Chapitre 39
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Traductrice/éditrice : Natty
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Chapitre 39 : Délégation
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Quelques heures plus tôt.
Le quartier général militaire de la capitale impériale était toujours en effervescence, mais tout le monde pouvait voir que l’agitation était anormale.
Chaque membre du personnel valide courait dans tous les sens sans prendre une seconde de répit. De quoi faire se demander à Aiden s’il était vraiment raisonnable de rester assis là sans rien faire.
Hum.
Aiden promena son regard autour de lui et ravala un soupir.
Il savait déjà que la délégation était venue pour lui. Le problème, c’était les personnes qui la composaient.
Affichant un air qui laissait croire qu’il maîtrisait parfaitement la situation, Aiden posa le menton sur son bureau.
Princesse Laila…
Il murmura ce nom avec gravité.
Il n’avait peut-être rien d’exceptionnel, mais il avait l’avantage considérable de connaître l’histoire originale.
Il pouvait s’occuper de n’importe qui. Après tout, il savait d’avance à qui il avait affaire.
Mais c’est qui, celle-là… ?
Enfin, il aurait dû le pouvoir.
Il eut beau fouiller sa mémoire, impossible de se rappeler avoir entendu ce nom auparavant.
Non, sérieusement. Qui était cette personne ?
« … »
Alors même que son visage pâlissait sous son masque impassible, une pensée traversa l’esprit d’Aiden.
C’était étrange.
Vu ce qu’il savait des grandes figures du Saint-Empire, c’était tout naturel.
Même en tenant compte du fait que l’arbre généalogique de la famille royale du Saint-Empire Craven était le plus compliqué du continent, Aiden connaissait tous ses membres importants.
Il n’y avait aucune logique à ce qu’une personne dont il n’avait jamais entendu parler fasse partie d’une délégation envoyée dans l’Empire.
C’est vraiment bizarre.
Quelque chose clochait. Comme si une intention cachée se dissimulait derrière tout ça, une intention dont il ignorait tout.
Mais étrange ou pas, la délégation qui approchait de sa porte était bien réelle.
Le moyen le plus rapide d’obtenir au moins quelques renseignements pertinents, c’était de…
« Katia ? »
« Oui ? »
« Que savez-vous de la princesse Laila ? »
« Rien ? »
« … »
« À part mon frère, personne ne m’a jamais adressé la parole, même pour une conversation banale. »
… C’est vrai.
Il avait été idiot de poser une question pareille à cette personne.
« … Cela dit, je crois pouvoir vous dire une chose avec certitude. »
« Pardon ? »
« Promettez-moi une chose. »
Aiden pencha la tête devant le calme de Katia.
Cette personne avait-elle déjà parlé aussi sérieusement ?
« J’aimerais que vous ne vous mettiez pas trop en colère. »
« … Pardon ? »
« Quoi qu’il arrive, ne vous mettez pas trop en colère. »
« … »
Aiden cligna des yeux, déconcerté.
« Qu’est-ce qui vous prend, tout à coup ? »
« … Comme ça. »
Katia marmonna sans expression.
« Les gens du Saint-Empire sont un peu comme ça. »
« … »
« Je ne suis pas à l’aise avec eux, et eux ne doivent probablement pas l’être avec moi non plus. »
« … »
Eh bien.
Il le savait déjà, mais Katia ne semblait pas dire ça simplement pour l’en informer.
On aurait dit un avertissement.
« Pourquoi me dites-vous ça, tout à coup ? »
« Quand vous vous mettez en colère, vous foncez sans réfléchir aux conséquences. »
Katia plissa les yeux et poursuivit d’un ton égal :
« Ça ira pour moi, alors ne faites rien d’inutile. Cette fois, il n’y aura vraiment aucun moyen de réparer les dégâts. »
« … »
« La personne qui vient cette fois n’est pas un membre dépravé de la famille royale, écarté de la succession, comme celui dans les affaires duquel vous vous êtes mêlé la dernière fois. Et ce n’est pas non plus quelqu’un de l’Empire. C’est une princesse étrangère, et de l’un des pays les plus puissants. »
— Si vous faites des histoires cette fois, vous ne pourrez vraiment pas vous en sortir. Compris ?
