Chapitre 4
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Traductrice/éditrice : Natty
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Chapitre 4 : La balance inversée
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La royauté occupait une place quelque peu particulière au sein du Saint-Empire Craven.
Bien sûr, appartenir à la famille royale d’un Saint-Empire comptant parmi les plus grandes puissances du continent avait déjà quelque chose de spécial, mais malgré tout, ces gens-là étaient différents.
« Lester. Va monter la garde. »
À quel point étaient-ils différents ?
Assez pour pouvoir envoyer l’un des plus grands combattants de l’Empire, un paladin, accomplir une tâche aussi triviale sans qu’il ait grand-chose à y redire.
« … »
Protéger la famille royale était généralement considéré comme un devoir d’une noblesse exceptionnelle. Mais quand la personne à protéger était un idiot pareil, la question méritait au moins qu’on y réfléchisse à deux fois.
Le septième prince, Daniel Craven.
Un bon à rien que l’on tenait pour le plus grand fauteur de troubles parmi les membres de la famille royale du Saint-Empire.
Ça fait un bail qu’il répète qu’il veut épouser Lionheart et tout le reste…
La place de mari de Lionheart devait être convoitée par bon nombre de puissants personnages du continent.
Et pourtant, depuis quelque temps déjà, Daniel affichait ouvertement le désir répugnant qu’il éprouvait pour la chevalière surnommée le plus grand trésor de l’Empire. Au point que Lester avait envie de lui enfoncer dans le crâne qu’il n’avait pas la moindre chance.
Et comme le fiancé qu’elle avait amené cette fois-ci n’avait pas l’air entraîné au premier regard, Daniel comptait manifestement passer ses nerfs sur lui.
« Votre Altesse. Tout de même, c’est… »
Le fiancé de Lionheart était naturellement un invité de marque.
S’en prendre à lui risquait de déclencher un incident diplomatique entre les deux nations.
Évidemment, Daniel n’avait pas l’air du genre à se soucier de considérations aussi pratiques.
« À qui avez-vous prêté serment pour manier la divinité dont vous disposez ? »
Lester se tut devant la question incisive de Daniel.
Oui. C’était bien là le problème.
Les combattants de chaque nation maniaient des pouvoirs surnaturels différents, aux propriétés entièrement distinctes.
Pourtant, la source de tous ces pouvoirs remontait à une seule et même chose.
La grâce accordée par le dieu tutélaire de chaque nation.
Tous les pouvoirs surnaturels provenaient de l’autorité que les dieux du Panthéon avaient octroyée au monde des mortels.
Le problème, c’était que la majeure partie du pouvoir de ces dieux se concentrait dans la famille royale du Saint-Empire.
Même le pouvoir que Lester maniait à présent n’était qu’un emprunt à ce prince dévoyé.
Et pourtant, on l’avait envoyé jusqu’à l’Empire.
Le fait qu’une personne aussi précieuse, responsable de la source de ces pouvoirs, ait été placée dans un pays étranger lointain en disait long.
C’était un exil à peine déguisé. On avait probablement dû lui dire de partir dans un coin reculé et de ne revenir qu’après s’être remis les idées en place.
Daniel était donc un délinquant à ce point irrécupérable que même ses privilèges ne pouvaient le protéger.
« Qu’est-ce que tu fais ? Je t’ai dit de monter la garde. »
« … »
Et malgré tout cela, Daniel semblait toujours déterminé à semer le trouble. Lester poussa un cri silencieux au fond de lui.
De toute façon, Lester n’avait jamais eu le droit de refuser. Daniel avait beau être un prince dévoyé, il n’en restait pas moins un membre de la famille royale.
« … J’obéis. »
Autrement dit,
même un paladin, représentant des forces combattantes du Saint-Empire, devait se plier à cet ordre. Voilà à quel point la divinité maniée par la famille royale était puissante.
Pauvre homme.
Lester tourna bientôt les talons, priant pour le repos de l’âme d’Aiden.
▣
Daniel s’avança vers Aiden. Au même moment, la divinité se mit à déferler autour de son corps, menaçante.
Si Karba, la déesse de la Guerre, avait enseigné à son peuple à maîtriser l’énergie qui l’habitait, la bénédiction que Seer, le Dieu de la Purification, avait accordée aux siens était une flamme capable de tout consumer.
Quand on voyait que Daniel, le pire délinquant de la famille royale, n’avait même pas appris à manier correctement cette divinité, c’était comme mettre un collier de perles à un cochon.
Un collier de perles n’en restait pas moins un objet précieux.
Une divinité raffinée pouvait servir de bouclier comme d’épée, sans qu’il soit nécessaire de la façonner davantage.
