Chapitre 867
Livre saint (2)
Cette fois, l’éclat divin emplit le ciel et forma lentement un portail d’où sortirent trois anges. Tous trois étaient d’une beauté classique, mais leur armure radieuse et leurs épées gigantesques montraient qu’ils étaient de véritables guerriers, et non de simples suppliants.
Richard activa aussitôt Perspicacité. Il découvrit que chacun des trois anges était à peine moins puissant qu’un saint. Leurs ailes les rendaient toutefois plus rapides et plus agiles qu’un véritable saint mortel, ce qui les rendait difficiles à combattre. Il jura entre ses dents et tira Mort de l’Ange de son fourreau, prêt à se battre lui-même. Mountainsea tenait à présent une barre d’acier à la main et les observait avec méfiance.
Les trois anges s’élancèrent droit dans le ciel, encaissant sans difficulté les sorts que Richard leur lançait. Richard et Mountainsea s’envolèrent à leur tour pour les affronter, en grognant de dépit.
À l’entrée de la cathédrale, Martin sourit à Rizal. « Regardez, ils n’ont plus beaucoup d’avantage. »
« C’est… incroyable », balbutia l’évêque, les yeux rivés sur le livre saint que tenait le cardinal. Trois pages du livre étaient parties en cendres tandis que Martin parlait, mais c’était elles qui avaient invoqué les chevaliers, les guerriers et les anges. Rizal était certain qu’il s’agissait d’une sorte d’invocation, mais l’idée de brûler les saintes Écritures lui était inconcevable. Il ignorait s’il s’agissait d’un blasphème ou d’un acte de dévotion envers le Seigneur.
D’ordinaire, Richard aurait pu venir à bout des trois anges en moins d’une minute, mais il était malheureusement occupé à commander le reste de ses soldats. Son inquiétude grandissait tandis qu’il s’efforçait de se rappeler s’il avait lu quelque chose à ce sujet, mais rien ne lui revenait.
Au départ, combattre sous la cathédrale ne posait aucun problème. Chaque fidèle du Seigneur radieux y gagnait effectivement un niveau, mais cela ne changeait rien face à seulement deux cents adversaires. À présent, leur nombre avait plus que doublé et la menace devenait sérieuse. Il devait en finir rapidement.
Une alerte lui parvint à l’esprit. Il baissa aussitôt les yeux vers le premier chevalier d’argent qui était tombé. Le guerrier s’embrasa de flammes blanches et radieuses, puis, un instant plus tard, il ne resta au sol qu’une marque noire. Des particules lumineuses s’évanouirent dans l’air. Cela confirmait qu’il s’agissait d’une invocation, et non d’une téléportation, mais cette révélation ne faisait que rendre la chose plus stupéfiante encore. Comment cet adversaire pouvait-il invoquer autant de guerriers puissants ? C’était comparable à ses propres invocations d’ombres !
Son regard passa au cardinal et à son livre. D’autres invocations allaient-elles suivre ? À la vue du visage juvénile et calculateur du cardinal, Richard était certain que ces anges n’étaient pas les derniers. Une douzaine de stratégies différentes lui traversèrent l’esprit, mais elles se résumaient à deux options : éliminer les créatures invoquées aussi vite que possible ou tuer l’invocateur lui-même. Il était difficile de savoir laquelle choisir, mais il était de notoriété publique qu’à haut niveau, les prêtres étaient bien plus difficiles à tuer que la plupart des autres.
Après réflexion, il décida qu’il devrait s’en prendre aux êtres invoqués. En un clin d’œil, il donna un millier d’ordres, demanda au Penseur de les peaufiner et incita les lances d’ombre à déployer toute leur puissance, sans retenue. Une douzaine de drones tombèrent, mais, en échange, près de la moitié des chevaliers d’argent furent éliminés en quelques instants.
Le sourire de Martin se figea, mais il feuilleta rapidement son livre et reprit la parole, répétant ce qu’il avait dit la première fois : « … Et le Seigneur leur donna ainsi davantage de guerriers… »
Un autre groupe de chevaliers d’argent apparut, mais cette fois, les lances d’ombre étaient prêtes. Leur formation chaotique se réorganisa en un clin d’œil tandis qu’elles continuaient à déchiqueter les ennemis. Richard frissonna pourtant en comprenant que le pire n’était pas passé. Comme il s’y attendait, un autre groupe de soldats et d’anges apparut à son tour, laissant trois adversaires à combattre pour Mountainsea comme pour lui.
Fou de rage, il rugit et abattit Mort de l’Ange. Un croissant de lumière traversa le corps de deux anges. Le ciel se couvrit de sang doré, qui brûlait au contact des rayons du soleil, et les anges s’embrasèrent à leur tour. Pourtant, Richard pâlit après cette attaque : de tels coups exigeaient énormément d’énergie, et il ne pourrait en porter que trois au total avant de devoir se reposer.
