Chapitre 60
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Traductrice/éditrice : Natty
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Chapitre 60 : Détoxification (2)
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Si l’on demandait quel mot était le plus célèbre pour désigner Rendal Dreyfus Aslan, beaucoup répondraient « Sang-de-fer ».
Ce surnom lui était sans doute venu naturellement, tant il avait toujours traité chaque affaire avec franchise, professionnalisme et dans l’intérêt général.
Quiconque connaissait sa réputation aurait donc été stupéfait de le voir ainsi.
« Plus vite ! »
À cet ordre glacial, le cocher tressaillit et accéléra.
Tandis que la voiture filait à toute allure sur le chemin de terre, le Grand-duc Aslan se frotta les mains tremblantes.
Une série de réactions qui aurait laissé perplexe quiconque connaissait sa réputation.
Mais, comme Aiden l’avait compris depuis longtemps, le Grand-duc Aslan tenait profondément à sa famille.
Et il se trouvait à présent dans une situation où il ne pouvait que s’inquiéter.
« … »
Réprimant l’envie de presser une nouvelle fois le cocher, le Grand-duc ferma les yeux.
… Liza.
Un peu plus tôt, le Grand-duc Aslan avait vu plusieurs photographies qu’on lui avait envoyées.
Ces curieux objets avaient été livrés par un inconnu, mais ce qu’ils montraient était d’une clarté effroyable.
On y voyait quelqu’un injecter une drogue inconnue à Liza Aslan.
Il avait demandé à Aiden de lui faire reprendre ses esprits, mais l’Aiden qu’il connaissait n’était pas du genre à s’y prendre ainsi. De plus, Aiden n’avait pas eu le temps de prendre ces photos et de les envoyer.
Avant l’arrivée du groupe d’Aiden, un « tiers » avait forcément fait quelque chose à Liza.
Il ignorait dans quel but et ce qui s’était passé ensuite, mais une chose était certaine.
Un terrible malheur avait frappé sa famille.
C’est pourquoi, dès qu’il avait entendu un grondement de tonnerre à l’approche de son territoire, le Grand-duc Aslan avait pratiquement arraché la portière de la voiture avant de bondir dehors.
« … ! »
Quelque chose de grave était en train de se produire. Cette pensée envahit l’esprit du Grand-duc tandis qu’il se précipitait en avant.
Il avait quitté le front, mais ses sens d’utilisateur de capacités étaient toujours aussi affûtés. Il ne lui fallut pas longtemps pour atteindre la source du bruit.
Et le spectacle qui s’offrit à lui le pétrifia.
Le groupe d’Aiden faisait face à une créature, au milieu d’une zone si saturée de ki et de divinité qu’ils semblaient recouvrir les environs.
Au cœur du champ de bataille se tenait une bête magique qui avait vaguement conservé les traits de Liza.
« … »
Luttant contre le vertige qui menaçait de le submerger, le Grand-duc Aslan observa la bête magique. Comme si elle avait senti son regard, elle tourna les yeux vers lui.
C’était le visage de Liza.
Mais cette chose n’était pas la fille qu’il connaissait. Son regard était empreint d’une telle soif de meurtre qu’il comprit aussitôt.
Une bestialisation.
Un frisson lui parcourut l’échine. Des années passées à chasser les bêtes magiques lui apprirent exactement ce qu’il avait sous les yeux.
Ce phénomène ne touchait qu’un infime nombre de soldats aguerris, ceux qui avaient survécu des décennies à la Nuit de la Chasse. Leur corps se transformait, comme si leur espèce était passée de l’humanité à celle des bêtes magiques.
Ceux qui atteignaient cet état perdaient toute raison et se déchaînaient jusqu’à leur mort.
Ce qui signifiait que…
« … »
Sa fille devait mourir.
Sa mort était déjà certaine.
Alors que le vertige menaçait de l’emporter à cette pensée, Lionheart passa à l’action.
« Je suis d’accord, on ne peut pas la tuer, mais qui peut bien demander à quelqu’un de foncer à mains nues sur un truc pareil ?! »
Les larmes aux yeux, Noel lança sa plainte avant de se précipiter sur la Dame.
… On ne peut pas la tuer ?
Le Grand-duc Aslan fixa Lionheart, abasourdi.
Puis il tourna la tête vers le jeune homme qui avait apparemment donné cet ordre.
« Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? »
Aiden Kellermain adressa un sourire crispé à Lionheart, qui protestait.
« Si on la tue, on ne pourra pas la soigner. »
Soigner une bestialisation ?
Le Grand-duc restait pétrifié devant ces paroles insensées quand Noel poussa un cri presque strident et se rua sur la Dame.
« Je vais vraiment mourir avant l’heure ! »
Le regard de la Dame se fixa aussitôt sur Noel. Ses huit pattes s’abattirent sur elle sans lui laisser la moindre ouverture. L’attaque balayait une zone trop vaste pour qu’il soit possible de l’esquiver.
