Chapitre 37
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Copier les compétences avec affinité ! ◈
Chapitre 37 : Divinité (2)
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« … »
« … »
Un silence effrayant envahit la hutte construite dans le style traditionnel de la Coalition des Plaines.
Apparemment, Rania quitterait bientôt l’Empire pour rentrer dans les Grandes Plaines. Entendre quelque chose qui risquait de lui laisser une impression terrible juste avant son départ suffisait à expliquer l’ambiance.
Même Aiden transpirait à grosses gouttes devant ce silence terrifiant…
… Ce vieux salaud.
Naturellement, sa première pensée fut d’en vouloir à Meyer, celui qui l’avait poussé à faire ça.
Meyer l’avait pressé de tenter le coup, en affirmant qu’ils ne pourraient entrer ensemble dans le paysage mental qu’en s’endormant main dans la main.
« Si vous vouliez me présenter l’esprit, vous n’aviez pas besoin d’aller jusque-là. »
Si Rania n’avait pas prononcé ces mots d’une voix lasse, il aurait sans doute continué à ruminer.
« … Pardon ? »
À la question d’Aiden, Rania porta de nouveau sa pipe à ses lèvres et désigna le bracelet autour de son poignet.
« Il y a un esprit là-dedans. Chaque nuit, vous créez un paysage mental et vous le rencontrez. C’est bien ça ? »
« … »
Son observation était si juste qu’il ne trouva rien à répondre.
Comme il clignait des yeux, hébété, Rania ricana et tapota l’œil que ne cachait pas son cache-œil.
« Je suis chamane. Bien sûr que je vois les esprits. »
C’était vrai.
À bien y penser, c’était grâce aux pouvoirs de cette femme que Meyer avait été retrouvé et amené ici, au départ.
Aiden hocha la tête. Rania bourra sa pipe de tabac et reprit :
« Donnez-le-moi. Je vais au moins écouter pourquoi il est venu. »
Il n’avait aucune raison de refuser et lui tendit le bracelet. Rania le prit, fronça les sourcils et regarda à l’intérieur.
« … C’est le Chevalier de l’Aube. »
« … C’est bien ça ? »
« Vous vous occupez de quelqu’un d’une tout autre envergure. »
« … Ah bon ? »
« Oui. De quelqu’un que vous n’auriez jamais croisé de toute votre vie. »
« … »
Ça aurait dû lui sembler étrangement insultant, mais ce ne fut pas le cas. Elle l’affirmait avec une telle évidence.
En vérité, même s’il ne la connaissait que depuis peu, c’était l’impression générale que lui faisait Rania.
Du fer. De la pierre. Ses paroles et ses gestes étaient si francs et égaux que c’étaient les seules descriptions qui convenaient. Elle disait toujours la vérité, sans jamais chercher à rabaisser qui que ce soit.
« Franchement, le problème qui vous préoccupe est stupide. »
C’était peut-être pour cela qu’Aiden ne se vexa pas trop quand Rania, qui avait fixé le bracelet un instant, poursuivit :
« … Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« Votre pouvoir ne peut pas aider quelqu’un à devenir plus fort. »
« … ? »
« Que savez-vous du Panthéon céleste ? »
Alors qu’il penchait la tête devant ces paroles énigmatiques, elle lui posa soudain cette question.
« La théologie ne m’intéresse pas. Je sais seulement que c’est là que résident les dieux… ? »
« Plus précisément, c’est là que résident les dieux “connus”. »
« … Quoi ? »
Cette formulation avait quelque chose de sinistre. Aiden lui demanda des explications, et Rania s’exécuta calmement.
« Le pouvoir d’un dieu dépend du nombre de ses fidèles et de leur influence. Seuls ceux dont la divinité a été reconnue peuvent entrer au Panthéon. C’est une relation symbiotique. Les fidèles ont besoin des dieux, tout comme les dieux ont besoin de leurs fidèles. »
Les serments que les fidèles prêtaient à leurs dieux, la consécration du ki, les vœux de Pouvoir divin et les mantras de Pouvoir spirituel témoignaient tous de cette relation mutuelle.
Les fidèles offraient à leur dieu la vertu relevant de son domaine, et le dieu leur conférait son autorité.
Mais…
« Il existe beaucoup de dieux. Il y a autant de divinités qu’il y a eu de pouvoirs au cours de la longue histoire du continent. »
Autrement dit…
« Tous les dieux ne peuvent pas prouver leur valeur. »
Il y avait donc forcément des dieux en dehors du Panthéon.
Des dieux oubliés. Ceux qui habitaient les recoins obscurs du ciel.
Certains avaient simplement été oubliés faute d’avoir suffisamment d’influence sur leurs fidèles. D’autres se trouvaient hors du Panthéon pour des raisons bien différentes.
« Parmi ces hors-la-loi célestes, il y en a de pires que les autres. »
« … Lesquels ? »
« Les divinités scellées par les autres dieux. »
Ces aberrations qu’on appelait les Dieux extérieurs.
Une fumée âcre s’éleva de la pipe de Rania.
