Chapitre 51
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Traductrice/éditrice : Natty
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Chapitre 51 : Sortie
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La gêne était revenue au galop.
Peut-être parce que c’était la première fois qu’ils se retrouvaient « à titre personnel », sans que leur contrat y soit pour quelque chose.
« … »
« … »
Noel et Aiden se faisaient face en silence.
Aiden s’était habillé un peu plus soigneusement que d’habitude, mais Noel, elle, avait manifestement mis tout son cœur à se préparer de la tête aux pieds.
… N’était-ce pas elle qui s’était présentée en uniforme à un banquet impérial ?
Reste calme.
Aiden prit une profonde inspiration, puis se lança.
Quoi qu’il en soit, Noel était loin d’avoir l’air calme.
Elle était complètement déboussolée, incapable de comprendre ce qu’elle faisait au juste.
… Ou alors, elle était morte de trac.
Dans tous les cas, il devait garder la tête froide.
Il y avait déjà réfléchi.
Plus quelqu’un éprouvait de l’affection pour lui, plus il devait se montrer prudent.
Plus ils se rapprocheraient, plus il serait difficile de rattraper les choses s’il commettait le moindre faux pas.
« Y a-t-il un endroit où vous aimeriez aller ? »
À ces mots, Noel reprit ses esprits et s’efforça de répondre.
« On pourrait aller au cinéma, ou manger quelque chose de bon… C’est bien ce qu’on fait lors d’un rendez-vous, non ? Je n’en suis pas sûre. »
« … Alors, commençons au moins par manger quelque chose ? »
« A-attendez un instant, je vous en prie ! J’ai préparé une liste ! »
« … »
Aiden resta bouche bée lorsque Noel tira un carnet de sous ses vêtements et le feuilleta à toute vitesse.
Bon, lui aussi s’était renseigné sur quelques activités classiques.
Mais cela n’avait rien à voir avec les listes qui remplissaient le carnet de Noel, couvertes de sa propre écriture, de cercles, de ratures et de notes.
Mais combien de temps avait-elle passé à préparer tout ça ?
Impressionné par son sérieux, Aiden la suivit sans protester jusqu’à un restaurant. Une fois sur place, il regarda autour de lui, le teint légèrement blême.
« … Lady Noel. »
« Oui ? »
« … Cet endroit n’est-il pas un peu trop chic ? »
Le restaurant où elle l’avait entraîné était clairement beaucoup trop cher pour quelqu’un comme Aiden.
Quand il ouvrit le menu d’une main tremblante, il découvrit des prix si exorbitants qu’il eut envie de bondir de sa chaise et de prendre la fuite.
Pour Aiden, qui avait vu jour après jour les finances du foyer mises à rude épreuve dans la petite maison où vivaient son père et sa sœur cadette,
« … »
les chiffres à eux seuls semblaient capables de lui provoquer une arythmie.
« Dois-je vous apporter tout ce qu’il y a sur cette page ? »
« Oui. Merci. »
« … »
Et Lady Noel n’eut aucun mal à tout commander.
… Encore.
Il l’avait constaté d’innombrables fois.
Même dans ce genre de petits détails, la différence sautait aux yeux.
Noel et Aiden vivaient dans deux mondes différents.
« Vous n’avez pas l’air bien. Quelque chose vous met mal à l’aise ? »
« … Non. »
Et il était d’autant plus étrange qu’une femme comme elle fût plus nerveuse que lui, scrutant attentivement ses réactions…
Sa simple présence ici le mettait déjà mal à l’aise, mais autre chose aggravait encore la situation.
… Qu’est-ce qu’elle fabrique, là-bas ?
Il sentait le regard de Katia lui transpercer le dos sans relâche.
Elle faisait tout son possible pour dissimuler sa présence, mais Aiden était suffisamment sensible pour repérer les autres détenteurs de Pouvoir divin. Il ne pouvait donc pas cesser de la sentir dans les parages.
Elle les avait suivis en secret jusqu’ici et les observait de loin.
« … »
À vrai dire, c’était largement suffisant pour le mettre sur les nerfs.
