Chapitre 26
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Natty
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Copier les compétences avec affinité ! ◈
Chapitre 26 : Confrontation
──────
À l’ère où les radios et les téléphones s’étaient largement répandus, les boules de cristal pouvaient sembler obsolètes. Pourtant, ces outils magiques avaient encore leur utilité : impossible de les repérer.
La boule de cristal appelée Clairvoyance, que le prince et le ministre de l’Administration observaient, en était probablement un bon exemple.
« Que comptez-vous faire, Votre Altesse ? »
Rad posa la question en mâchant des noix qu’il avait trouvées Dieu savait où.
Le fait qu’il regarde Deathwish se faire encercler par plusieurs chevaliers en disait long sur sa personnalité.
La boule de cristal montrait Aiden qui s’avançait, Katia derrière lui.
« Je ne m’attendais pas à voir le mari de Lionheart s’en mêler. La situation se complique. »
Il avait beau parler de complications, il semblait remarquablement détendu.
Le prince, qui observait la scène, le menton appuyé dans une main, lui jeta un regard en coin.
« On dirait que vous vous y attendiez. »
« Non. C’est la situation elle-même qui échappe à mes prévisions. »
Rad se renversa tranquillement dans son fauteuil.
« Je pensais que Deathwish tuerait au moins la moitié des hommes que nous avons envoyés. Elle résiste bien moins que prévu. »
« … »
« Il nous faut un prétexte avant d’agir sur le plan politique, mais tout est tombé à l’eau. Même moi, je ne m’y attendais pas. »
Le prince plissa les yeux.
Les hommes que Rad disait vouloir voir « tuer » étaient les chevaliers qui attaquaient Katia en ce moment même.
Il les avait envoyés lui-même, et pourtant il semblait profondément déçu qu’il n’y ait pas eu de victimes. Comme s’il les avait envoyés en espérant ce résultat dès le départ.
« Vous êtes davantage un serpent venimeux qu’un stratège, Rad. »
« Je prends ça pour un compliment, mais aussi compétent soit-il, un stratège n’a pas le pouvoir de décider. »
Rad poursuivit avec un léger sourire :
« La décision vous revient, Votre Altesse. Je ne fais que présenter les options. »
« … »
« Alors, dites-moi. Que comptez-vous faire du mari de Lionheart ? »
« Commençons par entendre votre recommandation. »
« Frappez-le. »
Le prince le dévisagea, incrédule.
« … Si quelque chose arrive au mari de Lionheart, nous ne pourrons pas gérer les conséquences. »
« Vraiment ? »
« Vous l’avez vous-même évalué. Cet homme maîtrise ses capacités d’une façon étrangement remarquable, mais ses compétences au combat sont même inférieures à celles d’un débutant. Elles sont pitoyables. »
Et plusieurs chevaliers représentaient une force bien trop importante à envoyer contre quelqu’un qu’il ne fallait pas blesser, même pour rire.
« Ça devrait aller tant qu’il n’est pas trop amoché. Et il n’a pas l’air du genre à se laisser abattre facilement. »
« Sur quoi vous fondez-vous ? »
« Nous avons utilisé des Piliers de suppression, qui sont particulièrement difficiles à obtenir, pour ce plan, et cet homme l’a réduit à néant. »
Du moins, à ce qu’il en savait.
À en juger par l’atmosphère, cet homme était aussi la raison pour laquelle Deathwish était devenue si docile.
Ils avaient même utilisé un art sorcier rare, justement pour empêcher quiconque de la poursuivre. Pourtant, il était venu seul à sa suite.
Les deux raisons pour lesquelles le plan conçu par Rad avait été bouleversé de fond en comble découlaient toutes deux de cet homme.
Sans aucun doute.
Il dissimulait quelque chose qui dépassait ce qu’on pouvait voir.
« … Vous dites qu’il faut s’en méfier parce qu’il pourrait nous mettre des bâtons dans les roues ? Au point de menacer notre grand projet ? »
« Pas encore. »
Sa conclusion catégorique tomba sans détour.
« À mon avis, cet homme est un escroc. »
C’était tout ce que Rad pensait d’Aiden Kellermain.
Un homme ordinaire. Qui essayait de le rester. Qui n’avait jamais eu à se salir les mains. Qui se retrouvait rarement mêlé à des bagarres.
Un homme ordinaire qui n’était arrivé là que par chance.
« Dans ce cas, ça ne tient pas debout. Pourquoi accorder autant d’attention à un escroc ordinaire ? »
« Parce qu’il y a de fortes chances que nous devions désormais nous intéresser à lui. »
Tout en parlant, Rad gardait les yeux rivés sur Aiden, à l’intérieur de la boule de cristal.