À ces paroles, qui semblaient destinées à le raisonner, Aiden se raidit et soutint son regard impassible.
… Qu’est-ce qui lui prend, tout à coup ?
Pourquoi quelqu’un qui d’ordinaire se comportait comme si rien n’avait d’importance disait soudain une chose pareille ?
Avant qu’il ait le temps d’y réfléchir davantage, une voix tonitruante interrompit ses pensées.
« La princesse Laila entre ! »
À cette annonce, les portes principales du quartier général s’ouvrirent en grand, et un groupe entra en rangs serrés.
Des paladins en armure complète, portant l’emblème du Saint-Empire. Des dames de compagnie, des serviteurs, des fonctionnaires.
Et à leur tête se tenait une femme à l’allure particulièrement sévère.
Un monocle. Des cheveux gris. Une robe d’un autre âge.
— Hein ?
En la voyant, Aiden fronça les sourcils.
Une sensation étrange l’envahit.
Il n’avait jamais entendu le nom de la princesse Laila, mais il était certain de l’avoir déjà vue quelque part.
Il ne se rappelait pas son visage. Pourtant, un sentiment de familiarité indescriptible déferla dans son esprit…
« Monsieur Aiden. Êtes-vous prêt ? »
Mais la question de Stella interrompit de nouveau ses pensées et le ramena à la réalité.
« Oui. Je suis prêt. »
« Elle monte à l’instant. Veuillez vous asseoir. »
À peine eut-elle fini de parler que la porte du bureau s’ouvrit à la volée.
Personne n’avait frappé ni demandé la permission d’entrer. Les gens autour d’eux semblaient clairement surpris de voir le groupe débarquer comme s’il était chez lui, mais la princesse Laila, à sa tête, n’en avait manifestement cure.
Elle entra à grands pas, promena un regard froid dans la pièce, puis s’arrêta sur quelqu’un.
« Aiden Kellermain ? »
À cette voix hautaine, Aiden s’inclina poliment.
« C’est un plaisir de vous rencontrer, princesse Laila. »
« Asseyez-vous. Nous avons beaucoup à discuter. »
… Eh bien.
Elle avait l’air épuisante à plus d’un titre.
▣
Compte tenu de son objectif, il devait d’abord s’attirer ses bonnes grâces.
La famille royale du Saint-Empire, c’est une véritable mine d’or.
Comme il sied à un pays où l’on ne pouvait conserver son statut royal qu’en maniant le Pouvoir divin, chaque membre de la famille royale du Saint-Empire possédait toutes sortes de traits uniques qui y étaient liés.
Ils n’atteignaient peut-être pas le niveau de Katia, dont le Pouvoir divin rendait carrément la détentrice immortelle, mais chacun disposait de plusieurs ensembles de traits puissants qui facilitaient le recours au Pouvoir divin.
La princesse Laila possédait forcément des capacités qui lui seraient d’une aide inestimable lors de la prochaine bataille contre le Lord Protecteur.
Et, du point de vue de quelqu’un qui avait cet objectif en tête, Aiden pouvait affirmer une chose avec certitude.
Ça ne lui servirait à rien.
Du moins, dans le cas de cette personne.
« Vous devez être épuisée après un si long voyage. Souhaiteriez-vous boire quelque chose… »
« Savez-vous pourquoi je suis venue ? »
« … »
— Quelle que soit sa puissance, il devait s’attirer ses bonnes grâces avant de pouvoir en copier les capacités.
Les tempes d’Aiden se mirent aussitôt à battre. Son attitude montrait clairement qu’elle n’avait pas la moindre intention de discuter avec lui.
« … J’ai entendu dire que vous étiez venue parce que je pouvais manier le Pouvoir divin. »
« Le Pouvoir divin est une ressource propre au Saint-Empire Craven. Toute personne capable de le manier compte parmi les individus les plus importants que l’État doit surveiller. Elle contribue à soutenir les fondations de notre patrie. Si vous pouvez utiliser le Pouvoir divin, vous en faites partie. »
« Ah. »
« J’ai donc été envoyée pour vous ramener dans notre patrie. »
Laila déclara ensuite d’un ton calme :
« Après-demain. Préparez-vous. »
… Une annonce fracassante qui donna aussitôt à Aiden l’impression que le réel s’éloignait.