Quoi qu’il arrive, le lien que Katia entretenait actuellement avec lui était de l’Obsession. S’il laissait échapper une parole de trop, impossible de savoir comment elle réagirait.
Le mieux était de garder la conversation aussi naturelle que possible sans blesser Noel, tout en avançant sur une corde raide.
Franchement, il n’avait aucune idée de ce que Katia pourrait faire si les choses tournaient mal.
« Vous avez eu l’air très occupée ces derniers temps. Tout va bien ? »
Le sujet le plus simple était celui des affaires officielles. Katia ne réagirait pas beaucoup à ce genre de conversation.
« En fait, vous avez été plus difficile à gérer que le fait d’être occupée, Aiden. »
« … Pardon ? »
« J’avais beaucoup de choses à vous dire, mais n’est-il pas difficile pour nous de nous retrouver seuls ? Son Altesse Katia manque tellement de tact qu’elle ne vous laisse même pas un moment d’intimité… »
Il imaginait parfaitement les éclairs jaillir des yeux de Katia, derrière lui. Sans même se retourner, il sentait son regard lui transpercer le dos.
Aiden s’empressa de changer de sujet.
« Ça ne me dérange pas, alors ne vous en faites pas. Au fait, vous avez souvent été convoquée au palais impérial, ces derniers temps. »
Pour être honnête, Aiden était lui aussi curieux.
Le prince et le ministre de l’Administration comptaient faire profil bas et rester tranquilles pour le moment. Ils agissaient peut-être en coulisses, mais ils n’étaient pas en mesure de provoquer ouvertement de gros problèmes.
Pourtant, Aiden avait souvent vu Noel convoquée directement par l’Empereur pour discuter, ces derniers temps. Même sans être impliqué dans les affaires de l’État, il devinait aisément que quelque chose se tramait.
Noel poussa un profond soupir.
« La Maison ducale Aslan sème le trouble. »
Le nom fit tressaillir un sourcil à Aiden.
… La Maison ducale Aslan ?
Il connaissait bien cette maison.
Le bouclier qui protégeait l’Empire de la Zone du Vide, au nord. L’une des plus grandes maisons militaires de l’Empire.
Cœur de lion était la guerrière la plus puissante de tout l’Empire, mais juste après elle, on trouvait les membres de la Maison ducale Aslan. Cela suffisait à prouver son influence.
Aiden la connaissait aussi pour une autre raison.
Les personnages principaux du deuxième chapitre.
C’était la maison qui servait de décor principal au premier acte du deuxième chapitre : La Nuit de la chasse.
« … Il s’y est passé quelque chose ? »
« Eh bien… Des rumeurs circulent depuis quelque temps sur la santé du grand-duc Aslan. Le problème, c’est que tous les héritiers sont ambitieux. Tout le monde sait depuis longtemps que le jeune seigneur et la jeune dame ne s’entendent pas. C’est un conflit de succession tout ce qu’il y a de plus classique. »
« … »
Encore une fois, ces informations différaient de l’œuvre originale.
… Le grand-duc Aslan est malade ?
À l’origine, le deuxième chapitre était une quête où l’on devait, avec le grand-duc, éliminer la source des troubles causés par les bêtes magiques sur ses terres. Pourtant, les choses avaient encore été bouleversées jusqu’à leurs racines.
Ça ne me dit rien qui vaille.
Et si la maison se déchirait déjà autour de la succession, c’était le terrain idéal pour que le prince et le ministre de l’Administration, incapables d’intervenir ouvertement, s’en mêlent.
Comme le deuxième chapitre menait directement au troisième, le grand-duc Aslan et son territoire jouaient un rôle majeur dans le scénario.
Les propos de Noel n’étaient pas le genre d’informations qu’il pouvait balayer d’un revers de main.
« Mais surtout, Aiden… »
« … Oui ? »
« Pour l’instant, ce n’est pas important. »
Noel s’éclaircit alors la gorge, interrompant les réflexions d’Aiden avant qu’elles ne se poursuivent.
« Ici, maintenant, euh… »
Noel promena son regard autour d’elle en parlant avec hésitation.
À la voir se tortiller ainsi, on aurait dit qu’il lui fallait rassembler tout son courage pour prononcer ces mots.
