Chapitre 963
Princesse Apeiron
L’un des saints qui attendaient à proximité s’avança pour barrer l’arche menant au portail des Archeron et se heurta au chef des chevaliers runiques. Son aura s’embrasa et, malgré quelques grognements, il parvint à empêcher la monture d’avancer. Cet homme à l’allure rude n’était qu’un saint de puissance moyenne, mais il restait bien plus fort qu’un chevalier runique ordinaire.
Cependant, le chevalier runique avait lui aussi connu les champs de bataille. Archeron de sang pur, il n’était pas du genre à battre en retraite simplement parce que son adversaire était puissant. Il intensifia son énergie et décrocha son épée de son dos.
À la menace imminente d’être attaqué par plusieurs chevaliers runiques, les yeux du saint s’écarquillèrent aussitôt de peur. Il s’écria : « Les Archeron sont-ils si arrogants qu’ils veulent garder la lune bleue pour eux seuls ? Voulez-vous devenir les ennemis de tout Faust ? »
En guise de réponse, le chevalier runique se baissa simplement et recula d’un pas, prêt à charger. Mais il sentit soudain une main sur son épaule et se retourna : Richard lui faisait signe de la tête. À contrecœur, il renonça à avancer. Richard s’approcha du saint, qui recula aussitôt, effrayé. Un pas en entraîna bien d’autres lorsqu’Extinction fut tirée de son fourreau.
« Attendez un… » L’homme n’eut pas le temps d’achever sa phrase : Richard disparut dans une pluie d’étincelles bleues, bondit de sa monture et abattit son épée. Il leva son épée et son brassard pour parer, mais ne vit qu’une flamme bleue qui les traversa sans obstacle avant de lui trancher le cou. Avant même qu’on ait pu s’en rendre compte, Richard était de nouveau sur sa monture et étouffait la flamme bleue de sa lame. Un instant plus tard, une brise légère détacha la tête du saint de son corps, son visage figé dans l’horreur.
Il n’y eut pas de gerbe de sang, mais les spectateurs sentirent tout de même qu’ils perdaient le contrôle de leur corps. Même un saint avait péri si facilement ? La tête n’était pas encore tombée que l’épée et le brassard se brisèrent.
« Un simple saint ose barrer la route aux Archeron ? » La voix tonitruante de Richard tira tout le monde de sa stupeur. Plus d’une douzaine de saints se trouvaient encore là, mais la facilité avec laquelle l’un des leurs était tombé leur fit enfin comprendre qu’ils couraient un grand danger. Personne ne voulait être le deuxième à mettre sa patience à l’épreuve : Richard était connu pour avoir tué des saints avant même de devenir grand mage.
« Je me rends à l’Église du Dragon éternel, poursuivit-il. Quiconque osera m’en empêcher sera tué. »
Cent chevaliers runiques avancèrent d’un même pas, leurs auras flamboyant en guise de menace. Leurs épées ensanglantées prouvaient que ce n’était pas une menace en l’air, et Richard leur fit traverser la foule sans s’arrêter. Certains s’apprêtaient à se joindre au saint qui avait barré le passage, mais leurs paroles moururent avant même d’être prononcées. On pouvait se montrer téméraire quand l’issue était certaine, mais mourir en vain, c’était tout autre chose. Le corps fumant au sol témoignait de la détermination de Richard : même si tous les petits nobles de Faust s’étaient trouvés là, ils n’auraient fait que marcher droit vers un massacre.
Richard poursuivit sa marche, au grand jour et sans rencontrer d’opposition. Nobles, soldats, saints et même plusieurs êtres légendaires l’observèrent sur son chemin, mais pas un seul ne se dressa pour défendre la lune bleue. L’intention meurtrière qui émanait de Richard n’était pas feinte, pas plus que celle de ses chevaliers. Les nobles ne pouvaient se permettre d’offenser une grande famille, les soldats ne pouvaient résister aux hallebardes des chevaliers, les saints ne pouvaient s’empêcher de craindre Richard lui-même, et les êtres légendaires lorgnaient les javelots de poursuite que les chevaliers runiques tenaient dans une main.
Richard se rendit ainsi jusqu’à l’Église du Dragon éternel, ses trois coffrets d’offrandes intacts.
