Chapitre 17
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Copier les compétences avec affinité ! ◈
Chapitre 17 : Banquet (2)
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« … Ma dame. »
Assise à côté d’elle, Stella prit la parole comme si une migraine la gagnait.
« J’avais entendu dire que cet homme n’avait aucune relation dans la noblesse. »
« C’est aussi ce que je croyais. »
Noel répondit, incrédule.
« J’avais entendu dire qu’il était l’époux de cette héroïne si digne, alors je m’attendais à quelqu’un dans le même genre. Mais c’est un jeune homme tout à fait accompli. Quand viendrez-vous dans mon domaine ? Je vous recevrai comme il se doit. »
« J’attends cela avec impatience, vicomte. Ah, lieutenant général, vous devriez vous joindre à nous un de ces jours… »
Devant elles, Aiden conversait avec plusieurs personnes à la fois, un sourire affable aux lèvres.
Il parlait aux nobles retors sans la moindre gêne, guidant même la conversation. On aurait dit qu’il était parfaitement habitué à ce genre de réunions.
Comme si c’était là son véritable métier.
Les rires fusaient sans discontinuer autour de lui. Au début, les convives s’étaient méfiés de cet homme mystérieux qui avait pour adjointe une importante personnalité étrangère. Mais plus ils discutaient avec Aiden, plus ils se détendaient et échangeaient chaleureusement avec lui.
Bien sûr, Noel savait qu’il était escroc, un métier qui exigeait sûrement de savoir s’y prendre avec les gens, mais tout de même.
… Était-ce vraiment un mensonge ?
Noel se gratta la joue, cette pensée lui traversant l’esprit.
Elle avait perdu le compte de toutes les prouesses qu’il avait accomplies au combat. De telles performances ne pouvaient être que le fruit d’un entraînement terrifiant, commencé dès l’enfance, au maniement des armes et des capacités.
Les gens comme lui avaient généralement du mal dans les situations où ils devaient interagir avec autrui. Ils ne pouvaient pas avoir beaucoup d’expérience en la matière.
Comme Noel, elle-même.
Elle avait toujours trouvé ce genre d’événements difficile. Un talent qu’elle ne pouvait qu’envier.
Monsieur Aiden est vraiment quelqu’un d’extraordinaire…
En songeant à cela, elle remua les orteils sans raison particulière.
… Heureusement que j’ai confié l’affaire au Bureau central du renseignement.
À présent, il devenait encore plus difficile de deviner ce qu’il avait fait dans la vie avant.
Elle repensa au rapport sur les antécédents d’Aiden qu’elle leur avait demandé et soupira intérieurement.
Heureusement qu’elle avait au moins ça. Sans quoi, elle n’aurait pas su qui il était, même vaguement.
« Alors, comment se passe votre vie conjugale avec Lionheart ? »
« Je m’estime bien trop chanceux d’avoir une épouse pareille. Chaque jour, je profite de sa bonté. »
… Avait-il vraiment besoin de se promener en disant ce genre de choses, comme s’il tenait à tout prix à respecter sa promesse de ne jamais lui faire perdre la face ?
Noel soupira et vida sa coupe de champagne d’un trait.
Pour le voir débiter des choses aussi embarrassantes en direct, elle avait besoin de s’engourdir un peu l’esprit.
« Vous en voulez une autre ? »
« Ah, volontiers… »
À l’instant où Noel se tourna vers la voix, un frisson glacé lui parcourut les veines.
« Le banquet vous plaît, Lady Noel ? »
« … »
« Est-ce la première fois que nous nous rencontrons en personne depuis la bataille contre le Royaume magique ? Vous n’avez pas changé. »
« … »
En temps normal, Noel n’aurait jamais commis l’impolitesse d’ignorer quelqu’un qui s’adressait à elle avec tant de chaleur.
Mais.
Si c’était cette personne…
Sa voix était courtoise. Son attitude, irréprochable. Chacun de ses gestes respirait l’élégance et le formalisme.
La personne qui lui faisait face dégageait une aura si noble que les autres osaient à peine l’approcher.
Pourtant, aux yeux de Noel, c’était la personne qu’elle aurait le moins voulu croiser au monde.
Ses paroles suivantes le prouvèrent.
« Vous avez donc trouvé un remplaçant convenable ? Il n’a pas l’air mal, même en faux fiancé. »
D’un ton désinvolte.
Ces mots s’enfoncèrent en elle comme un poignard.