« Pour quelqu’un qui a mené une vie ordinaire, il manie bien plus de puissance qu’il ne le devrait. »
Une lueur étrange emplit ses iris bleus tandis que son regard scrutait attentivement le visage d’Aiden.
« Plusieurs chevaliers devraient suffire à le vaincre… mais peut-être va-t-il au moins nous offrir un spectacle intéressant ? »
▣
« Combattre ? »
Sir Levant vérifia, perplexe, l’ordre reçu par l’intermédiaire du communicateur.
Sir Levant comprenait bien qu’attaquer les gens autour d’eux était une chose, mais s’en prendre directement à Lionheart et à son mari comportait d’énormes risques.
Les informations étaient déjà arrivées. Sir Levant savait à peu près à quel point leur adversaire était puissant.
« Sans aucun doute… »
Un homme capable de manier plusieurs pouvoirs. Un trait menaçant et redoutable.
Les capacités qui circulaient dans son corps en ce moment étaient indéniablement d’une puissance immense.
Mais…
« Il manque d’expérience au combat. »
Sir Levant avait déjà entendu parler des combats que cet homme avait livrés lors de la cérémonie d’échange de la Coalition des Plaines. Des informations avaient filtré.
Il maniait des pouvoirs mystérieux, mais son talent pour les utiliser était d’une maladresse absolue. Tous ceux qui avaient déjà affûté leurs techniques de combat seraient du même avis.
Sur ces mots, il lança :
« Nous n’avons pas l’intention de vous tuer. Alors, ne résistez pas inutilement. »
Sir Levant sortit de sa robe un artefact magique en forme de bille et l’écrasa en parlant.
Des vagues translucides se propagèrent dans toutes les directions. Tous les pouvoirs dans leur rayon d’action s’affaiblirent visiblement.
Le ki des chevaliers, le Pouvoir divin dans le corps de Katia et toutes les capacités qu’Aiden dégageait. Tout.
« … »
Aiden plissa les yeux.
Son style de combat reposait fondamentalement sur des capacités de grande puissance. Elles n’avaient pas complètement disparu, mais le simple fait que leur force soit réduite représentait un handicap considérable.
Les chevaliers, eux, conservaient les techniques de combat qu’ils avaient perfectionnées toute leur vie, même si leur ki s’était quelque peu affaibli.
L’artefact avait sans doute été apporté pour neutraliser Katia, mais son effet touchait Aiden tout autant.
« Si nous nous battons, aucun de nous n’en sortira indemne. Alors, restez tranquille. »
« Ah oui ? »
« Oui. Comme je l’ai dit, nous n’avons pas l’intention de vous tuer. »
Ils n’avaient qu’à le blesser un peu, le rouer de coups et le faire déguerpir.
S’il avait le moindre bon sens, il ne se jetterait pas sur plusieurs chevaliers alors que sa plus grande force venait d’être diminuée.
« Ne croyez pas que votre mariage avec Lionheart vous garantisse la sécurité. Officiellement, nous n’existons pas. Rien de ce qui se passe ici n’existe non plus. »
« Vous avez la langue bien pendue, pour des types qui brandissent leurs épées contre quelqu’un qui ne résistait même pas. »
« … C’est nécessaire. »
« J’en suis sûr. »
À ces mots, Aiden dégaina calmement son épée.
« Alors faites-moi subir la même chose, puisque c’est si nécessaire. »
Katia, qui était restée tranquillement assise derrière lui jusqu’ici, écarquilla les yeux.
« Attendez, si vous faites ça… ! »
« Ça va aller. »
La moindre trace de sa nonchalance habituelle avait disparu de sa voix.
Il était résolu.
Non, il était furieux.
Une rage née de la certitude qu’il devait, au moins, écraser la tête de ces ordures ici et maintenant.
« À quoi bon m’entraîner, me forger et me tuer à amasser de la puissance ? »
À bien y réfléchir, c’était évident.
Accumuler de la puissance pour la quête principale, devenir plus fort, copier des compétences… tout ça, c’était bien beau.
Mais pourquoi amassait-il de la puissance, au juste ?
« Pour casser la gueule à des types comme eux. »
Quel que soit l’ennemi, qui que ce soit derrière lui, quel que soit son objectif.
Sa famille, ses amis, ses proches…
C’était pour protéger ceux qui faisaient partie de l’entourage d’Aiden.
