Chapitre 69
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Copier les compétences avec affinité ! ◈
Chapitre 69 : Rencontre
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Quand on pensait à un homme nommé Ganesha Aldebaran, il était impossible que ses compétences soient médiocres.
La main invisible qui régnait sur la pègre du continent. Un riche magnat. Un grand marchand.
… Voilà ce qu’on savait de lui en apparence.
Mais Aiden savait que Ganesha était assez dangereux pour avoir besoin de cette façade.
Il était donc rassurant qu’un homme pareil s’intéressât déjà à lui et éprouvât de l’affinité à son égard.
… Le problème, c’est que je ne peux rien faire pour le moment, pas vrai ?
Il ne pouvait pas chercher activement Ganesha. Il devait attendre que celui-ci prenne contact avec lui.
La fenêtre de quête indiquait qu’il n’avait aucune intention hostile. Il n’y avait donc pas de raison particulière de se préparer non plus.
S’ils se rencontraient en personne, Aiden avait de quoi faire grimper leur affinité en flèche. Mais il ne pouvait pas chercher Ganesha.
Pour l’instant, il devait donc continuer à faire ce qu’il avait à faire.
La fenêtre de quête avait indiqué que Ganesha viendrait de lui-même. Comme Aiden ignorait comment il l’aborderait, se préparer ne servirait à rien. Mieux valait employer son temps limité aussi efficacement que possible.
C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Meyer le découpait en morceaux chaque nuit, mais reproduire ces mouvements avec son propre corps était une tout autre affaire.
Autrement dit, se faire si mal le matin même que son corps semblait réduit en bouillie en s’entraînant au combat avec Reaver n’avait rien d’une honte.
« … Vous allez bien ? »
« … »
Et voir Noel s’efforcer de retenir son rire n’avait rien d’une honte non plus.
C’était du moins ce qu’il devait se répéter. Après tout, il aurait été indécent de reprocher à celle qui l’avait soutenu jusqu’à la pharmacie de se moquer de lui…
« … Ça va. »
Sur ces mots, il ouvrit lentement la porte de la pharmacie.
« Excusez-m… »
« Sortez d’ici tout de suite ! »
« … »
Le timing était tel qu’on aurait facilement pu croire que l’insulte lui était adressée, mais Aiden comprit rapidement que ce n’était pas le cas.
La scène qu’il apercevait par l’entrebâillement de la porte était déjà assez moche sans qu’il s’en mêle.
La première chose qu’il remarqua fut une jeune fille étendue par terre.
Ses vêtements étaient si sales qu’il était impossible de savoir quand elle s’était lavée pour la dernière fois. Son teint était pâle, peut-être parce qu’elle souffrait de malnutrition.
Elle se tenait le ventre à deux mains, visiblement en proie à la douleur. Cela dit, elle ne serait pas venue dans une pharmacie autrement.
À en juger par sa posture, quelqu’un semblait l’avoir jetée à terre.
Il ne fut pas difficile de deviner qui était le coupable. Aiden tourna les yeux et aperçut, derrière le comptoir, un homme d’âge mûr au visage furieux.
C’était sans doute le propriétaire de la boutique. Et probablement celui qui venait de lui crier dessus.
« Je vais payer. Je vous paierai, alors, s’il vous plaît… J’ai tellement mal au ventre. Juste des antidouleurs… »
La jeune fille supplia d’une voix tremblante. Sa voix vacillait, et elle était si faible qu’on aurait dit qu’elle était à moitié morte.
Pourtant, malgré sa supplication désespérée, le propriétaire d’âge mûr qui venait de la malmener ne montrait aucun signe de vouloir céder.
Quand la jeune fille sembla sur le point de s’approcher de lui, son expression s’assombrit encore et il lui cria dessus.
« J’ai dit de sortir ! Si vous approchez encore, j’appelle la police ! »
Aiden remarqua qu’à côté de lui, le visage de Noel se décomposait peu à peu.
Pour une personne aussi bonne qu’elle, cette scène devait être révoltante. À ses yeux, elle n’avait rien de normal non plus.
Après tout, la jeune fille disait qu’elle paierait et semblait souffrir pour de bon.
La traiter avec une telle cruauté dépassait largement le simple mauvais service à la clientèle. C’était le genre de comportement qui ruinait complètement la réputation de quelqu’un en tant qu’être humain.
Pourquoi ?
