Chapitre 902
Désintégrateur
Au loin, Tzu demeurait immobile, tandis qu’elle voyait monstre après monstre se jeter sur Richard. Ses yeux se plissèrent. Une lueur rouge commença à filtrer à travers la montagne et, même elle, fit inconsciemment un pas en arrière lorsque des flammes sombres jaillirent de l’intérieur. Les flammes abyssales disloquèrent rapidement la colline, gelant tout dans un rayon d’une douzaine de mètres. Même les démons hors de portée se figèrent. Ces créatures artificielles ignoraient la peur, mais leur instinct réagissait malgré tout à ce pouvoir destructeur.
BOUM ! Alors que tout semblait terminé, une nouvelle explosion retentit. Un brasier d’une centaine de mètres de large réduisit en cendres tout ce qui se trouvait à sa portée. Les flammes déchaînées arrachaient la chair aux os, tandis que la boule de feu s’élevait lentement dans le ciel, flottant comme un champignon atomique.
Richard se tenait au cœur de l’enfer, sans plus aucun ennemi à proximité. Les flammes sombres l’enveloppaient ; ses vêtements et son équipement avaient fondu sur le sol, mais l’embrasement semblait lui-même lui servir d’armure.
Il leva lentement les yeux. Dans ses iris autrefois émeraude coulait à présent de la lave. Son regard ardent parcourut les monstres à des dizaines de mètres de là, et les ennemis reculèrent malgré eux devant sa puissance. Clair de Lune vola jusqu’à son bras tendu ; une étrange flamme, verte, rouge et noire, courait sur toute la lame.
La pointe de l’épée toucha le sol et traça derrière elle une ligne enflammée tandis que Richard avançait, traînant la lame et marchant sans hâte vers ses innombrables ennemis. Un rhinocéros gigantesque fut le premier à bouger : il chargea droit sur lui. Devant cet adversaire à la peau si épaisse qu’un guerrier de niveau 10 aurait tout juste pu l’égratigner, Richard se contenta de sourire. Sa fatigue sembla disparaître avec son corps ; il réapparut au-dessus de la bête, l’épée fichée dans le sol juste devant elle.
La créature changea brusquement de direction et ne fit qu’effleurer Richard en fonçant cent mètres plus loin. Mais ses jambes fléchirent bientôt et elle s’effondra. Son énorme carcasse glissa sur dix mètres, tandis qu’une plaie sanglante s’ouvrait sur son crâne et répandait sa cervelle sur le sol.
Les guerriers d’Iskara reprirent enfin leurs esprits et se ruèrent de nouveau sur lui. Mais un autre champignon de feu s’éleva aussitôt dans le ciel. Tzu passa enfin à l’action et, en quelques pas, apparut aux côtés de Richard. Elle lui tapota une nouvelle fois la tête, le dépassa et poursuivit sa route. Sa queue-de-cheval flottante dansait devant son visage ; quelques mèches lui frôlèrent même le nez, qui le démangea.
Des rayons d’un vert éblouissant illuminèrent le monde gris, pareils à de petites fleurs qui éclosaient sur un rouleau vierge. Assourdi par les deux explosions qu’il avait provoquées, Richard ne pouvait qu’admirer cette beauté qui semblait suspendre le temps. Il s’arrêta et se contenta de tenir sa lame, contemplant la silhouette gracieuse au loin. Son corps brûlait de combattre, mais son esprit était entièrement vide.
…
Il lui sembla avoir passé des heures à tuer dans ce monde silencieux, jusqu’à ce que la voix de Tzu le ramène une fois encore à la réalité. « Tout ce que tu sais faire, c’est te cacher derrière tes troupes ? »
Un rire tonitruant retentit tandis qu’une silhouette montagneuse apparaissait à l’horizon. Le bas de son corps était celui d’un reptile, le haut celui d’un démon, et elle possédait une paire d’ailes déchiquetées si petites qu’elles en étaient presque risibles. Ses quatre pattes trapues étaient minuscules, mais elles portaient son poids sans difficulté.
La créature mesurait près de dix kilomètres de haut. À côté d’elle, même la plus imposante bête de la légion n’avait l’air que d’une fourmi !
Était-ce Iskara ? Sur ce champ de bataille, le nombre et la taille donnaient une vague idée de la puissance. Du moins, la légion d’Iskara avait jusque-là obéi à cette règle. Si son armée était déjà si puissante, qu’en était-il du dieu démon, plus grand que la moitié de son armée réunie ? Ce chapitre a été extrait de NovelPing sans autorisation.
Pourtant, Tzu ne sembla pas s’en soucier. Elle leva la Lance céleste. « Reste là. Réglons ça en duel à mort. »
Iskara croisa les bras sur sa poitrine et gloussa. « D’accord, je t’attendrai ici ! »
Un cri perçant retentit tandis que la Lance céleste se gorgeait d’une lumière vert doré et fonçait droit sur Iskara comme un dragon. Tzu taillait son chemin à travers des vagues de soldats, mais l’espace qu’elle dégageait se remplissait de nouveau en un instant, quelle que fût l’étendue qu’elle parvenait à ouvrir.
Richard resta silencieux à la regarder se consumer une dernière fois. Son esprit était toujours vide ; lui-même l’était encore. Alors qu’il avait déjà perdu le fil de la bataille, la voix de Tzu résonna à son oreille. « Il est temps que tu rentres. »
« Et toi ? » demanda-t-il machinalement.