« Ma proposition vous déplaisait donc tant ? J’en suis un peu blessé. »
L’autre personne la taquina, et Noel parvint à peine à prononcer son titre.
Sa voix tremblait de peur.
« … Votre Altesse. »
Le Prince.
Son futur époux esquissa un léger sourire.
▣
-Message du système
[ La compétence : Tisseuse du Destin fonctionne correctement. ]
[ Des récompenses vous sont accordées en fonction des Liens que vous nouez avec autrui. ]
[ Le baron Lannister vous apprécie. ]
[ Le vicomte Klinsmann vous apprécie. ]
[ Le lieutenant-colonel Shepherd vous apprécie… ]
Oui, c’est ça, c’est ça, c’est ça…
Aiden sourit intérieurement en regardant les fenêtres du système se mettre à jour à côté de lui.
Il se contentait de rester là à discuter avec les gens autour de lui, et pourtant, de plus en plus d’entre eux se prenaient d’affection pour lui. Comme des poissons qui se faisaient prendre un à un dans un piège déjà tendu.
La première impression comptait vraiment. Il avait réussi à leur faire croire qu’il était quelqu’un d’important, et après quelques mots à peine, ils commençaient spontanément à l’apprécier.
Ça valait le coup de soigner ma tenue à l’avance… !
C’était probablement l’effet de la Lignée impériale, auquel s’ajoutait le fait que Katia était son adjointe.
Aiden, lui, n’avait rien de spécial. Il avait simplement mené une vie ordinaire.
Savoir adapter la conversation au sujet, lire les émotions des gens et trouver les mots justes était assurément un talent qui lui était propre. Mais ses compétences et le choix de ses compagnons lui avaient fourni une scène où les mettre à profit.
Il avait toutefois une inquiétude. La nature de ces récompenses différait subtilement de celles qu’il avait reçues jusque-là.
-Message du système
[ Les cibles ont peu d’importance dans le scénario. Le nombre de compétences copiables est extrêmement limité. ]
[ La Tisseuse du Destin est convertie en « points ». Lorsque vous en aurez accumulé un certain nombre, la « Boutique de points » sera débloquée ! ]
… Une Boutique de points.
Il n’avait aucune idée de ce que cette fonction réservait, mais ça ne pouvait pas être une mauvaise chose.
La raison était simple.
J’ai l’impression d’avoir parlé à un tas de gens…
Il avait discuté avec des dizaines de personnes au moins, mais la boutique ne s’était toujours pas ouverte.
Il devait y avoir des objets incroyables, si elle exigeait autant de points.
Mais ils ne devraient pas tarder à arriver, non ?
Il n’avait pas encore vu les personnes qu’il espérait croiser. L’une des deux aurait déjà dû se montrer.
Heureusement, il n’eut pas besoin d’y réfléchir davantage.
Un visage familier s’approchait sur le côté.
« Ah, Sir Aiden. »
« Chef ? »
Dunadan U’zal, le Tueur de dragons.
Aiden avait entendu dire que Dunadan séjournait toujours dans l’Empire pour les échanges diplomatiques. Il semblait que le chef avait lui aussi assisté au banquet.
Mais ce qui retint l’attention d’Aiden, ce fut la petite femme qui marchait à côté de Dunadan d’un pas lourd.
« Et voici… ? »
Il posa la question, même s’il avait déjà une vague idée de son identité.
Elle était l’une des raisons pour lesquelles il était venu au banquet.
« Ma fille aînée. Rania A’shan. »
À ces mots, la femme releva légèrement la tête et regarda Aiden.
Rania lui fit une impression pour le moins frappante.
Elle était belle. Oui, belle, mais…
Une chevelure rose et volumineuse, un cache-œil sur l’un de ses yeux, des vêtements traditionnels de la Coalition des Plaines qui pendaient sur son corps, des tatouages remontant de sa clavicule jusqu’à son cou, une expression qui semblait dire que tout l’ennuyait dans ce monde et une cigarette coincée entre ses lèvres d’un air cynique.
Et, par-dessus le marché…
« Salut. »
Elle le salua avec désinvolture, en agitant brièvement les doigts.
« … »
Elle ne ressemblait en rien à une prêtresse au service d’un dieu.
En rien.
Mais cela n’importait pas particulièrement à Aiden.
« Les prêtresses d’Urgan ne s’adressent à personne avec des marques de respect, à l’exception de la divinité d’Urgan. À vrai dire, ce serait impoli de sa part d’agir autrement. Je vous prie donc de l’excuser. »
« Ce n’est pas grave. »
L’explication de Dunadan faisait déjà partie des règles établies dans le jeu.
