Chapitre 70
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Traducteur/éditeur : Natty
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Chapitre 70 : Rencontre (2)
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« Aïe, aïe… Aïe, ça fait mal. Un peu plus doucement, s’il vous plaît… »
Noel était certaine que même lorsqu’elle avait été grièvement blessée au combat, elle s’était moins plainte que lui.
Pourtant, malgré le regard qu’elle lui lançait, les yeux plissés, Aiden se contentait de gémir piteusement tandis qu’elle lui enroulait un bandage autour du bras.
Bien sûr, désinfecter une entaille profonde qui avait abondamment saigné, puis lui poser un bandage compressif, aurait fait gémir même Noel.
Mais voir cet adulte implorer grâce, les larmes aux yeux, était si pitoyable qu’on aurait eu du mal à croire qu’il s’agissait du même homme qui venait de s’enfoncer la plume d’un stylo dans le bras pour intimider quelqu’un.
La petite fille infectée qu’Aiden avait emmenée dehors pour lui donner des médicaments semblait éprouver quelque chose de semblable, à en juger par son regard.
« Pourquoi avez-vous fait une chose aussi insensée, au juste ? »
« Il y a des choses plus importantes que la douleur. »
« … J’aimerais que vous me considériez aussi comme une chose importante. »
« Pardon ? Vous pourriez parler un peu plus fort… ? »
Noel lui répondit en serrant le nœud du bandage aussi fort que possible. Aiden poussa un râle d’agonie, mais elle n’y prêta aucune attention.
« Ah, enfin bref. »
Aiden s’efforça de retrouver le calme d’un adulte respectable, se redressa et se tourna vers la fillette. Elle était sortie parce qu’il l’y avait conduite, mais semblait ne pas comprendre ce qu’elle faisait là.
Heureusement, Aiden avait l’habitude de s’occuper de personnes infectées comme elle.
« Alors, quels sont tes symptômes ? Où est-ce que tu as mal ? »
À cette question soudaine, la fillette promena les yeux autour d’elle et tarda à répondre. Aiden ne s’attendait pas vraiment à ce qu’elle lui réponde, aussi ne fut-il pas déçu.
Les gens qui vivaient avec une infection sans même avoir accès au nécessaire avaient tendance à ne presque jamais parler d’eux-mêmes.
Ils avaient dû mener une existence si rude que le rejet, dès que leur maladie était découverte, s’était gravé en eux comme un réflexe. C’était d’autant plus vrai pour une enfant comme celle-ci, qui ne semblait pas avoir de véritable tuteur.
Dans ces cas-là, Aiden devait parfois recourir à une méthode qu’il n’aimait pas.
Il soupira et se tourna vers Noel.
« Noel. »
« Hmm ? »
« Je ne suis pas un pervers bizarre. »
On aurait eu besoin de beaucoup de place pour représenter l’affinité de Noel envers Aiden, quelle que soit l’échelle choisie. Pourtant, il arrivait même à Noel de se demander quelle nouvelle folie cet homme était en train de débiter.
Alors, personne ne pouvait lui reprocher de se prendre la tête à deux mains, déjà accablée par la migraine qui s’annonçait, et de marmonner une insulte particulièrement vulgaire en langue draconique.
« Pourquoi vous dites ça tout à coup ? »
« Non, ne vous méprenez pas. »
Sur ce, Aiden s’approcha de la fillette.
Il saisit le chiffon qui lui servait de haut et le souleva d’un geste fluide.
« … ! »
Ce n’était pas qu’elle ne résistait pas. Elle était plutôt trop terrorisée pour réagir.
Même en voyant la fillette trembler, le visage livide, Aiden examina attentivement son corps, le regard froid.
D’ordinaire, Noel l’aurait arrêté, quitte à lui asséner un coup derrière la tête. Cette fois, cependant, elle décida de rester en retrait et d’observer.
Chacun de ses gestes lui était familier et inspirait confiance.
