Chapitre 24
WeTried Translations
Traductrice/éditrice : Natty
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Copier les compétences avec affinité ! ◈
Chapitre 24 : Embuscade
──────
Lady Noel avait pour passe-temps de collectionner les alcools, du moins Aiden le savait-il vaguement depuis quelque temps. Son bureau lui-même était décoré de toutes sortes de bouteilles.
Pourtant, il n’avait jamais entendu dire qu’elle aimait suffisamment boire pour finir dans un tel état.
« Que faites-vous dans ma chambre ? »
Le plus étrange, c’était que, même dans cet état, elle avait gardé assez de raison pour tenir une conversation.
Assise au bord du lit, elle faisait nonchalamment tourner un verre dans sa main et affichait un doux sourire. Elle avait une gentillesse qu’il était impossible de lui imaginer en temps normal.
Elle devient plutôt mignonne quand elle est ivre.
D’ordinaire, elle était si raide et exigeante sur le moindre détail qu’elle en paraissait presque rigide. Son humeur adoucie la rendait, en comparaison, étonnamment lumineuse.
« Euh… »
À peine Aiden avait-il ouvert la bouche pour dire quelque chose qu’un verre fut posé devant lui avec un bruit sourd.
Puis on y versa un alcool si fort qu’il en sentait l’odeur d’ici, en un flot régulier.
« Vous en voulez aussi, monsieur Aiden ? »
« … Je vais passer mon tour. »
« Ah, pourquoi ? »
« … »
Il retirait ce qu’il avait pensé.
Elle ne devenait pas mignonne quand elle était ivre. Elle avait simplement une très mauvaise façon de tenir l’alcool.
C’était peut-être une réaction à une vie menée comme celle d’un soldat modèle tout droit sorti d’un manuel.
Elle n’insista pourtant pas. À la place, elle vida dans sa propre bouche tout le verre qu’elle lui avait servi. Ça aussi, c’était bien elle.
Elle ne dépassait jamais les limites. Elle était naturellement gentille et bienveillante, une personne correcte faite entièrement de sens du devoir.
« Vous est-il arrivé quelque chose hier ou aujourd’hui ? »
« … Pardon ? »
« Monsieur Aiden, c’est moi qui vous ai fait venir ici. Ne devrais-je pas être responsable de vous ? Si quelque chose arrive, dites-le-moi, je vous prie. »
… Même complètement ivre, elle disait des choses qui correspondaient parfaitement à l’image qu’il avait d’elle.
« Lady Noel. »
« Oui ? »
« Pourquoi vous appelle-t-on la Bouchère ? »
Il ne put s’empêcher de poser franchement la question.
Comment avait-elle mérité un titre aussi insultant, si peu adapté à sa personne ?
… Lady Noel se figea complètement.
Ce n’est pas très poli, quand même.
À bien y penser,
le prince avait employé ce mot pour la pousser à bout au banquet, et Katia l’avait utilisé pour l’énerver profondément. C’était clairement quelque chose qu’elle n’aimait pas entendre.
Et comme sa question serait impolie, quelle que soit la façon dont il la formulait, Aiden préférait aller droit au but.
« … »
Après être restée immobile un long moment, Noel finit par parler d’une voix étranglée.
« … Sur le champ de bataille, j’ai tué plus de monde que quiconque. »
« N’est-ce pas honorable, pour un soldat ? »
« J’ai tué n’importe qui. »
« … »
« Tous ceux qui portaient une arme et voulaient continuer à se battre… Peu importait qui ils étaient. »
Noel laissa sa phrase en suspens et se resservit.
… Il pouvait deviner ce qu’elle avait omis de dire.
Il se le représentait sans peine.
La guerre de la Coalition avait été un conflit total sans précédent, où toutes les nations du continent s’étaient battues pour leur survie. Quand un pays acculé au bord de la défaite se retrouvait désespéré, les premières choses qu’il oubliait étaient l’humanité et la morale.
Il n’avait pas besoin d’en avoir été témoin pour savoir ce que ces pays feraient afin de tenir un peu plus longtemps.
Des soldats enrôlés de force, qui n’avaient même pas reçu une formation digne de ce nom.
Des gens qui, auparavant, avaient tenu des livres et des outils plutôt que des armes.
Il se souvenait vaguement avoir entendu parler d’un pays qui avait même enrôlé des enfants soldats.
« … »
Sur le champ de bataille, Noel avait dû tous les abattre en tant que chevalière.
Cœur de lion.
Un titre honorifique accordé au chevalier qui se tenait toujours à l’avant-garde et fracassait les lignes ennemies.