« Scellées ? »
« Ce sont des dieux dont les noms et les pouvoirs ont été arrachés de force à leurs fidèles. Même s’ils remplissent toutes les conditions pour rester au Panthéon, ils en sont expulsés par la force. »
« Comment ça se produit ? »
« Quand ils menacent l’existence du Panthéon. Le dieu autrefois vénéré par les démons en est un parfait exemple. »
Rania ricana en poursuivant.
Le dieu vénéré par les démons, Wornil, le Dieu dévoreur. Un dieu fou qui avait tenté de devenir plus puissant en dévorant jusqu’aux siens.
Sa cupidité et sa faim étaient sans limites. On disait que, si on l’avait laissé faire, il aurait réduit tout le Panthéon à néant.
En tant que parfait exemple de dieu scellé, son histoire était plutôt instructive.
« À votre avis, pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? »
Aiden soutint le regard de Rania sans répondre.
Après avoir entendu tout ça, il était évident de savoir où la conversation menait.
« Ce qui s’est attaché à vous est de cette nature. Ce n’est pas un dieu ordinaire qui entretient une relation symbiotique avec ses fidèles. »
« … »
« Il existe entièrement par lui-même. Ce n’est pas un dieu choisi par ses fidèles, mais un dieu qui choisit ses fidèles. »
Quelque chose de trop étrange pour qu’on l’appelle simplement un dieu. Inconnu. Inconnaissable.
À présent…
Il comprit aussitôt pourquoi Rania lui avait dit un jour qu’une chose terrible s’était attachée à lui.
« Ce qui s’est attaché à vous est l’un d’eux. Un Dieu extérieur. Son but, son pouvoir et son origine sont tous inconnus. »
« … »
« C’est sans doute pour ça que les dieux vous accordent si facilement des pouvoirs. Je ne sais toujours pas pourquoi ils vont aussi loin, cela dit. »
Aiden fixa Rania, muet de stupeur. Elle se contenta de hausser les épaules.
« Enfin, ne déprimez pas trop. »
… Elle venait de lui révéler quelque chose d’énorme, mais sa conclusion n’aurait pas pu être plus simple.
« Même si c’est un Dieu extérieur dont le domaine et le véritable nom sont inconnus, rien ne permet d’affirmer qu’il est forcément maléfique. Pour être plus exacte, à ce stade, nous ne savons rien. »
« … C’est vrai ? »
Aiden accueillit calmement ses paroles rassurantes.
C’était un peu gênant de le dire à quelqu’un qui tentait de le réconforter, mais il n’était pas vraiment abattu.
Il est difficile d’être abattu quand…
Cette révélation était d’une telle ampleur qu’il ne parvenait pas à la saisir tout de suite. Il était plutôt abasourdi.
Il avait naturellement des questions, lui aussi.
« … Mais, chamane. »
« Oui ? »
« Pourquoi une chose aussi terrifiante m’a-t-elle choisi ? »
C’était la question qui le taraudait le plus.
Pourquoi un homme ordinaire comme lui avait-il attiré l’attention d’un être aussi écrasant ?
« … »
Rania garda le silence un instant, puis ricana.
« Parce qu’il vous aime bien. »
« … Pardon ? »
« C’est l’impression que j’en ai. En tout cas, je ne crois pas qu’il veuille vous faire du mal. »
« … »
« Je ne sais pas pourquoi, mais il semble s’être pris d’une très grande affection pour vous. »
« … »
… Sa question n’avait pas trouvé de réponse ; elle n’avait fait que s’approfondir.
« Bref, revenons au sujet de départ. »
Rania posa le menton sur la table et poursuivit :
« C’est l’origine de votre pouvoir, alors impossible de renforcer cet aspect. Personne ne pourrait vous aider, pas seulement moi. »
« … C’est vrai ? »
« Oui. Donc, si vous voulez obtenir rapidement un moyen d’attaque puissant, mieux vaut chercher un matériau de premier ordre. »
« Un matériau ? »
« Une compétence que le Chevalier de l’Aube pourra utiliser comme matière première pour façonner ce que vous voulez. »
« … »
« J’ignore quel domaine régit le Dieu extérieur qui s’est attaché à vous, mais autant en tirer parti, non ? »
… Ah.
Elle lui disait de s’en tenir aux bases.
… Augmenter l’Affinité et tirer des occasions de copier les compétences des gens, c’est ça ?
Aiden ricana intérieurement. De toute façon, c’était le seul pouvoir qu’il possédait à coup sûr.
Il avait l’impression de revenir à la case départ, mais découvrir l’origine de ce pouvoir représentait tout de même un gain appréciable.
Parce que…
Si c’est quelque chose d’aussi grandiose qu’un Dieu extérieur…
… Alors cela signifiait qu’il pourrait continuer à obtenir des occasions de copier les compétences de n’importe qui, non ?
Tant qu’il pouvait augmenter leur Affinité, il n’y avait pas de limite.
Il avait l’impression d’avoir reçu un permis l’autorisant à plumer qui bon lui semblait…
« … »
À trop y réfléchir, ça lui semblait étrange, mais peu importe.
