Chapitre 950
Une raison de faire la guerre
Une fois qu’il eut compris comment s’y prendre pour capturer des étoiles, Richard assigna l’un de ses esprits à la cartographie constante de nouvelles orbites. Des calculs préliminaires lui indiquèrent que cinq corps en orbite autour de lui lui procureraient la même quantité de récupération que son puits d’étoiles actif, doublant ainsi sa vitesse de récupération du mana. En poussant les calculs plus loin, il estima que quatre-vingt-un corps accéléreraient sa récupération au point de l’égaler à la pleine puissance d’un grand mage ordinaire. Autrement dit, il pourrait combattre indéfiniment à la pleine puissance d’un grand mage.
L’idée l’enthousiasma un bref instant, mais cela ne dura pas. Calculer autant d’orbites était une tâche comparable à la maîtrise des lois d’un plan ; lorsqu’il y parviendrait, il aurait déjà atteint plusieurs niveaux du royaume légendaire et n’aurait plus besoin de se battre à ce niveau.
Avec de nouvelles voies susceptibles de s’ouvrir à l’avenir, il lui fallait désormais choisir soigneusement ses sources de pouvoir. L’énergie originelle d’un plan était naturellement le meilleur choix, mais elle était extrêmement rare et difficile à maîtriser. Pourtant, l’énergie des Hautes Terres de Boulder ne lui convenait guère et constituerait un gaspillage d’un emplacement précieux lorsqu’il aurait fini de cartographier la quatrième orbite. Il préférerait de loin se tourner vers la Vallée du Fleuve d’Or et l’énergie qui y était axée sur le mana. À défaut, l’énergie astrale pure était le meilleur choix, car elle pouvait aussi renforcer ses lignées.
Richard passa encore quelques jours à observer les Hautes Terres de Boulder et les mines potentielles, en attendant l’arrivée d’autres troupes. Lorsque plus d’une centaine de ses chevaliers de confiance l’eurent rejoint, il les laissa servir d’officiers intermédiaires au sein de l’armée, puis repartit avec ses chevaliers runiques et ses drones. Rae fut chargée de prendre le commandement pour le moment, mais elle passerait à un rôle davantage axé sur le soutien quand Olar serait transféré de Faelor.
……
Pour une raison ou une autre, Richard trouvait l’atmosphère de Faust assez étrange. Pourtant, rien ne semblait clocher : aucune nouvelle d’un bouleversement important ne circulait, et il n’arrivait pas non plus à déterminer d’où venait cette impression singulière. Il alla même voir Noelene, mais elle lui répondit la même chose. Puisque ses propres sources comme l’Église affirmaient que tout allait bien, rien de grave n’avait pu se produire. Malgré cela, il resta mal à l’aise toute la journée.
Alors qu’il préparait ses griffons pour le départ, Nyris apprit son arrivée et accourut. Le quatrième prince était couvert de la tête aux pieds d’une armure ajustée, portait un masque d’argent pur et s’enveloppait d’une cape. Il avait une allure des plus étranges.
« Tu comptes affronter les Silversword ? » demanda-t-il d’emblée.
« Oui… Mes soldats ne devraient plus tarder, il faut que j’aille prendre leur commandement. Fenlier ne pose aucun problème, mais ceux qui le soutiennent pourraient agir dans l’ombre. »
Nyris retira son masque, dévoilant son beau visage. « Et si tu ne fais pas sortir leurs soutiens de l’ombre ? »
« Alors je me contenterai d’éliminer leurs pions. Je pourrai aussi prendre le temps de détruire Canaan. »
Nyris fronça les sourcils. « Comment vas-tu justifier ça ? »
« Ha ! L’Histoire a toujours prouvé qu’on pouvait faire la guerre sans raison. Il suffit d’en trouver une après coup. »
« C’est profond, mais il faut d’abord gagner. »
Richard rit. « Mes soldats sont puissants, bien équipés et loyaux. Tu crois vraiment que je vais perdre ? »
« Laisse-moi venir avec toi », dit le prince en lui tapotant l’épaule.
« Hein ? Tu n’as donc rien à faire ? » Richard le dévisagea avec méfiance.
« Je suis de mauvaise humeur en ce moment. Et puis, je pourrai apprendre quelques trucs sur le commandement à tes côtés. »
Tout en parlant, Nyris ne retirait pas sa main de l’épaule de Richard. Un peu gêné, celui-ci la saisit et la serra. « Ça ne me dérange pas, mais tu n’as rien à apprendre de moi, là-bas. »
« Bon, assez parlé ! Tu n’as pas dit que tu partais ? Allons-y ! »
Richard hocha la tête et le laissa s’éloigner un instant, le temps d’attacher ses sacs au griffon. Quand Nyris revint avec un seul petit sac, il fronça les sourcils. « C’est tout ce que tu emportes ? »
« Oui, juste quelques vêtements. Je te demanderai le reste si j’en ai besoin. »
Trouvant cela assez étrange, Richard hocha la tête et enfourcha sa monture. Heureusement, il avait récemment acheté de nouveaux griffons de grande qualité ; même chargés comme ils l’étaient, ils pouvaient encore accueillir Nyris. Les six créatures s’élevèrent rapidement dans les airs et prirent la direction de l’ouest.