Mais, à y réfléchir,
cela signifiait aussi qu’elle avait mieux que quiconque servi de bourreau humain.
Ce titre insultant, la Bouchère, qui la changeait chaque fois qu’elle l’entendait, devait lui donner l’impression qu’on fouillait cette plaie pour y verser du sel.
Il comprenait pourquoi elle se soûlait ainsi jusqu’à perdre connaissance.
Chaque fois qu’elle entendait ce mot,
les choses qu’elle voulait oublier, ces cauchemars qu’elle avait laissés prendre la poussière dans un coin de sa mémoire, revenaient toutes en même temps.
« Si les combats durent trop longtemps… »
Noel se versa encore de l’alcool.
Aiden fixa le bout de ses doigts.
« Il y a seulement davantage de morts… »
Ils tremblaient. Elle semblait devoir se forcer à peine pour leur donner de la vigueur.
Son visage avait complètement pâli. Le coin de ses yeux n’arrêtait pas de tressaillir.
Elle avait réussi à garder contenance malgré toute la quantité d’alcool qu’elle avait avalée, et pourtant, dès que le sujet revenait, elle semblait incapable de se soutenir correctement.
« … Si tout le monde me craint, au moins davantage de gens se rendront… »
Cœur de lion. Une courageuse bouchère humaine. La Bouchère qui tuait quiconque osait la défier.
« Je me suis précipitée la première, j’ai tué plus de monde que quiconque et j’ai mis fin aux combats aussi vite que possible, pour réduire, ne serait-ce qu’un peu, le nombre de morts… »
Noel continua de divaguer, sans même sembler savoir ce qu’elle disait.
Ses mains tremblaient comme si elle avait des convulsions, sans pouvoir s’arrêter. L’alcool qui coulait dans le verre dégageait une odeur âcre et écœurante.
« Je, euh, alors… »
« Oui. »
Juste avant que l’alcool ne déborde, Aiden lui saisit le poignet.
« Je comprends. »
« … »
Noel cligna des yeux, l’air absent.
« Vous avez traversé beaucoup d’épreuves. »
Quoi qu’il en soit, Aiden poursuivit d’un ton calme.
« Je ne crois pas que nous devrions en discuter alors que vous avez à peine les idées claires. Je vais donc faire simple. »
Comme le prince l’avait dit auparavant,
Noel avait peut-être commis des actes terribles pendant la guerre.
Il savait aussi qu’elle avait été mêlée à une sorte d’incident avec le prince et le Lord Protecteur, qui avait été son maître.
Malgré tout,
il n’y avait qu’une seule conclusion qu’Aiden pouvait tirer de ses intentions et de ses actes.
« Vous avez fait de votre mieux. »
« … »
« Je crains de n’avoir rien d’autre à dire. »
Noel fixa Aiden, les yeux écarquillés, pendant un long moment.
Un long moment.
Un très long moment.
Comme si quelque chose venait enfin de s’éclaircir dans son esprit.
« … Merci. »
La réponse lui échappa d’une voix profondément embarrassée.
Puis,
« Non, attendez… »
Avant qu’Aiden ait pu l’en empêcher, Noel vida d’un trait tout le verre d’alcool fort.
Incapable de supporter l’atmosphère gênante, elle semblait déterminée à s’assommer…
« … »
Comme si cela avait vraiment été le coup de grâce, Noel s’effondra sur le lit, comme si elle avait perdu connaissance. Aiden soupira.
« Monsieur Aiden… Je vous protégerai… »
Aiden la couvrit doucement d’une couverture tandis qu’elle marmonnait dans son sommeil.
« Bon sang. »
Si Katia était ouvertement immature, cette femme, elle, était simplement trop dure avec elle-même.
Aiden jeta un regard autour de la pièce.
… Je devrais au moins ranger.
Il fallait sans doute préserver son image habituelle.
▣
- Message du système
▶ Vous avez géré la quête secondaire avec sagesse.
▶ L’affinité de la cible « Noel Astria Seamus » augmente.
▶ Le niveau du Lien passe du niveau 5 au niveau 6.
▶ Vous recevez une copie de compétence supplémentaire !
▶ Le Lien accumulé est suffisamment élevé. La méthode d’application de la « Tisseuse du Destin » va bientôt changer !
La seule bonne nouvelle, c’était que, même s’ils avaient discuté alors qu’elle était ivre, cela semblait avoir pas mal amélioré l’humeur de Noel.
… Rien qu’avec Lady Noel, j’ai trois copies.
Il avait gardé ses copies de côté parce qu’il n’avait pas eu besoin de s’en servir, et il en avait déjà accumulé trois.