Alors qu’un acte de violence défiant le bon sens se déroulait sous ses yeux, ce fut la première question qui traversa l’esprit d’Aiden. On pouvait appeler ça une qualité d’escroc.
Il fallait d’abord recueillir rapidement et avec précision les éléments de la situation. Puis les organiser comme il convenait, sans laisser les émotions personnelles s’en mêler.
Alors, examinons tout ça.
Des médicaments destinés à la jeune fille étendue par terre étaient éparpillés sur le comptoir. À côté, il y avait de la monnaie, apparemment celle qu’elle avait posée pour payer.
Tout s’était répandu quand on l’avait repoussée.
Un indice utile.
Autrement dit, le propriétaire n’avait pas empêché la jeune fille de s’approcher du comptoir avec son argent. Quelque chose s’était passé quand elle le lui avait tendu, ou du moins quand elle s’était approchée suffisamment.
Alors, pourquoi vouloir mettre dehors une cliente dans un état pareil, quitte à ruiner sa réputation ?
Ce n’était pas difficile à deviner.
Aiden examina attentivement le corps de la jeune fille. Il trouva aussitôt ce qu’il cherchait.
« Noel. Arrêtez. »
Il souffla ces mots à Noel, qui semblait prête à défoncer la porte de la pharmacie d’un instant à l’autre.
« Aiden, comment pouvez-vous dire ç… »
« Près de son poignet. »
« Quoi ? »
« Regardez. Près du poignet de cette jeune fille. »
Surprise par ses paroles soudaines, Noel reporta les yeux sur le poignet de la jeune fille.
La tache noire qui perçait sa peau était facile à repérer.
« … »
Noel se mordit violemment la lèvre.
C’était le signe évident d’une maladie contagieuse.
Elle ne se transmettait pas aux personnes en bonne santé, mais était courante chez les enfants des bidonvilles, mal nourris et constamment exposés à un environnement pollué.
Même avec des connaissances médicales aussi avancées qu’à présent, il était naturel que les gens méprisent les personnes atteintes de maladies contagieuses. En particulier les enfants des bidonvilles, puisque personne ne pouvait savoir de quelle maladie ils étaient porteurs.
« Malgré tout, on ne peut pas simplement la laisser comme ç… »
« Bien sûr que non. »
Noel protesta d’une voix un peu plus forte, mais Aiden l’interrompit d’un ton calme et posé. Puis il sourit.
Cette expression lui disait quelque chose.
Elle l’avait déjà vue.
Ce sourire qui avait fait prendre racine à cet homme dans un coin de son cœur.
Le sourire particulier qu’il affichait quand il exprimait ses convictions.
L’instant d’après, Aiden franchit tranquillement la porte de la pharmacie.
▣
Ses pas vifs juraient avec l’atmosphère lugubre, et le propriétaire comme la jeune fille à terre le fixèrent, hébétés.
Sans leur prêter attention, Aiden continua d’avancer d’un pas léger vers le comptoir.
Il croisa le regard du propriétaire et s’adressa à lui d’un ton enjoué.
« Vous pouvez me vendre ces médicaments tels quels, s’il vous plaît ? »
Le propriétaire revint à lui et le dévisagea avec méfiance. Il jeta un coup d’œil à la jeune fille, se demandant s’ils se connaissaient, mais elle regardait Aiden avec la même expression stupéfaite. Apparemment, ce n’était pas le cas.
« … Ces médicaments ne vous ont pas été prescrits, monsieur. »
« Non, j’ai regardé, et il se trouve que c’est exactement ce qu’il me faut. »
Il était si effrontément sûr de lui que Noel, qui observait la scène derrière lui, faillit rire. Avec un tel aplomb, même faire ouvertement semblant de ne pas voir l’évidence ne paraissait pas pitoyable.
Il disait clairement qu’il achèterait les médicaments à la place de la jeune fille. Le propriétaire, visiblement décontenancé, promena le regard autour de lui avant de retrouver tant bien que mal son calme.
Puis, comprenant apparemment les intentions d’Aiden, il afficha un profond dégoût.
Quoi qu’il en soit, il n’avait pas particulièrement envie de vendre ces médicaments dans une situation pareille. Aiden pouvait très bien être atteint de la même maladie contagieuse.
Si la rumeur courait qu’une personne contagieuse avait fréquenté la boutique, les clients cesseraient de venir et les ventes s’effondreraient.
Et une trace de vente constituait l’une des preuves les plus sûres qu’une personne était passée par là.