Compte tenu du rôle de la prêtresse d’Urgan au sein de la Coalition des Plaines, rien d’étonnant à ce qu’elle s’adressât à Aiden avec désinvolture.
Chaque divinité avait un représentant chargé d’exécuter sa volonté et, au sein de la Coalition des Plaines, ce rôle revenait à la prêtresse.
Elle était en contact direct avec le dieu qu’elle servait. Tant par sa force au combat que par son importance symbolique, elle comptait parmi les plus hautes autorités, même au sein des surhumains dotés de capacités.
Le grand chef de la coalition lui-même ne pouvait pas la traiter à la légère. Elle avait peut-être plus de valeur que Dunadan, le chef qui se tenait à ses côtés.
« Enchanté de vous rencontrer, mademoiselle Rania. »
Aiden la salua.
Mais elle ne répondit pas.
À la place, Rania le dévisagea en silence.
Sans relâche.
Sans s’arrêter.
Au point que Dunadan, qui les avait présentés, commença lui-même à avoir l’air embarrassé.
Puis…
-Message du système
▶ Vous entrez en contact avec « Seonhwarun », Rania A’shan.
▶ Il s’agit d’un personnage important de l’histoire. Le scénario changera quelque peu en fonction de votre influence sur cette cible !
▶ Votre niveau de Lien avec la cible passe au niveau 1 !
▶ Synchronisation avec la compétence Tisseuse du Destin !
… Comme prévu.
Aiden savait que cette femme s’intéresserait à lui dès qu’elle le verrait.
Vu le tempérament de Rania, c’était tout naturel.
… Après tout, j’ai endossé le fardeau du protagoniste.
Le Vœu du Sauveur, qu’il avait endossé peu de temps auparavant, était une contrainte qui ne pouvait qu’intéresser la prêtresse d’Urgan.
« Tu sais, t’es plutôt intéressant. »
À ces mots, la pupille de l’œil qui n’était pas dissimulé par son cache-œil se fendit.
Des dizaines, des centaines, des milliers de couleurs l’envahirent en un instant. Comme dans un kaléidoscope, elles tourbillonnèrent en spirale, braquées sur Aiden comme si elles regardaient au fond de lui.
« Je peux être honnête ? »
« Pardon ? »
« Je vais l’être, c’est tout. »
« … »
Aiden resta muet devant son franc-parler. Rania alluma sa cigarette, puis poursuivit.
À vrai dire, Aiden n’avait pas l’intention de prendre très au sérieux ce qu’elle dirait. Il s’attendait déjà à une certaine réaction.
« Il y a un truc vraiment pas net qui s’accroche à toi. »
… Il ne s’était pas attendu à ça.
Rania tapota le coin de son œil, qui brillait toujours de couleurs complexes.
« … Je parle de la source de la capacité que tu utilises. Même mon Œil divin ne la voit pas. Il n’y a que deux cas où un œil prêté par une divinité ne parvient pas à discerner la source d’une capacité. »
« … Quoi ? »
« Le premier, c’est quelqu’un comme moi, qui peut communiquer directement avec une divinité. Forcément, une personne comme ça possède un pouvoir similaire, donc il est indétectable. Les deux s’annulent. Ce serait le meilleur scénario. »
Aiden cligna des yeux, décontenancé. Rania tira une longue bouffée de sa cigarette avant de poursuivre.
« Tu ne sers aucun dieu, si ? »
« … »
« Tu n’es pas prêtre. »
« C’est… exact. »
« Alors, c’est le deuxième cas. »
Rania sourit et posa la main sur l’épaule d’Aiden.
On aurait presque dit qu’elle cherchait à l’encourager.
« Bon courage. »
« Excusez-moi, mais de quoi parlez-vous tout à coup… ? »
« Peu de gens le savent, mais ils existent. Des êtres qui peuvent se révéler plus dangereux que les “dieux” célestes qui accordent des capacités. »
Ses mots tombèrent sans prévenir.
« L’un d’eux t’a marqué comme étant “à lui”. Le pouvoir que tu utilises en ce moment vient de lui. »
« … Quoi ? »
« À cause du fardeau que tu as pris sur toi, tu ne peux plus lui échapper. Pauvre de toi. »
Rania effleura doucement la joue d’Aiden.
Comme si elle le plaignait. Comme si elle avait pitié de lui.
« … »
Mais de quoi parlait cette femme, au juste ?
La question lui vint tout naturellement.
