Chapitre 866
Livre sacré
Les chevaliers runiques de Richard fonçaient désormais vers les remparts de la ville. Ceux de Tobia culminaient à quinze mètres, mais cela ne suffisait pas à les arrêter. Quelques carreaux d’arbalète atteignirent bien certains d’entre eux, mais ils les encaissèrent sans broncher et poursuivirent leur charge. Ils continuèrent d’éperonner leurs montures jusqu’aux murs, puis insufflèrent leur énergie interne dans les runes des bêtes pour leur permettre de bondir jusqu’en haut en deux sauts seulement.
Un cri tonitruant retentit lorsqu’un saint se précipita pour leur barrer la route, irradiant l’aura intimidante d’une divinité descendue des cieux. Mais, en voyant le nombre de guerriers aériens de Richard, il frissonna de peur. Avant même d’avoir pu réfléchir à ce qu’il ferait, une lumière éblouissante illumina les airs tandis qu’une centaine de javelots filaient vers lui. Il poussa un étrange cri de terreur et prit aussitôt la fuite.
La défense fut rapidement dispersée, et Tiramisu enfonça les portes d’un coup de marteau. Guidées par les chauves-souris d’élite, les lances d’ombre déferlèrent dans la ville en direction de la Cathédrale Saint-Louis.
Devant la cour de la cathédrale se dressait une simple palissade de bois, derrière laquelle les paladins s’étaient rangés, leurs lourds boucliers et leurs corps protégeant les clercs et les prêtres. Richard observa la scène et hocha légèrement la tête. « Soit ils ont de sombres desseins, soit ce sont de parfaits imbéciles.
— Père disait qu’il ne fallait jamais sous-estimer ses ennemis en temps de guerre, remarqua Mountainsea à ses côtés.
— Mm. L’Église de la Gloire ne confierait jamais le commandement à un imbécile. Mais qu’importe ? SOLDATS… À L’ATTAQUE ! » Le bras de Richard s’abaissa et les lances d’ombre s’élancèrent, affrontant une pluie de carreaux d’arbalète pour engager le combat au corps à corps.
Les paladins étaient bien équipés et bien entraînés, et la lueur blanche qui émanait sans cesse de leurs corps témoignait des sorts de renforcement dont ils bénéficiaient. Comme ils combattaient à l’ombre même de leur cathédrale, tout cela leur permettait de tenir tête à leurs ennemis.
Devant les portes de la cathédrale, l’évêque Rizal et le cardinal Martin se tenaient sur une estrade surélevée, d’où ils observaient la bataille. Seuls deux gardes étaient restés pour les protéger ; les autres avaient été envoyés au front.
L’évêque lançait des sorts sans relâche. « Nous sommes sur la terre où le saint s’est sacrifié ; nos guerriers ont forcément l’avantage. Si seulement nous étions plus nombreux…
— Rien n’est moins sûr. Regardez la coordination des chevaliers de Richard, fit remarquer Martin avant de marmonner pour lui-même : Même le Dieu de la Guerre ne devrait pas pouvoir commander des soldats avec une telle perfection dans le monde des mortels…
Les lances d’ombre faisaient preuve d’une excellente coordination : des groupes de quatre ou cinq encerclaient chaque paladin et l’attaquaient de toutes parts pour l’achever. Sans les prêtres qui lançaient sans cesse des sorts de guérison depuis l’arrière, la moitié des paladins seraient morts en quelques minutes. L’évêque bouillait de rage à mesure que les attaques se concentraient et que les paladins tombaient, mais il ne pouvait que poursuivre frénétiquement ses incantations.
Richard, lui, avait l’impression que tout se déroulait plus facilement que jamais. Le Penseur, le nouveau cerveau cloné de la mère de la couvée, désormais sous forme humanoïde, avait fusionné avec sa conscience et pris en charge une grande partie du commandement. Chacun de ses esprits pouvait déjà diriger plus d’une centaine de soldats, et le Penseur multipliait ce chiffre par trois, au minimum. Dans une bataille de grande ampleur, cela signifiait qu’il pouvait contrôler près d’un millier de combattants à lui seul.
C’était précisément le nombre de lances d’ombre qu’il avait mobilisées. Dans une certaine mesure, il menait donc personnellement toute la bataille. Dix paladins seulement avaient péri, contre trente lances d’ombre, mais il savait que ce n’était qu’une apparence : les paladins subiraient une cuisante défaite dès que les clercs et les prêtres seraient à court de forces. Plusieurs des plus jeunes avaient déjà épuisé presque toute leur énergie divine.
