Chapitre 33
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Traductrice/éditrice : Natty
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Chapitre 33 : La poursuite (2)
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Le marché noir de la capitale impériale attirait toutes sortes de gens.
Des voleurs, des escrocs, des receleurs, des brutes…
Des laissés-pour-compte. Des oubliés. Ou des marginaux qui avaient volontairement tourné le dos à la société.
Et parmi tous ces lieux, si l’on demandait lequel était le gouffre le plus sombre, le plus tristement célèbre, le Nid figurerait sans aucun doute sur toutes les listes.
Avec la Vallée, le pire bouge à drogue, et la Fournaise, où se rassemblaient les marchands d’armes, il faisait partie des Trois Antres du Diable.
Une agence de recrutement où seuls ceux qui avaient du sang sur les mains pouvaient entrer.
Tueurs en série, hommes de main, mercenaires illégaux, assassins. Tous ceux qui vivaient du meurtre, d’une manière ou d’une autre, s’y retrouvaient.
Lumière tamisée. Vapeurs de drogue épaisses, fumée de cigarette, alcool éventé et puanteur sanguine d’armes rouillées, laissées à l’abandon. Tout cela imprégnait les lieux en permanence.
En bref.
Ce n’était pas un endroit où une jeune dame distinguée avait sa place, quel que soit le point de vue.
Il n’était donc pas étonnant que tous les regards se tournent vers l’entrée dès que la porte s’ouvrit à la volée.
La jeune femme, vêtue d’habits de cérémonie élégants, détonnait complètement dans un endroit pareil.
Elle entra d’un pas léger et enjoué, souriant en promenant son regard autour d’elle.
Pour quiconque l’observait, elle ressemblait à une enfant en pique-nique…
« Qui ici a fait le plus de saloperies ? Levez la main si vous en êtes sûrs. »
…
Même la question qu’elle lança après avoir attiré l’attention de tous était loin d’être banale.
« … »
« … »
Tandis que tous les habitués du Nid clignaient des yeux, déconcertés par cette scène incompréhensible, la jeune femme qui avait posé la question fronça légèrement les sourcils et regarda de nouveau autour d’elle.
« Personne ? »
« … »
« C’est tout ce que vous avez dans cet endroit ? Vous avez moins de cran que les deux premiers. »
… Personne ne savait ce qu’elle entendait par « les deux premiers ».
Mais après une telle provocation, quelqu’un devait bien avoir l’orgueil piqué au vif.
Au bruit d’une arme qu’on abattit sur la table dans un boum !, tous les regards convergèrent vers son propriétaire.
« Si tu es si pressée de mourir, je ne t’en empêcherai pas. »
Dès qu’ils virent qui avait parlé, tous les présents reculèrent.
C’était un colosse, le torse nu couvert de cicatrices qui avaient clairement été gravées dans sa peau au couteau.
Un homme de main bien connu dans le coin. Surtout célèbre pour être un fou qui se tailladait une cicatrice sur le corps pour chaque personne qu’il tuait.
« Si tu continues à chercher les ennuis comme ça, personne ne retrouvera ton cadavre intact, ma jolie. Hein ? »
L’homme se lécha les lèvres et ricana, le regard absent, faisant reculer tout le monde.
Même parmi les dégénérés réunis ici, il était clairement du genre à vous pourrir la vie si vous vous frottiez à lui. Personne ne voulait même croiser son regard.
Personne, sauf une.
La jeune femme qui avait posé la première question pencha la tête et s’approcha de lui à petits pas rapides.
« C’est toi le pire ici ? »
« … Je ne crois pas que je recevrai un prix de bon citoyen. »
« Ah bon ? »
« Pourquoi ? Si tu veux, je peux te le prouver moi-même, sur ton corps. »
La jeune femme hocha la tête.
« À t’entendre parler, je n’en doute pas. »
Elle posa ensuite sa petite main sur la sienne, sans brusquerie.
« Quoi ? Tu comptes t’offrir à moi de ton plein gré— »
Un couteau s’abattit sans pitié.
Il transperça le dos de la main de la femme, puis celle de l’homme en dessous, avant de se planter dans la table en bois avec un crac !
« — !! »
Le sang gicla de toutes parts et l’homme poussa un hurlement à vous déchirer les tympans. Au même moment, les gens à proximité bondirent sur leurs pieds et dégainèrent leurs armes.