« À quoi ça sert d’avoir des amis, sinon ? »
« Q-quoi… ? »
« Parfois, laissez quelqu’un d’autre s’en charger. »
Alors que Katia écarquillait de nouveau les yeux, Sir Levant eut un ricanement incrédule. Il était convaincu qu’Aiden ne pouvait pas faire le poids.
Sir Levant désigna d’un mouvement du menton le chevalier le plus proche.
« Vous connaissez l’ordre. Ne le tuez pas. »
Sans ses capacités, cet homme ne valait guère mieux qu’un cadavre. Nul besoin de se tendre. Ils n’avaient qu’à le maîtriser.
« Oui. »
Les hommes alentour levèrent eux aussi nonchalamment leurs épées.
Ils partageaient manifestement l’avis qu’une telle force contre un homme comme lui relevait du pur excès.
Puis les chevaliers se ruèrent sur lui tous ensemble. Une attaque coordonnée, aussi puissante qu’un glissement de terrain rugissant, fondit sur lui de toutes parts.
Et alors…
« … ? »
Ils sentirent quelque chose d’étrange.
N’importe qui l’aurait remarqué. Impossible de comprendre pourquoi Aiden restait là sans faire le moindre geste.
Il se tenait droit, comme cloué au sol.
Comme si tout allait bien.
Même avec leurs capacités bridées, les mouvements de chevaliers qui avaient consacré leur vie à perfectionner leurs techniques dépassaient largement les limites humaines.
Des attaques qu’aucun être ordinaire n’aurait pu suivre des yeux fusaient vers lui de toutes les directions.
Et pourtant…
Le regard d’Aiden.
Les yeux d’un homme qu’on disait totalement inexpérimenté au combat.
Suivaient chaque trajectoire d’épée, toutes entremêlées comme un écheveau.
« … ! »
Sir Levant sentit un frisson lui parcourir le corps.
Puis…
« Vous avez dit que rien de ce qui se passe ici n’existait. Alors, inversement… »
Tout en parlant…
« … ça veut dire qu’on peut vous faire n’importe quoi, non ? »
En un instant, les chevaliers qui chargeaient furent projetés dans toutes les directions.
Les hommes qui fonçaient sur lui s’éparpillèrent et s’effondrèrent comme des bouts de carton emportés par le vent.
« … »
« … »
Dans le silence qui envahit les lieux, Sir Levant cligna stupidement des yeux, toujours étalé au sol.
Le choc physique lui avait fait mal, mais le choc psychologique était bien pire.
« … Qu’est-ce que c’était que ça ? »
Tous ces chevaliers.
Réduits à néant par un seul homme, en un instant.
Un tel résultat ne pouvait s’expliquer que par une différence écrasante de niveau.
« Fais chier… ! »
Sir Levant serra les dents et se remit debout.
Jamais, même quand il était écuyer, Sir Levant n’avait subi pareille humiliation.
Tout ça parce qu’ils avaient baissé leur garde. S’ils coordonnaient correctement leurs efforts une nouvelle fois, l’adversaire ne pourrait pas s’y préparer.
Ça aurait dû être le cas.
Mais, étrangement…
« Vous l’avez dit tout à l’heure, non ? Que vous n’alliez pas me tuer. »
En regardant l’homme qui se tenait là, les yeux baissés…
Cette certitude commença malgré lui à s’effriter.
« Puisque vous avez fait preuve de clémence, je vais vous rendre la pareille. Je ne vous tuerai pas. »
« … Ne prenez pas trop la confiance… »
« Mais j’ai appris une chose par expérience. »
Aiden marmonna, le regard dans le vague.
C’était l’expression qui lui venait naturellement quand le souvenir de terribles expériences troublait sa raison.
« Il existe bien plus de façons de se faire tellement mal qu’on préférerait mourir que vous ne l’imaginez. »
La faute surtout à Meyer. Surtout dans ses rêves.
À force de se faire battre encore et encore, jusqu’à ce que la mort vienne, on finissait forcément par souffrir au point de supplier qu’on nous achève.
Dans ce domaine, Aiden pouvait au moins être considéré comme un instructeur hors pair…
« Alors je vais vous en enseigner une à chacun. Sinon, ce ne serait pas juste. »
À ces mots, les chevaliers reculèrent.
L’atmosphère sembla changer en un instant.
En voyant cela, Sir Levant comprit instinctivement qu’il fallait revoir sur-le-champ les évaluations qu’il avait entendues, ce qu’il avait constaté de ses propres yeux et l’opinion que tous les présents s’étaient faite de cet homme.
Alors comme ça, il manquait d’expérience au combat ? Ses techniques étaient maladroites ?
