Chapitre 53
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Copier les compétences avec affinité ! ◈
Chapitre 53 : Tumulte (2)
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« … Je ne me souviens pas avoir envoyé de curriculum vitæ. »
rétorqua Aiden.
… Son ton était si mordant que Noel, qui l’observait tranquillement à côté de lui, faillit se frotter le front sans même y penser.
Après tout, il était du genre à chercher querelle aux membres de la famille impériale dès qu’il en avait l’occasion. Un grand-duc ne ferait sûrement pas exception.
Ce qui surprenait, ce n’était pas l’attitude provocatrice d’Aiden, mais le calme avec lequel le grand-duc l’acceptait.
« Je sais depuis longtemps que tu manques de manières avec les gens que tu n’aimes pas, quels qu’ils soient. »
Le grand-duc rajusta ses vêtements en parlant.
« Si ces enfants avaient eu l’air sur le point de mourir, je les aurais sauvés moi-même. Ne t’en préoccupe pas. »
« … »
Aiden l’écouta en silence, puis lui répondit avec la même franchise.
« … Je ne comprends toujours pas pourquoi vous avez organisé tout ça. »
« Je voulais savoir si tu étais un imbécile qui avait obtenu du pouvoir par chance, ou quelqu’un dont les convictions étaient véritablement solides. »
« Pardon ? »
« Tu étais un orphelin de guerre, n’est-ce pas ? Des bas-fonds. Tu n’es devenu célèbre que récemment. »
« … »
Le grand-duc poursuivit d’un ton égal tandis que le froncement de sourcils d’Aiden s’accentuait.
« Quand la situation de quelqu’un change brusquement, il n’est pas rare que sa véritable nature s’en trouve brouillée. Je voulais simplement vérifier si tu étais aussi superficiel. »
« … En enquêtant sur mon passé et en poussant des enfants innocents à se mettre en danger ? »
Aiden répondit sèchement, mais le grand-duc se contenta de sourire.
« Alors, ça en valait la peine. J’ai trouvé quelqu’un qui me plaît. »
« … »
C’était un adversaire redoutable.
Aiden médita cette impression.
En voyant avec quelle aisance le grand-duc laissait passer chaque pique, il ne pouvait que le penser.
« … Quoi qu’il en soit, ça ne m’explique rien. Pour quel poste voulez-vous m’engager, et qu’attendez-vous de moi ? »
« Sais-tu pourquoi le duché Aslan se trouve au nord ? »
Bien sûr qu’il le savait.
C’était la porte par laquelle toutes sortes d’esprits maléfiques et de bêtes magiques franchissaient la frontière septentrionale pour pénétrer dans l’Empire.
Ce n’était pas pour rien qu’on l’appelait le bouclier de l’Empire.
« Alors, ce sera plus facile à expliquer. »
Le grand-duc ajouta avec un doux sourire :
« Tous les dix ans, des démons et des bêtes magiques déferlent de là-bas, et l’enfer se déchaîne. On appelle ce jour la Nuit de la Chasse. »
« … »
« Je veux que tu m’aides à maîtriser la situation. »
… C’était sans conteste le début du chapitre deux.
« … Vous n’avez pas vos propres enfants ? J’ai entendu dire qu’ils étaient tous des guerriers accomplis. Vous pourriez sûrement leur confier cette tâche… »
« Ces abrutis ? Tu voudrais que je leur fasse confiance pour ça ? »
« … »
« Dès que j’ai commencé à faiblir, ces idiots ont essayé de s’emparer de mon titre. Je ne peux pas leur confier une mission aussi importante. »
« … Même ainsi, ils sont sûrement plus qualifiés que moi. »
Tandis qu’Aiden tentait de protester malgré cette évaluation impitoyable, le grand-duc étala plusieurs photographies sur la table.
Les images étaient assez frappantes pour faire tressaillir Aiden et Noel.
Aiden y maniait le ki blanc pur, le Pouvoir divin et même le Pouvoir spirituel.
On y trouvait aussi des images où il utilisait les techniques du Chevalier de l’Aube, lors de son récent combat contre le Lord Protecteur.
« Tu es une denrée très recherchée, le mari de Lionheart. »
« … »
« Un homme capable de manier plusieurs pouvoirs, qui plus est lié au Chevalier de l’Aube… »
Le grand-duc leva les yeux des photographies et fixa Aiden.
« Tu es un talent qui ferait saliver tout le continent et que chacun s’empresserait de réclamer, pas seulement l’Empire. On dirait que cet empereur de malheur essaie désespérément d’empêcher quiconque de te prendre, tout en étouffant l’attention dont tu fais l’objet. »
Le grand-duc poursuivit calmement :
« Alors, prépare-toi et viens dans mon territoire. J’ai une contrepartie que tu ne pourras pas refuser. »
« … »
« Un mandat céleste approche, le mari de Lionheart. »
Le corps d’Aiden tressaillit.
