une main vers le ciel. Pendant un instant, l’éclat orange se resserra et le grondement diminua. J’eus le temps de croire qu’elle reprenait le contrôle avant qu’elle ramène brusquement ses doigts contre elle. Daracness s’agenouilla près de son bras sans oser le saisir.
— Il y a quelque chose dans la source, reprit-elle. Je le sens se former.
Oscar m’attrapa par la manche. Je levai les yeux au moment où une ligne claire s’étirait sous le soleil. Une seconde apparut près de la première. Je les pris pour des rayons, jusqu’à ce que l’une se plie. Un membre venait de bouger.
Je reculai contre Oscar. Une forme se dégageait lentement de l’astre, mais l’éclat masquait le reste de ses contours. À cette distance, je ne distinguais ni son visage ni la place de ses membres.
Le grondement cessa. Dans le calme soudain, j’entendis Auboriale reprendre péniblement son souffle et les pas précipités des derniers habitants qui quittaient la place.
La lumière revint brutalement. Oscar m’attira contre le côté d’une colonne et je fermai les yeux, les paupières encore traversées d’orange. La pierre sous mes doigts commençait à chauffer. Lorsque je pus regarder de nouveau, je retrouvai la forme dans l’éclat de l’astre, sans parvenir à mieux la reconnaître.
— Faites rentrer les habitants, ordonna Auboriale. Qu’ils s’éloignent des places et des terrasses.
Sa voix portait moins qu’au début de notre visite. Les gardes se mirent pourtant aussitôt en mouvement. Daracness resta auprès d’elle pendant que les deux autres dégageaient les marches et appelaient des renforts. Elle parvint à se relever avec leur aide, puis s’arrêta avant de franchir les portes.
— Holoryne, retrouvez les vôtres. Ne restez pas seule.
Je voulus lui demander ce que nous pouvions faire pour elle. Elle s’appuyait déjà contre l’encadrement, et Daracness nous fit signe de reculer pour leur laisser le passage. Je les regardai disparaître dans le Panthéon, incapable de me satisfaire du fait qu’elle tenait encore debout.
— Gabin était parti avec Malven, dis-je. Excella les suivait. Ils doivent encore être ensemble.
— Et Amandine ?
Je ne savais pas. Je revoyais son hésitation au moment de nous séparer, sa façon de nous dire qu’elle n’avait la tête à rien. Je l’avais laissée s’éloigner sans lui demander où nous pourrions la retrouver. Quant à Rodolphe, il avait choisi précisément ce jour pour descendre dans les Abîmes.
— On devrait commencer par là, proposa Oscar en m’indiquant l’avenue par laquelle nous étions arrivés.
Nous nous engageâmes entre les habitants qui regagnaient leurs maisons. À l’entrée de l’avenue, Oscar aida un homme à dégager une petite charrette renversée pendant que je laissais passer deux enfants serrés contre leur mère. La ville que nous avions traversée le matin se refermait autour de nous, volet après volet. Au-dessus des toits, la lumière était redevenue assez forte pour effacer les ombres.
Je jetai un dernier regard vers le passage de la Bibliothèque, où j’avais laissé mes outils, mon carnet ouvert et les livres que je pensais à l’abri. Je surveillais les alentours en pressant le pas. Je voulais retrouver mes compagnons assez vite pour qu’ils puissent me raconter eux-mêmes ce qu’ils avaient vu.
— Attends, Oscar, l'interpellai-je en ralentissant.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Je me dis qu'on risque de perdre notre temps à les chercher. Enfin… connaissant Gabin, tu crois vraiment qu'il va rester tranquillement dans son coin avec tout ce qui se passe ?
— Non, c’est vrai, reconnut Oscar après un regard vers les derniers cris. Il va forcément chercher d’où vient tout ce bruit.
— Voilà. Alors autant retourner là où il pourra nous retrouver. Si on commence à courir dans toute la ville, on risque surtout de se manquer.
Nous rebroussâmes chemin vers la Bibliothèque, en espérant que Gabin aurait la même idée. Sans connaître leur position, nous risquions surtout de nous manquer.
Les rues se vidaient peu à peu, et les bruits de panique qui avaient accompagné notre départ s'éloignaient derrière les portes refermées. C'est alors que je distinguai un son plus insistant, jusque-là couvert par l'agitation. Il semblait provenir d'au-dessus de nous. Je levai les yeux vers le soleil.