Il suffisait de la toucher pour faire fondre sans peine le corps d’une personne ordinaire.
« … »
L’expression d’Aiden s’assombrit à vue d’œil.
Tout le monde connaissait une règle élémentaire.
Lorsqu’un membre de la famille royale du Saint-Empire faisait appel à sa divinité, c’était pratiquement une déclaration d’intention : il comptait donner une bonne leçon à l’autre.
La menace était peut-être encore plus sérieuse que lorsque Gale avait dégainé son épée devant lui.
« Je ne comprends vraiment pas. »
Daniel croisa les bras et se mit à tourner autour d’Aiden.
Chacun de ses pas respirait la moquerie et l’arrogance.
« Une femme comme Lionheart n’a aucune raison de prendre un homme aussi insignifiant pour époux. Hmm ? »
« … »
« Dis-moi, roturier. Tu l’as séduite ? Tu t’es servi de ton joli minois pour lui tendre un piège ? »
Lester se frotta le visage brûlant. L’insulte révélait toute l’étroitesse d’esprit de Daniel.
Le plus étonnant, c’était que, malgré son air prêt à recourir à la divinité pour commettre des violences, il se contentait de parler.
… Ah, c’est donc ça.
Il le provoquait exprès.
Il voulait que l’autre perde son sang-froid et frappe le premier, afin de pouvoir prétendre à la légitime défense. Visiblement, il ne se moquait pas complètement des conséquences. Même le prince devait redouter les pressions de la mère patrie, le Saint-Empire.
Certes, c’était lui qui avait déclenché la dispute, mais en tant que membre de la famille royale du Saint-Empire, il avait assez de pouvoir pour faire oublier une faute aussi mineure.
Même pour un prince dévoyé, se débarrasser de l’autre ne serait pas difficile s’il se faisait attaquer le premier.
« J’aimerais bien que ce soit vrai. »
« … »
« Au moins, je pourrais vous présenter quelqu’un pour me remplacer. »
« … »
Cet homme n’était pas ordinaire.
Cette pensée leur traversa l’esprit à Lester et à Daniel au même instant : Aiden venait de répondre d’un ton brusque, sans même ciller.
Bien sûr, du point de vue d’Aiden, puisqu’on l’avait kidnappé et traîné jusqu’ici, être le mari de Lionheart ne signifiait pas grand-chose de plus que ça.
« … Lionheart ferait une crise si elle t’entendait. Tu ne connais donc rien à l’honneur ? J’aurais vraiment mieux fait l’affaire qu’un type comme toi. »
La réponse était si absurde qu’elle poussa même Daniel à parler d’honneur. Pourtant, les yeux d’Aiden s’illuminèrent.
« Vous voulez prendre ma place ?! »
« … »
Sa réaction fut si catastrophique que Daniel, qui était venu chercher la bagarre, en resta sans voix.
… Qu’est-ce qu’il fout, ce bâtard ?
Il semblait vraiment considérer son mariage avec Lionheart comme un fardeau, ni plus ni moins.
Une occasion que les hommes du continent auraient été les premiers à lui envier.
Et cela, sans aucun doute,
avait de quoi être insultant à sa manière.
Daniel avait désespérément convoité ce qu’il n’avait jamais pu approcher, alors que cet homme le traitait comme une chose dont il pouvait se passer sans regret.
C’était sans doute pour cela que les mots qui franchirent ses lèvres serrées trahissaient plus de rancœur que prévu.
« Ferme-la, vermine. Né dans une famille de basse extraction, tu ne pourrais pas manquer davantage de respect à la royauté ! »
« Mais arrêtez de parler de ma famille. Si vous êtes prince, vous devriez au moins respecter les règles élémentaires de l’honneur. »
Oh.
Attendez.
On aurait dit que ça l’avait touché en plein cœur.
Daniel se fit cette réflexion, décontenancé par le froid qui s’était glissé dans la voix d’Aiden.
Sa réaction n’avait rien à voir avec celle qu’il avait eue quand on avait parlé de Lionheart.
Mais le visage de Daniel ne tarda pas à s’éclairer d’un sourire satisfait.
« L’honneur ? Tu as bien dit l’honneur ? »
Si c’était cela qui le mettait en colère, Daniel n’avait qu’à le pousser dans la bonne direction.
« Vermine, tu n’as fait qu’hériter du sang répugnant de tes parents, deux roturiers. Comment oses-tu parler de noblesse à un prince ? »
« … »
Ouah.
Ces paroles étaient si vulgaires que Lester en oublia brièvement son devoir et soupira.