« Fais chier… ! »
L’homme qui se tenait devant eux dégageait à présent la férocité d’un vétéran ayant franchi d’innombrables fois le seuil entre la vie et la mort.
Une pression si brutale qu’on aurait cru qu’il avait connu la mort en personne, encore et encore… !
« Argh… ! »
Quelqu’un, incapable de supporter cette pression plus longtemps, bondit en avant, et le combat reprit.
L’Ordre des chevaliers impériaux accordait la priorité absolue aux combats de groupe menés d’un seul bloc, avec une coordination sans faille.
Il ne s’agissait pas simplement d’attaquer en même temps. Ils encerclaient leur cible de tous côtés, sans laisser la moindre ouverture, afin de s’assurer de l’abattre.
Mais cette fois encore…
— !
— !!
La lame fendit l’air une fois, et les chevaliers qui formaient l’encerclement s’effondrèrent tous ensemble.
« Q-que s’est-il passé ? »
« Comment a-t-il fait ça ?! »
La technique était si mystérieuse que ces paroles leur échappèrent, bien que le combat fût toujours en cours. Pourtant, celui qui venait d’accomplir cet exploit passa tranquillement au mouvement suivant.
« Ça me ferait vraiment chier de ne pas pouvoir briller dans un moment pareil… »
Il serra les dents et marmonna, le regard vide, en abattant son épée.
On devinait facilement ce qu’il ressentait en employant les techniques de combat dont il avait besoin, à cet instant précis.
Combien avait-il souffert pour pouvoir briller dans ces moments-là ?
Combien de choses atroces Meyer lui avait-il fait subir ?
L’impuissance, la douleur, le désespoir, la résignation de ne jamais pouvoir échapper à la souffrance, quoi qu’on fasse… !
Alors… !
« Vous aussi, goûtez-y… ! »
« … »
« C’est injuste si je suis le seul à souffrir… ! »
« … »
Son ressentiment visait légèrement à côté.
▣
Tandis que les chevaliers pris dans le flot de sa rage aveugle hurlaient et étaient mis en pièces, le prince et Rad fixaient la boule de cristal, tous deux sans voix.
« … Je vais être honnête. »
Pour une fois, le sourire de Rad avait disparu. Il tapota la boule de cristal en parlant d’une voix assourdie.
On y voyait Aiden agiter son épée, le regard dans le vague.
Et pourtant, malgré son air quelque peu abattu…
Les résultats qui se déroulaient sous leurs yeux suffisaient à les sidérer.
« C’est le genre de prouesse qu’un vétéran ayant passé plus de dix ans sur un champ de bataille peut accomplir, non ? Prendre le dessus sur des chevaliers dans un combat à un contre plusieurs ? »
« … Un vétéran doté d’un talent et d’une expérience absurdes, absurdes, absurdes. »
Le prince ajouta cette précision en se tenant le front.
À vrai dire, même un vétéran doté de talent et d’expérience ne serait peut-être pas capable d’une telle chose.
Le prince lui-même était un épéiste considéré comme un génie dans la capitale impériale. Voilà pourquoi il pouvait si bien analyser la scène.
Plus précisément…
Voilà pourquoi c’était aussi absurde.
« … Il les copie à la perfection. »
« Qu’entendez-vous par là ? »
« Aiden copie les mouvements de tous ceux qui se trouvent là-bas. »
Rad se tut un instant.
Il ne comprenait pas tout à fait ce que le prince venait de dire.
« Qu’est-ce que ça veut dire, au juste ? »
« Ses techniques ne cessent de changer, alors je ne peux pas en être certain, mais… »
Le prince poursuivit d’une voix étourdie.
Un autre groupe de chevaliers, qui avait tenté de terrasser Aiden grâce à leur coordination, venait de tomber comme des feuilles mortes.
« Son jeu de jambes, c’est le Parleur des vents, une forme d’escrime créée par le Chevalier de la Tempête… »
Des pas légers comme la brise printanière.
La liberté avec laquelle il faisait pivoter son corps déviait toutes les attaques dirigées contre lui.
« Pour le bas du corps, il utilise l’Herbe flottante, dont le Vagabond du printemps se servait souvent… »
Un léger transfert de son centre de gravité, pareil à des herbes ondulant au vent, se mêlait à la brise printanière pour donner naissance à des mouvements éblouissants.
« Les trajectoires de ses coups d’épée viennent du Demi-lune, créé par l’Assassin du crépuscule… »
Des coups d’épée simples et directs, mais rapides à enchaîner et d’une grande puissance, qui suivaient des lignes droites.
