Chapitre 25
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Traductrice/éditrice : Natty
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Chapitre 25 : Embuscade (2)
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La réputation de Katia Heinkel Craven était connue jusque dans les quartiers généraux de l’armée.
Une louve solitaire. Absolument convaincue de sa supériorité. D’une initiative terrifiante et d’une imprudence folle.
Quand elle voulait quelque chose, elle écartait tout le monde jusqu’à l’obtenir. Malheur à quiconque se mettait en travers de son chemin.
Surtout, dès que cela touchait de près ou de loin au mari de Lionheart, elle fourrait son nez dans les moindres détails.
Ce n’était pas qu’elle n’aimait pas les gens. Elle s’en fichait, tout simplement. C’était comme ça qu’elle était, et elle le faisait bien comprendre.
Alors.
On pouvait dire que ceux qui la voyaient en cet instant étaient en proie à une horreur cosmique.
Katia dévalait le couloir d’un pas léger, rayonnante, le sourire aux lèvres. Le spectacle était assez étrange pour mériter cette description.
« Ah, bonjour ! »
Un domestique à qui elle adressa ces mots fit même un pas en arrière, apparemment sans s’en rendre compte.
D’ordinaire, elle interrogeait quiconque croisait son regard pour obtenir des renseignements sur Aiden, avant d’exiger : « Ne faudrait-il pas faire ceci comme ça ? Et cela comme ça ? » N’importe qui aurait eu la même réaction en la voyant se comporter soudain de cette façon.
« Hé hé. »
Et si, en plus, elle se mettait à pousser de pareils petits gloussements, la peur ne pouvait que redoubler.
Au lieu de l’inquiétant sourire qu’elle arborait toujours, elle avait l’air si sincèrement heureuse qu’elle ne savait plus quoi faire.
Dans ses bras, serrée contre sa poitrine tandis qu’elle semait la confusion dans les quartiers généraux de l’armée, se trouvait la flasque qu’Aiden lui avait offerte récemment.
Un ami !
Katia n’y pouvait rien.
Comment aurait-elle pu se contrôler, alors que le simple fait de penser à ce mot lui faisait cet effet ?
« Hé hé hé. »
Elle laissa échapper un nouveau son, qui inspira une terreur métaphysique à quelqu’un dans les parages, puis se dirigea vers l’extérieur.
Elle-même ne savait pas vraiment pourquoi elle avançait. Elle débordait simplement d’énergie et ne tenait pas en place une seconde.
Sans doute.
C’était pourquoi elle réagit un peu plus lentement que d’habitude à l’objet qui fondit soudain sur elle.
« ! »
Un acte d’une violence telle qu’on aurait pu parler de terrorisme déchira en un instant la scène paisible.
Elle parvint tout de même à l’éviter en rejetant la tête en arrière, sans pouvoir empêcher les dégâts collatéraux.
Des cris retentirent de toutes parts tandis que de longues barres d’armature pulvérisaient les fenêtres des bureaux de la capitale impériale.
Il y en avait quatre. De longues tiges d’acier, couvertes de talismans.
Elles transpercèrent le bâtiment l’une après l’autre, puis s’enfoncèrent dans le sol en formant un rectangle autour de Katia.
Une barrière ?
Les Piliers de suppression.
Fabriqués en Extrême-Orient, ces artefacts spirituels avaient été imprégnés de toute la puissance des chamans afin de maîtriser les Dieux des montagnes sauvages.
On les avait conçus pour combattre des bêtes capables, disait-on, de renverser un pan de montagne d’un seul rugissement. Il existait peu de moyens aussi efficaces pour neutraliser une cible.
Ils se servent de ça contre moi ?
Il était rare d’en voir de si précieux dans l’Empire, alors même qu’ils provenaient d’une contrée dont la frontière n’était accessible qu’après avoir traversé tout un continent.
Quiconque parvenait à s’en procurer devait posséder une puissance ou une ingéniosité colossale. Colossale. Colossale.
