Chapitre 929
Triomphe
La maîtrise des anciens était telle qu’aucun de leurs sorts n’explosa avant d’être dispersé. Malgré tout, neuf d’entre eux furent grièvement blessés par le contrecoup et ne pourraient pas reprendre le combat de sitôt. À elle seule, Noelene avait éliminé la plupart des druides présents grâce à sa sphère du temps, une capacité qui pouvait même affecter les mages légendaires. Elle n’agissait pas sur sa cible, mais distordait le temps lui-même ; on ne pouvait donc la contrer qu’en réagissant avec une extrême rapidité ou en possédant une compréhension élémentaire des lois du temps. Les plus menacés n’étaient même pas les grands mages ou les druides, mais précisément les êtres légendaires. La plupart des mages légendaires disposaient d’une énergie extrêmement puissante, mais leur corps ne suivait pas ; un sort légendaire raté risquait fort de les tuer sur-le-champ.
À ce stade, Richard et Noelene avaient uni leurs forces pour éliminer une douzaine d’anciens de l’alliance. Phaser en avait abattu quelques autres, réduisant de plus de moitié les forces de haut niveau de l’alliance.
Les guerriers elfes commençaient peu à peu à gagner la plateforme. Tiramisu était féroce, mais il ne pouvait en défendre tout le périmètre, et Phaser traquait les anciens qui avaient pris la fuite. L’ogre finit par être submergé, tandis que des dizaines de chasseurs bondissaient sur la plateforme pour l’affronter. C’est alors que tout le camp des tréants se mit à vibrer et s’inclina même d’un côté, menaçant de s’effondrer. Les elfes au bord de la plateforme tombèrent à plat ventre, tandis que ceux qui étaient encore en train de grimper chutèrent dans le vide.
Un instant plus tard, des cris de douleur retentirent sur le champ de bataille. Nombre de tréants antiques qui formaient la forteresse naturelle étaient en train d’être détruits ; l’un d’eux, à un angle, fut même soulevé avant d’être violemment rabattu au sol. L’impact ébranla l’ensemble, disjoignant et séparant de nombreuses branches et lianes. Leur écorce, épaisse d’un mètre et dure comme le fer, se déchira, révélant une moelle blanc laiteux.
Mountainsea sortit de dessous la plateforme, souleva nonchalamment Eleventon et l’abattit sur un autre tronc tout proche. L’écorce du tréant s’enfonça sous le coup, pourtant nonchalant ; des éclats de bois volèrent dans toutes les directions tandis qu’un gémissement de douleur retentissait. Incapable de soutenir le camp, le tréant provoqua l’effondrement de plusieurs structures en bois.
La jeune barbare resta d’abord stupéfaite — elle ne s’était pas attendue à ce que ce soit aussi facile —, puis, après réflexion, elle se fit à la réalité. Ces derniers jours, Tiramisu avait lui-même détruit de nombreux tréants et avait rarement besoin de frapper une seconde fois. Son bâton était encore plus lourd ; il était logique que ses attaques causent de tels dégâts. Elle observa de nouveau les tréants : certains tentèrent de l’effrayer pour la faire fuir, tandis que d’autres tremblaient de terreur. Entrelacés pour soutenir la forteresse, ils étaient incapables de se défendre. Ce chapitre a été extrait de NovelPing sans autorisation.
La forteresse vibra soudain de nouveau ; les branches qui soutenaient sa base craquèrent sous le poids. Mountainsea leva les yeux et vit un chevalier runique bondir sur la plateforme. Elle entendit aussi le sifflement familier de Richard, qui leur ordonnait d’attaquer. Elle secoua la tête devant les tréants, puis sauta sur l’un d’eux et lui désigna l’ouverture. La créature se montra d’une grande sagesse : elle laissa aussitôt tomber une branche et la transporta jusqu’à sa destination. Dès qu’elle fut partie, tous les arbres des environs poussèrent un soupir de soulagement.
Lorsque Mountainsea remonta, elle ne vit qu’un champ de carnage. La moitié des anciens elfes gisaient morts, et Waterflower sautait encore de plateforme en plateforme à la poursuite des autres. Certains préféraient même se jeter dans le vide plutôt que de combattre ; le camp était perché en hauteur, mais la chute ne leur aurait au pire causé que de graves blessures. Les guerriers elfes encore en haut avaient été éliminés par les chevaliers runiques, qui récupéraient leurs javelots pour de nouvelles salves.