« … Il utilise tout ça à la fois. »
« Je sais que ces techniques existent, mais comment ça, il les copie… ? »
« Ce sont les techniques des chevaliers qui se trouvent là-bas. »
« … Quoi ? »
« Quand on devient chevalier impérial, il n’est même pas surprenant d’avoir appris différentes écoles d’escrime. Une école se construit en établissant une théorie, en la perfectionnant au combat et en y mêlant sa propre expérience. »
Ainsi…
Même lorsque plusieurs personnes employaient la même technique, leur façon de s’en servir variait énormément. C’était pourquoi chacun laissait des traces comparables à des empreintes digitales, même après avoir appris la même escrime.
Des mouvements qu’on pouvait qualifier d’arts secrets, où se mêlaient toute leur vie d’épéistes, leur expérience du combat, leurs théories et leur savoir-faire.
« Il se les approprie tous. En un instant. »
Et pourtant…
Les techniques qu’Aiden employait en ce moment…
Étaient toutes des mouvements que les chevaliers qui l’attaquaient avaient utilisés.
Sans le moindre effort.
Grâce à l’Analyse, il copiait les prouesses qu’ils avaient accomplies au fil de toute leur vie.
… C’était insensé. Quelle que soit la technique employée, comment une chose pareille pouvait-elle être possible ?
Et…
Le plus absurde était ailleurs.
Même s’il exécutait des techniques de combat aussi mystérieuses, cela n’expliquait toujours pas entièrement le miracle qu’il accomplissait face aux chevaliers.
Aiden était-il bien plus fort physiquement qu’eux ? Plus rapide ? Plus impressionnant ?
Non. Ses capacités renforçaient son corps, mais même en tenant compte de cela, on pouvait le qualifier de faible.
En termes de capacités physiques, un seul de ces chevaliers pouvait s’occuper d’une pleine cargaison de types comme Aiden.
Alors pourquoi les chevaliers n’arrivaient-ils même pas à lui toucher un cheveu, tandis qu’il les battait à sens unique ?
« … Comment ? »
Le prince étudia les mouvements d’Aiden, le regard comme vidé de toute âme.
« Chacune de ses décisions est juste ? »
Au combat, dans ces instants cruciaux où la vie ou la mort se jouait à des décisions prises en une fraction de seconde, chacun des choix de cet homme était juste.
Il devinait la trajectoire des épées ennemies et les esquivait. Il déviait les attaques combinées. Il pivotait, se déplaçait, contre-attaquait, les neutralisait…
À chaque fois, à chaque instant, il choisissait sans hésiter le mouvement le plus efficace. À chaque instant, il ne prenait que le chemin le plus court vers la victoire.
« Non… »
En observant attentivement les mouvements d’Aiden, le prince corrigea aussitôt son impression.
Il n’y avait aucune volonté acharnée de vaincre.
À la place…
Quelque chose de bien plus désespéré.
« Pas la victoire. La survie. »
Aiden Kellermain.
Il ne se battait pas pour gagner. Il se battait en évitant tous les choix qui pouvaient le mener à la mort.
Comme s’il l’avait déjà vécue.
Comme si son corps tout entier avait déjà appris qu’il mourrait s’il ne se battait pas ainsi.
La peur de la douleur, gravée dans ses nerfs, ancrée dans ses muscles et imprimée dans son âme, le poussait instinctivement à choisir ces mouvements.
« … »
Quel passé cet homme avait-il vécu pour aborder le combat de cette manière ?
Le prince ferma les yeux, incapable de parler un instant.
« … »
Puis, les yeux toujours clos, il appuya ses doigts contre sa tempe.
« … Rad. »
« Oui. »
« Quand vous avez enquêté sur cet homme, vous n’avez rien trouvé, n’est-ce pas ? »
« … C’est exact. »
« Enquêtez de nouveau sur lui. »
« … »
« Il ne peut pas être un simple escroc. C’est impossible. Il y a de fortes chances qu’on l’ait entraîné dès l’enfance, jusqu’à lui broyer les os et lui déchirer la chair. »
« … Mes renseignements ne m’ont jamais fait défaut. »
« Alors, ce sera la première fois. C’est un ordre. Recommencez et découvrez tout sur lui, de A à Z. »
Cette fois, ce fut au tour de Rad de garder le silence.
Le prince, les yeux baissés, observa l’intérieur de la boule de cristal tandis que Rad se tapotait le menton, pensif, avec un sérieux inhabituel.
« … D’où diable cet homme sort-il ? »
L’émotion qui se lisait dans son regard était trop complexe pour qu’il puisse lui-même l’expliquer.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>