« … »
Après avoir cligné des yeux, hébété, pendant un moment, Aiden finit par répondre d’un air absent :
« Pardon ? »
« Quand on part ailleurs, il faut d’abord régler ses affaires, n’est-ce pas ? Vu la situation, je devrais vous emmener immédiatement, mais les usages m’obligent à vous accorder deux jours… »
« Non, attendez un instant. »
Aiden l’interrompit à la hâte.
« Vous devriez au moins vous assurer que nous sommes d’accord sur nos positions avant de dire une chose pareille. C’est beaucoup trop soudain, non ? »
« Je crois que vous vous méprenez. Il ne s’agit pas d’une négociation. »
Sans se laisser troubler par sa réaction, la princesse Laila répondit sans ciller :
« Vous serez bientôt placé sous escorte et conduit au Saint-Empire. Je n’ai pas l’intention de prendre en compte votre situation dans le détail. »
« … »
« Préparez vos affaires. Tout se déroulera selon le calendrier que je vous ai donné. »
… Sa voix était si sûre d’elle qu’il lui fut difficile de répondre sur-le-champ.
À ses côtés, Stella restait bouche bée.
À ce niveau, ce n’était pas seulement un incident diplomatique. C’était presque de la tyrannie. Autant dire une invitation à se battre.
L’atmosphère se glaça rapidement. Les gens du Saint-Empire et les hommes armés sous les ordres de Stella le sentirent plus que quiconque.
Au moment où plusieurs personnes commencèrent à s’agiter et à poser la main sur le fourreau de leur arme, une voix s’éleva dans cette ambiance tendue.
« Hé. »
C’était Katia, qui était restée silencieuse aux côtés d’Aiden jusque-là.
« Vous ne trouvez pas que vous allez un peu trop loin ? »
Katia esquissa un léger sourire.
Le regard de Laila se tourna lentement vers elle, comme si elle venait seulement de remarquer sa présence. Comme si elle n’avait pas jugé bon de la voir jusque-là.
Et quand elle aperçut Katia, le sentiment qui se lisait dans l’œil sous son monocle ne trompait pas.
De la moquerie et du mépris.
Le regard qu’on réservait à quelque chose de pitoyable.
« Même entre deux pays, la diplomatie obéit à des règles élémentaires de bienséance. Là, vous ne valez pas mieux qu’une brute… »
« Princesse Katia. »
Les paroles froides de Laila exprimaient le même sentiment.
« Qui vous a autorisée à parler ? »
Le visage d’Aiden se durcit aussitôt.
… Même après avoir entendu ça, Katia conserva son sourire.
« Vous n’êtes qu’un chien de garde chargé de régler les affaires de Sa Sainteté le Souverain pontife. Si vous n’êtes même pas capable de remplir correctement votre rôle, fermez-la. »
« … »
« Si vous aviez fait votre travail comme il faut dès le départ, je n’aurais pas eu à venir jusqu’ici. »
Aiden plissa les yeux en voyant Katia se taire docilement après ces paroles.
Elle avait même l’air habituée, comme si elle avait subi ce genre de traitement d’innombrables fois.
… Qu’est-ce que c’est que ça ?
Il savait déjà que Katia était maltraitée au Saint-Empire.
Malgré tout…
Ce genre de traitement dépassait clairement les bornes.
Elles étaient toutes deux des princesses ; l’insulte était si grave qu’un duel à mort n’aurait rien eu d’étonnant.
La suite fut encore pire.
Des flammes incolores jaillirent autour du corps de la princesse Laila.
Le Pouvoir divin. D’une chaleur considérable. Chargé d’une hostilité manifeste.
« … ! »
Les gens de l’Empire s’écrièrent et dégainèrent leurs épées. En réponse, les paladins du Saint-Empire tirèrent eux aussi leurs armes.
« Katia. »
La voix de Laila tomba, glaciale.
« Répondez-moi. »
Comme si elle voulait bien montrer qui dominait l’autre.
Comme si elle corrigeait un animal qui avait osé lui tenir tête.
« Vous avez quelque chose à faire, n’est-ce pas ? »
« … »
« Vous ne devriez pas vous excuser ? »
Son Pouvoir divin se mit aussitôt en mouvement.
« À genoux. »
Alors.