Les choses pouvaient-elles vraiment se dérouler aussi facilement ? L’intuition de Richard lui soufflait que non. Son regard parcourut le champ de bataille avant de s’arrêter sur Martin et Rizal. La présence du jeune homme le prit quelque peu au dépourvu ; il lui semblait vaguement familier. Pourtant, il était certain qu’il aurait reconnu partout ce sourire éclatant et chaleureux. Sentant que quelque chose clochait, il tenta de l’examiner de plus près, mais sa vision se brouilla aussitôt sous l’effet d’une intense lumière divine.
Il secoua la tête, stupéfait. La Perspicacité n’échouait que face à des préparatifs précis ou à des êtres bien plus puissants que lui. Il désigna aussitôt le cardinal en rouge et cria : « Méfiez-vous de cet homme !
Près de la cathédrale, Martin ouvrit grand les yeux, puis éclata de rire. « On dirait que j’ai été démasqué. Puisque nous en sommes là, voyons combien il est prêt à payer pour occuper la cathédrale.
L’évêque fut lui aussi stupéfait. La bataille était sur le point de tourner au désastre, et il se préparait à sacrifier sa vie pour donner au cardinal une chance de fuir. Or, les paroles de Martin laissaient entendre qu’il était encore possible de renverser la situation !
Martin ouvrit son livre sacré et lut à voix basse : « Les premiers sujets furent accablés par la famine, la maladie et leurs combats contre les hérétiques. Ils prièrent le Seigneur, qui leur répondit en leur promettant ses bénédictions. Leur premier souhait fut d’obtenir des renforts pour anéantir les hérétiques ; le Seigneur leur donna donc des guerriers…
La voix de Martin résonna sur le champ de bataille, étrangement apaisante. Ce passage n’avait rien de particulier — Richard le connaissait lui aussi grâce aux recherches qu’il avait menées sur son ennemi —, mais, à ces mots, une lueur divine jaillit soudain sur la place. Lorsqu’elle s’évanouit, elle révéla près d’une centaine de chevaliers d’argent, d’un rang supérieur à celui des paladins !
Seuls les paladins de niveau quinze pouvaient rejoindre les chevaliers d’argent. Ébranlé par leur apparition, Richard décida aussitôt de mobiliser ses alliés. « Tiramisu, arrête-les !
— Laissez-moi faire, maître ! — Oui, chef ! » s’écrièrent les têtes de Tiramisu tandis qu’il levait Tenton et frappait de toutes ses forces. Les premiers chevaliers d’argent furent projetés au loin.
Richard transmit alors plusieurs ordres par la pensée, enjoignant à trois cents lances d’ombre de former une ligne compacte derrière l’ogre pour empêcher toute manœuvre. Les chevaliers runiques se déployèrent en deux ailes et encerclèrent tout le groupe. Il poussa un soupir de soulagement en songeant qu’il n’avait pas envoyé tous ses soldats au combat : ils auraient été dans de beaux draps.
Pourtant, un doute persistait. D’où sortaient ces chevaliers d’argent ? Il ne percevait aucune trace de téléportation dans les environs.
Avant qu’il ait pu comprendre, la voix de Martin retentit de nouveau : « Le Seigneur leur donna des soldats, des hommes armés d’épées, de boucliers et de lances.
La lueur divine envahit de nouveau un coin de la place, révélant plusieurs centaines de guerriers. Le plus puissant n’était que de niveau douze, mais leur nombre était terrifiant.
La plupart de ses troupes avaient été envoyées affronter les chevaliers d’argent ! Richard sentit son cœur s’accélérer, mais conserva un visage impassible. Après avoir pris une seconde pour décider, il ordonna à Gangdor et Senma de les arrêter.
Tous deux se ruèrent au combat avec les cinquante lances d’ombre qu’il leur restait, semant le massacre parmi les faibles guerriers.
Mountainsea était désormais la seule à ne pas participer au combat ; même Rosie lançait des sorts pour soutenir les troupes. Le cœur de Richard battait à tout rompre, partagé entre l’excitation et la peur. Gangdor et Senma pourraient retenir les guerriers jusqu’à ce que ses chevaliers runiques aient vaincu les chevaliers d’argent et reviennent.
C’est alors que la voix de Martin résonna de nouveau dans toute la cathédrale : « Et le Seigneur envoya ses serviteurs.