« Moi ? Je vais retrouver ton fichu père. » Un cri aigu déchira le monde gris. La Lance céleste fila depuis l’horizon à une vitesse inconcevable et se planta juste derrière la tête de Richard. Une immense brèche s’ouvrit dans le vide, fracassant les lois du monde et ouvrant un passage vers le Plan forestier.
En voyant la faille, Richard comprit qu’il était temps de rentrer. Il avait accompagné sa tante aussi loin qu’il le pouvait et vu Iskara de ses propres yeux ; il connaissait désormais la cible de sa future vengeance. Les elfes des forêts lui avaient fait subir tout cela, et ils seraient accueillis par une rage glaciale. Mais c’était celui-là qu’il devait tuer pour pouvoir faire la paix avec sa disparition.
Il s’avança vers la faille spatiale, mais, juste avant de la franchir, se retourna pour assister aux derniers instants de Tzu. Pour lui, le monde était toujours silencieux. Iskara semblait crier quelque chose au loin, tandis que des centaines d’yeux lançaient des rayons d’énergie vers le portail. Mais Tzu se contenta de rire avec insouciance, les bras écartés, et repoussa les rayons grâce à son propre pouvoir. La lumière vert doré paraissait fragile, mais elle tenait bon. Elle empêcha même les dizaines de milliers de mages de l’armée d’Iskara de traverser l’espace pour les suivre.
En cet instant, Tzu avait arrêté Iskara et toute son armée à elle seule ! Une lumière sans fin jaillissait de son corps devenu translucide, mais sa queue-de-cheval continuait de s’agiter dans le ciel. Tournant le dos à Richard, elle se contenta de lui faire un signe de la main en guise d’adieu.
« RESTE ! » Iskara perdit enfin son calme. Son rugissement tonitruant déchira le silence du monde et fit trembler l’âme de Richard.
C’était une attaque directe contre son âme. Richard aurait pu franchir la faille avant qu’elle ne le frappe, mais, au dernier instant, il se retourna vers l’abomination qui lui faisait face et hurla de toute sa fureur. Une main invisible sembla s’emparer de son âme, mais le lien fut rapidement consumé. Le choc faillit lui faire perdre connaissance, mais il avait déjà bondi dans le portail. Quand il se retourna vers le champ de bataille, à la frontière du réel et de l’illusion, il ne vit qu’une lumière verte qui illuminait le monde entier. Retrouvez le chapitre original sur nоvelping.com.
……
« …chard ! RICHARD ! RICHARD ! » Une voix paniquée le ramena à lui. Quelqu’un l’aida à se redresser tandis qu’il luttait contre la douleur qui lui engourdissait l’esprit, rassemblant ses pensées et retrouvant ses esprits.
« Q-Qu’est-ce qui s’est passé ? » balbutia Melia. « C’est la lance de la Grand Ancienne ! »
Il n’entendit même pas sa question. Il regarda autour de lui, se remit lentement debout et examina les environs. Un immense trou béait à l’endroit où se trouvait autrefois la chambre de Tzu, et le plafond de la cabane perchée dans l’arbre était lui aussi percé. La Lance céleste s’était fichée dans le sol, émoussée, plusieurs parties de sa hampe ayant fondu. Trancher à travers le monde régi par les lois d’Iskara avait coûté cher, même à une arme divine aussi puissante.
Richard tendit la main pour ramasser la lance, mais une lueur sur le sol en contrebas attira son regard. Il se figea et la toucha du bout des doigts : un fruit d’or sombre, gros comme un poing, était incrusté dans le sol. De minuscules runes y étaient gravées, en un travail d’une beauté sans pareille.
En pesant le fruit dans sa main, Richard sut aussitôt de quoi il s’agissait : la graine d’un arbre-monde doré. C’était le dernier cadeau que Tzu lui avait laissé, celui qu’elle n’avait pas planté lorsqu’elle était venue pour la première fois dans le Plan forestier.
Tenant ce fruit réservé au Palais de Lune d’Argent, Richard sentit enfin son esprit embrumé se remettre en marche. Il secoua la tête, pris de douleur, puis se tourna vers Melia. « Hein ? »
« Où est la Grand Ancienne ? » demanda Melia une nouvelle fois.
« Nous avons combattu Iskara », dit-il doucement en s’adossant à l’arbre. Il n’y avait rien d’autre à ajouter. Elle essaya de poser d’autres questions, mais il la congédia d’un geste. À la force lunaire, il comprit qu’un seul instant s’était écoulé dans le plan depuis son départ. Pourtant, même sans compter le temps passé sur le champ de bataille, il savait qu’au moins un mois s’était écoulé pendant qu’il roulait à travers l’espace déchiré avant d’arriver ici. Il s’était réveillé par moments durant ce trajet, mais l’épuisement était trop intense pour qu’il puisse rester éveillé plus de quelques heures d’affilée.
« Je vais m’absenter… Quelques jours… » souffla-t-il, tandis que l’énergie vitale de l’arbre de vie affluait en lui. Avant même que Melia ait pu répondre, il s’élança dans le ciel nocturne et disparut.
……
Il fallut sept jours à Richard pour assimiler tout ce qu’il avait vu sur ce champ de bataille. Avec le Fléau de la Vie pour noyau, il avait canalisé sa rage afin de se créer une nouvelle rune, qui reliait enfin tout le reste et formait un ensemble bien à lui.
Cet ensemble s’appelait le Désintégrateur.