L’obscurité s’était étendue autour de l’astre. En son centre, la forme descendait si lentement que je dus attendre pour m’assurer de son mouvement. Elle se tenait recroquevillée, les membres ramenés contre le ventre. Un fœtus ? À mesure qu’elle quittait le centre lumineux, je distinguais de faibles mouvements dans ses membres repliés.
Oscar avait lui aussi levé la tête. Pour une fois, aucun de nous ne trouva de remarque à faire. La déesse Auboriale avait regagné son palais, tandis que six gardes seulement occupaient la grande place. Leur présence aurait pu me rassurer si je n'avais pas remarqué qu'ils surveillaient le ciel avec autant d'attention que nous.
— Mettez-vous à l'abri, nous ordonna l'un d'eux lorsque nous approchâmes.
— Ne vous méprenez pas, répondis-je. Nous pouvons aussi vous prêter main-forte si vous avez besoin de renforts.
— La sécurité des Aciels et des apôtres passe avant tout. Nous vous demandons de circuler.
Le garde nous indiquait déjà les habitations. J’allais lui expliquer que nous cherchions nos compagnons lorsqu’une voix s’éleva derrière lui.
— Laissez-les. Ces trois personnes peuvent rester, ce sont des proches de notre déesse.
Daracness venait d'intervenir auprès des gardes. Il quitta sa position pour voler dans notre direction, tandis qu'Oscar semblait particulièrement intrigué par un détail.
— Merci de nous autoriser à rester, répondit-il. Mais, sans vouloir vous contredire, je suis assez pointilleux sur les nombres, et il me semble que nous ne sommes que deux.
Je partageais son incompréhension. À moins que Daracness ait compté quelqu'un d'autre parmi nous, je ne voyais pas bien d'où pouvait venir cette troisième personne.
— Si, compte bien. Holoryne, toi et moi.
— Ah oui, bien vu ! Merci, Holoryne !
Je tournai la tête vers Oscar. Il venait de me remercier, parfaitement satisfait de la réponse, alors que je n’avais pas ouvert la bouche.
— … Oscar ?
— Quoi ?
— Je n'ai rien dit.
Cette fois, il me regarda avec une incompréhension qui devait ressembler à la mienne. J'aurais aimé savoir qui venait de nous répondre, mais Daracness achevait déjà sa descente et se posa devant nous, visiblement plus intéressé par quelqu'un qui se trouvait dans notre dos.
— Dame Amandine, ravi de vous revoir en forme.
— Le plaisir est partagé, Daracness.
Nous découvrîmes Amandine derrière nous. Je ne l’avais pas entendue arriver ; à voir la tête d’Oscar, lui non plus. Elle expliquait le troisième individu, mais Daracness reprit avant que je puisse lui demander depuis quand elle nous suivait.
— Nous n'avons toujours pas réussi à identifier cette forme étrangère. Pour le moment, rien ne nous permet de déterminer ses intentions. Vous pouvez rejoindre la déesse Auboriale au palais en attendant que nous en sachions davantage.
Dans le soleil, la silhouette poursuivait sa descente. Maintenant que ses contours se précisaient, sa ressemblance avec un être en gestation devenait plus troublante.
— On dirait un fœtus… Enfin, c'est l'impression que ça donne. Tu en penses quoi, Holoryne ?
— Et mon avis, il ne compte pas ? souffla Oscar, visiblement contrarié de se voir écarté de la discussion.
— C'est justement ce que je me demandais, répondis-je, sans parvenir à retenir ma remarque.
Je n'avais aucune idée de ce qui nous attendait, mais au moins, Oscar semblait avoir retrouvé suffisamment d'assurance pour protester contre une injustice aussi insignifiante.
Nous traversâmes la grande cour presque déserte jusqu’à la salle du trône. Les portes étaient entrouvertes ; plusieurs voix s’en échappaient.
— Elles sont toujours fermées, d’habitude, non ? murmurai-je.
— Je dois vous laisser ici, nous annonça Daracness. Vos camarades sont à l'intérieur.
— Hein ? s'exclama Oscar, qui ne semblait pas s'attendre à cette nouvelle.
— Gabin et Excella sont déjà là, précisa Amandine en nous rejoignant.
Heureusement que nous avions fait demi-tour. Nous aurions pu parcourir toute la ville alors que Gabin et Excella étaient déjà ici.
Nous retrouvâmes l’immense salle baignée de lumière. Les Aciériels, ces anges de rang supérieur, évoluaient sous les voûtes. Deux gardes surveillaient les lieux ; Gabin et Excella se tenaient près du trône. Auboriale nous tournait le dos.