Et c’était étrange de s’en servir pour s’en prendre à Katia seule.
Qui les avait envoyés, et pourquoi ?
Avant que Katia ait le temps de démêler ces questions,
Vmmm !
Vmmmmmm !
les quatre Piliers de suppression plantés autour d’elle entrèrent en résonance. Les talismans qui les recouvraient s’envolèrent alors vers elle et se collèrent à son corps, comme s’ils voulaient la recouvrir de la tête aux pieds.
Son Pouvoir divin se faisait drainer. Comme on pouvait s’y attendre d’outils conçus pour épuiser l’adversaire, elle sentit ses capacités s’affaiblir à vue d’œil.
Puis les talismans et les piliers résonnèrent ensemble et déchirèrent l’espace alentour.
Le paysage changea en un instant. Ils avaient bel et bien envoyé Katia, enfermée dans la barrière, ailleurs.
Elle ferma puis rouvrit les yeux, et le nouveau paysage se dessina peu à peu.
Une vaste clairière. Elle ignorait à quelle distance des bureaux de la capitale impériale on l’avait expédiée, mais ils avaient clairement choisi un endroit isolé, sans âme qui vive.
Ils ne voulaient pas que quiconque voie ce qui allait se passer ici.
Comme prévu, plusieurs hommes armés l’attendaient, postés tout autour d’elle.
« Qui êtes-vous ? »
Katia pencha la tête en posant sa question.
« Vous enlevez quelqu’un en plein jour, sans prévenir. Vous comptez vous mettre à plusieurs pour me passer à tabac ? »
« … »
« Vous pourrez assumer les conséquences ? »
Pour toute réponse, le ki de plusieurs couleurs jaillit du corps de chacun de ceux qui l’encerclaient.
Les yeux de Katia se plissèrent légèrement.
Des chevaliers ?
Leur ki ne se divisait qu’en trois ou quatre couleurs, tout au plus. Ils le maniaient avec une densité inimaginable pour le commun des mortels.
Quiconque avait poussé sa technique à ce niveau devait être chevalier. Et ils devaient compter parmi les meilleurs.
Certes, ils n’avaient pas le niveau de Noel, dont le ki était d’un blanc pur et uniforme. Mais réunis en si grand nombre, ils représentaient tout de même une menace considérable.
Bientôt, tous ces chevaliers l’attaquèrent de concert.
Malgré cela…
Ils savent seulement contre qui ils s’en prennent ?
Katia pencha la tête et entrelaça les doigts.
Un mudrā symbolisant Seer, le God of Purification. Une quantité phénoménale de Pouvoir divin s’écoula de son corps.
Même sous l’effet des Piliers de suppression, avec des talismans plaqués sur tout le corps, il lui restait largement de quoi se battre.
Attaquer quelqu’un comme elle, n’était-ce pas d’une imprudence insensée ?
Une flamme si abondante de naissance qu’elle avait du mal à s’en défaire éclata avec une force destructrice.
Plus précisément…
elle était sur le point d’éclater.
« … »
Katia, qui s’apprêtait à manier son Pouvoir divin, hésita et baissa la main.
Comme si elle venait seulement de se souvenir de quelque chose.
À cet instant, un coup d’épée la frappa en plein corps.
« … Elle ne se défend pas ? »
À ces mots déconcertés, le visage de Sir Levant se crispa sous sa visière.
C’était effectivement déconcertant.
Vu qui était leur adversaire, ils l’avaient affaiblie par deux fois. Et comme cela ne leur avait pas paru suffisant, ils avaient prévu plusieurs autres parades.
Pourtant, elle ne semblait presque pas vouloir résister.
… Ce salaud avait dit que ce ne serait pas facile.
En se rappelant le visage agaçant du ministre de l’Administration, Sir Levant soupira intérieurement.