Mieux valait se concentrer sur ce qui pressait.
Alors, la première chose à prendre en compte, c’était…
« … Y a-t-il quelqu’un de particulièrement remarquable en matière de Pouvoir divin ? »
« De particulièrement remarquable ? »
« Si je pouvais approcher quelqu’un qui maîtrise le Pouvoir divin avec élégance, je pense que ce serait une bonne chose. »
Si sa cible était un esprit, une compétence liée au Pouvoir divin devait passer en priorité.
Katia se trouvait dans les environs, mais il avait épuisé depuis longtemps toutes les occasions de lui copier des compétences.
Et s’il essayait d’augmenter encore son Affinité, ici… franchement, il ne voyait pas comment s’y prendre pour le moment.
La bonne réponse était de trouver quelqu’un d’autre.
Rania l’écouta sans un mot, puis souffla de la fumée et reprit :
« Il y a de l’agitation. Des gens viennent du Saint-Empire Craven. »
« Pardon ? »
« Une délégation. Ce n’est pas lié à vous ? »
Ah.
Aiden plissa les yeux.
Il en avait déjà entendu parler. Une délégation devait être envoyée pour enquêter sur la raison pour laquelle il pouvait manier le Pouvoir divin, que seuls les membres de la famille royale pouvaient utiliser.
… Ce sont des gens à qui j’ai des choses à reprendre.
Il ne les portait pas dans son cœur, pour une raison ou une autre.
Presque tous ses souvenirs liés à eux étaient désagréables.
Alors…
… Quoi qu’il fasse, il ne se sentirait probablement pas très coupable.
« Vous avez l’air de quelqu’un qui pense à faire une bêtise. »
Rania lui adressa un grand sourire en disant cela. Aiden ne put s’empêcher de lui rendre le même.
« Merci pour votre aide, chamane. »
« Appelez-moi Rania. Inutile de me remercier. Je vous mets en dette dès maintenant. »
« Pardon ? »
« Je pense qu’on va se revoir souvent, à partir de maintenant. »
Elle agita nonchalamment la main en répondant.
« À bientôt, Aiden Kellermain. La prochaine fois, on ira manger ces nouilles d’Extrême-Orient que vous aimez. »
« … »
C’était vraiment une personne étrange.
C’était une chamane, mais au-delà de son côté mystique, elle dégageait quelque chose de presque inquiétant.
Même après qu’ils se furent salués et séparés, Aiden continua d’y repenser.
Elle n’avait pas l’air méchante, puisqu’elle l’invitait à manger des nouilles, mais…
Hein.
… Attendez.
Aiden lui avait-il déjà parlé de ses goûts culinaires ?
« … »
Un frisson lui parcourut le bras tandis qu’Aiden sortait de la hutte.
▣
Les dîners de la famille Kellermain étaient toujours simples et modestes.
Seuls Kenneth Kellermain et Sissela Kellermain vivaient dans leur petite maison ; il était donc difficile d’imaginer qu’il s’y passe grand-chose.
« Papa, je suis rentrée ! »
Sissela Kellermain ouvrit la porte d’entrée de sa petite main.
Elle rentrait toujours aussi tard après les cours, mais même en tenant compte de ça, la maison était si silencieuse qu’elle en paraissait froide.
« … »
Elle fit la moue et entra à pas traînants.
Kenneth travaillait toujours tard, il n’y pouvait donc rien. Malgré tout, elle ne pouvait s’empêcher de se sentir seule.
… Avant, mon frère venait m’accueillir.
Même si son propre travail le tenait sans cesse occupé, son frère lui manquait tout à coup. Il l’attendait toujours à la maison quand elle rentrait de l’école.
Où est-il passé ? Il n’a toujours pas donné signe de vie…
Son père lui avait dit que son frère avait dû partir soudainement au loin pour quelque temps, mais n’aurait-il pas pu au moins lui dire au revoir avant de partir ?
Le visage sombre, elle posa son sac et se traîna vers la cuisine.
Elle était venue se préparer quelque chose à manger, mais…
À peine eut-elle allumé la lumière de la cuisine qu’elle vit quelque chose qu’elle n’aurait jamais pu imaginer.
« … Ah, vous êtes la petite sœur d’Aiden ? »
Une femme lui parlait.
Kenneth gisait inconscient juste devant elle.
La femme retenait Kenneth, effondré, à deux mains…
« … »
Les pupilles de Sissela s’agitèrent frénétiquement.
« Q-Qu’est-ce que vous avez fait à mon papa ?! »
« … Je sais que ça paraît bizarre, mais il s’est effondré tout à coup et j’essayais de l’aider… »
« N-Nous n’avons rien fait de mal ! Éloignez-vous de mon papa ! »
« … Je ne l’ai pas fait s’évanouir. Il a entendu mon nom et s’est effondré d’un coup… »
« J’ai dit, éloignez-vous de mon papa ! »
« … »
… Ce n’était pas du tout comme ça que ça devait se passer.
Noel le pensa, hébétée.
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