Chapitre 905
Réparer les dégâts
Le guerrier respectait les convenances et faisait preuve du respect dû, mais continuait de barrer le passage à Richard. C’était là l’arrogance des elfes, une race qui méprisait toutes les autres.
« Dites à Melia de venir me voir », dit lentement Richard.
« Ancienne Melia assiste actuellement à la réunion du conseil. Elle ne pourra pas venir vous voir. Je l’en informerai quand elle aura ter— »
Richard lui fit signe de se taire. « Alors, ces fameux anciens ne veulent pas que j’entre dans la tribu, c’est ça ? »
Le garde resta un instant abasourdi par ce traitement, mais reprit vite contenance. « Monsieur Richard, attendez que les anciens… Khhhrhg ! »
Richard l’avait déjà saisi à la gorge et soulevé de terre, manquant de l’étrangler sur-le-champ. Voyant les guerriers autour d’eux dégainer leurs épées et bander leurs arcs, il haussa la voix : « Grand Ancien Tzu m’a confié la responsabilité de votre tribu avant sa mort. Quiconque refusera de lui obéir sera un traître. Trahir la tribu, c’est perdre le droit de rejoindre l’arbre de vie. Trahir la tribu, et vous… mourrez ! »
Tout en parlant, il continua de broyer la gorge du garde, mais ses paroles réduisirent au silence les civils comme les soldats. L’exécution n’était rien ; en revanche, interdire à quelqu’un de retourner à l’arbre de vie était le châtiment le plus terrible qui soit. Selon la tradition elfique, leurs âmes rejoignaient l’arbre de vie à leur mort, où elles attendaient de se réincarner ailleurs. Si ce retour leur était refusé, alors ils étaient véritablement morts.
Richard lâcha le guerrier et se tourna vers les autres. Le garde s’effondra et se mit à se contorsionner violemment, les mains toujours crispées sur sa gorge. Il tenta de respirer, mais aucun air ne pénétrait ses poumons. Richard l’avait libéré, pourtant une énergie l’enserrait encore et allait l’étouffer.
Les guerriers d’Evernight tout proches étaient sous le choc, mais hésitaient à intervenir. La relation particulière entre le Grand Ancien et Richard n’avait pas vraiment été tenue secrète, même si personne ne savait exactement quel lien les unissait. Pourtant, la rage éclata dans les yeux d’un chasseur, qui décocha une flèche droit vers le cœur de Richard.
« Attention ! » « Qu’est-ce que tu fais ? » crièrent plusieurs guerriers, mais il était déjà trop tard. La longue flèche heurta en chemin une barrière invisible, et sa vitesse chuta brutalement jusqu’à ce qu’elle tombe au sol sans faire de mal. Une lueur rouge se mit à consumer le fût ; en un instant, la flèche n’était plus qu’un tas de cendres.
Richard se tourna sans un mot vers le chasseur. Une orbe de lumière gris pâle jaillit de son doigt dans sa direction. Presque invisible à l’œil nu, elle inspira soudain une terreur profonde à l’homme, qui se mit à fuir. Mais le sort était plusieurs fois plus rapide que lui : il le rattrapa en un instant et la lumière pénétra son corps. Le visage du chasseur se déforma tandis qu’une brume rouge s’échappait de lui et se condensait sous ses yeux. Son corps se dessécha à toute vitesse, puis il s’effondra, réduit à un cadavre momifié.
Les autres elfes restèrent sans voix, certains reconnaissant le sort lancé par Richard. La Dessiccation était un terrible sort de mort, capable de retirer tout liquide du corps de sa cible pour la tuer. Bien que circonstanciel et de rang 7 seulement, il était plus redouté que certains sorts de rang 9. Les elfes de la Lune d’argent avaient à l’origine une grande affinité avec la magie ; si la Tribu d’Evernight était désormais dominée par les druides, c’était uniquement à cause de l’environnement du Plan forestier. Lisez les derniers chapitres sur novelping.com.
Alors que les elfes s’apprêtaient à s’agiter de nouveau, une faible lumière jaune ondula autour de Richard et couvrit tout ce qui se trouvait dans un rayon de vingt mètres. Tous les elfes dans cette zone sentirent leurs membres s’engourdir ; la plupart se figèrent sur place et certains tombèrent même à terre. La Paralysie de groupe n’était qu’un sort de rang 6, mais entre les mains de Richard, même les druides, pourtant rompus à la résistance contre la magie, restèrent cloués sur place.
