Chapitre 44
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Traductrice/éditrice : Natty
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Chapitre 44 : Audience au tribunal (2)
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Comme Meyer l’avait fait remarquer, le Pouvoir divin conférait un avantage écrasant contre les esprits. S’il avait exigé d’Aiden une grande puissance divine, c’était pour s’assurer de pouvoir les vaincre.
Le Saint-Empire Craven disposait même de départements et de personnel spécialement chargés des exorcismes. Leur expertise ne faisait aucun doute.
Il était naturel de se consacrer à ce que l’on faisait le mieux. De la même façon, le Saint-Empire Craven était la nation qui avait accumulé le plus de connaissances sur les esprits.
Voilà pourquoi…
« Oh, le Seigneur Protecteur a attaqué Lionheart parce que notre camp a fait quelque chose de mal ? »
« … »
« Vraiment ? »
« … »
« Ce n’est pas du tout ce que j’en pense. »
Cette déposition suffit à faire se prendre le visage dans les mains au ministre de l’Administration, accablé.
Une personne au sommet de son domaine était venue témoigner sur les esprits, précisément.
Et le problème était deux fois plus grave encore, puisqu’elle traitait tout ce qu’on lui disait d’inepties sans valeur, indignes même d’être écoutées…
… Même si je laisse faire.
Aiden se tapota la joue en regardant le ministre de l’Administration se faire démolir verbalement.
Si les choses continuaient ainsi, ils gagneraient haut la main.
Et il était tout aussi certain que personne ne les laisserait faire.
« Ne prenez-vous pas clairement parti, Votre Sainteté ? »
La remarque trancha soudain leur échange.
Elle n’était pas forte, mais avait assez de poids pour interrompre le ministre de l’Administration comme le Souverain pontife et attirer tous les regards.
« Si vous vous opposez à nous uniquement pour le plaisir de vous opposer, votre présence comme témoin à cette audience ne rime à rien. »
Le prince parla calmement.
Le Souverain pontife ricana de nouveau.
« Depuis quand êtes-vous aussi logiques ? »
« … »
« Vous voulez que je vous explique précisément ce qui cloche dans votre argument et que je le démonte point par point ? Vraiment ? »
… À y regarder de près, c’était un avertissement absolument glaçant.
Même si elle se comportait de façon aussi déraisonnable en tant que dirigeante d’un autre pays, elle se retenait encore. S’ils la poussaient vraiment à bout, elle ne pouvait pas garantir ce qui arriverait ensuite.
Mais son interlocuteur ne semblait pas prêt à céder si facilement.
« Si vous portez le Saint-Empire Craven sur vos épaules, vous devriez faire preuve de la dignité et de la conduite qui lui sied. »
Sans même ciller, le prince lui renvoya ses paroles.
« Ne vous laissez pas manipuler comme un pion. »
« … »
« Un dirigeant ne devrait-il pas se tenir au-dessus des autres, sans se laisser influencer par eux ? »
La bouche du Souverain pontife se tordit.
« Prince. »
« Oui, Votre Sainteté. »
« Si vous voulez me faire la leçon, commencez par porter un pays sur vos épaules. »
« … »
« Je vous l’apprends au cas où vous l’ignoreriez : l’héritier du trône n’est pas l’Empereur, quoi que vous en disiez. »
« … »
Le prince se tut. Le Souverain pontife descendit de l’estrade et s’approcha lentement de lui.
Elle arborait le sourire malicieux d’une enfant qui venait de trouver un jouet amusant.
« Vous. »
À peine eut-elle prononcé ce mot que le visage du prince se déforma.
Seul Aiden comprit la signification du Pouvoir divin qui s’élevait lentement autour du Souverain pontife.
C’était ce qu’il avait subi récemment : la pression qu’elle pouvait exercer en libérant simplement son Pouvoir divin.