Il en avait aussi deux de Katia. En comptant la copie de compétence inutilisée du prince et la Boutique de compétences, encore verrouillée, il avait toujours une belle marge de progression.
À ce stade…
On pouvait dire qu’il avait rassemblé la plupart des « ingrédients » nécessaires pour affronter le premier acte qui approchait : l’Incident du Chevalier fantôme.
Même si sa façon de cuisiner ces ingrédients — autrement dit, sa technique de combat — laissait encore beaucoup à désirer.
Cela dit, le point encourageant, c’était que cette dernière semblait elle aussi s’améliorer un peu.
« Tu meurs un peu moins, maintenant. »
Meyer prononça ces mots en rengainant son épée.
Sa voix paraissait étonnamment fraîche pour quelqu’un qui venait de fendre Aiden en deux.
« Tu n’es mort qu’une quatre-vingtaine de fois aujourd’hui, non ? »
« … »
« Je n’ai pas souvent vu quelqu’un progresser aussi vite en quelques jours. »
Aiden était étalé par terre et fusillait Meyer du regard en silence.
C’est n’importe quoi.
Il n’y avait vraiment rien à faire contre Meyer.
Aiden avait renforcé ses capacités physiques avec le ki pur, menacé Meyer avec le Pouvoir divin et même tenté de s’échapper grâce au Pouvoir spirituel, mais rien n’y avait fait.
Le ki se faisait déchiqueter comme du carton. Le Pouvoir divin se dispersait comme un feu de camp, et on ne lui laissait même pas le temps de se concentrer sur le Pouvoir spirituel.
Meyer fondait sur lui et le coupait en deux.
Il mourait, mourait et mourait encore.
Meyer ne se battait de toute évidence pas sérieusement, et Aiden ne comprenait pas comment il pouvait malgré tout lui faire subir ça.
« … »
Le plus drôle, c’était que Meyer ne mentait pas en disant qu’Aiden avait progressé.
Le premier jour, il était mort plus de cent fois.
Et Aiden savait lui-même pourquoi.
- Message du système
▶ L’effet de la compétence « Analyse » s’active.
▶ Les compétences de combat de la cible « Meyer Belford » sont du même niveau que cette compétence. Impossible d’analyser son style martial !
▶ À la place, la compétence acquiert une fonction d’analyse des « faiblesses » de l’adversaire.
▶ Des méthodes de riposte efficaces sont automatiquement apprises.
La compétence Analyse était elle-même une copie de celle de Meyer. Aiden ne pouvait pas apprendre directement son style martial, mais il finissait malgré tout par assimiler des façons de le contrer. Grâce à cela, il avait l’impression que son corps retenait automatiquement les moyens de s’y prendre face à Meyer.
Et s’il ne les mettait pas immédiatement en pratique, il mourait. L’efficacité de l’apprentissage était incroyable.
Malgré tous ces avantages, l’écart entre eux était si écrasant que sa tête s’envolait toujours à chaque fois.
Comme cette pensée lui traversait l’esprit, son corps, qui avait été coupé en deux, se ressouda dans un craquement.
Dans le paysage mental, son corps récupérait aussi vite, quelle que soit sa mort.
La première fois, il avait tellement détesté cette sensation qu’il en avait frissonné. Mais après être mort des dizaines, voire des centaines de fois en quelques jours, il commençait à s’y habituer un peu.
« … Mais même si c’est un entraînement, faut-il vraiment que je ressente chaque sensation avec autant d’intensité ? »
Chaque mort était douloureusement réelle.
Être coupé en deux par une épée, brûlé par le Pouvoir divin, voir son corps exploser sous l’effet du ki, être transformé en ruche par le Pouvoir spirituel… Chaque fois, la douleur était si intense qu’elle paraissait tout à fait réelle.
« Oui. »
Mais Meyer répondit avec fermeté.
« Écoute, blanc-bec. Tu sais pourquoi je suis devenu un grand chevalier dont le nom est entré dans l’histoire ? »
« Pardon ? »
« Parce que mon entraînement était atrocement plus dur que les vrais combats. »
« … »
« J’ai subi des entraînements infernaux comme ça et j’ai tout optimisé. Maintenant, je t’entraîne personnellement, en tête-à-tête, alors ne te plains pas. On fait ça parce que tu en as besoin. »
… Bon.
Ce que disait Meyer était raisonnable, mais Aiden ne faisait-il pas que souffrir, là, tout de suite ? Meyer le coupait toujours en deux, encore et encore.