Mais une chose lui semblait claire.
… Je ne crois pas qu’elle parle simplement du fait d’utiliser des capacités.
Elle parlait de quelque chose de plus fondamental.
On aurait dit qu’elle évoquait l’origine de l’anomalie d’Aiden : sa capacité à copier à volonté les compétences des autres et à utiliser librement plusieurs pouvoirs, sans limites ni restrictions.
Comme si tout cela était l’influence d’autre chose qu’un dieu.
« Bref, bon courage. »
Rania sourit de nouveau.
« Tu vas en baver. »
« … »
« Si tu es encore vivant, retrouvons-nous plus tard. Je t’aiderai comme je pourrai, à ce moment-là. »
Aiden resta interdit tandis que Rania lui faisait un signe de la main et s’éloignait dans la direction opposée.
Comme si elle avait déjà dit tout ce qu’elle avait à dire.
« Ma fille est un peu particulière. »
Dunadan, qui avait assisté à toute la scène en silence, esquissa un sourire amer.
« Ceux qui communient avec les divinités ont souvent un comportement singulier. Leur vision du monde elle-même devient différente de la nôtre. »
« … C’est vrai que ça en a l’air. »
Aiden marmonna d’un air absent. Dunadan eut un petit rire et hocha volontiers la tête.
Enfin, j’ai obtenu la compétence, alors ça suffit pour le moment.
Il avait entendu des choses assez inquiétantes.
Mais il avait gagné sa faveur et pouvait désormais copier l’une de ses compétences.
Si elle est la prêtresse d’Urgan…
Elle possédait une compétence dont il aurait bientôt besoin.
Si les choses s’étaient mal passées, il aurait dû faire d’énormes efforts pour augmenter son affinité avec elle. Comme tout s’était déroulé si facilement, il pouvait s’estimer chanceux.
« Au fait, où avez-vous laissé vos compagnons pour vous promener seul comme ça ? »
« J’ai envoyé mon adjointe dehors un instant. »
« … Pourquoi ? »
… Parce que Katia risquait de faire des dégâts si on la laissait seule.
Parmi toutes les personnes qui l’avaient abordé, il y en avait eu quelques-unes de louches. Vu le tempérament de Katia, il ne serait pas étonnant qu’elle fracasse la mâchoire de quelqu’un à coups de Pouvoir divin si les choses tournaient mal.
Mieux valait l’éloigner quelque temps que de la laisser provoquer une catastrophe de cette ampleur.
« J’avais mes raisons. »
« … Enfin, j’imagine que vous avez vos raisons. Et Lady Noel, où est-elle ? »
Aiden tourna légèrement la tête et l’aperçut en compagnie de quelqu’un.
« Ah, on dirait qu’elle est avec le Prince. Inutile de vous sentir coupable de l’avoir laissée seule. »
« C’est une façon étrange de voir les choses. »
« Le Prince n’est-il pas le trésor de l’Empire ? Une petite conversation ne peut pas faire de mal à Lionheart non plus. »
« C’est vrai. »
Aiden eut un petit rire et acquiesça.
En repensant au Prince du jeu, il comprenait qu’il fût digne de respect.
Il incarnait à la perfection l’idéal du gentilhomme saint. Dans le premier acte du scénario principal, la Faille de la capitale impériale, il était prêt à sacrifier sa propre vie sans hésiter pour protéger le peuple.
Bien sûr, c’était une chose.
Mais la présence du Prince constituait sans aucun doute une occasion à saisir.
Le Prince était la principale raison pour laquelle Aiden était venu au banquet. C’était l’occasion rêvée de lui prendre une compétence.
« Je devrais quand même aller les interrompre. Après tout, c’est mon épouse. »
« Hum. Allez-y, et bonne chance. »
Aiden échangea ces absurdités avec Dunadan, puis se leva sans se presser.
Alors…
Quand il vit correctement l’expression de Noel, une étrange sensation l’envahit.
Hein ?
Quelque chose clochait dans son attitude.
Sa main était si serrée que le sang semblait ne plus y circuler. Elle avait blêmi et ses épaules tremblaient légèrement, tant elle était tendue.
Le sens de tout cela était évident.
Cette femme avait peur du Prince, en ce moment même.
Du Prince, qui était censé être un homme foncièrement bon.
À peine Aiden s’en rendit-il compte que le Prince, qui n’avait pas encore remarqué sa présence, prononça des mots qui lui parvinrent aux oreilles.
« Ou bien est-ce une demande trop difficile pour le “Boucher” ? »
Le malaise s’intensifia.
