Chapitre 962
Menaces vaines (2)
Richard avait emmené tous les chevaliers runiques, ne laissant que Tiramisu sur l’île flottante. Elle semblait sans défense, mais quiconque aurait tenté d’en profiter aurait eu une bien mauvaise surprise.
Lorsqu’il apparut sur la place de téléportation, l’agitation y était déjà considérable. Plus d’une douzaine de nobles se disputaient avec les gardes du portail, certains allant jusqu’à les bousculer. Richard fronça aussitôt les sourcils. Ces gardes n’étaient là que pour la forme, mais s’en prendre à eux constituait un acte de guerre. Aucun de ces nobles n’avait reçu l’autorisation d’emprunter les portails des Archeron.
« Comment ces gens sont-ils arrivés ici ? » demanda-t-il à l’un de ses soldats.
Un homme d’âge mûr, chauve et obèse, sortit de la foule et s’inclina. « Seigneur Richard, je suis le vicomte Learst, de la famille Wingstag. Notre patriarche est le comte Cole. Notre famille vit à Faust depuis cinq générations, vous devriez avoir… »
« Allez droit au but ! » l’interrompit Richard.
La famille Wingstag ne faisait pas le poids face à l’une des quatorze grandes familles, mais elle n’en demeurait pas moins une puissance respectable. À Faust, les familles de moindre rang avaient aussi tendance à s’allier ; réunies au nombre d’une centaine, elles formaient une force non négligeable.
L’homme chauve voulait faire étalage de l’ancienneté de sa famille, mais le regard glacial de Richard le poussa à renoncer aux belles paroles. « La lune bleue de l’Arc-en-ciel est soudain tombée, et nous l’avons tous vue voler en direction de l’île Archeron. L’Arc-en-ciel des Lunes est un symbole de Faust ; le moindre dommage pourrait mettre en péril les intérêts de toute la cité. Nous avons discuté de la situation et convenu qu’il fallait venir voir ce qui s’était passé. »
« Et si la lune était entre mes mains ? » demanda Richard.
L’homme se mit aussitôt à suer à grosses gouttes, mais il conserva un débit assuré. « La lune bleue appartient à l’Arc-en-ciel des Lunes. Dans l’intérêt de l’avenir de Faust, nous, les familles, estimons que vous devriez nous la remettre afin que nous puissions négocier pour déterminer à qui elle revient. » La source de ce chapitre est NovelPing.
« Attendez, qu’avez-vous dit ? » Richard eut l’air perplexe.
Learst se ratatina, mais le nombre de ses compagnons lui donnant du courage, il éleva la voix : « Vous devez nous remettre la lune bleue ! Sinon… »
« Qui a dit que la lune bleue était entre mes mains ? »
« Tant de gens l’ont vue tomber en direction de votre île, comment auraient-ils pu… » Avant qu’il eût fini sa phrase, Richard prit une épée longue à l’un de ses chevaliers runiques. La lame étincela et envoya la tête de Learst voler dans les airs. Un jet de sang jaillit de son cou, glaçant les nobles alentour.
Richard contempla le corps décapité, puis promena son regard glacial sur la foule. « Voyez-vous, il faut être en vie pour essayer de me voler. Vous vous précipitez vers mon île en pensant vous en tirer sans dommage ? Eh bien, vous allez payer cette folie de votre vie. »
Les nobles restèrent pétrifiés un instant, puis réagirent et, poussant des cris, se ruèrent vers le portail pour s’enfuir. Mais il était trop tard. Les chevaliers runiques fondirent sur eux comme le vent et en abattirent des dizaines en un clin d’œil, vidant les abords de la place. Quelques nobles se téléportaient encore depuis l’autre côté, mais à la vue de cette scène atroce, ils prirent aussitôt la fuite.
Les chevaliers runiques suivaient Richard depuis longtemps et exécutaient chacun de ses ordres sans faillir. Pourtant, certains jeunes chevaliers en formation, ici présents, étaient sous le choc. Quiconque pouvait entrer dans cet endroit avait le potentiel de devenir au moins capitaine d’escouade dans l’armée, et tous possédaient quelques notions de politique. Ils savaient que tuer autant de nobles, même de rang inférieur, ne manquerait pas de leur attirer des ennuis.
