Chapitre 840
Récit
L’immense corps de Bearchild pencha lentement. Ses genoux heurtèrent le sol avant qu’il ne tombe à quatre pattes. Tandis qu’il gémissait, torturé par l’impossibilité de respirer, Richard s’approcha et lui releva la tête d’un geste.
Clac ! Clac ! Quelques dents jaillirent de la bouche de Bearchild tandis que Richard lui soufflait : « Tu as envie de baiser, hein ? Eh bien, va te faire foutre et retourne auprès de ta tribu. »
Le visage de Bearchild pâlit, puis la colère le fit rougir, tandis que le sang continuait de couler de sa bouche. Être vaincu en public était une chose ; se faire gifler de la sorte en était une autre. Cette honte le poursuivrait jusqu’à la fin de ses jours. Il avait voulu rosser Richard et lui cracher au visage devant tout le monde, mais il n’aurait jamais cru que ce combat signerait sa propre fin.
Richard était déjà retourné au bord de l’arène. L’arbitre le dévisagea, stupéfait, quelques instants avant de reprendre ses esprits et d’ordonner qu’on emporte Bearchild hors du terrain. « Numéro 509, Zassa ! Zassa ! »
Parmi les barbares, Zassa était un guerrier de corpulence plutôt moyenne, mais il semblait taillé dans l’acier. Il se frotta les gants de fer en montant sur la scène et fixa Richard comme un loup. « Je ne t’aime pas. Je vais te mettre à terre et te gifler comme tu l’as fait avec Bearchild. »
Richard ne répondit même pas. Il fixait le vide, absorbé par de nouvelles simulations. Zassa poussa un cri et se rua sur lui comme un léopard, mais ses poings n’avaient pas encore approché Richard qu’il se raidit à son tour. Richard retira de nouveau sa jambe, saisit le guerrier titubant par les cheveux, le gifla deux fois et le jeta hors de la scène.
Le regard du guerrier du sanctuaire passa de la surprise à la stupeur. Il dévisagea longuement Richard avant d’appeler le numéro 406, Giwulu.
Giwulu était un guerrier bien bâti d’une quarantaine d’années, qui maniait une lourde hache à deux mains. À peine fut-il monté sur la scène qu’il leva son arme. « Tu ne te sers pas d’une arme ? Je ne veux pas profiter de toi. »
Le regard de Richard s’éclaircit enfin. Il jeta un coup d’œil à son adversaire et secoua la tête. « Inutile. »
Les yeux de Giwulu rougirent. Il brandit sa hache et chargea, mais, comme les deux précédents, il se raidit avant même d’avoir pu porter un seul coup. La hache lui échappa et tomba au sol. Richard était déjà retourné au bord de l’arène. Cet adversaire lui avait témoigné du respect ; il ne l’humilierait donc pas.
……
Richard livra cinq courts combats avant d’être renvoyé de la scène ; chacun se termina en un seul coup. Quand le ciel s’assombrit, on ralluma les feux de joie. Les vainqueurs exultaient, tandis que les perdants préféraient ne pas y penser. L’ambiance monta rapidement à son comble et nombre de vainqueurs se faufilèrent dans les tentes des femmes pour réclamer leur récompense. Le vent nocturne porta des centaines de cris rauques ; aucun ne prenait la peine de modérer sa voix, chacun se délectant de sa férocité et de son endurance.
Cette fois, Richard eut un feu de joie pour lui seul et mangea et but comme la veille. Naturellement, personne ne vint le provoquer ; tous savaient qu’ils ne feraient que s’humilier.
Gesang s’approcha et s’assit à côté de lui, puis lui tendit une nouvelle outre de vin. « Alors, tu t’appelles Richard. Je ne pensais pas que tu étais si puissant. Pas étonnant que tu ne sois pas venu hier soir. »
Richard leva enfin les yeux et répondit doucement : « Tu n’as pas peur de moi ? Les nouveaux chapitres paraissent d’abord sur novelping.com.
— Pourquoi aurais-je peur ?
— Personne d’autre n’ose s’asseoir près de moi.
— Parce que tu les as surpassés au combat. Je n’ai aucune intention de me battre contre toi.
Richard observa les guerriers qui se livraient à ce qui ressemblait fort à une orgie. « Ces gens sont censés être des guerriers ? Tout ce que je vois, c’est des muscles, pas l’ombre d’un cerveau. Les plus forts ne cherchent qu’à intimider les faibles. C’est ça, le courage ?
Gesang le regarda dans les yeux. « Tu n’es pas un barbare.
— Ce n’est pas important.
— Je voulais seulement t’inviter dans ma tente.
