Chapitre 64
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Traductrice/éditrice : Natty
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Chapitre 64 : La nuit de la chasse (2)
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« Cette satanée Noel, Noel, Noel… »
Katia grommela dans sa barbe.
Son visage était empreint de mécontentement. Elle était clairement irritée d’avoir été séparée une nouvelle fois de Noel et Aiden, et laissée à errer toute seule.
Elle avait les bras chargés des pieux qu’elle avait pris à Aiden. Il lui avait demandé d’en planter de-ci de-là au fil de sa route.
L’homme lui-même avait clairement fait comprendre qu’il ne tenait pas particulièrement à la voir se coltiner ce genre de besogne. Malgré tout, elle avait pratiquement insisté pour les emporter, estimant que c’était toujours mieux que d’être la seule à ne rien faire.
… Bon. Je peux bien faire quelques petites tâches.
À cette pensée, Katia fit la moue, puis se remit en marche.
Elle enfonçait les pieux dans le sol avec régularité. La tâche était simple et ennuyeuse, mais savoir qu’elle aidait Aiden la rendait un peu plus supportable.
En soi, le travail n’avait rien de difficile. Ce qui la dérangeait surtout, c’était d’être encore laissée seule.
Pourquoi est-ce qu’il s’occupe toujours de cette femme ?
C’était bien vrai.
Chaque fois qu’ils avaient quelque chose à faire ensemble, Aiden avait pris l’habitude de s’occuper de Noel avant Katia.
Le voir montrer à quel point il comptait sur Noel suffisait à faire naturellement la moue à Katia.
Enfin…
Parfois, elle avait cette impression.
Il me trouve encombrante.
Cette pensée la rendit étrangement morose.
Elle avait déjà pressé Noel de questions sur leur relation, mais quelles que soient les circonstances, il était indéniable que tous deux avaient promis de se marier.
Quoi qu’il en soit, leur relation était officiellement reconnue comme plus étroite que celle de chacun d’eux avec Katia.
« … »
Forcément.
Du point de vue de Katia, la situation était on ne peut plus déplaisante.
Elle longeait le bord de la falaise qui surplombait la gorge, martelant les pieux dans le sol comme pour évacuer sa colère.
Comment devait-elle appeler ce qu’elle ressentait, au juste ?
Elle ne supportait pas qu’Aiden soit avec quelqu’un d’autre qu’elle. Elle avait parfaitement conscience de son désir de le posséder.
Était-ce donc de la jalousie, parce qu’elle voulait prendre la place de Noel ?
Mais cette définition ne convenait pas tout à fait non plus.
Je ne sais même pas vraiment ce qu’est une épouse…
Le mariage, par définition, ne consistait-il pas à accueillir une personne extérieure dans sa famille ?
Mais Katia elle-même ignorait si elle le voulait vraiment.
Et puis, pour elle, la famille, c’était…
« … »
Katia se figea lorsqu’une douleur lui serra le cœur, tout au fond de sa poitrine.
Ah.
Dangereux.
En prenant conscience de ce qui se passait, elle réprima calmement le Pouvoir divin qui affluait en elle.
Même dans un corps incapable de rien ressentir, certaines choses troublaient parfois son esprit au-delà de cette absence de sensations.
Les émotions.
L’humiliation. Le mépris. La honte.
Parmi les violentes manifestations de l’esprit qui se dessinaient le plus nettement au-delà de ces souvenirs troublants, il y en avait une qu’elle pouvait nommer.
La rage.
Une rage noire, si féroce qu’elle semblait vouloir lui déchirer l’esprit et blanchir sa raison.
Pour Katia, le mot « famille » ne faisait que déclencher ce sentiment.
Son corps tressaillit. Sa respiration était sur le point de s’emballer.
… Ami.
Avant qu’elle ne songe à ce mot, son état avait été si grave que des flammes auraient pu jaillir autour d’elle sans qu’elle s’en aperçoive.
Aiden.
Aiden Kellermain.
Cet homme était son ami.
Pas sa famille.
« … »
En se répétant ce mot, Katia parvint de justesse à retrouver son calme et inspira profondément.