Son ton restait aimable et ses manières, courtoises.
Mais Aiden le percevait clairement.
Une émotion sombre, visqueuse et luisante, pareille à la boue d’un marécage.
Cet homme témoignait clairement de la malveillance envers Noel.
« … »
Aiden se figea un instant en comprenant.
Puis le Prince remarqua sa présence et se tourna vers lui.
En un instant, son visage s’éclaira d’un sourire, comme si toute sa personnalité venait de changer.
La malveillance qu’il avait montrée à Noel quelques instants plus tôt avait disparu sans laisser de trace.
C’était le Prince qu’Aiden connaissait.
Un homme bon. Quelqu’un dont le caractère était irréprochable.
« Ah, le mari de Lady Noel. »
Le Prince s’adressa à lui avec chaleur.
« Je suis heureux que vous soyez venu. Il y a quelque chose dont je souhaitais vous parler. »
… C’était évident.
Quelque chose tournait vraiment mal.
▣
Étrangement, le Prince avait demandé à s’entretenir seul avec Aiden.
Une terrasse, aménagée à l’extérieur de la salle de banquet pour permettre à deux personnes de discuter en privé, se trouvait là. Le Prince avait proposé qu’ils s’y rendent.
Assis dans cet endroit, à l’écart de la salle bruyante, Aiden se sentait presque coupé du monde.
Et même là, un homme semblait exister à lui seul dans un autre monde.
Le Prince était assis en face de lui, les yeux tranquillement clos. Sa simple immobilité dégageait une présence écrasante.
Alors, c’est ça, cette impression.
C’était probablement ainsi que les autres voyaient Aiden lorsque la Lignée impériale était active.
« … »
Bien sûr, cela n’avait rien à voir avec le reste.
Il y avait déjà eu plusieurs cas où les connaissances qu’Aiden tirait de l’histoire originale ne correspondaient pas à la réalité.
Le plus gros exemple était l’absence de protagoniste. Rien ne pouvait rivaliser avec ça.
Mais s’il devait citer la deuxième différence la plus importante, Aiden désignerait sans hésiter l’homme assis devant lui.
… Était-il déjà comme ça, à l’origine ?
Aiden observa l’homme silencieux qui lui faisait face.
L’atmosphère qu’il connaissait était toujours là. La bonté, l’innocence sans faille, la chaleur, la douceur.
Mais il ne pouvait s’empêcher de sentir que quelque chose avait changé.
Une rationalité glaciale comblait les espaces entre ces qualités.
Il n’était plus le gentilhomme saint de l’histoire originale. À présent, il ressemblait davantage à un souverain de fer prêt à tout pour son peuple.
« Vous êtes bien monsieur Aiden Kellermain, n’est-ce pas ? »
Tandis qu’Aiden réfléchissait, la voix douce du Prince lui parvint.
« … Oui. »
Aiden répondit après une brève hésitation.
Peut-être interprétait-il trop les choses.
Mais, parmi toutes les personnes qu’Aiden avait rencontrées jusque-là, cet homme était le seul à ne pas l’avoir appelé Sir.
Comme si le Prince savait déjà qu’Aiden n’était pas vraiment chevalier, ni quoi que ce soit de ce genre.
« C’est vraiment fascinant. »
Le Prince poursuivit :
« Les gens ordinaires ont déjà du mal à soutenir le regard d’un membre de la famille impériale. À l’exception de Sa Majesté l’Empereur, qui réprime de force l’effet de sa lignée, les membres de la famille impériale sont rarement incapables d’impressionner ceux qui leur font face. »
« … »
« Des gens aussi ordinaires que vous sont encore plus rares. Vous êtes aussi intéressant que le prétendent les rumeurs. »
… Il semblait que ce qu’Aiden avait ressenti plus tôt n’était pas du tout le fruit d’une interprétation excessive.
Cet homme savait clairement plusieurs choses à son sujet.
« Puis-je savoir ce que vous me voulez ? »
Aiden avait accepté de sortir pour une conversation privée, mais le cours de l’échange lui semblait anormal. Sa poitrine se serrait.
« Ce que je veux… Oui. Il y a bien une chose. »
« Je vous écoute, Votre Altesse. »
Le Prince ouvrit la bouche sans même ciller.
« Rompez vos fiançailles avec Lionheart. »
Il lança cela d’un ton désinvolte.
« En échange, je vous accorderai tout ce que vous désirez. »
Ces mots sortirent de ses lèvres souriantes.
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