« Quand je dis que tu as beaucoup progressé, ce n’est pas une vaine flatterie. »
« Pardon ? »
« Fais-moi confiance. Si tu te battais maintenant, tu serais au moins capable de tenir ta place. »
« … Sur quoi vous basez-vous ? »
À quoi rimait cet entraînement s’il n’apprenait rien et se faisait seulement couper en morceaux encore et encore ?
« C’est justement le principe. »
Meyer lâcha ces mots comme s’il avait lu dans ses pensées.
« Ces derniers jours, tu es mort de toutes les façons imaginables, pas vrai ? »
« C’est vrai. »
« Vois ça comme autant de vies supplémentaires que tu as gagnées. »
« … »
« Je ne t’en veux pas d’avoir l’air de ne pas me croire. Mais c’est vrai. »
« On dirait juste de la torture… »
« Non. »
Meyer répondit en reniflant.
« Ce n’est pas juste de la torture. C’est une torture utile. »
… Meyer reconnaissait donc lui-même que c’était de la torture.
▣
Après avoir vécu ce genre d’expérience chaque nuit, il était inévitable que quelqu’un lui dise ceci :
« Monsieur Aiden, est-ce que vous dormez bien, la nuit ? »
Lady Noel le lui demanda avec inquiétude dans son bureau.
N’importe qui se serait inquiété en voyant Aiden avoir l’air de plus en plus épuisé chaque jour.
« … Oui, tant bien que mal. »
« Si quelque chose vous gêne, dites-le-moi, je vous prie. Je ferai de mon mieux pour y remédier. »
« … Tout va bien. »
Malheureusement, personne ne pouvait rien pour lui.
Même en sachant qu’il ne mourrait pas et que ces sensations étaient artificielles, revivre sans cesse de telles expériences ne pouvait pas être bon pour sa santé mentale.
Son corps allait bien, mais il avait l’impression que son esprit atteignait chaque jour ses limites. Comme s’il se desséchait.
Pourtant, insatisfaite de sa réponse, Noel pinça les lèvres et le dévisagea.
Aiden força un sourire pour lui montrer qu’il allait bien, mais Noel secoua la tête.
Ils se regardèrent un instant.
Peut-être parce que la conversation était lancée, Noel semblait vouloir ajouter quelque chose. Après une brève hésitation, elle prit la parole.
« Monsieur Aiden. »
« Oui. »
Elle ne cessait de le regarder en coin tout en se mordillant la lèvre.
« Vous êtes venu dans ma chambre alors que j’étais complètement ivre, n’est-ce pas ? »
« Oui. »
« Ai-je fait quelque chose de déplacé, à ce moment-là ? »
« … »
« … On me dit depuis longtemps que je tiens très mal l’alcool. »
À l’entendre, elle ne se souvenait pas du tout de ce qui s’était passé.
Fallait-il considérer cela comme une chance ou comme un malheur ?
Eh bien…
Pouvait-on dire que c’était déplacé ?
Elle lui avait montré plusieurs facettes d’elle-même qu’elle ne dévoilerait jamais sobre.
« … Non. »
Aiden se gratta la joue et répondit sincèrement ce qui lui venait à l’esprit.
Elle semblait bien trop inquiète ; il comptait donc le dire avec autant de douceur que possible.
« Si quoi que ce soit, je vous ai trouvée mignonne. »
« … »
« Lady Noel ? »
« … »
« Lady Noel… ? »
« … »
Elle ne répondit pas.
Lady Noel se contenta de pincer obstinément les lèvres, de rabattre son chapeau sur son visage et de se tourner vers son bureau.
Mais elle ne put dissimuler la rougeur qui lui montait jusqu’au bout des oreilles.
« Monsieur Aiden. »
Après être restée silencieuse un long moment, Noel le foudroya du regard, l’air quelque peu contrarié.
« C’est interdit. »
« … »
« Je vous prie de ne plus dire ce genre de choses. »
« … Ça vous a contrariée ? »
« Non, mais c’est interdit. »
« … »
« Si vous voulez tout savoir, ça m’a plu, mais ne le dites quand même pas. »
Pourquoi était-ce interdit ?
… Malgré tout, reconnaître franchement que cela lui avait plu lui ressemblait bien.
Elle est plus sensible aux compliments que je ne le pensais.
Il était sans doute rare qu’une personne à sa place soit si sensible aux compliments. Plus il apprenait à la connaître, plus il découvrait ses bizarreries…
« Monsieur Aiden ! Lady Noel ! »
Avant qu’il ait pu s’attarder sur cette impression, la porte du bureau s’ouvrit à la volée. C’était Stella, qui semblait bien plus pressée que d’habitude.
« Lady Stella ? Que se passe-t-il… »
« Son Altesse Katia a disparu ! »
Aiden se leva d’un bond, alarmé.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>