À tout le moins,
Aiden n’avait manifestement pas rencontré des gens comme elle une ou deux fois seulement.
Après avoir examiné la fillette tremblante un moment, Aiden rabattit ses vêtements.
« Je vois plusieurs possibilités. »
Puis, d’une voix teintée d’un soupir, il déclara fermement :
« Arrête d’utiliser ta capacité. »
Les yeux de la fillette tremblèrent. Cette fois, ce n’était clairement pas de la simple peur. Elle avait l’air sous le choc.
« Je ne sais pas de quel type elle est, mais je sais qu’elle te causera de gros ennuis si tu continues à t’en servir. Et tu as du mal à la maîtriser ces derniers temps, pas vrai ? »
Elle ne répondit pas, mais Aiden ne l’attendit pas et poursuivit. Il lui tendit le sac qu’il portait à un bras.
Il contenait les médicaments qu’il avait contraint le pharmacien à lui vendre en le menaçant de se faire du mal. Aiden posa le sac et aligna soigneusement les flacons devant la fillette.
« Un de ceux-là, deux de ceux-ci, et deux de ceux-là. Même si tu n’arrives pas à prendre un vrai repas, mange quelque chose avant de les prendre. Compris ? »
La fillette ne répondit toujours pas. Ses yeux ternes errèrent dans le vide ; c’était tout ce qu’Aiden obtint. Cette fois, il n’ajouta rien.
À la place, il prit doucement sa main.
« … »
Il s’était attendu à ce qu’elle se dégage, voire qu’elle le morde. Heureusement, la fillette accepta son contact sans un mot. Aiden resta immobile un moment, comme s’il cherchait à réchauffer sa main avec la chaleur de son corps.
« … »
« … »
Le silence s’installa entre eux. Puis la respiration de la fillette s’apaisa. Ensuite, son corps, qui tremblait comme si elle avait des frissons, se détendit peu à peu.
Toujours en lui tenant la main, Aiden désigna les flacons.
« Un de ceux-là. Deux de ceux-ci. Et deux de ceux-là. Tu t’en souviens ? »
« … »
« Un de ceux-là. Deux de ceux-ci. Et deux de ceux-là. Répète. »
« … U-un. Deux. Deux. »
« Encore. »
« Un. Deux. Deux. »
« Bien. N’oublie pas. Tu sais lire ? »
« … »
Elle ne répondit toujours pas. Aiden attendit patiemment.
Ce ne fut qu’après le temps qu’il aurait fallu pour boire une tasse de thé qu’une petite voix faible lui parvint enfin.
« … Vous m’aidez ? »
« Autant que tu as confiance en moi. »
« … Monsieur, vous êtes quelqu’un de méchant ? »
« D’abord, je ne suis pas assez vieux pour qu’on m’appelle monsieur. Et je ne suis pas méchant. »
« Je sais lire. »
« Bien. »
Aiden sortit une carte de visite de ses vêtements. Il récupéra aussi le stylo-plume qu’il s’était enfoncé dans le bras un peu plus tôt et griffonna quelque chose au dos de la carte. Heureusement, malgré tout le sang dessus, le stylo écrivait encore très bien.
« Prends ça et va à l’endroit indiqué. Ils te laisseront rester environ une journée. »
La fillette l’accepta avec hésitation, jetant tour à tour un regard à la carte et à Aiden. Après avoir répété le geste plusieurs fois, elle parla d’une voix plus forte qu’avant.
« Je ne peux rien vous donner. »
« Je sais. »
« Pourquoi vous faites tout ça pour moi ? »
« Parce que je suis un adulte comme il faut. »
« Les adultes n’étaient pas gentils comme vous, monsieur. »
« C’étaient des gens qui se faisaient passer pour des adultes. Voilà ce que font les vrais adultes. »
« Vous avez l’air bizarre, comme adulte, monsieur. »
L’argument était si convaincant que Noel, qui observait la scène un peu plus loin, laissa échapper un ricanement.