Richard se dirigea vers l’arbre de vie et emprunta l’échelle qui montait jusqu’à la cime. Les elfes le regardaient désormais avec crainte, et non plus avec arrogance. Ils savaient au moins ce que signifiait sa capacité à les paralyser tous pendant quelques minutes.
En grimpant, Richard libéra une autre vague d’énergie invisible. Elle lui permit de percevoir tout le village, mais ce qu’il découvrit fit battre son cœur à toute allure. Les guerriers étaient anormalement peu nombreux, moins de la moitié des effectifs habituels. L’esprit plein de doutes, il se hâta de gagner le sommet, où se réunissait le prétendu Conseil des anciens.
……
Sept elfes se trouvaient dans la cabane perchée, parmi lesquels Melia et Kael. Du temps où Tzu dirigeait la tribu, il n’y avait pas de conseil : les anciens se contentaient d’exécuter ses ordres. Mais l’atmosphère était désormais extrêmement tendue. Un elfe d’âge mûr se leva. « La Lance céleste est notre relique sacrée. Nous ne pouvons pas la remettre à un sang-mêlé ! Nous sommes des elfes nobles, nous ne pouvons pas non plus lui abandonner le pouvoir. »
Melia se leva avec colère. « C’était la volonté du Grand Ancien ! Vous allez l’ignorer ? »
« Quelle volonté ? Pourquoi n’en ai-je jamais vu la moindre trace ? » demanda doucement l’elfe.
« Qu… Je vous l’ai remise ! Vous… vous avez vraiment osé la cacher ? »
L’elfe d’âge mûr secoua la tête. « Je n’ai trouvé aucun testament. En tant que plus proche parent du Grand Ancien, je garderai la Lance céleste quelque temps, jusqu’à ce que nous en choisissions un nouveau. Ensuite, elle sera remise. Melia, la relique ne sera plus entre tes mains. »
« Plume-Grise, tu… » Melia était stupéfaite et furieuse, sans savoir quoi répondre. Plume-Grise était le neveu de Tzu, et elle n’aurait jamais imaginé qu’il se dresserait contre elle pour s’emparer de la Lance céleste. Il avait même détruit le testament qu’elle lui avait remis !
Plume-Grise ne prêta aucune attention à Melia et lança à voix haute : « Qui est pour garder la Lance céleste ? »
Six bras se levèrent.
« Ensuite, nous devrions envisager de discuter avec la Tribu du Mot crépusculaire pour mettre fin à la guerre. »
Cette fois, cinq bras se levèrent, tandis que le regard de Melia demeurait désespéré.
C’est alors que la porte de la cabane s’ouvrit à la volée sous un coup de pied. La voix de Richard retentit : « Quel fils de pute veut parler à la Tribu du Mot crépusculaire ? »
Toutes les têtes se tournèrent vers Richard lorsqu’il entra. Plume-Grise se leva, stupéfait. « Richard ! Qu’est-ce que tu fais ici ? »
« Pourquoi je n’y serais pas ? Si je n’étais pas revenu plus tôt, cette tribu d’imbéciles aurait déjà un nouveau Grand Ancien ? »
Plume-Grise reprit contenance, mais son expression s’assombrit. « C’est une décision de notre Tribu d’Evernight. Tu n’es qu’un étranger. Tu n’as pas le droit d’entrer dans cette salle. Pars immédiatement, ou j’appellerai les gardes. »
Richard sourit et lui jeta un morceau de papier au visage. « Partir ? C’est le testament de Tzu, tu pourras le lire plus tard. C’est moi qui commande, ici. »
Plume-Grise parcourut rapidement la lettre du regard. Ses sourcils se froncèrent en reconnaissant l’écriture de Tzu, mais il déchira aussitôt le document. « Où ça ? Je ne vois rien. »
« Tu ne vois rien », répondit Richard. Avant que Plume-Grise ait pu comprendre ce qu’il voulait dire, une douleur brûlante lui dévora les yeux. Richard apparut juste devant lui et lui enfonça un genou dans le ventre, le projetant contre le mur. L’elfe ne tarda pas à hurler de douleur.
C’est alors que des pas précipités résonnèrent au-dehors. Un chasseur couvert de sang entra en courant et cria : « La Tribu du Mot crépusculaire nous a tendu une embuscade ! Trois… Trois équipes de chasse ont été massacrées ! »
Richard se retourna et fixa le chasseur. Sa voix se glaça. « Trois équipes ? »