À bien y réfléchir, il avait déjà entendu ces mots.
Un mandat céleste approche, monsieur Aiden.
… Le prince lui avait dit la même chose.
Avant qu’Aiden ait pu se demander pourquoi le grand-duc venait d’employer ces mots, celui-ci poursuivit :
« L’Empire va bientôt être sens dessus dessous. La poudrière est déjà pleine, et quelqu’un y joue avec le feu. Cet empereur de malheur a beau avoir bien des défauts, il a lamentablement échoué à élever ses enfants. »
« … »
« Les nobles conservateurs fidèles à l’Empereur, les nobles radicaux proches du prince et les officiers militaires ralliés à moi. Ces factions divisent le monde politique de l’Empire en trois. Le savais-tu ? »
« … Je n’ai pas particulièrement envie d’assister à un cours. »
« Tu n’as pas besoin de le savoir. Ce que je viens de dire, c’est toute l’offre que je te fais. »
« Pardon ? »
« Toi et le prince ne vous entendez pas très bien, n’est-ce pas ? »
« … »
« Je t’aiderai à régler ça. »
La voix du grand-duc Aslan resta posée.
« Moi, qui dirige la plus grande faction de l’Empire après l’Empereur et le prince. »
Mais la suite ne laissait aucune place au doute.
« Je t’aiderai moi-même à trancher la tête de ce prince de malheur. »
… Difficile de refuser une telle offre.
▣
Un train bien conçu, surtout en première classe, offrait naturellement un confort exceptionnel.
C’était un espace aménagé pour que les riches puissent voyager à leur aise. Évidemment.
Du moins, ça aurait dû être le cas.
« … »
« … »
Le sang glacé, Aiden regarda tour à tour les deux personnes assises avec lui dans le compartiment.
Noel et Katia fixaient toutes deux la fenêtre avec une telle intensité que cela en devenait gênant.
C’est étouffant.
Assis à sa place, Aiden se mit à avoir des sueurs froides en songeant à cela.
Elles n’avaient jamais semblé particulièrement proches, mais la situation était bien pire à présent. Aucune ne disait un mot ni ne cherchait le regard de l’autre. Quand leurs yeux se croisaient par hasard, elles détournaient brusquement la tête avec une raideur presque artificielle.
Elles ont toutes les deux l’air contrariées.
Noel semblait contrariée que Katia les ait suivis sans rien dire, tandis que Katia semblait contrariée qu’ils soient sortis tous les deux sans rien lui dire.
… Elles étaient pourtant assez grandes pour mieux se conduire. Qu’est-ce qu’elles fabriquaient ?
Pour Aiden, il était complètement absurde de voir la plus grande chevalière représentant la puissance militaire d’une nation et une princesse se comporter ainsi.
Autant faire quelque chose de plus utile que de ruminer là-dessus.
Sur cette pensée, Aiden mit de l’ordre dans les informations qui lui venaient à l’esprit, une par une.
La branche décisive de la quête principale…
À vrai dire, il aurait menti s’il avait prétendu que les paroles inattendues du grand-duc ne le préoccupaient pas.
N’avait-il pas réagi comme s’il connaissait déjà le coup d’État final, point culminant du premier acte, la Faille de la capitale impériale ?
… Pourquoi ?
C’était la question qui le taraudait le plus.
Le grand-duc Aslan n’avait aucune raison d’aider Aiden. Il n’était pas non plus particulièrement proche de l’Empereur.
À vrai dire, le grand-duc méprisait tous les membres directs de la famille impériale, l’Empereur et le prince compris, les jugeant incapables et pourtant couronnés.
Fervent partisan de la méritocratie, le grand-duc Aslan était un stratège et un dirigeant ambitieux, doté d’un talent exceptionnel pour rallier les gens à lui.
N’était-ce pas exactement le genre d’homme qu’était le grand-duc Aslan ?
Après tout, si le coup d’État avait eu lieu dans l’œuvre originale, c’était précisément à cause de ces qualités du grand-duc Aslan.
… Dans l’œuvre originale, n’était-ce pas le grand-duc Aslan qui avait déclenché les hostilités ?
Le grand-duc Aslan était le grand méchant original de la fin du premier acte.
À présent, l’histoire principale était déjà complètement embrouillée. La personne la plus susceptible de fomenter un coup d’État était le prince, qui aurait dû arrêter le grand-duc Aslan ; et voilà que le grand-duc, le méchant d’origine, proposait de l’aider à l’arrêter.
« … »
À y regarder de plus près, les choses avaient sans doute mal tourné parce que le grand-duc Aslan était malade, contrairement à l’œuvre originale, tandis que ses enfants, qui auraient dû l’aider à fomenter le coup d’État, convoitaient sa place. Le grand-duc Aslan devait avoir l’impression qu’une hache à laquelle il faisait confiance venait de lui tomber sur le pied.