« … Espèce de put— »
« J’ai quelques questions. J’aimerais que vous me répondiez honnêtement. Un ami m’a demandé d’enquêter là-dessus. »
La femme qui venait de commettre cet acte posa simplement le menton sur la table, toujours souriante. On aurait pu la croire détendue.
« Qu’est-ce que tu racontes, salope— »
« Si tu as fait beaucoup de saloperies, c’est que tu as dû décrocher pas mal de contrats ici. Donc, tu sais beaucoup de choses. Pas vrai ? »
Pourtant, personne au Nid ne parvenait à se résoudre à se jeter sur elle.
Ils reconnurent les flammes brûlantes qui jaillirent autour d’elle pendant qu’elle parlait et transformèrent aussitôt la pièce en cœur des enfers.
« … Pouvoir divin ? »
Quiconque maîtrisait une telle capacité était, au minimum, un paladin. Au mieux, un membre de la famille royale du Saint-Empire Craven.
C’était une raison amplement suffisante pour y réfléchir à deux fois avant de l’attaquer.
Pendant ce temps, celle qui avait créé cette atmosphère poursuivait sans la moindre hésitation.
« Dernièrement, des gens s’agitent partout dans le marché noir. J’aimerais savoir où ils se trouvent. »
« Haa, ngh— »
« Bombe infernale, Piliers de suppression et racines pour les sortilèges. Il doit bien y avoir des gens qui ont manipulé tout ça. Ce ne sont pas des marchandises ordinaires, les rumeurs ont forcément circulé. Vous savez quelque chose à ce sujet ? Dites-moi tout, et je retirerai le couteau pour vous laisser partir. »
« Foutaises… ! Je vais te tuer, maudite— ! »
« Hum, oui, oui. Les gens des deux autres endroits m’ont dit la même chose. »
« … Quoi ? »
« Alors… la Vallée ? La Fournaise ? Des noms tout mignons comme ça. »
« … »
« Les gens là-bas ont réagi pareil quand j’ai fait ça. »
Les autres restèrent bouche bée tandis qu’elle nommait avec désinvolture les deux organisations les plus tristement célèbres du marché noir de la capitale impériale après le Nid.
… À sa façon de parler, tout simplement.
Il était évident qu’elle avait déjà forcé le passage dans ces deux endroits, en employant exactement la même méthode.
« … »
« … »
Tous ceux qui avaient dégainé leurs armes échangèrent des regards gênés.
À vrai dire, il aurait été naturel de croire qu’elle bluffait.
Comme il convenait à des groupes de criminels, les Trois Antres du Diable ne s’entendaient pas entre eux. Malgré tout, la nouvelle d’une attaque contre l’un d’eux se serait normalement répandue très vite. Une demi-journée, tout au plus, aurait suffi pour que tout le monde soit au courant.
Autrement dit.
Cette femme prétendait avoir ravagé les trois repaires du marché noir en moins d’une demi-journée.
« … C’est seulement possible ? »
Tous les présents devaient se poser la même question.
Mais…
Le problème, c’était l’attitude de la femme.
« Ce n’est pas grave. Ils ont tous fini par parler. »
« … »
Elle le dit avec désinvolture.
Sans se vanter, ni même chercher à les menacer. Comme si elle énonçait un simple fait.
Elle poursuivit d’un ton enjoué, toujours souriante.
« En général, ils commencent à parler quand je me mets à leur brûler les mains, puis que je remonte le long de leurs bras. »
Sur ces mots, la femme fit aussitôt bouger les flammes qui l’entouraient.
Le sang quitta le visage de l’homme dont la main servait de porte-couteau. Des flammes blêmes, qui semblaient absorber la lumière alentour, projetèrent des ombres sur le visage de la femme. Pourtant, elle souriait toujours avec douceur.
Bien sûr, à présent, ce sourire avait une tout autre allure.
Personne n’aurait pu contester qu’on la qualifie de démon.
« Put— ! »
Mais tous ceux qui se trouvaient ici gagnaient leur vie en tuant. Coincés comme ils l’étaient, ils allaient forcément résister, au moins un peu.
L’homme fit tournoyer la lame courbe qu’il avait dégainée de sa main libre. Le cou de la femme assise fut tranché en un clin d’œil.
Et puis…
… La femme lâcha simplement un petit reniflement.