— Ah… Désolé, je n’en ai pas envie. Je n’aime pas l’idée de ces visites nocturnes.
— Moi non plus… » Gesang lui donna une réponse inattendue. « Tu veux entendre mon histoire ?
— Tu peux parler, mais je ne t’écouterai pas forcément.
— Il y a des années, je vivais encore assez près de la mer, et j’ai rencontré un brave combattant venu de Norland. Je… suis tombée amoureuse de ce chasseur qui avait traversé toute la distance jusqu’à Klandor pour y trouver du gibier. Il m’a finalement dit qu’il reviendrait me chercher, mais, lors du festival de la chasse suivant, le meilleur chasseur de la tribu est entré dans ma tente. C’était le héros de la tribu ; il rapportait assez de nourriture pour nous faire tenir des semaines… J’étais très jeune, alors, et j’ai eu beau essayer, je n’ai pas pu lui résister. C’était… » Elle renifla. « Ça a été une nuit douloureuse.
— Le Norlandais est revenu à Klandor un an plus tard, mais j’avais déjà un bébé. Il m’a regardée une seule fois, puis il est reparti, et je ne l’ai jamais revu. J’avais peur que cela arrive. Je savais que certaines choses acceptées ici ne l’étaient pas à Norland, mais… » Elle étouffa un nouveau sanglot.
— Belle histoire, commenta Richard. Tu veux que je le remplace ?
Gesang secoua la tête. « Nous n’avons jamais partagé un lit, pas même une seule nuit. Je le regrette, mais tu n’es pas lui. Je ne veux pas me servir de toi pour le remplacer.
Richard se leva. « Ton histoire est terminée. Je devrais aller me reposer.
— Attends, Richard ! » l’appela Gesang. « Tu ne veux pas entrer dans ma tente, mais il y a eu d’autres vainqueurs aujourd’hui. Est-ce que tu pourrais… Est-ce que tu pourrais les en empêcher ? Recevez plus vite les mises à jour sur novelping.com.
Richard la regarda dans les yeux. « Alors pourquoi es-tu ici ?
— C’était le seul moyen d’apprendre et de progresser. Si je n’étais pas venue, je ne deviendrais pas plus forte.
Richard ne répondit pas et retourna simplement à sa tente. Des larmes montèrent aux yeux de Gesang, mais il ressortit bientôt, une longue épée à la main. Il s’approcha de la tente de Gesang, planta la lame dans le sol juste devant l’entrée, hocha la tête et retourna à la sienne.
L’épée elfique luisait d’un éclat argenté et froid au cœur de la nuit, mais Gesang sentit son cœur se réchauffer. Les larmes qui lui étaient montées aux yeux finirent par couler sur ses joues, mais elle regagna sa tente en paix.
……
Le vacarme s’atténua peu à peu à mesure que la nuit s’assombrissait. Beaucoup de guerriers victorieux avaient une grande endurance, mais, après des heures de copulation ininterrompue, ils étaient tout de même épuisés.
Un groupe de guerriers ivres titubait près du campement de Gesang. Soudain, l’un d’eux regarda dans sa direction. « J’ai entendu dire que Gesang était belle.
Un autre guerrier sourit. « C’est vrai, mais c’est aussi une épine dans le pied.
— Qu’est-ce que ça peut foutre qu’elle résiste ? J’ai gagné mes cinq combats aujourd’hui, je vais la baiser !
Le groupe se rapprocha de la tente et remarqua l’épée plantée devant l’entrée. Le message était limpide.
— À qui est cette épée ? demanda le guerrier.
— J’ai vu Richard la planter là. Le numéro 1089.
— Richard ? » ricana le meneur en s’apprêtant à retirer l’épée. « Ce n’est qu’un sacré veinard qui est tombé sur des minables…
— Touche à cette lame et tu perdras ton bras, souffla une voix derrière lui. Le guerrier se retourna aussitôt, mais, en apercevant Richard au loin, il ne fit que s’emporter davantage. Il saisit l’épée elfique et l’arracha du sol.
L’instant d’après, l’épée était de nouveau plantée dans la terre. Le guerrier vit seulement Richard faire un pas en avant, sa main gauche s’illuminer d’un rouge éclatant tandis qu’il lui tailladait l’épaule. Lorsqu’il reprit ses esprits, Richard retournait déjà à sa tente.
Ce ne fut qu’une fois le pan de la tente retombé que le guerrier comprit exactement ce qui venait de se passer. Il contempla avec stupeur la coupure qui semblait si minuscule sur son épaule, puis vit son bras se détacher de son corps et tomber au sol.