Et après avoir entendu ça,
le visage d’Aiden se vida de toute expression.
« Qu’y a-t-il, roturier ? Tout ce que je dis est vrai, au point que tu n’as rien à répondre ? Hmm ? »
Cette fois, au lieu de répliquer, Aiden observa Daniel en silence, de la tête aux pieds.
Il semblait faire des calculs dans sa tête, comme s’il mettait ses idées en ordre.
« … Ça devrait aller. »
Il marmonna ces mots.
Puis son regard se mit à mesurer soigneusement la distance qui le séparait de Daniel.
« … ? »
Guerrier expérimenté, Lester comprit à peu près ce que signifiaient ces gestes et écarquilla les yeux.
On aurait dit…
le regard de quelqu’un qui ne s’était jamais battu et qui calculait où frapper son adversaire pour lui faire le plus mal possible.
Bien sûr, rien ne devrait arriver sous prétexte qu’un homme manifestement sans entraînement faisait ce genre de choses.
« … ?? »
Quelque chose clochait. Très sérieusement.
Lester avait l’impression qu’un drame se préparait, qu’il fallait absolument intervenir.
« Attendez, monsieur… ! »
Mais avant qu’il ait pu s’interposer,
« Votre Altesse. »
Aiden prononça ces mots et lui adressa un grand sourire.
Un sourire d’une blancheur éclatante, qui dévoilait des dents saines.
Mais aux yeux de Lester,
il avait quelque chose d’effrayant. Une sorte de soulagement, celui qu’on ne trouvait que chez une personne ayant lâché le dernier fil qui la retenait à la raison.
« J’espère que vous connaissez un bon dentiste. »
« … Hein ? »
Daniel n’eut même pas le temps d’avoir l’air de comprendre ce qui se passait.
Un ki d’une blancheur immaculée jaillit sous ses yeux.
Au vu des événements, c’était exactement ce que Daniel avait cherché à provoquer depuis le début.
Après tout, il avait réussi à pousser Aiden à frapper le premier.
Le problème, c’était
Attendez, quoi… !
qu’il avait bien trop réussi.
Un poing qui déchira la divinité immaculée de Daniel comme du carton s’écrasa violemment sur sa joue gauche.
— !
Sans l’ombre d’un doute.
Le coup était magnifique : une quinzaine de dents blanches s’éparpillèrent aussitôt dans les airs.
▣
Les questions étaient trop nombreuses pour qu’on puisse les compter.
Comment cet homme maniait-il le ki blanc, marque de fabrique exclusive de Lionheart ? Et, si c’était le cas, pourquoi avait-il le corps d’un homme ordinaire sans le moindre entraînement, comme s’il n’avait jamais appris la moindre technique de combat ?
Mais plus important que tout cela, il y avait ce qui exigeait leur attention à présent.
« … Monsieur. »
Lester appela Aiden d’une voix tremblante.
Il avait la tête qui tournait.
Daniel était juste à côté de lui, encastré dans le mur et en sang de partout, mais le choc de la situation passait avant le fait de s’occuper de lui.
« Qu’est-ce que vous avez fait… ? »
Mettre quelqu’un dans un tel état ne se résumait pas à « frapper un membre de la famille royale ».
Au mieux, cela provoquerait une crise diplomatique. Au pire, une guerre totale.
Le continent ne s’était même pas encore remis des conséquences de la guerre.
Et voilà qu’un invité de marque de l’Empire venait de réduire en bouillie un membre de la famille royale du Saint-Empire ?
Quelle que soit la façon dont Lester voyait les choses, il était impossible de balayer ça d’un revers de main… !
« D’abord, cessez de m’appeler “monsieur”. Je ne suis pas chevalier. »
« … »
Comment quelqu’un qui maniait le ki blanc pouvait-il ne pas être chevalier ?
Lester voulut poser la question, mais Aiden prit la parole avant lui.
« Plus important, appelez vite quelqu’un. Il va mourir si on le laisse comme ça. »
« Pardon ? »
« Il faut s’occuper des conséquences. »
« … »
Il parlait de ce qu’il avait lui-même fait avec un calme remarquable.
Non, plutôt que calme, il était glacial.
Il disait qu’il fallait s’occuper des conséquences, mais on aurait dit qu’il demandait à Lester de préparer de quoi fendre le crâne de Daniel plus profondément encore.
« C’est une affaire très grave. Ne devrions-nous pas régler cela comme il se doit entre nous ? »
En contemplant ces yeux brillants, Lester comprit au moins une chose.
Cet homme.
Quand il se mettait en colère, il devenait clairement quelqu’un d’autre.
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