La force du coup aurait suffi à déchiqueter une armure solide comme du carton.
Mais la capacité d’Aiden entra aussitôt en jeu.
Une lueur éclatante enveloppa les lieux, puis le ki blanc pur se répandit comme une brume.
À mesure que le ki se mêlait au noyau de Pouvoir spirituel condensé, l’orbe lumineux se mit à briller d’un blanc encore plus pur. Une radiance si vive qu’elle blessait les yeux forma bientôt une barrière devant Noel.
Donner une forme à une capacité demandait déjà un effort considérable. Comme Aiden n’avait pas encore appris à maîtriser cette capacité, le résultat était assez grossier.
Ce qui rendait le résultat d’autant plus absurde.
Crac !
Des étincelles jaillirent tandis que les huit pattes-lames de la bête magique étaient repoussées. La bouche du Grand-duc Aslan s’entrouvrit.
Il les a arrêtées ?
Aiden avait manié cette capacité avec une grossièreté incroyable, et pourtant, il avait repoussé les huit pattes qui s’étaient abattues.
Tous les membres de la famille Aslan, qui chassait les bêtes magiques, connaissaient une règle fondamentale.
La règle la plus élémentaire pour affronter une bête magique était de combattre en mouvement et d’éviter ses attaques.
La raison était toute simple : les capacités physiques de base d’une bête magique surpassaient celles des humains capables d’utiliser des capacités.
Un utilisateur de capacités qui affrontait une bête magique au corps à corps, c’était comme un chiot qui tenterait de lutter contre un tigre.
Même la plus faible des bêtes magiques était un monstre capable d’abattre sans peine plusieurs apprentis chevaliers. Et une bête magique ayant pris l’apparence de Liza était un adversaire que même Lionheart, un monstre à sa façon, aurait dû éviter d’affronter directement.
Et pourtant…
L’attaque de la bête magique, lancée de toutes ses forces, avait été déviée par une barrière de capacité façonnée avec une telle maladresse.
Et ce n’était pas tout.
Le Grand-duc Aslan vit que certaines des pattes-lames qui avaient frappé la capacité s’étaient brisées. Il se mit à rire d’un rire creux, oubliant presque la situation.
Il savait que ces pattes-lames pouvaient trancher le diamant.
Et pourtant, elles étaient à présent dans cet état, comme si elles avaient heurté quelque chose de bien plus solide qu’elles.
… Mais à quel point est-ce dur… ?!
Il savait déjà qu’Aiden Kellermain possédait un talent particulier pour les capacités.
Parmi ceux qui savaient juger les gens, la rumeur courait qu’il avait mélangé le ki et la divinité. Et surtout, on avait consigné qu’il employait des techniques laissées par le Chevalier de l’Aube.
Mais il ignorait qu’Aiden cachait quelque chose qui dépassait même cela.
Combien de talents cet homme pouvait-il bien dissimuler ?
Grrr !
La bête magique, privée de ses moyens d’attaque, rugit. Noel était entrée à portée, et le ki jaillit de son corps. Fortifiée par l’augmentation explosive de ses capacités physiques, elle saisit Liza et la maintint fermement.
« Tenez-la ! »
La divinité jaillit alors du corps de Katia. Elle se lança à la suite de Noel et enveloppa la Dame. Sa chaleur réduite au minimum, elle entrava étroitement les pattes de la bête magique, comme un lasso.
Enfin, Aiden se précipita vers la Dame. Une autre capacité prit forme dans sa main.
« Attendez, vous… ! »
Revenu à lui, le Grand-duc ouvrit la bouche pour arrêter Aiden.
Ils avaient neutralisé la bête magique si vite et avec tant de précision que cela méritait des éloges. Mais Aiden avait l’air de vouloir la tuer, et le Grand-duc parla avant même d’avoir pu se retenir.
« Grand-duc. »
Ce fut tout ce qu’il obtint en réponse, accompagné d’un rire creux.
« Je ne suis pas assez fou pour obliger un père à regarder sa fille mourir sous ses yeux. »
La scène qui suivit fut tout à fait à la hauteur du nom de la capacité.
Une capacité née du mélange de la divinité et du Pouvoir spirituel.
Elle s’appelait « Purificateur ».
▣
Il se produisait bien des choses impossibles dans le monde. Mais il était évidemment rare d’en être témoin de ses propres yeux.
À cet égard, Rad se demanda s’il ne serait pas temps d’acheter un billet de loterie.
Rad assistait à une scène qu’il n’aurait jamais cru voir de son vivant.
Liza, plaquée au sol et se débattant pour résister, se calmait peu à peu sous l’effet de la capacité qu’Aiden libérait du bout des doigts.
Et ce n’était pas seulement sa résistance qui faiblissait.
Les signes évidents de bestialisation qui couvraient son corps étaient en train d’être entièrement soignés.
Les pattes-lames qui jaillissaient de son dos rétrécirent.