« … Tant mieux pour nous. »
Mais au lieu de chercher à comprendre pourquoi, Sir Levant raffermit sa détermination et leva de nouveau son épée.
Après tout…
« Vous connaissez déjà les informations, n’est-ce pas ? »
C’était l’occasion de s’attirer la protection du prince en faisant un sale coup, tout en faisant enrager les proches de cette maudite Lionheart.
« Elle ne se laisse pas tuer facilement, alors ne vous retenez pas. Nous l’avons amenée ici par sorcellerie : l’équipe lancée à sa poursuite mettra du temps à arriver. »
Quel que soit l’état de leur cible,
ils n’avaient qu’à faire leur travail.
▣
Naturellement, les quartiers généraux de l’armée furent plongés dans un chaos sans précédent.
Un acte pratiquement assimilable à du terrorisme s’était produit en plein jour. Comment aurait-il pu en être autrement ?
Mais la question de savoir où Katia avait été transportée aggravait encore le chaos.
Personne ne pouvait retrouver quelqu’un emporté par sorcellerie. De toute façon, personne n’avait jamais eu affaire à un tel pouvoir.
À une exception près.
Celui qui avait aussitôt quitté les quartiers généraux en déclarant : « Je vais la retrouver, d’une manière ou d’une autre. »
[Aiden, vous l’avez trouvée ?]
« D’une manière ou d’une autre ! »
[Comment avez-vous fait ?!]
Lady Noel lui répondit d’une voix stupéfaite.
Sa réaction était bien naturelle. Il venait de réussir seul ce que les innombrables élites rassemblées dans les bureaux de la capitale impériale n’avaient même pas osé tenter.
Aiden lui-même n’était pas certain que ça marcherait.
Maintenant que j’y pense !
Quand Katia l’avait rencontré pour la première fois, ne semblait-elle pas être venue le chercher parce qu’elle savait où il se trouvait ?
Elle avait même percé le déguisement d’Aiden à l’époque.
Se demandant si elle possédait une capacité liée à cela, il avait fouillé sa fenêtre de compétences.
Il avait décroché le gros lot.
-Message du système
▶ Vous avez copié « Maîtrise du Pouvoir divin : perception ».
-Infos sur les compétences
◆ Maîtrise du Pouvoir divin : perception (Corps sacré)
Ceux qui possèdent des capacités liées au Pouvoir divin peuvent percevoir avec acuité la présence de leurs semblables. Vous pouvez facilement retrouver la trace de votre cible !
Heureusement qu’il avait deux tickets de copie de compétence de Katia.
Vu l’urgence de la situation, il ne regrettait pas du tout d’en avoir utilisé un !
« Je vais vous indiquer où elle se trouve. Envoyez des renforts immédiatement ! Je pars devant ! »
[Attendez, Aiden ! C’est dangereux d’y aller seul—]
Avant qu’elle ait pu finir, Aiden se précipita aussitôt vers la source du Pouvoir divin.
Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver ce qu’il cherchait.
Des explosions. L’air qui se déchirait. Des traînées de ki partout dans les environs.
Plusieurs chevaliers s’acharnaient sur l’unique personne qui se trouvait au centre.
« Une équipe de poursuite ? Déjà— »
Aiden vit un homme prononcer ces mots et pointer son épée vers lui. Du ki se concentra à la pointe de la lame.
Puis il vit quelqu’un saisir vivement le poignet de l’homme pour l’arrêter.
« C’est le mari de Lionheart. Si on le frappe directement, on ne pourra plus étouffer l’affaire ! »
« … Tss ! »
Tandis que tous hésitaient à ces mots, Aiden les dépassa sans la moindre pause et courut vers Katia.
« … »
Ils avaient interrompu leurs attaques à mi-course, mais ces chevaliers, si nombreux, lui étaient ouvertement hostiles.
Aiden fit comme s’ils n’existaient pas.
« Katia, est-ce que vous allez bie— »
Aiden s’interrompit brusquement.