« J’aimerais que nous parlions un peu de nous. »
« … »
« Nous ignorons tant de choses l’un sur l’autre. Après tout, nous allons devenir mari et femme. »
« … C’est vrai. Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez savoir sur moi ? »
Ce que souhaitait Noel n’avait rien d’étrange.
Aiden et Noel étaient liés par un mariage contractuel, mais ils ne savaient presque rien l’un de l’autre. Rien de bien étonnant à ce qu’elle veuille discuter…
« Je crois que je préférerais avoir un fils plutôt qu’une fille. Qu’en pensez-vous, Aiden ? »
Aiden se raidit.
Katia, qui les observait sûrement dans leur dos, devait être dans le même état.
« … C’était une question étrange ? »
« … Plutôt, oui. »
Ce n’était certainement pas le genre de question à poser lors d’un premier rendez-vous.
Surtout quand une invitée indésirable, qui ne supportait même pas de les voir ensemble, les écoutait à proximité.
Noel pâlit légèrement. Elle avait l’air de se creuser la tête pour trouver une meilleure question…
« Alors, devrais-je plutôt vous demander combien d’enfants vous aimeriez élever ? »
« … »
Je vous en prie.
Non.
À bien y réfléchir, cette femme semblait vraiment incapable de se retenir dès que la conversation touchait à ce genre de sujets…
« … Et si nous parlions d’autre chose, Lady Noel ? »
« Quels produits de puériculture devrions-nous utiliser ? »
… Pourvu qu’elle cesse de penser aux enfants.
Tandis qu’Aiden s’évertuait à esquiver des questions qui n’avaient rien à faire dans un premier rendez-vous, le regard de Katia se faisait de plus en plus perçant.
Il avait l’impression que son sang séchait à vue d’œil.
« … »
Je vous en prie.
Au secours.
Que quelqu’un me tire de cet enfer…
Alors qu’Aiden fermait les yeux en formulant cette pensée, un sauveur fit irruption dans le restaurant.
« À terre ! »
« Mettez votre argent là-dedans ! Tout de suite ! »
… Sous la forme d’hommes masqués pointant leurs armes à feu.
« … »
C’était arrivé sans prévenir, mais puisqu’ils l’avaient tiré de cette situation, les appeler ses sauveurs n’était pas tout à fait faux.
Les braquages étaient devenus assez rares, ces derniers temps. Surtout sous une forme aussi classique, avec des hommes masqués brandissant des armes à feu.
À une époque où l’on trouvait partout des gens capables de briser des rochers à mains nues grâce à leurs pouvoirs, les audacieux prêts à tenter ce genre de coup avaient naturellement diminué.
D’ailleurs, deux des personnes les plus puissantes du coin se trouvaient en ce moment même dans ce restaurant.
« À terre ! Bougez ne serait-ce qu’un orteil et je vous fais sauter la tête ! »
« Sortez tous vos portefeuilles ! Mettez tout dans le sac ! »
En voyant les hommes crier et agiter leurs armes, Aiden sentit que ses pensées étaient bien loin de la peur.
Tandis que les autres clients se jetaient au sol, pris de panique, son regard passait de Noel à Katia, puis revenait à Noel.
« Haa… »
Une veine saillante apparut sur le front de Noel tandis qu’elle soupirait.
Sous son souffle pulsait un ki si raffiné qu’il semblait s’être évaporé en une brume blanche.
« J’ai enfin réussi à trouver le courage d’organiser tout ça… »
« … »
Aiden eut des sueurs froides en regardant Noel, dont les yeux lançaient des éclairs terrifiants. Le couteau et la fourchette qu’elle tenait se froissèrent.
« Et voilà que ces fichus criminels débarquent sans la moindre jugeote… »
Il était un peu amusant de voir que sa colère visait moins la menace qui pesait sur les clients que l’interruption de leur rendez-vous. Mais tout de même.
Derrière lui, Katia gardait le sourire tout en raclant sa fourchette contre son assiette. Rac, rac. Elle n’avait pas l’air nerveuse le moins du monde.
Au contraire, Aiden commença peu à peu à se crisper.
… Qu’est-ce qu’elles vont faire ?
C’était surtout à cause de ça.
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