« Allons-y, dit Richard d’un ton indifférent. Vous autres, débarrassez-vous des corps. Je veux que la place soit nettoyée à mon retour. »
Les gardes acquiesçaient encore à la hâte lorsqu’un chevalier runique au visage balafré ricana et franchit le portail, son épée dégoulinante à la main. Les autres le suivirent rapidement, Richard au centre de la formation.
…
Le Temple de Téléportation était bondé. On y trouvait de nombreux nobles de deuxième ou de troisième classe, de rang modeste, et encore plus de guerriers sans aucun titre. Plus d’une douzaine de saints étaient présents, tous venus de leur propre chef. Ils n’auraient pas daigné s’associer à ces nobles sans valeur, mais leur avidité était trop grande pour qu’ils y résistent : ils étaient venus voir s’ils pourraient mettre la main sur quelque chose. Cette histoire est hébergée sur nоvelping.com.
La lune bleue venait de l’Arc-en-ciel des Lunes, que même les êtres légendaires n’avaient pu approcher depuis des siècles. Nombreux étaient déjà ceux qui la qualifiaient d’artefact de Faust, mais ce terme ne suffisait pas à rendre compte de sa valeur. Personne ne savait encore à quoi servait la lune bleue, mais tous avaient vu deux êtres légendaires échouer à s’en emparer, aux côtés d’un troisième personnage mystérieux, plus puissant encore que les deux premiers. Il était donc logique que la lune possède une valeur inimaginable.
L’appât du gain avait éveillé la convoitise des nobles de moindre rang, mais aucun ne comptait vraiment s’emparer de la lune. Ils savaient qu’une affaire d’une telle ampleur pourrait attirer l’attention de la famille royale ; même s’ils la dérobaient aux Archeron, ils ne pourraient pas la garder. Ces nobles s’étaient unis pour extorquer les Archeron. Richard était désormais réputé pour sa richesse, et chacun de ses chevaliers était armé jusqu’aux dents : ils espéraient donc lui soutirer une fortune.
Certains petits nobles avaient même envisagé de contraindre Richard à envoyer un chevalier runique dans chacune de leurs familles en échange de leur soutien. Richard possédait des centaines de chevaliers runiques, et Faust comptait une centaine de familles nobles. Mais le portail ne pouvait accueillir qu’un nombre limité de personnes, ce qui les avait empêchés de traverser plus tôt.
Alors que le groupe suivant de nobles franchissait le portail, l’un d’eux en ressortit aussitôt en courant et se mit à hurler comme un fou : « Ils sont tous morts ! Ils sont tous morts ! »
Tout le monde resta interdit. Sans comprendre exactement ce qu’il voulait dire, les gens sentirent leur cœur se serrer à la vue de son visage. Le portail s’illumina soudain, et ils reculèrent de quelques pas, dégageant un large espace à proximité.
Une monture féroce, semblable à un cheval, franchit le portail. À son sommet, un chevalier runique affichait un sourire jusqu’aux oreilles. Son aura meurtrière et la gigantesque épée dans son dos, encore dégoulinante de sang et même de morceaux de chair, arrachèrent un hoquet à plusieurs personnes. Ils comprirent enfin ce que signifiait « tous morts ». Tout le monde était mort.
Le chevalier releva la visière de son casque et dévoila un visage marqué de plusieurs cicatrices. Il balaya du regard les quelques personnes qui l’entouraient. Pourtant, son expression ne trahissait aucune crainte : il ricana tandis que sa monture se dirigeait droit vers la partie la plus dense de la foule.
Les nobles furent aussitôt pétrifiés. Ils étaient nombreux à compter des guerriers parmi eux, certains même aguerris, mais aucun ne pouvait rivaliser avec un véritable chevalier runique, forgé dans les batailles sanglantes. Instinctivement, ils reculèrent devant sa puissance. Voilà toute la différence entre un guerrier et un soldat.
Le portail continua de flasher, laissant surgir d’autres chevaliers runiques qui se rangèrent autour de Richard. Ceux qui le suivaient de près portaient de grands coffres marqués de numéros.
À la vue de Richard, la foule s’enflamma soudain. L’un cria que la lune était entrée sur l’île, d’autres demandèrent où elle se trouvait. Certains exigèrent qu’il les dédommage pour les armes endommagées en tentant d’intercepter la lune bleue. Les saints qui se tenaient autour libérèrent à leur tour leurs auras, donnant encore plus de courage à la foule. Richard était redoutable, mais comment tant de gens auraient-ils pu avoir tort ? Ils avaient plus d’une douzaine de saints !