Mountainsea fit elle aussi tournoyer sa barre d’acier. Son attaque n’était pas rapide, mais elle semblait renfermer une énergie sans limites et poursuivit l’ange qui tentait de fuir. La barre elle-même paraissait changer de forme pour atteindre sa cible. Comprenant qu’elle ne pourrait s’échapper, l’ange fit volte-face pour tenter de parer le coup.
Boum ! L’épée heurta la barre, et l’ange fut aussitôt projeté au loin. On vit son corps se consumer tandis qu’il filait vers le sol ; il n’atteignit même pas le champ de bataille avant de disparaître entièrement. Mountainsea pâlit à son tour et vacilla légèrement. Cette frappe était sa technique la plus puissante, et son utilisation avait consumé plus de la moitié de son énergie interne. Sans ses totems, elle ne pouvait soutenir de telles attaques.
Dix autres lances d’ombre tombèrent, mais le premier bataillon de chevaliers d’argent fut complètement anéanti. Richard regarda Martin et sentit son cœur se serrer devant son sourire éclatant. En silence, il rassembla au bout de ses doigts cinq volutes de nuages d’orage et les projeta dans le ciel.
Ces nuages d’orage étaient extrêmement puissants, mais ils mettaient longtemps à atteindre leur plein potentiel. Richard ne les avait pas invoqués plus tôt, car il s’attendait à ce que le combat soit bref. À présent, il comprenait que ce ne serait pas le cas. Ses compagnons réagirent aussitôt : ils ralentirent leurs attaques et firent durer les combats pour laisser le sort gagner en puissance. Même Tiramisu réduisit l’énergie qu’il mettait dans ses coups, bien que chacun d’eux envoyât encore au moins un chevalier voler.
L’évêque Rizal avait l’impression que ses poumons brûlaient tandis qu’il puisait dans ses dernières réserves d’énergie. Dès qu’il le pouvait, il priait le Seigneur et s’efforçait de lancer jusqu’aux plus petits sorts de soin. Il savait que chaque sort qu’il lançait faisait gagner dix secondes à quelqu’un, ce qui pouvait être décisif dans la situation présente. C’était déjà un miracle qu’il ait tenu aussi longtemps, mais il ne prêtait aucune attention aux contraintes imposées à son corps et continuait à lancer ses sorts.
Les défenseurs restants de Tobia s’étaient eux aussi rassemblés et approchaient du champ de bataille, mais ils avaient été arrêtés juste devant la cathédrale. Le général hésitait à attaquer, terrifié par la puissance déployée par les deux camps.
Richard poursuivit patiemment son combat contre les anges, veillant à ne sacrifier aucune autre lance d’ombre à moins que cela n’en vaille absolument la peine. Après quelques minutes d’affrontements acharnés, un autre ange succomba à ses blessures ; il n’en restait que deux en vie, mais ce n’était que le début de ses ennuis.
« … Et le Seigneur leur donna ainsi davantage de guerriers… »
D’autres chevaliers d’argent, d’autres soldats et trois anges de plus. Ce fut alors que Richard comprit qu’il aurait dû donner la priorité à l’élimination du cardinal, mais il écarta aussitôt cette idée. Deux gardes seulement se tenaient auprès de lui : un piège qu’il avait lui-même l’habitude de tendre. En repensant à l’éclat divin qui lui avait barré la vue, il ne parvenait pas à se résoudre à lancer une attaque de front.
« … Et le Seigneur leur donna ainsi davantage de guerriers… »
Il se força à retrouver son calme. Tous ces chevaliers d’argent, guerriers et anges réunis équivalaient à l’invocation d’un dragon capable de vaincre un dragon noir adulte. Un sort aussi puissant devait avoir un prix : une page du livre se consumait à chaque invocation, ce qui signifiait que cette arme finirait par s’épuiser.
« … Et le Seigneur leur donna ainsi davantage de guerriers… »
Chaque fois qu’il entendait cette phrase, son cœur se serrait, et ses compagnons étaient encore plus accablés. Pourtant, il continua à se battre. Les flammes de la guerre embrasaient la cour, mais les explosions et les cris des mourants ne parvenaient pas à couvrir la voix apaisante de Martin.
« … Et le Seigneur leur donna ainsi davantage de guerriers… »
« … Et le Seigneur leur donna ainsi davantage de guerriers… »
…
« … Le Seigneur leur trouva encore davantage de guerriers… »
À présent, la voix de Martin ressemblait aux incantations d’un démon. Le combat semblait ne jamais devoir prendre fin.