Mais le propriétaire ne pouvait pas se mettre à fouiller Aiden pour chercher un éclat de pierre qu’il aurait pu avoir sur lui. Il prit donc la parole avec prudence.
« Monsieur, aucun produit ici ne peut être acheté sans ordonnance… »
« Je sais qu’aucun d’eux n’en exige une. Inutile de faire l’innocent. »
« … »
« Les médicaments que prennent les enfants des bidonvilles sont tous plus ou moins les mêmes. Aucun n’est assez important pour nécessiter une ordonnance. »
Aiden adressa au propriétaire un sourire encore plus éclatant qu’avant. Il souriait, mais son expression faisait sentir à son interlocuteur qu’il savait très bien ce qu’il en était et qu’il ferait mieux de ne pas insister.
Le visage du propriétaire changea légèrement tandis qu’il répondait :
« Même ainsi, il serait difficile de les donner à un patient qui ne semble présenter aucun symptôme… »
Franchement, ce n’était pas une excuse très convaincante non plus. Celui qui l’écoutait était couvert de blessures, même si elles n’étaient pas graves.
En outre, les produits auxquels cette excuse aurait pu s’appliquer portaient toujours une mention indiquant qu’une ordonnance était nécessaire. Aiden avait déjà souligné que les médicaments sur le comptoir n’étaient pas concernés.
Les excuses qu’on invoquait dans ce genre de situation avaient donc tendance à être bancales, mais efficaces.
Nous n’en avons plus en stock, il faut les garder pour les clients qui en ont davantage besoin. Ce genre de choses.
Même si le vendeur en avait une telle réserve à l’arrière qu’elle pourrissait et se couvrait de champignons, l’acheteur n’avait pas grand-chose à répondre s’il s’en tenait à cette excuse. Simple, mais efficace.
Alors, que fallait-il faire pour détruire une excuse pareille ?
La réponse était la même : avancer quelque chose de simple et efficace.
La méthode choisie par Aiden était si efficace qu’elle frisait la folie.
Il sortit de sa poche un stylo-plume. C’était un cadeau que Sissela lui avait fait un jour, un objet précieux qu’il gardait toujours sur lui.
Il répugnait un peu à s’en servir de cette façon, mais il prit sa décision aussi vite qu’il passa à l’action. D’abord, il retroussa sa manche. Sous son manteau et sa chemise, son bras nu apparut.
Puis, d’un geste désinvolte, il bougea le stylo-plume.
Aiden enfonça la pointe du stylo dans la face externe du haut de son bras, puis la fit glisser jusqu’au-delà de son poignet.
La plume lui entailla la peau. Du sang frais jaillit, se mêla à l’encre et coula le long de son bras en un mince filet rouge sombre.
Son geste avait été si désinvolte que toutes les personnes présentes mirent un instant à comprendre ce qu’Aiden venait de faire et à réagir.
Le propriétaire le fixa comme s’il était fou. Derrière lui, Noel ravala un gémissement, tandis que la jeune fille étendue par terre blêmissait.
L’odeur âcre du sang emplit l’air et, en quelques secondes, le bras d’Aiden en fut couvert. Le sang qui coulait forma bientôt des gouttes, lesquelles tombèrent sur le sol de la boutique. Ploc, ploc. Il leva son bras blessé et le posa délibérément sur le comptoir, bien en vue de tous. C’était impoli, irrationnel et barbare.
Mais la méthode était simple, et son effet extraordinairement puissant.
Et pendant toute cette suite de gestes…
Aiden conserva son sourire.
« Waouh, ça fait vraiment mal. »
À cette vision s’ajouta le calme de sa voix, et une lueur presque craintive apparut dans les yeux du propriétaire.
« J’ai tellement mal que je crois que j’aurai besoin d’antidouleurs pour calmer ça. Vous êtes d’accord, n’est-ce pas ? »
Aiden parla d’une voix claire en faisant tourner le stylo-plume ensanglanté dans sa main, elle aussi couverte de sang. Les gouttes tombées sur le comptoir avaient presque formé une flaque.
Il souriait toujours.
« Ah, et comme je crains une infection supplémentaire, je vous serais reconnaissant de me donner aussi des antibiotiques. »
Cette voix polie devait sembler terrifiante au propriétaire.
« … Comment quelqu’un peut-il devenir de plus en plus… »
« … »
Bien sûr.
La voix de Noel, à présent presque résignée, lui fit étrangement mal au cœur.
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