Cela expliquait probablement en grande partie pourquoi le grand-duc s’était approché d’Aiden en disant qu’il lui plaisait.
… À bien y penser.
Aiden se tapota le menton, plongé dans ses réflexions.
Le grand-duc Aslan était lui-même une véritable mine de compétences, comparable à Noel ou Katia.
Bien sûr, en matière de maniement des pouvoirs, il y avait à peine quelques personnes sur le continent capables de rivaliser avec ces deux-là. Mais les compétences ne se limitaient pas à celles liées aux pouvoirs.
Pour ce qui était des compétences de soutien permettant de se tirer de situations difficiles, le grand-duc Aslan leur tenait tête.
Il n’avait rien à perdre à augmenter son affinité.
Et si l’on rassemblait tous ces éléments, la situation actuelle se résumait simplement.
Ce n’est pas l’occasion rêvée de tirer jusqu’à la dernière compétence du grand-duc ?
… Pour Aiden, c’était une occasion en or.
« Nous sommes arrivés. »
Tandis qu’il poursuivait ses réflexions, la voix calme de Noel l’interrompit.
« Voici le duché Aslan. »
Le train descendait une pente, de l’autre côté d’une haute colline.
Le point de vue était assez élevé pour offrir une excellente vue sur les environs.
Au-delà, une vaste cité se déployait comme un panorama.
« … Waouh. »
C’était immense.
Absolument gigantesque.
Ce fut la première impression d’Aiden.
Il avait déjà visité le palais impérial, mais c’étaient ses dimensions imposantes et sa grandeur qui l’avaient marqué. Il n’y avait pas éprouvé cette sensation écrasante d’immensité.
Une cité colossale s’étendait au-delà de l’horizon. À elle seule, sa superficie en faisait le plus vaste territoire noble du continent, disait-on.
La plus grande forteresse de l’Empire, surnommée son second cœur aux côtés du palais impérial. Le duché Aslan.
Et le cadre du chapitre deux : la Nuit de la Chasse.
C’est absurde.
Pas étonnant que le grand-duc soit considéré comme le premier des grands nobles de l’Empire.
Tandis qu’Aiden faisait claquer sa langue intérieurement, le train eut soudain un soubresaut en descendant la pente.
La crête qui emplissait son champ de vision disparut.
« Hein ? »
Quelque chose d’étrange traversa le bord de son champ de vision.
« Qu’est-ce que… »
Aiden leva les yeux vers le ciel, la tête penchée.
D’innombrables formes sombres recouvraient les cieux, des choses qu’il n’avait jamais vues.
Au début, il crut à de simples nuages d’orage, mais en y regardant de plus près, il en vit la différence.
Les nuages d’orage n’avaient pas des contours aussi nets, comme s’ils découpaient le ciel en zones distinctes.
Et ils ne répandaient pas sans cesse une épaisse brume noire, poisseuse comme du goudron et assez dense pour aveugler quelqu’un.
« Ah, ça doit être la Zone du Vide. C’est la première fois que je la vois de mes propres yeux. »
Katia parla à voix basse en observant le ciel noir, à peine visible au-delà de cette étendue gelée.
« J’ai entendu dire qu’aucun être humain vivant sur le continent ne pouvait y pénétrer. Pourtant, ils ont bâti un duché juste à côté et y vivent. »
C’était là qu’avait été scellé le corps de Wornil, le Dieu de la Dévoration vénéré par les démons.
C’était le tombeau où tous les dieux du Panthéon s’étaient unis pour sceller cette divinité.
Des siècles s’étaient écoulés depuis sa découverte, mais l’énergie mortelle qui l’entourait ne montrait aucun signe d’affaiblissement.
Une personne ordinaire qui s’en approchait mourait à coup sûr. Même quelqu’un doté de pouvoirs puissants ne pouvait espérer y rester sans en subir les effets.
À vrai dire…
À bien y réfléchir, ce n’était pas tout à fait exact.
Si le duché se trouvait ici, c’était justement à cause de cela.
Et si la plupart des habitants avaient rempli les lieux de bâtiments rituels et religieux, tout en acceptant un niveau de civilisation relativement bas, c’était également à cause de cela.
Aiden avait entendu dire que, même sans ces mesures, l’influence de la Zone du Vide perturberait jusqu’à la vie des habitants de l’Empire, qui faisait office de bouclier au nord.
« Allons-y. »
Tandis qu’il assimilait toutes ces informations, les paroles de Noel lui parvinrent soudain.
Dans un cliquetis, le train ralentit progressivement.
« … »
Aiden prit une profonde inspiration.
Eh oui.
Le chapitre deux commença maintenant.
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