Pas de cri, pas de sang, pas la moindre réaction.
Comme s’il avait tranché du vide.
« Hum. »
Tous reculèrent en trébuchant, horrifiés, tandis que les deux bords de la plaie se rejoignaient sans heurt.
La coupure se referma en un instant, comme si l’on avait recollé une poupée d’argile. Le spectacle était d’une monstruosité incroyable.
Elle souriait toujours.
« Si tu voulais couper quelque chose, tu aurais dû te trancher le poignet, pas le mien. »
Puis…
Elle tapota de son autre main celle qui était clouée sous le couteau.
« Je n’ai pas l’intention de le retirer avant d’avoir entendu ce que je veux. »
« … »
« Tu ne veux pas parler ? »
« … »
« Alors, je vais commencer à te brûler. Dis-moi si tu n’en peux plus. »
Et devant ce spectacle…
Tous les présents durent comprendre quelque chose.
Cette femme.
Quand elle disait avoir mis à sac les trois repaires, ce n’était ni du bluff ni autre chose.
C’était un monstre parfaitement capable de l’avoir fait… !
« J-Je vais parler ! J’ai dit que j’allais parler ! »
L’homme, qui voyait les flammes se rapprocher, se mit à suer froid et hurla.
En entendant sa réponse, la femme eut l’air déçue.
« … Tu as vraiment moins de cran que les autres. »
… Ces mots, qui laissaient entendre qu’elle avait effectivement brûlé des gens jusqu’à quelques instants plus tôt, firent pâlir encore davantage l’homme. Puis il se mit sagement à répondre à ses questions.
Tandis qu’elle hochait la tête et poursuivait son interrogatoire brutal, la porte d’entrée s’ouvrit soudain à la volée.
Tous ceux que la femme avait trop terrifiés pour bouger se tournèrent vers elle.
Un compagnon de ce monstre était-il arrivé ? Et si un monstre encore pire entrait… ?
« Tu as fini ? »
… Heureusement, contrairement à ce qu’ils craignaient, l’homme qui venait d’entrer avait l’air tout à fait ordinaire.
Le problème, c’était…
« Ah, vous voilà ! »
L’attitude du monstre envers lui.
La femme qui avait dominé la pièce comme si un fantôme l’habitait perdit aussitôt son aura terrifiante à l’instant où l’homme apparut.
L’homme fronça les sourcils et balaya la pièce du regard.
« Vous n’avez pas été blessée ? »
« Ah, je me suis juste planté un couteau dans la main ! »
« … Pourquoi vous blesser volontairement ? »
« Ils ont plus peur comme ça ! »
Et ils se parlaient naturellement, sans la moindre gêne.
Comme s’ils étaient proches. Comme si ce monstre le considérait comme son égal.
« Bon, si tu as fini, allons-y. C’est le dernier endroit. »
« Pourquoi il n’y en a pas d’autres… ? »
« … Malheureusement, il n’y a que trois endroits aussi pourris. »
L’homme répondit à la femme, qui claqua la langue comme si elle était vraiment déçue, puis s’inclina légèrement devant les autres.
« Ah, passez une bonne journée. »
Sur ces mots, il passa le bras de la femme autour du sien, la ramena contre lui et sortit d’un pas traînant.
« … C’est qui, ces deux-là, bon sang ? »
Tous les présents devaient se poser une question du même genre.
… Cette folle, c’était une chose.
Mais l’homme qui pouvait fréquenter quelqu’un comme elle comme s’ils étaient amis ne pouvait pas non plus être normal.
▣
Aiden soupira et raya le dernier nom de son carnet.
… Ça y est, on a fini avec le dernier antre.
Pour retrouver une aiguille sur une plage, on pouvait faire venir du matériel lourd et débarrasser la zone où le sable était le plus épais.
Preuve de l’efficacité de cette méthode : les résultats obtenus en fouillant les endroits les plus dangereux et les plus sordides de l’Empire en moins d’une demi-journée étaient impressionnants.
En temps normal, il aurait dû passer des semaines, voire des mois, à recueillir des informations avec précaution. Mais en les obtenant de cette manière brutale, il avait presque identifié tous les agents secrets.
Il n’aurait jamais pu y arriver sans Katia, qui adorait la violence. Il avait déjà perdu le compte des gens qu’elle avait envoyés à l’hôpital en si peu de temps.