Personne d’autre dans la salle d’audience n’en ressentait les effets, mais le prince devait probablement endurer la même expérience atroce qu’Aiden.
« Vous n’avez encore aucune responsabilité à porter. Compris ? »
« … »
« Avoir des principes, c’est bien, mais ne dépassez pas votre rang. »
Sur ces mots, elle fit un pas, puis un autre…
Le prince se mit à suer froid et s’effondra sur la table. Son visage livide montrait clairement à quel point il allait mal.
Malgré tout,
son regard levé ne cessa jamais de défier le Souverain pontife.
Comme s’il n’avait pas l’intention de retirer ce qu’il venait de dire.
« … »
« … »
Cette étrange confrontation, incompréhensible pour les personnes alentour, se poursuivit un instant.
Puis le Souverain pontife eut un petit rire et retira son Pouvoir divin.
Au même moment, le prince expira comme si son souffle lui avait été arraché.
Le Souverain pontife gloussa.
« Je vous donnerais soixante-dix points. Pas mal. »
« … Qu’est-ce que cela signifie ? »
« L’Empereur s’inquiète tellement pour son fils. Je vous taquinais un peu, c’est tout. »
Le regard du Souverain pontife glissa sur le côté.
« Si je n’avais pas récemment rencontré quelqu’un qui mérite quatre-vingt-dix points, vous m’auriez peut-être beaucoup plu, vous aussi. »
Son regard fila droit vers Aiden, qui soupira intérieurement.
… Cette femme, franchement.
Elle le félicitait ouvertement en le comparant au prince.
Il savait qu’elle se moquait de l’opinion des autres, mais combien d’incidents avait-elle provoqués en si peu de temps ?
Si elle n’était pas une amie proche de l’Empereur, il n’osait même pas imaginer l’ampleur du conflit diplomatique que cela déclencherait…
Pour couronner le tout, le Souverain pontife s’approcha d’Aiden et lui tendit le poing.
Alors qu’Aiden fixait d’un air absent ce poing, clairement tendu pour qu’il le cogne du sien, le Souverain pontife lui adressa un clin d’œil.
« Ça se fait, non ? »
« … »
… Elle faisait comprendre à tout le monde que tout ce qu’elle avait fait ici résultait d’une collaboration avec lui.
Avec cette seule remarque, chacun se souviendrait qu’Aiden avait un lien quelconque avec le Saint-Empire Craven.
Bien sûr.
… Appeler ça un service rendu serait généreux.
Il était évident que cette femme ne lui avait pas accordé ce bénéfice par pure bonté.
Ses paroles, prononcées les yeux brillants, le prouvaient assez.
« J’ai fait ma part, alors tenez votre promesse. »
Aiden eut un léger rire et effleura du poing celui du Souverain pontife.
Il n’aurait jamais cru échanger un salut aussi amical avec le dirigeant d’un pays.
« C’est largement suffisant. »
« Alors… »
Le Souverain pontife sourit de toutes ses dents et claqua des doigts.
Son corps fut enveloppé de Pouvoir divin, comme s’il allait la consumer. Quelqu’un qui ne connaissait pas cette énergie aurait pu croire qu’elle se faisait du mal, mais il s’agissait d’un déplacement spatial vers des coordonnées déterminées.
… Le Pouvoir divin pouvait aussi faire ça ?
Peut-être qu’un jour, il verrait même quelqu’un geler des choses avec le Pouvoir divin. Cette énergie semblait avoir des usages particulièrement variés.
« À bientôt. »
Sur ces mots, son corps disparut dans un éclair.
… À tous points de vue, elle ressemblait à une tempête.
▣
Par nature, le Souverain pontife ne pouvait que se déplacer librement.
Elle possédait une puissance telle qu’elle n’avait pas besoin de gardes et, sauf lorsqu’elle était prise par ses obligations officielles, allait où bon lui semblait.