▣
« Comment avez-vous fait ? »
Après le départ de la fillette, Noel posa soudain sa question.
« Pardon ? »
« Elle tremblait de peur, mais elle s’est calmée dès que vous lui avez pris la main. Vous avez utilisé une sorte de magie ? »
« Ah, ça ? »
Aiden s’était appuyé distraitement contre un réverbère vacillant, puis s’était rendu compte qu’il utilisait le bras bandé et avait grimacé de douleur. Il répondit en gémissant :
« Eh bien… quelqu’un me l’a aussi appris. »
« On vous l’a appris ? »
« Oui. Mais je ne me souviens pas de qui. »
Aiden fronça légèrement les sourcils. Il était rare de le voir manifester son mécontentement.
« Je crois que je l’ai appris dans une situation vraiment importante. Mais c’est tout ce dont je me souviens. »
Noel hocha discrètement la tête, puis se raidit soudain, comme si quelque chose venait de lui traverser l’esprit. Aiden se tourna vers elle, se demandant ce qui n’allait pas. D’un ton grave, elle posa une question solennelle :
« Cette personne était une femme, par hasard ? »
« … Non. J’ai dit que je ne m’en souvenais pas. »
Pendant un instant, Aiden se demanda pourquoi cela avait la moindre importance. Mais aujourd’hui, il n’était pas en position de discuter avec Noel ; il garda donc le silence.
Noel, elle aussi, fut contrainte de se taire.
Les paroles d’Aiden venaient de la toucher en plein cœur.
… Il a dit qu’il ne s’en souvenait pas.
Ces mots comptaient beaucoup pour Noel, qui avait perdu une partie de ses souvenirs d’enfance.
Cet homme aussi avait des souvenirs d’enfance manquants…
« … »
Quelle coïncidence malheureuse.
Après y avoir réfléchi un moment, elle posa une autre question.
« Mais où avez-vous appris tout ça ? »
« Tout quoi ? »
« Vos connaissances médicales. N’importe qui vous aurait pris pour un médecin. »
Aiden ricana et se frotta le menton.
À vrai dire, on aurait pu le prendre pour un médecin.
Mais il ne s’agissait pas vraiment de connaissances spécialisées.
« J’ai vu beaucoup d’enfants comme elle. »
« Des enfants comme elle ? »
« … Pendant la guerre de la Coalition, il y avait beaucoup d’enfants dont les maladies s’aggravaient bien plus que ça. »
« … »
« J’ai appris tout ça dans la rue, à l’époque. »
Les scènes des ruelles sordides étaient encore profondément gravées dans l’esprit d’Aiden.
Des orphelins de guerre. Des soldats vaincus, amputés d’un bras ou d’une jambe.
Rien ne décrivait mieux cet endroit qu’un enfer descendu sur terre.
Une sorte de règle empirique, assez répandue, y circulait même.
Celui qui pouvait se tenir debout et parler avait une semaine. Celui qui ne pouvait que rester couché en avait trois. Celui qui ne pouvait rien avaler en avait deux. Celui qui ne pouvait plus parler correctement en avait une.
Aiden s’était contenté de voir, dans un endroit pareil, d’innombrables vies et morts s’entremêler et se croiser.
Les maladies infectieuses faisaient naturellement partie du lot. La fillette qu’il venait d’examiner ressemblait trait pour trait à une orpheline de cet enfer qui avait utilisé une capacité.
Plus l’enfant s’en servait, plus ses organes pourrissaient. Était-elle finalement morte avant la personne qu’elle avait voulu protéger ?
« … »
Noel observa silencieusement Aiden, le regard assombri.
Chaque personne portait en elle une histoire aussi longue que le chemin qu’elle avait parcouru, et Noel savait mieux que quiconque qu’il ne fallait pas tirer de conclusions hâtives.
Mais cet homme…
Quels enfers avait-il traversés avant d’en arriver là ?