… C’était pour ça qu’il ne pouvait pas emmener Noel avec eux.
Comme il y pensait, Katia le fixa, à côté de lui.
« Pourquoi vous me regardez comme ça ? »
« Je me disais juste que, quand tu fais des histoires, tu n’y vas vraiment pas de main morte. »
« … »
« En temps normal, tu as l’air du genre à avoir peur facilement, mais quand il faut agir, tu le fais, hein ? »
… De la part de cette personne, et pas d’une autre, ça lui faisait un drôle d’effet.
Malheureusement, il ne pouvait pas le nier.
« Quand c’est nécessaire, il le faut. Pour attraper des gens comme eux, la rapidité est essentielle. »
S’ils semaient autant le chaos, c’était parce que ce serait ennuyeux si la nouvelle se répandait et que leurs adversaires disparaissaient.
« … Enfin, c’est un peu trompeur de dire ça comme ça. »
« Hum ? »
« Ils se préparent probablement déjà à disparaître. Les gens qui reçoivent directement leurs ordres de personnages importants ne doivent pas avoir un réseau de renseignements au rabais. »
Ils avaient beau avoir agi vite, ils avaient mis à sac trois organisations. Les rumeurs n’allaient pas tarder à circuler, et leurs adversaires avaient donc déjà dû commencer à réagir.
Aiden n’avait pas passé toutes ces années dans le milieu criminel pour rien. Il comprenait plus ou moins comment fonctionnaient les organisations de ce genre.
Ils allaient détruire les preuves, se disperser, se retirer et se préparer à entrer dans la clandestinité.
« Donc, ce n’est pas fini. Ça vous va ? »
« Bien sûr. C’est l’idéal. »
« … »
« Personne ne se plaint quand on tourmente les méchants. Je peux m’adonner à mon passe-temps et aider un ami. »
En entendant Katia dire cela avec un grand sourire, Aiden ne sut quoi répondre. Une fenêtre apparut alors devant lui.
-Message du système
▶ L’humeur de la cible « Katia » s’est beaucoup améliorée !
▶ Cette action est jugée optimale pour augmenter l’« Affinité » de la cible. Une entrée correspondante a été ajoutée au Recueil !
▶ Répéter cette action a de très fortes chances d’augmenter le niveau d’Affinité de la cible !
… Eh bien.
Il semblait vrai qu’on ne changeait pas facilement.
Avec lui, elle pouvait se transformer en doux petit animal, mais sa tendance à considérer le fait de frapper, briser et écraser des choses comme un simple moyen de se détendre semblait loin d’être corrigée.
Il était tout de même content que le message soit apparu à point nommé.
Ce qu’il s’apprêtait à dire à Katia risquait fort de lui déplaire.
Si elle était de bonne humeur, au moins, elle l’écouterait.
« Dans ce cas, Katia… »
Aiden se gratta la tête avant de poursuivre.
« À partir de maintenant, nous allons avoir besoin de l’aide de Lady Noel. »
« … »
Comme prévu, le sourire constant de Katia disparut aussitôt.
Son humeur changea si brusquement qu’on aurait dit qu’elle était passée du paradis aux enfers en un instant.
« … Pourquoi elle ? »
« Allons, allons. »
« … »
« Je vous ai dit de vous entendre avec Lady Noel, non ? »
« … »
« Katia. Vous devez répondre. »
« … D’accord. »
Aiden eut presque envie de rire devant la réponse boudeuse de Katia.
Il avait l’impression d’être un père qui tentait de raisonner sa fille adolescente.
« Plus important, expliquez-moi. Pourquoi vous voulez vraiment faire appel à cette femme ? »
« Ah, ça ? »
Maintenant qu’il savait où ils se trouvaient, c’était la partie la plus importante.
En fin de compte, attraper les agents secrets devait lui permettre de faire un sale coup au Prince et au ministre de l’Administration. Pour cela, il lui fallait absolument des preuves que ces gens étaient liés à l’autre camp.
Il n’avait donc pas le choix : il devait rencontrer ces gens en personne.
Et la méthode qu’Aiden avait choisie pour y parvenir, c’était…
« … Lady Noel doit d’abord se mettre très en colère. »
« … »
Il n’en était pas certain.
Mais rien que d’entendre que Noel serait en colère sembla d’abord mettre Katia de meilleure humeur.
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