……
Depuis le dernier étage de l’Association des mages, Thor regarda Richard entrer dans l’Église du Dragon éternel et secoua la tête avec un soupir. « C’est un gamin vraiment sanguinaire. »
Un vieux mage non loin de lui toussa plusieurs fois. « Tu vas vraiment le laisser prendre la lune bleue ? »
Thor se contenta de caresser sa barbe. « Peut-être était-elle destinée à lui. »
« Je sais bien que tout ne m’appartient pas, dit le mage avec un sourire mélancolique, mais c’était un artefact doté d’une âme… »
Thor hocha la tête, compréhensif. Même les mages légendaires devaient s’en remettre au destin pour obtenir un artefact doté d’une âme, mais ce n’était pas là ce qui le préoccupait. Voyant le vieux mage continuer à tousser, il lui demanda avec inquiétude : « Ne te fatigue pas. C’est grave ? »
Le mage soupira. « La rupture du sort n’était pas le pire. Une partie de la force de la lune bleue a pénétré dans mon corps et le ravage depuis. Je ne sais toujours pas comment m’en débarrasser. »
« Ah ? Alucia ne devrait être qu’une divinité intermédiaire, maintenant. Tu explores les myriades de plans depuis des années ; à quel point cela peut-il être difficile d’éliminer le pouvoir d’une seule de ses lunes ? »
« C’est ce que je pensais, répondit le mage légendaire avec un sourire amer. Maintenant, je me rends compte que ce n’est pas du tout le cas. Comment Alucia pourrait-elle n’être qu’une divinité intermédiaire ? Cette lune, à elle seule, suffit à faire d’elle une divinité supérieure. »
« Tu vas guérir ? »
« Oh, certainement, mais cela prendra du temps. J’ai sous-estimé le pouvoir de la lune bleue. Hum, nous avons de la visite. »
Le vieux mage regarda autour de lui. Thor aussi eut un sourire glacial. « Puisque tu es déjà là, autant entrer. »
La porte s’ouvrit sur un homme d’âge mûr vêtu d’un habit sombre à queue-de-pie, le même qui avait affronté Richard peu de temps auparavant. Il arborait un élégant sourire de façade et, bien qu’il vînt d’ouvrir la porte, frappa pour la forme. Ce chapitre a été repris sur novеlping.com sans autorisation.
« Que vient faire ici un exilé comme toi ? » Thor plissa les yeux.
L’homme d’âge mûr caressa sa moustache soigneusement taillée. « Un “Bonjour, Julian” suffirait. Mais maintenant que je suis de retour, Thor, faut-il vraiment que je t’explique ce que cela signifie ? »
L’expression de Thor se déforma à peine, et il échangea un regard discret avec le vieux mage. Julian entra d’un pas affecté, plein d’assurance ; un cigare apparut comme par magie dans sa main et s’embrasa. Il en tira une profonde bouffée, puis exhala un nuage de fumée sans cesser de sourire. « Quelle famille occupe l’île 6-6, en ce moment ? Ça te dérange si je la détruis ? »
« Tu veux te faire des ennemis pour rien, juste à cause d’une lune bleue inconnue ? N’y songe même pas ! Rien que le précédent que créerait l’attaque de l’un des quatorze… C’est impensable ! »
Julian afficha un sourire sinistre, puis posa une main sur l’épaule de Thor et murmura d’une voix rauque : « Tu devrais mieux que moi connaître la nature de la lune bleue. Vieil homme, je ne le demande pas pour moi, mais pour elle. Veux-tu vraiment m’arrêter ? »
Une lueur de peur passa dans les yeux de Thor. « Qui ? »
Julian eut un petit rire qui dévoila ses dents d’une blancheur nacrée. « Aurais-tu donc oublié Son Altesse Apeiron, après tout ce temps ? »
« Ape… Pourquoi revient-elle ? » Thor en eut le souffle coupé.
« Pourquoi ne reviendrait-elle pas ? » Julian se redressa et tira une nouvelle bouffée. « À présent, tu sais que tu ne peux pas intervenir. Concentre-toi plutôt sur les intérêts de toute la famille royale. Et puisque je t’apporte une nouvelle aussi importante, ne devrais-tu pas sortir une bouteille ou deux de bon vin ? »
Thor reprit son calme, appela deux jeunes apprenties et les envoya chercher quelque chose. Un instant plus tard, chacune revint avec un plateau portant trois coupes. À la vue des six nuances de rouge, Julian se mit aussitôt à respirer plus vite. Il parvint toutefois à se contenir, prit le premier verre et le fit tourner, en humant le parfum avant d’y goûter, les yeux clos. Son corps tout entier trembla et, au bout d’un moment, il s’affaissa sur le siège qu’il avait choisi en poussant un gémissement extatique.
Quelques instants plus tard, l’homme d’âge mûr sembla sortir de sa torpeur et prit le deuxième verre, répétant le même rituel. En un clin d’œil, les six coupes furent vidées, et ses gémissements devinrent de plus en plus érotiques. Ses cheveux étaient maintenant plaqués par la sueur et ses mains tremblaient violemment, comme s’il avait perdu tout contrôle. « Aaaaah… C’est si bon. Après toutes ces années… »
Les deux apprenties reculèrent, effrayées, mais ce mouvement attira l’attention de Julian. Il tourna la tête vers elles ; ses yeux injectés de sang, enfoncés dans leurs orbites, brillaient de désir. Avant même qu’elles aient pu réagir, il se jeta sur elles, les projeta dans la forêt toute proche et leur déchira les vêtements, puis pénétra sans hésiter la première des deux.