Chapitre 961
Menaces en l’air
L’homme entra aussitôt dans une rage noire. Une lueur sombre jaillit de ses yeux tandis qu’il frappait la pellicule lumineuse. Son poing était chargé d’énergie, mais la barrière ne bougea pas d’un iota. En revanche, son visage rougit et ses deux narines se mirent à saigner. Il renifla avec mépris et fusilla Richard du regard à travers la pellicule.
Richard esquissa un sourire. « Tu peux continuer d’essayer, mais tu ne feras que te blesser davantage. Nous sommes à Faust : même les légendes n’y obtiennent pas tout ce qu’elles veulent. »
L’homme grinça des dents de rage. « Tu ne pourras pas te cacher là toute ta vie, gamin. Voyons si l’un des tiens ose sortir… Oh ? »
Son regard tomba sur Mountainsea, qui dormait aux côtés de Richard, et son visage se déforma aussitôt sous l’effet d’une avidité extrême. Peinant à détourner les yeux, il se retourna vers Richard. « Tu as de la chance, gamin ! Je vais te donner une autre chance. Donne-moi simplement cette chose et cette fille, et je te laisserai garder ta misérable vie. Si tu refuses, tu le regretteras ! »
« Fils de… Tu cherches la mort ! » Les yeux de Richard s’embrasèrent aussitôt d’un éclat cramoisi. « Qui es-tu, espèce d’ordure ? »
« Quel courage ! Ne crois pas que cette pellicule puisse te protéger ! » L’homme reporta son regard sur Mountainsea. Une étrange lueur violette apparut dans ses yeux, tandis que sa voix se faisait douce et hésitante. « Petite, viens vite à moi. Je ferai en sorte que tu profites du reste de ta vie en tant que femme. Oui, tu m’aimes. Tu es prête à tout pour moi… »
Mountainsea, qui dormait, poussa soudain un cri et se tortilla. Elle se réveilla un instant, regarda autour d’elle d’un air hébété, puis continua de se frotter les yeux en croisant le regard de l’homme.
Ravi de l’efficacité de son pouvoir, l’homme poursuivit d’une voix douce : « Oui, c’est ça. Je suis ton maître, maintenant… »
Alors qu’il continuait de marmonner joyeusement, il la vit ramasser un petit brassard et le placer devant son visage. De loin, il ne distinguait pas le matériau, mais la facture était plutôt grossière, loin de la maîtrise des forgerons de Norland.
Pourtant, dès que son regard violet se posa sur le brassard, les rayons lumineux qu’il émettait lui revinrent de plein fouet. L’homme hurla et chuta du ciel, plongeant vers les profondeurs de Faust. Mountainsea, toujours aussi confuse, ne l’était pas parce qu’elle avait été victime d’une illusion, mais parce qu’elle n’était pas réveillée du tout. Elle jeta le brassard qu’elle tenait et se rendormit.
Lorsque le brassard sans éclat toucha le sol, le plancher d’obsidienne s’affaissa à moitié, puis trembla. Cette minuscule pièce d’armure contenait des dizaines de tonnes de lafite condensée ; même débarrassée de la plupart de ses impuretés, elle n’était guère plus légère qu’Eleventon.
En voyant l’air contrarié de Mountainsea, Richard faillit rire tout bas. Attaquer l’âme d’une élue du Dieu des Bêtes était peine perdue ; même un être légendaire n’en sortirait pas indemne.
L’homme remonta soudain des profondeurs, les yeux désormais aussi ensanglantés que ses narines. Grinçant des dents, il pointa froidement Richard du doigt. « Tu es fini ! Ta famille et ton île aussi ! Je transformerai toutes les femmes de ta famille en put— » Ce chapitre a été copié sur nоvelping.com sans autorisation.
Richard éclata de rire et l’interrompit. « Mon île est finie ? Il faut vraiment être fou pour croire qu’on peut détruire une île de Faust comme ça. Comment se fait-il seulement que tu sois encore là, si tu es un tel ennemi du Dragon Éternel ? »
L’homme s’assombrit. « Et alors ? Tu ne sais pas ce que c’est que de devenir l’ennemi d’un être légendaire. Tu vas le découvrir. »
Richard ricana. « Et toi, tu ne sais pas ce que c’est que d’être mon ennemi. Tu devrais savoir que le Dragon Éternel est tout à fait disposé à tuer ceux qui s’opposent à lui, pour peu qu’on le paie suffisamment. Tu crois pouvoir rivaliser avec un dieu suprême comme lui ? »
L’homme fixa Richard, les yeux palpitants. « Tu le regretteras ! »
« Cesse de te ridiculiser et dégage. »
Finalement réduit au silence, l’homme s’envola, le visage sombre. Richard, lui aussi, prit un air grave en observant la membrane défensive qui s’estompait autour de lui, puis se replongea dans sa méditation. Au plus profond de ses veines, les nouveaux symboles de son vrai nom achevaient leur transformation. Une lueur or pâle scintilla, puis tout se stabilisa enfin : son vrai nom avait évolué.