Katia était dans un état lamentable.
Accroupie comme si elle serrait quelque chose entre ses genoux, elle avait les vêtements en lambeaux. D’horribles entailles lui couvraient le corps, et elle était couverte de bleus.
Depuis combien de temps restait-elle là, à encaisser leurs coups ? Même sa régénération ne fonctionnait pas correctement ; les blessures étaient encore bien visibles.
« Pourquoi ? »
Aiden retira son manteau et l’enveloppa dedans, les dents serrées.
« Pourquoi les avoir laissés te battre jusqu’à ce que tu finisses dans cet état ? Tu peux très bien te défendre. »
« Ce n’est rien. Vous me connaissez. Ça ne me fait même pas mal. »
Elle lui répondit d’un murmure discret, la voix basse et proche du sol.
« Ce n’est pas la question— ! »
« Parce que tu m’as dit de ne pas me battre. »
… Aiden se figea.
Jamais Katia n’aurait normalement attendu sans réagir de se faire battre jusqu’à finir dans cet état.
Arrête de chercher des noises aux autres sans raison. Et si tu peux l’éviter, ne fais rien qui puisse leur faire du mal.
Si elle ne s’était pas souvenue que quelqu’un lui avait récemment demandé cela, elle aurait riposté.
Les pensées d’Aiden s’enchaînèrent.
Si ce sont des chevaliers…
S’ils appartenaient à un ordre de chevalerie, ils représentaient tous officiellement l’armée impériale et avaient chacun leur propre statut.
Des gens considérés comme des éléments de premier ordre, tant sur le plan politique que militaire.
Si elle en blessait autant à la fois…
Cela pouvait causer des ennuis à Aiden.
C’était pour cela que,
même si elle aurait pu les maîtriser sans difficulté,
elle était restée là, à encaisser leurs coups, jusqu’à finir dans cet état.
« … »
Il n’avait pas encore trouvé quoi dire que sa main effleura Katia en l’enveloppant de son manteau. Elle tressaillit comme si une décharge électrique l’avait traversée.
Puis elle se recroquevilla davantage, comme si elle ne voulait absolument pas montrer son torse.
« Tu es blessée ? Laisse-moi voir. »
« A-attends, c’est, c’est… »
Sa voix était étrangement paniquée, mais Aiden ne tint pas compte de ses protestations et lui écarta les bras.
Alors il vit ce qu’elle avait serré contre elle malgré les coups.
La flasque.
Le cadeau qu’il lui avait récemment offert en gage d’amitié.
Elle l’avait protégée avec tant de soin, mais avait fini par échouer. La flasque était cabossée et fendue en deux.
« … »
Alors qu’Aiden restait sans voix, Katia reprit d’une voix légèrement tremblante :
« Nous… »
Ce fut à cet instant qu’il regarda vraiment le visage de Katia pour la première fois.
Elle s’efforçait de garder le même sourire que d’habitude.
Mais les tremblements au coin de ses lèvres étaient évidents, même pour Aiden.
Une angoisse si concentrée qu’il la percevait aussitôt.
« Nous sommes toujours amis ? »
« — »
« Je… je n’ai pas réussi à mieux la protéger… »
Était-ce pour cela ?
De peur que la flasque ne s’abîme davantage, elle n’avait pas fui et était restée là à encaisser leurs coups.
Parce qu’elle craignait que, si le cadeau se brisait, ils ne soient plus amis.
« — »
Aiden ferma les yeux et prit une profonde inspiration.
Il lui fallut un petit moment avant de parvenir à lui répondre calmement.
« Oui. Bien sûr que nous sommes amis. »
« … Vraiment ? »
« Alors, tu peux attendre ici un instant ? »
Il tourna son regard vers les chevaliers qui les entouraient, toujours prêts à dégainer.
« En tant qu’ami, je dois réclamer des dommages et intérêts à ces salauds. »
Des capacités jaillirent toutes ensemble autour de lui.
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