Même Noel, qui avait vu toutes les horreurs et tous les carnages possibles sur le champ de bataille, ne pouvait imaginer ce qu’il devait cacher au fond de lui.
« Enfin, bref. On y retourne ? Quelle façon de commencer la matinée. »
« … »
Elle ne s’habituerait jamais à le voir balayer les choses d’un geste aussi désinvolte.
Qu’est-ce que c’est, au juste… ?
Et, pour être honnête,
Aiden n’eut d’autre choix que de laisser tomber, lui aussi.
-Message du système
▶ Vous avez accompli la « Quête bonus ».
▶ La cible « Drakan » a développé une affinité envers vous. Vous pouvez copier 1 compétence !
▶ La cible « Ganesha Aldebaran » a développé une affinité envers vous. Vous pouvez copier 1 compétence !
▶ Un événement supplémentaire suivra cette progression couronnée de succès. Faites encore augmenter leur affinité !
Aiden parcourut les mots d’un regard absent.
Non, il savait qu’une sorte de quête bonus finirait par apparaître.
… C’était donc ça, tout à l’heure… ?
Apparemment,
il s’était passé quelque chose sans qu’il s’en rende compte.
▣
La fillette sortit de la ruelle, serrant contre sa poitrine le sac de médicaments.
C’était celui qu’Aiden lui avait donné un peu plus tôt.
Mais la fillette avait changé depuis leur rencontre.
Contrairement à tout à l’heure, lorsqu’elle était avec Aiden, elle marchait parfaitement normalement.
Comme si elle avait feint d’être malade.
Une voix s’éleva alors au fond de la ruelle.
Elle appartenait à un jeune homme.
Un monocle, un haut-de-forme en soie et un costume.
Il avait tout l’air d’un marchand.
« Tu imites beaucoup mieux les gens, maintenant, pas vrai ? Avant, tu avais du mal à garder ton déguisement. »
« … Maître. »
« Ta façon de parler, ton comportement, tout avait l’air vrai. L’entraînement a porté ses fruits, hein ? »
Alors que la fillette lui faisait face, une capacité pulsa autour de son corps.
Du mana.
Ni le ki de l’Empire, ni le Pouvoir spirituel des Grandes Plaines, ni la divinité du Saint-Empire Craven, ni l’énergie démoniaque des démons.
Une capacité oubliée depuis longtemps.
La preuve de l’existence de la magie, dont les traces avaient disparu, même à cette époque moderne peuplée de surhumains.
Lorsque le mana balaya le corps de la fillette, sa véritable apparence se révéla, remplaçant celle de l’enfant des taudis qu’elle prétendait être.
Elle avait à peine conservé une forme humaine.
Son corps entier était couvert d’écailles. Ses yeux étaient fendus comme ceux d’un reptile.
Une preuve incontestable de son appartenance aux dragons.
Une descendante des dragons que l’on croyait éteints.
« Alors. »
Même face à une espèce aussi rare, l’homme poursuivit sans se troubler.
« Maintenant que tu l’as rencontré toi-même, qu’en penses-tu ? L’Omnipotent de cette génération. Quel genre de personne est-ce ? »
« … »
La créature draconique baissa les yeux avec hésitation vers sa main.
Son corps avait beaucoup grandi et le sac était sur le point de se déchirer, mais celui qu’Aiden lui avait mis dans la main tout en lui donnant ses instructions avec sérieux y pendait toujours.
En le regardant, une seule conclusion lui vint à l’esprit.
« … Je crois que c’est quelqu’un de bien. »
« Je le pense aussi. »
L’homme sourit et rabattit son haut-de-forme en soie sur son visage.
« Il vaut vraiment la peine d’apprendre à mieux le connaître, pas vrai ? Le précédent Omnipotent était un peu décevant… Voyons si celui-ci sera différent. »
Le Marchand de la Mort se frotta le menton d’un air intéressé.
Pourtant,
son regard brillait d’une lueur acérée.
« Voyons si c’est quelqu’un à qui nous pouvons remettre notre destin. »
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