Il ouvrit les yeux et expira lentement, puis saisit Clair de Lune et caressa sa lame. Une flamme bleu blanchâtre s’alluma aussitôt à sa surface, ténue, mais chargée d’une puissance terrifiante. En un instant, la température ambiante dépassa le point d’ébullition et continua de grimper à toute vitesse. Les yeux écarquillés de stupeur, il la fit rapidement disparaître.
Sa méditation achevée, Richard était incapable de mesurer l’ampleur de ce qu’il avait acquis. Sans se hâter de quitter la salle d’entraînement, il s’efforça de mémoriser autant que possible le processus, afin de l’analyser plus tard. La quatrième lune avait une affinité avec la destruction, ce qui expliquait la puissance brute considérable de l’épée secrète correspondante. Peut-être cette nature avait-elle orienté l’énergie de la lune bleue vers son sang Archeron plutôt que vers l’affinité lunaire, la mêlant ainsi à Dizmason.
Il avait pourtant encore des doutes. Toute sa vie, il s’était efforcé d’équilibrer ses lignées démoniaque et elfique, pour la seule raison qu’elles ne pouvaient être fusionnées. Du moins ne se souvenait-il d’aucun elfe ayant eu une descendance avec un démon de sang pur ; et, même parmi les demi-elfes, il était le seul qu’il connût à posséder du sang démoniaque. Malheureusement, cela lui laissait peu d’exemples dont il pût s’inspirer ; il devrait simplement réagir aux problèmes lorsqu’ils se présenteraient.
Grâce aux nouveaux symboles de son vrai nom, il avait acquis une autre capacité redoutable. Au lieu de se contenter de souffler des flammes abyssales, il pouvait enflammer tout ce qu’il voulait grâce à ses pouvoirs de destruction et attaquer ainsi son ennemi. Rendez-vous sur novelping.com pour lire le chapitre entier.
Remarquant le froncement de sourcils de Mountainsea, il secoua la tête en souriant. Il s’approcha, la prit dans ses bras un instant et lui caressa les cheveux jusqu’à ce qu’elle soupire de bien-être et retombe dans un profond sommeil. Son corps crépitait tout doucement tandis qu’elle ronflait, signe que ses os se renforçaient et se réajustaient spontanément, sans cesse.
La reposant lentement, il se leva et s’éloigna. Elle ne lui avait pas dit combien de temps elle dormirait cette fois-ci ; selon ses propres mots, elle avait déjà dormi jusqu’à un an d’affilée.
.......
Lorsqu’il sortit de sa salle d’entraînement, Richard était d’une humeur massacrante. Depuis qu’il avait brisé la Famille Mensa, personne ne s’était montré aussi arrogant envers lui à Faust. Les Archeron n’avaient peut-être pas d’être légendaire, mais leur horde de chevaliers runiques compensait largement cette absence. Il voulait savoir qui était cet homme ; son aura n’avait rien d’épique, et il n’avait pas révélé son nom une seule fois.
Il était toutefois presque certain que le Dragon Éternel pourrait le retrouver, quoi qu’il arrive. En fait, il se demandait comment l’Église du Dragon Éternel avait pu laisser en vie quelqu’un qui avait poussé le dragon avare à ériger une barrière. L’homme n’était apparu que brièvement, mais l’Église n’avait pas bougé non plus.
Peu de gens étaient prêts à brûler des offrandes pour tuer leurs ennemis. Même pour un saint, l’investissement nécessaire était peu rentable ; mieux valait se renforcer afin de s’assurer une victoire écrasante. C’était sans doute pour cela que l’homme n’avait pas vraiment réagi à la menace. Richard héla toutefois un serviteur qui passait près de lui. « Demande à l’intendant de sortir les coffres 1 à 3 de l’entrepôt des offrandes. Envoie un message au Château de la Rose Noire pour qu’il nous dépêche immédiatement cinquante chevaliers runiques ; des Chevaliers de la Rose feront aussi l’affaire. Dis aux chevaliers runiques de l’île de se tenir prêts au combat sur-le-champ ; nous partirons dès que les autres chevaliers seront arrivés. Envoie aussi des lettres à Nyris, Neil et Agamemnon : dis-leur de venir sur l’île dès qu’ils en auront le temps. »
Dès que le serviteur eut hoché la tête et se fut précipité au loin, Richard envoya un message mental. « Waterflower, prépare-toi. Nous allons à l’Église. »
La jeune femme ronflait dans le bosquet derrière le château, tandis que Tiramisu, assis en contrebas, faisait griller un grand bol de viande crue. En entendant l’ordre mental et en la voyant disparaître aussitôt dans un éclair, l’ogre demanda : « Et moi, maître ? »
« Toi, tu restes ici. Si quelqu’un se précipite chez nous, tue-le sur-le-champ. »
« N’importe qui ? »
« Préviens-le d’abord, mais s’il ne t’écoute pas, oui, n’importe qui. »
« Très bien, maître, je ferai de mon mieux. »
Richard resta un moment dans la grande salle du château, le temps que les offrandes soient préparées et que les chevaliers runiques du Château de la Rose Noire arrivent. Dès que les cinquante nouveaux venus eurent rejoint ses propres hommes, portant leur effectif à cent chevaliers, il enfourcha une monture et les conduisit tous vers le portail.