Elles devinrent petites et flasques, puis disparurent comme si elles retournaient à l’intérieur du corps de la Dame, dont elles s’étaient servies comme hôte pour puiser leurs nutriments.
Une humaine au stade avancé de la bestialisation, pour qui la mort était la seule issue, retrouvait un état « normal » simplement parce qu’Aiden avait fait surgir une capacité et l’avait touchée.
Noel, qui maintenait le corps de la Dame, Katia, qui lui avait solidement entravé les pattes, et le Grand-duc Aslan, qui ne pouvait que regarder en silence, affichaient tous une expression similaire.
La stupeur.
« … Je ne crois même pas qu’un grand prêtre spécialisé dans la guérison, au Saint-Empire Craven, puisse accomplir une telle chose. »
Rad approuva de tout cœur les paroles de Katia, prononcées dans un grognement.
Rad trouvait aussi lamentable que Katia s’en soit tenue à une comparaison aussi limitée.
Un soin ?
Non. Ce n’était pas un phénomène qu’on pouvait expliquer avec un mot aussi dérisoire.
Les capacités étaient des pouvoirs divins accordés aux humains. L’énergie démoniaque, même si elle provenait de la capacité du dieu scellé Wornil, appartenait à la même catégorie.
De ce point de vue, la bestialisation des humains exposés à l’énergie démoniaque était un phénomène régi par le pouvoir de Wornil. Le fait qu’elle ne s’arrête qu’à la mort l’était aussi.
Comme un objet qui tombait du haut vers le bas, c’était l’une des lois qui composaient le monde. Quelque chose de si naturel qu’il semblait absurde de le remettre en question.
Autrement dit, cet homme n’avait pas seulement accompli l’acte insensé de mélanger des capacités à sa guise.
Un humain venait d’inverser le pouvoir d’un dieu.
« … »
C’était une aberration qui méritait pleinement le nom de miracle.
C’était impossible.
Et pourtant, ce que Rad voyait était indéniablement réel.
… Non.
Rad laissa échapper un rire creux et s’essuya le visage.
Quel genre de monstre est-ce ?
Quand le Prince lui avait ordonné de reprendre l’enquête sur Aiden depuis le début, Rad ne l’avait pas pris très au sérieux.
Rad considérait Aiden comme une variable assez inquiétante, mais pas au point de justifier autant de méfiance.
Mais en voyant cette scène, Rad changea d’avis.
Jusqu’à récemment, ce truc n’était qu’une personne ordinaire, pas vrai ?
Rad avait une grande confiance en son propre jugement, et c’était pourquoi il en était certain.
Cet homme avait bel et bien été quelqu’un d’ordinaire, sans rien de particulier. En étudiant les dossiers, en examinant son passé et même en le rencontrant en personne, Rad en avait été convaincu.
Rad pensait qu’Aiden n’était qu’un humain ordinaire qui avait eu la chance de tomber sur une aubaine et qui finirait bientôt par dilapider tout ce qu’il avait obtenu.
Mais qu’est-ce que c’était que ça ?
Quelques mois à peine s’étaient écoulés. Combien de capacités absurdes possédait-il à présent, comparé à l’époque où il n’était qu’un homme ordinaire, une coquille vide qui n’avait rien ?
Sa vitesse de progression était insensée.
… Il faut vraiment que je le dissèque pour l’étudier.
Que cachait cet homme ? À quoi était-il lié pour grandir à une vitesse aussi monstrueuse ?
Rad devrait enquêter sur Aiden en profondeur.
Sur cette pensée, Rad se dissimula derrière le rideau de ténèbres qu’il avait déployé avec son énergie démoniaque.
Ses origines, sa manière de manier les capacités et…
Quand Rad décidait d’entreprendre quelque chose, il allait toujours jusqu’au bout.
Comptant bien lui arracher des informations qu’Aiden lui-même ignorait, Rad ferma les yeux sans bruit.
Heureusement, la magie noire que Rad pouvait manier grâce à l’énergie démoniaque comprenait plusieurs sorts capables de le transporter loin d’ici sans difficulté, même au milieu de ce chaos.
… Je n’ai pas obtenu le résultat escompté.
Rad devrait abandonner tous les plans qu’il avait préparés, mais il savait désormais ce qu’il lui restait à faire.
Au moins pouvait-il décider d’écarter cette menace terrifiante avant qu’elle ne grandisse davantage.
C’est ce que Rad pensait.
« Excusez-moi, ministre de l’Administration. Où partez-vous donc si vite ? »
« … ? »
Il le pensait, jusqu’à ce qu’une voix retentisse soudain juste à côté de lui.
À ces mots, une main traversa le rideau de ténèbres, l’empoigna par le col et le tira à l’extérieur.
« … ! »
Lorsque Rad leva les yeux, le visage déformé, il vit…
« Ou devrais-je vous appeler le Marionnettiste ? »
Aiden Kellermain se tenait là, une main crispée sur le col de Rad et un sourire glacial aux lèvres.
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