À cet égard, l’endroit où elle arriva juste après avoir quitté la salle d’audience n’avait clairement rien d’un lieu à la hauteur de son rang.
Une ruelle sombre et humide, près du tribunal.
Après s’y être téléportée, le Souverain pontife posa les yeux sur quelqu’un qui se tenait à l’abri des ombres, puis laissa échapper un rire incrédule.
« Je sais que certains, dans ce pays, te prennent pour un insecte, mais tu t’es vraiment aménagé un nid ici ? »
« … »
« Quel genre de fille aime les endroits aussi sombres et humides ? »
« … »
Elle ne répondit pas.
Seul s’entendit le léger mouvement d’un bras.
En vérité, une lame qui entamait la peau ne faisait aucun bruit. À moins d’être insensible à la douleur pour une raison ou une autre, on pouvait même ne pas s’apercevoir qu’on avait été coupé.
Quand l’autre s’était passé le couteau sur la gorge, pas un son n’avait retenti non plus.
« Toi. »
Le Souverain pontife croisa les bras et parla d’un ton égal.
« Tu ne ressens toujours rien, pas vrai ? »
« … »
À ces mots, la femme qui se tenait dans l’ombre leva les yeux vers le Souverain pontife.
Le mot « morne » ne convenait pas tout à fait.
Son regard était simplement vide.
Il n’y avait rien. Rien n’avait de valeur. Rien n’avait de sens.
N’importe quelle sensation.
Même douloureuse, horrible ou écœurante.
Elle voulait ressentir ne serait-ce qu’un fragment de cet instant. Son regard était empreint d’un nihilisme extrême.
« Quand Aiden n’est pas là, tu recommences. »
Elle semblait capable de se comporter à peu près normalement en présence de cet homme.
Mais sans lui, cette femme n’était guère différente de celle qu’elle avait été auparavant.
Au fond, elle n’avait pas changé du tout.
Katia Heinkel Craven.
Elle cherchait toujours désespérément à mourir.
« Votre Sainteté. »
Katia répondit d’une voix maussade.
« Qu’est-ce qui vous prend ? Pourquoi faites-vous soudain semblant de vous soucier de moi ? »
À peine eut-elle prononcé ces mots qu’Abigail III claqua des doigts.
La tête de Katia partit brusquement en arrière dans un ting.
Le coup était violent, au point de lui faire craquer les os du cou.
« Surveille ton langage. »
« … »
« Ce n’est pas comme si je ne t’avais jamais appris les bonnes manières. Hein ? »
« Je vous demande combien de temps vous comptez encore jouer les mères ridicules, alors que vous ne m’avez même pas mise au monde. »
« Tss. »
Les yeux du Souverain pontife s’écarquillèrent, et Katia détourna le regard, l’air contrarié.
Elle savait qu’elle ne pourrait pas gagner si elle répliquait ; elle évita donc le conflit comme une adolescente.
C’était la réaction d’une mère qui avait donné une tape dans le dos de son enfant, et de l’enfant qui venait de se faire taper…
Non, c’était même pire que ça.
« … Pourquoi vous retenez-vous, alors que ce n’est pas votre genre ? »
Katia répondit comme si elle trouvait absurde qu’une personne qui lui aurait normalement fait exploser la tête sans hésiter se soit arrêtée là.
Le Souverain pontife croisa les bras et répondit :
« Quelqu’un m’a mise en garde, récemment. Il m’a menacée de régler ça avec moi si je touchais à son amie. »
« … »
« J’ai rencontré ton amie. »
« … Votre Sainteté. »
Katia s’efforça d’esquisser un sourire sur son visage crispé.
Ce sourire plaqué sur un visage aussi vide était profondément inquiétant.
« Si vous le touchez, je réglerai vraiment ça avec vous jusqu’à ce que mort s’ensuive. »
… Naturellement, sa tête partit aussitôt de nouveau en arrière dans un ting.