Oui. D’une certaine manière, tenter d’éloigner Cœur de lion de lui, c’était donc l’aider.
Ne le libérait-elle pas de ces terribles entraves qu’on appelait la famille ?
Alors, si elle revoyait cette femme lui faire les yeux doux, elle devrait intervenir par tous les moyens pour être satisfaite…
« Vous ne pouvez pas courir plus vite ?! »
« Désolée, mais je suis à ma vitesse maximale ! »
« … »
Derrière Katia, Noel et Aiden surgirent de la forêt à toute allure, cramponnés l’un à l’autre. Une panique inhabituelle se lisait sur leurs visages.
Les yeux de Katia se plissèrent aussitôt lorsqu’elle vit Noel porter de nouveau Aiden sur son dos comme un vulgaire bagage, exactement comme la dernière fois.
Elle venait à peine de penser combien il était déplaisant de les voir collés l’un à l’autre…
« Qu’est-ce que vous deux, vous… »
Avant que Katia puisse poursuivre, les yeux étincelants de fureur, Noel la souleva vivement et la jeta sur son épaule.
Tout se passa si naturellement que Katia n’eut pas le temps de résister. Elle pendait comme un sac sur l’épaule gauche de Noel, les yeux écarquillés.
« Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qui se passe ?! »
Elle interrogea Aiden, qui était suspendu à l’épaule droite de Noel, et reçut une réponse essoufflée.
« Je vous expliquerai plus tard, mais tirez d’abord ! »
« … ? »
Elle se demanda aussitôt sur quoi elle était censée tirer, mais apparemment, nul besoin de lui en dire davantage.
Elle comprit rapidement ce qu’ils fuyaient.
Une bête magique jaillit du bas de la pente, à côté d’eux.
Oui, « jaillit » était le mot juste.
Elle avait dû prendre appui contre le bord de la pente et se hisser. Mais la puissance absurde de ses pattes l’avait propulsée dans les airs comme si elle avait été tirée d’un canon.
En voyant le pan de colline où elle se tenait un instant plus tôt s’effondrer sous le seul effet de la poussée des pattes de la bête magique, Katia resta bouche bée.
C’était une bête magique quadrupède qui ressemblait à un prédateur félin.
Mais comparer cette chose terrifiante à un simple prédateur aurait été une véritable insulte.
Pour commencer, Katia n’était même pas sûre qu’il s’agisse d’une créature vivante pouvant être classée parmi les prédateurs.
Elle était aussi grande que deux maisons réunies. Ses membres, semblables à des barres d’armature, ondulaient de muscles féroces.
La violence primale qui émanait de tout son corps par vagues faisait d’elle, à vrai dire, un véritable char vivant.
Le sol tremblait à chacun de ses mouvements.
En la voyant, Katia s’en rendit compte une fois de plus.
La bête magique qui avait grandi à partir du corps de la jeune dame ducale, tout à l’heure, n’était que…
… Rien du tout.
Ce monstre figurait parmi les bêtes magiques les plus puissantes qui soient.
C’était le genre de créature qui faisait fuir de terreur les autres bêtes magiques, pourtant guidées par leur seul instinct.
À mesure que ces constats s’imposaient à elle, Katia pinça les lèvres.
« … Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Aiden avait une réponse très précise à lui donner.
⊙ Faucheur d’âmes [Enragé]
Une bête magique qui règne au sommet de l’écosystème parmi les bêtes quadrupèdes de la Zone du Vide. Très peu de créatures, hormis les dragons, peuvent rivaliser avec ses seules capacités physiques, et elle les surpasse même dans certains domaines.
Elle possède une intelligence et une fierté suffisantes pour tenir une conversation, mais, pour une raison inconnue, elle est entrée dans un état de frénésie. Incapable de réfléchir correctement, elle se montre hostile envers tout ce qui se trouve devant elle.
- Arme : corps entier
- Points forts : mobilité au sommet de celle des bêtes magiques, défense plus résistante que des écailles de dragon, vitalité frisant l’immortalité
- Points faibles : aucun
Bien sûr, plutôt que de débiter de telles caractéristiques absurdes, Aiden jugea préférable de garder la bouche fermée.