En un instant, le Pouvoir divin qui atteignit Katia transperça son genou tandis qu’elle se tenait là.
Une attaque sans pitié. Assez puissante pour lui ôter aussitôt l’usage de sa jambe. Comme si la blesser n’avait aucune importance puisqu’elle finirait de toute façon par se régénérer.
Sa jambe céda en un instant, comme si elle s’agenouillait.
« Mais qu’est-ce que… »
Avant que les mots ne jaillissent de la gorge d’Aiden, il se retint.
Katia lui tendait une main.
Comme pour lui dire de ne pas intervenir.
… Toujours souriante.
Le sens du regard que Katia lui lança était évident.
— J’aimerais que vous ne vous mettiez pas trop en colère.
— Ça ira pour moi, alors ne faites rien d’inutile. Cette fois, il n’y aura vraiment aucun moyen de réparer les dégâts.
— La personne qui vient cette fois n’est pas un membre dépravé de la famille royale, écarté de la succession, ni quelqu’un de l’Empire, où des forces vous protègent. C’est une princesse étrangère, et de l’un des pays les plus puissants.
« … »
Ce n’est qu’à cet instant qu’il comprit.
Pourquoi Katia lui avait dit tout ça à l’avance.
Parce que si Aiden voyait comment on la traitait d’ordinaire, il s’emporterait forcément et foncerait tête baissée.
« Vous n’allez pas vous excuser ? »
« … »
Alors que Laila préparait sa prochaine attaque sans changer d’expression, le regard d’Aiden vacilla vers elle.
… Franchement, il n’en revenait pas.
Pourquoi ignorait-il qui était cette personne ?
Comment avait-il pu oublier des informations sur quelqu’un d’aussi odieux ?
Et tandis que la rage lui brûlait le crâne,
le regard d’Aiden se fixa sur le Pouvoir divin que maniait Laila.
« … ? »
Quelque chose.
C’est à cet instant qu’il remarqua une anomalie.
Il fronça les sourcils et suivit lentement le trajet du Pouvoir divin que la princesse contrôlait.
— Ah.
Et puis, à un moment donné,
il comprit l’origine du malaise qu’il ressentait depuis tout ce temps.
Ce qu’était cette impression de familiarité en voyant Laila.
Un déclic se produisit dans l’esprit d’Aiden.
Le mécanisme qui s’enclenchait toujours lorsqu’il devait agir dans une situation désespérée.
« — »
Il calcula rapidement.
Sa décision fut encore plus rapide.
En un instant, il détermina ce qu’il devait faire.
« Katia, ce n’est pas comme si vous étiez devenue muette. Dois-je vous casser l’autre jambe aussi ? »
« Je suis désol… »
Katia commença à parler en souriant, mais Aiden l’interrompit.
« Princesse. »
Katia se tourna vers lui, les yeux écarquillés.
Son visage trahissait son inquiétude, comme si elle le suppliait de ne pas faire de vagues.
Si la situation dégénérait, Aiden en subirait certainement les conséquences, contrairement à elle. Alors, s’il vous plaît, n’intervenez pas…
C’était probablement ce qu’elle voulait dire.
Mais Aiden était déjà sûr de lui. Il savait ce qu’il avait le droit de faire ici.
Autrement dit, ce qu’il devait faire.
« Excusez-vous. »
« … Quoi ? »
Quand la princesse Laila demanda d’une voix incrédule, le Pouvoir divin jaillit du corps d’Aiden.
« Vous m’avez très bien entendu. Ne faites pas semblant du contraire, princesse. »
Alors.
Le Pouvoir divin d’Aiden trancha celui de Laila, qui transperçait le genou de Katia.
Comme pour déclarer que son Pouvoir divin était supérieur au sien.
« … ! »
Tandis que les yeux de Laila s’écarquillaient, Aiden s’avança vers Katia, toujours agenouillée par terre.
« Ce n’est pas une négociation. Je vous adresse le même avertissement. »
Il lui prit l’épaule et l’aida à se relever, tout en parlant calmement.
Comme pour lui rendre les paroles qu’il venait d’entendre.
« Excusez-vous avant que je vous réduise en bouillie. Auprès de mon amie. »
« … »
« Je vous donne cinq secondes. »
Le visage de Laila se figea.
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