« Je ne le touche pas, idiote. »
Comme Katia ne répondait pas, le Souverain pontife leva les yeux vers le ciel et fronça les sourcils.
« Je suis seulement venue te prévenir. Protège-le bien. »
« … Pardon ? »
Plus précisément,
le Souverain pontife ne semblait pas regarder le ciel, mais quelque chose au-delà.
« Je ne crois pas qu’il lui manque quoi que ce soit. Mais cette chose me paraît assez… intéressante. »
En tout cas,
si les choses tournaient ne serait-ce qu’un peu mal, elle semblait parfaitement capable de donner une bonne leçon à ce fichu fou.
« Essaie de gagner quelques points. S’il compte tant pour toi. »
Le Souverain pontife contempla la voûte céleste.
Et l’âme qui palpitait au-delà.
▣
Le procès marqua une pause. Le prince et le ministre de l’Administration avaient demandé une suspension d’audience.
Dans la salle d’attente, Noel, dont le visage était manifestement beaucoup plus lumineux qu’auparavant, agrippait le bras d’Aiden et le secouait avec enthousiasme.
« C-Comment avez-vous fait ?! »
« … »
« Pas n’importe qui, le Souverain pontife du Saint-Empire Craven ! Vous avez des relations avec elle ? »
« … »
… Il comprenait que ce soit surprenant.
Mais il aurait aimé qu’elle contienne un peu son enthousiasme.
Chaque fois qu’elle lui attrapait le bras pour le secouer ainsi, les pieds d’Aiden décollaient légèrement du sol. Il avait moins l’impression d’être un homme que de servir de poupée de chiffon grandeur nature…
« À ce rythme, le camp du prince, qui a porté l’accusation de trahison, subira un violent retour de bâton. Ils ont sûrement demandé une suspension parce qu’ils n’ont rien à répondre ! »
Elle avait parfaitement raison.
Le Souverain pontife du Saint-Empire Craven en personne avait témoigné au sujet des esprits. Qui pouvait s’y opposer ? La principale preuve censée démontrer que Lionheart avait commis une trahison venait de voler en éclats.
« … Monsieur Aiden ? »
C’est alors que Noel remarqua quelque chose d’étrange et pencha la tête.
Aiden, qui avait provoqué cette situation, n’avait pas l’air heureux le moins du monde.
« Qu’y a-t-il ? Est-ce que j’ai dit quelque chose de déplacé… ? »
« Non. Tout ce que Lady Noel a dit est vrai. »
« Alors pourquoi… ? »
En réalité, il n’était pas nécessaire de demander pourquoi.
Tout ce que Noel avait dit était vrai. Le camp du prince avait essuyé un coup décisif et, si les choses continuaient ainsi, leur défaite était presque certaine.
Et à bien y réfléchir,
c’était précisément cela, le problème.
« Ce n’est que le début. »
Tout en disant cela, Aiden lui tendit quelque chose.
C’était l’épée que Noel portait toujours à la ceinture. Aiden l’avait apportée à l’avance.
« … »
Noel cligna des yeux, sans comprendre pourquoi il la lui tendait. Aiden ouvrit la fenêtre et leva les yeux.
« Je me le dis souvent, mais le prince et moi avons tendance à tout prévoir avant de nous jeter l’un contre l’autre. »
« … Pardon ? »
« Même quand on est acculés, on ne cherche la bagarre qu’après avoir préparé une issue de secours. »
Plans, calculs, préparatifs, improvisation.
Qu’il s’agisse d’Aiden ou du prince, tous deux avaient le goût de ce genre de choses.
Ce qui rendait plus facile de prévoir les mouvements de l’autre. Il lui suffisait de se demander ce qu’il ferait lui-même dans cette situation.
« Alors, si j’étais à sa place, là, tout de suite… »
Aiden soupira en voyant une fissure se former dans le décor.
« Je renverserais tout le plateau. »
Le ciel se déchirait.
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