— Vous étiez où, tous les deux ? nous lança Excella dès qu'elle nous aperçut.
— Tu plaisantes ? C’est plutôt à nous de vous poser la question ! répliqua Oscar.
— Et Malven ? demandai-je à Gabin, plus inquiète de son absence que de notre détour. Il n’était pas avec toi ?
— Malven ? Ah oui, c'est vrai ! Il est resté avec le Colombe qui s'est fait arracher le bras par le Kalinaigre. La plaie de son moignon s'est rouv…
— Mais on s'en fout de lui, là ! le coupai-je, incapable de le laisser poursuivre sur l'état de ce pauvre homme. Malven est censé rester avec nous, surtout maintenant !
— Oui, je sais… répondit Gabin en se grattant la joue. Mais tu le connais. Quand il a appris ce qui lui était arrivé, il a voulu lui fabriquer une prothèse. Impossible de lui faire changer d’avis.
C'était bien le genre de chose que Malven pouvait décider sans prévenir personne. Je ne lui reprochais pas de vouloir aider un blessé, mais avec ce qui venait d'apparaître dans le ciel, son absence tombait particulièrement mal.
— Et il est où, maintenant ?
— Avec eux… Il est parti dans le portail de Noctis.
— C'est pas sérieux, chef, ajouta Oscar, dont la contrariété semblait désormais rejoindre la mienne.
Gabin ne chercha pas à se défendre. Amandine s’assit à même le sol et Excella la rejoignit. Je les laissai discuter pour me tourner vers Auboriale. Elle n’avait pas prononcé un mot depuis notre arrivée et gardait le dos tourné.
— Elle va bien ? me demanda Oscar à voix basse, après avoir suivi mon regard.
— Elle surveille ce qui se passe à l'extérieur, nous répondit Excella depuis l'endroit où elle s'était assise.
Auboriale utilisait une immense sphère pour observer Célestoria. Je l’avais déjà aperçue sans comprendre son fonctionnement. Je laissai Oscar auprès des autres et m’avançai, curieuse de voir ce qu’elle montrait. Gabin ne m’arrêta pas, mais l’un des gardes suivit aussitôt mon approche. Je ralentis et me décalai pour tenter d’apercevoir la surface.
— Laissez-la, je vous prie, déclara Auboriale d'une voix parfaitement audible, sans même prendre la peine de se retourner.
Je m’immobilisai. Je ne pensais pas qu’elle avait remarqué mon approche, tant elle semblait absorbée par la sphère.
— Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous déranger…
— Venez voir, Holoryne, reprit-elle avec une douceur qui dissipa mon embarras.
— Oui, tout de suite.
La sphère reposait sur le trône. Auboriale se décala pour me laisser en observer la surface. Je m’attendais à y voir Célestoria, mais elle montrait le soleil et la forme en son centre.
La silhouette était beaucoup plus nette. Toujours recroquevillée, elle s’était légèrement détendue au cours de sa descente. Ses membres bougeaient avec une lenteur presque paisible, qui retenait mon regard malgré son apparence troublante.
— Je ne comprends pas comment un Baudrilias pourrait naître ainsi, murmura Auboriale devant la sphère.
— Un Baudrilias ? Il s'agit donc bien de votre race ?
— Tout semble l’indiquer. Voyez sa taille, et puis… notre peuple entretient un lien très étroit avec le soleil. Cela aurait un sens. Mais je n’aurais jamais imaginé qu’une telle puissance divine puisse faire éclore une vie.
Ses paroles me rappelèrent mes lectures sur le Sang du Calice et les réserves dont les êtres divins entretenaient leur existence. J’observai encore la forme avant d’oser lui soumettre une idée.
— Et si c'était justement l'œuvre du Sang du Calice ? D'après ce que j'ai compris, la reproduction de votre race dépendrait de vos réserves divines, non ? Le soleil pourrait alors jouer le rôle d'un utérus, en quelque sorte. Après tout, vous m'aviez expliqué que votre anatomie ne permettait pas de porter un enfant comme nous le faisons.
Auboriale revint à la sphère sans répondre. Le petit être poursuivait sa descente, et je regrettai presque la facilité avec laquelle j’avais avancé une hypothèse sur une reproduction que je connaissais si peu.
— Je n’y avais jamais songé ainsi, finit-elle par souffler. Si vous dites vrai… alors j’aurais donné naissance à un enfant sans même le savoir.