Le Faucheur d’âmes atterrit dans un cri strident, comme du métal raclant une plaque d’acier. Ses quatre pattes se mirent de nouveau à labourer le sol à une vitesse terrifiante, et la pression du vent dispersa toute la poussière avant même qu’elle ait eu le temps de s’élever.
Il était clairement plus rapide que Noel, même si elle utilisait sa capacité pour courir à pleine vitesse !
« … Ha. »
À ce stade, Katia ne put s’empêcher d’éprouver une profonde sympathie pour Aiden, qui lui avait demandé de remettre les explications à plus tard et de tirer d’abord.
Le Pouvoir divin afflua dans tout le corps de Katia.
Une quantité colossale de Pouvoir divin vibrait en elle, au point qu’on aurait pu la qualifier, avec Cœur de lion, de véritable centrale électrique ambulante.
Lorsqu’elle forma un mudra, son Pouvoir divin s’aiguisa davantage. Tous les membres de la famille royale du Saint-Empire Craven s’entraînaient assidûment à l’Art de la flamme sacrée de Katia, qui leur permettait d’employer leurs capacités innées de manière plus destructrice.
Et Katia n’était pas du genre à être médiocre en matière de talent, pas seulement de puissance brute.
Des lames de Pouvoir divin, chargées d’une force de rotation, se formèrent tout autour d’elle. Capables de faire fondre et de transpercer sans peine d’épaisses plaques d’acier, elles filèrent droit vers les yeux du Faucheur d’âmes.
Aucune créature vivante ne pouvait renforcer des points vitaux comme ses yeux ou ses organes internes. Et les lames de Pouvoir divin de Katia, qui frappèrent ces points faibles avec une précision parfaite…
Rebondirent dans une pluie d’étincelles.
Katia resta bouche bée.
Ce n’était pas que l’attaque n’avait causé aucun dégât. Le Faucheur d’âmes, qui chargeait avec une violence déchaînée, poussa un rugissement de douleur et ralentit légèrement.
« … J’ai bien vu ce que je viens de voir ? »
Forcément.
Il était insensé qu’une attaque lancée par un membre de la famille royale du Saint-Empire, comptant parmi ses combattants les plus puissants, atteigne un point vital et se contente de ralentir sa cible.
Les doigts de Katia tremblèrent légèrement, spectacle rare. Son orgueil en prit un coup.
Non, c’était pire qu’une simple blessure d’orgueil.
Cette attaque aurait infligé des dégâts équivalant à une mort instantanée à n’importe quel utilisateur de capacités, même assez puissant. Et cette chose l’avait reçue en plein œil sans subir de véritable dommage ?
« … Comment est-ce qu’on est censés tuer ce truc ? »
La question lui échappa tout naturellement.
Elle comprenait enfin pourquoi même Cœur de lion, qui s’était illustrée pendant la guerre de la Coalition, fuyait sans pouvoir se défendre.
Mais Aiden lui répondit comme si de rien n’était.
« Tout va bien. De toute façon, on ne peut pas le tuer ! »
« … Quoi ? »
« Je n’avais pas l’intention de le tuer ! »
Ce n’était pas une immortalité aussi désespérante que celle de Katia, mais le système avait tout de même comparé ce monstre aux dragons.
Les écailles de dragon étant considérées comme le symbole d’une défense impénétrable, même avec Cœur de lion et Vœu de mort à leurs côtés, ils manqueraient de puissance de feu pour le tuer.
Le tuer n’avait jamais été une option.
« Alors, qu’est-ce que vous comptez faire ? Dites-nous votre plan ! »
Heureusement, Aiden avait une réponse claire au cri presque paniqué de Noel.
« Je vais l’apprivoiser ! »
« … »
« … »
Noel et Katia regardèrent Aiden en même temps, l’air absent.
« … L’apprivoiser ? »
« Oui ! »
« … Ça ? »
« Oui ! Je vais l’élever ! »
« … »
« Mon but, c’est de le chevaucher ! »
À ce stade, elles n’osaient presque plus rien demander.
… Maintenant que j’y pense.
Cet homme.
Il avait vraiment perdu la tête, ces derniers temps.
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