Une fois la plateforme supérieure entièrement nettoyée, les elfes s’étaient repliés dans le feuillage et sur les plateformes inférieures pour tenter de profiter du terrain. Richard n’avait toutefois aucune intention de les laisser faire : la chrysalide astrale flottait juste à côté de la plateforme, et tous les chevaliers runiques reçurent l’ordre d’y monter. En quelques instants, ils furent tous à bord, et la créature s’envola dans le ciel, essuyant à peine quelques tirs de flèches. Phaser, Waterflower, Tiramisu et même Mountainsea restèrent en contrebas quelques secondes de plus, tuant à leur guise, jusqu’à ce que la chrysalide se trouve à cent mètres de hauteur et qu’ils doivent la rejoindre.
Une fois ses compagnons récupérés, la chrysalide astrale pivota gracieusement et s’envola de nouveau au loin. Elle ne laissa derrière elle qu’un chaos indescriptible.
Richard n’avait jamais vu la créature caprine auparavant, mais il avait remarqué que son aura ressemblait à celle d’Iskara ; il s’agissait presque certainement de la personne qui tirait les ficelles des elfes. Avec la mort du cerveau de l’opération et de la moitié des anciens, l’alliance avait subi un coup terrible. Des milliers d’elfes étaient encore là et commençaient à organiser une résistance ; s’attarder davantage aurait entraîné des pertes. Richard était épuisé, tout comme Noelene, ce qui réduisait considérablement leur marge d’erreur. Mieux valait battre en retraite.
……
Une demi-journée plus tard, Richard retrouva son armée. Il lui fit faire demi-tour et reprendre la route qu’ils avaient ouverte jusqu’à la Cité d’Émeraude ; les quatre clercs s’étaient épuisés à contenir les effets de la volonté de la forêt, et l’arbre de vie le plus proche se trouvait à au moins deux mille kilomètres. Après le coup qu’il venait de porter, n’importe quelle tribu elfique ferait migrer son arbre dès qu’elle apprendrait qu’il se trouvait dans les parages. Ce chapitre a d’abord été publié sur novelping.com.
Les habitants étaient si grièvement blessés que leur peuple ne s’en remettrait pas avant un siècle. Richard n’était pas pressé : tôt ou tard, il arracherait l’arbre-monde ; il n’était pas obligé de le faire sur-le-champ.
Tard dans la nuit, Richard patrouillait dans le camp avec Nyris et Agamemnon. Ce dernier restait taciturne, mais, à mesure que sa force augmentait, son équipement se simplifiait lui aussi. À présent, il ne portait plus qu’une grande épée dans le dos, enchantée uniquement pour en accroître le tranchant et la solidité. C’était la tradition de la Famille d’Orléans : ceux qui aspiraient à diriger devaient se défaire autant que possible des armes puissantes. Il fallait se concentrer sur sa propre force, et Agamemnon commençait à incarner cet idéal.
Agamemnon paraissait plus solide que jamais ; chacun de ses pas avait la puissance d’une montagne. On aurait dit qu’il était impossible à déplacer. Quant à Nyris…
Nyris laissa Richard sans voix. Le charmant Quatrième Prince était devenu encore plus beau depuis son accession au rang de saint ; il portait désormais une armure androgyne, et ses longs cheveux blonds étaient attachés en queue-de-cheval derrière sa tête. Il les dévisageait sans cesse, lui et Agamemnon, avec rancœur, probablement à cause de leur force, mais cela ne faisait que donner à Richard envie de s’enfuir. Un seul mot lui venait à l’esprit devant ses manières : adorable.
Les mouvements de Nyris étaient si gracieux qu’on aurait eu du mal à le prendre pour un homme. Si l’on ignorait qui il était, Richard craignait qu’on ne tombe complètement sous son charme. Cette seule pensée le fit frissonner d’effroi.
Richard avait entendu dire que le prince lançait souvent de tels regards à Agamemnon, mais sa colère s’était à présent reportée sur lui. Si un regard pouvait tuer — dans l’un ou l’autre sens de l’expression —, il était certain de tomber raide mort sur-le-champ.