« Alors, pourquoi es-tu de mauvaise humeur ? » demanda Richard en chemin, mais Nyris resta silencieux et refusa de répondre. À la place, le prince enfouit la tête dans le pelage du griffon et continua de voler droit devant lui.
……
Même après une courte halte, Richard et Nyris rattrapèrent les troupes en deux jours. Cette unité avançait à toute vitesse et se composait de cinquante chevaliers runiques, deux cents lances d’ombre, cent javeliniers et huit cents cavaliers. Phaser et Tiramisu étaient en tête, accompagnés du Penseur. Même sans Richard, ce groupe aurait pu s’emparer d’un comté entier ; avec l’aide de Richard et du puissant quatrième prince, la victoire était assurée.
Il leur fallut encore une demi-journée de marche pour atteindre le territoire des Silversword, une coalition soudée de nombreux nobles de la famille, qui occupaient tous des terres à la frontière occidentale. La famille était ancienne et avait ainsi bloqué les tentatives de nombreuses autres familles de s’étendre dans les environs. Elle comptait parmi les rares puissances de l’ouest de l’Alliance sacrée,
Si les soldats de Richard n’avaient pas voyagé aussi vite, le comte Fenlier aurait réussi à rassembler plus de dix mille hommes. Pourtant, même à présent, sept mille soldats se tenaient prêts à « accueillir » l’armée qui approchait. Richard ne prit pas la peine d’éliminer leurs éclaireurs ; lorsqu’il arriva aux frontières du territoire, une muraille de soldats lui barrait donc la route principale.
Richard balaya les troupes adverses du regard et hocha légèrement la tête. « Pas mal. »
Nyris intervint à son tour. « C’est une vieille famille qui a réussi à s’enraciner aux frontières de l’Alliance. Tu commences à sentir la pression ? »
« La pression ? » Richard rit et les désigna du doigt. « Je ne vois aucun chevalier runique. Toi, si ? »
Le prince soupira. « Et qui serait assez idiot pour offrir ses précieux chevaliers runiques à tes lances d’ombre ? »
« Alors, où est la pression ? » Richard poussa sa licorne en avant et partit seul à la rencontre de quelques nobles de l’autre camp.
Après les avoir observés un instant, il demanda : « Où est Fenlier ? »
Un noble d’âge mûr s’inclina légèrement. « Mon père a d’autres affaires à régler ; il ne se trouve pas sur le territoire pour le moment. Je suis chargé des affaires intérieures jusqu’à son retour. »
« Tu es donc le vicomte Fouen, l’héritier de ta famille ? »
« Le seul héritier », corrigea Fouen.
Richard eut un petit rire. « Dans ce cas, c’est avec toi que je vais traiter. Ordonne à tes troupes de me laisser passer. »
Fouen fronça les sourcils un instant, mais sa colère sembla s’évanouir et il sourit aimablement. « Nous sommes sur le territoire des Silversword. Mes hommes ont le droit de se tenir où bon leur semble. »
« Ah, il me suffit donc de faire un détour. Compris. » Richard fit demi-tour et se remit en marche vers son armée. Les nobles Silversword changèrent aussitôt d’expression. La plupart des terres étaient plates : Richard pouvait facilement quitter la route et aller où bon lui semblait. Et s’il marchait droit sur la cité de Swordwind ?
« Arrêtez ! » cria Fouen derrière lui. « Nous sommes sur le territoire des Silversword ! Vous ne pouvez pas entrer, faites demi-tour ! »
Richard s’arrêta brusquement et sourit. « Tu veux donc déclarer la guerre aux Archeron. »
Fouen eut un rire froid. « Déclarer la guerre ? Nous voulons seulement protéger notre territoire ! Seigneur Richard, je vous conseille de ne pas tourmenter les autres sous prétexte de votre statut. »
« Tu me barres la route alors que je veux conquérir de nouvelles terres pour l’Alliance. Si ce n’est pas une déclaration de guerre, qu’est-ce que c’est ? En tant que l’un des quatorze de Faust, je n’ai jamais entendu parler d’une famille qui ne riposte pas lorsqu’on la provoque. »
« Seigneur Richard, je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Vous avez bien d’autres possibilités pour étendre les terres de votre duché. »
« Mais c’est ici que j’ai choisi de m’étendre. Ce n’est pas la frontière de l’Alliance sacrée ? N’ai-je pas le droit d’agrandir mes terres dans cette région ? Depuis quand cet endroit est-il la propriété privée de votre famille ? »
Fouen ne semblait pas se laisser impressionner par l’attitude de Richard. « Quoi qu’il en soit, vous n’êtes pas autorisé à pénétrer sur le territoire des Silversword. »
Richard le regarda droit dans les yeux, puis éclata de rire. « Je ne sais pas si tu n’as vraiment pas peur de mourir ou si tu es trop stupide pour comprendre ce qui se passe. Écoute bien : je passerai, que tes troupes s’écartent ou non. Voyons si tu es vraiment prêt à tenir tête. »