Chapitre 832
Connaissances
Klandor était un vaste continent où de nombreuses tribus étaient disséminées. On y trouvait un foisonnement de croyances, qui englobaient les nombreux dieux des bêtes, les divinités mineures et même les demi-dieux vénérés par les différentes tribus. Celles-ci étaient nominalement dirigées par les quatre conseils du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest, tandis que le conseil central, présidé par le Sanctuaire de la Neige d’Azur, exerçait une autorité supérieure aux leurs.
Les conseils s’ingéraient rarement dans les affaires internes des tribus et n’intervenaient même pas lors de conflits majeurs. Ils étaient chargés des décisions concernant l’ensemble de Klandor, ou du moins une grande partie du continent. La plupart des anciens comptaient parmi les êtres les plus puissants de Klandor ; même les tribus les plus redoutables réfléchissaient donc à deux fois avant de rejeter l’une de leurs décisions.
Aux yeux des habitants de Norland, le système tribal de Klandor paraissait plutôt primitif. Même les plus grandes tribus étaient plus petites qu’un simple duché du continent principal. Les barbares accordaient davantage de valeur à l’honneur et à la liberté qu’à l’unité, et beaucoup ne prêtaient aucune attention aux paroles de leurs dirigeants. Même si le conseil décidait d’envoyer une armée capturer Richard, Yori aurait probablement réussi à dresser les soldats contre lui. Le traiter en guerrier était tout simplement la décision la plus judicieuse.
Bien qu’ils eussent proclamé que Richard serait traité avec honneur, les membres du conseil ne chargèrent personne en particulier de s’en occuper. Les jeunes puissants qui iraient chercher Richard de leur propre chef ne manquaient pas, d’autant que la cérémonie sacrée où serait choisi l’époux de Mountainsea aurait lieu plus tôt que prévu.
……
Bien loin de là, dans les plaines désolées, Richard ignorait la décision du Sanctuaire de la Neige d’Azur. En fait, il ne savait rien de la réaction de Klandor à son retour, mais il se doutait que les nouvelles ne tarderaient pas à lui parvenir. Et, en effet, quelques jours suffirent pour qu’un nuage de poussière couvre l’horizon : un puissant tyrannosaure fonçait vers lui, un jeune barbare juché sur son dos.
Richard s’arrêta un instant et sourit en comprenant qui venait d’arriver. Le tyrannosaure s’immobilisa à dix mètres de lui. Le barbare sauta à terre et atterrit avec assurance. Malgré le léger tremblement du sol sous le choc, il accueillit le nouveau venu d’un rire bref. « Tu as gagné en force. »
Balibali fixa longuement Richard. « Toi aussi, tu as changé. Tu t’es battu sur d’autres plans ? »
« Oui. »
« Bien ! Je craignais que tu ne sois pas assez fort. Je veux prendre la Dent du Dieu des Bêtes, mais aussi laver l’affront de ma défaite. Nous sommes désormais plus proches en force ; même si je te bats à plate couture, personne ne pourra m’accuser de m’en prendre à plus faible que moi. »
Richard sourit. « À niveau égal, les gens penseront que c’est moi qui m’en prends à toi. »
« N’importe quoi ! Battons-nous ! » Balibali frappa le sol du pied ; les muscles de son torse, durs comme la pierre, saillirent. Ce ne fut qu’une fois prêt qu’il se souvint de quelque chose. « Attends, tu as besoin de te reposer ? »
« Non, ce sera vite réglé. »
« Richard ! » gronda Balibali à voix basse, tandis que son aura s’intensifiait.
« Réponds à une question quand tu auras perdu. » Richard ne prêta aucune attention à la colère du jeune barbare.
« SI je perds ! » renifla Balibali en frappant de nouveau le sol. Cette fois, une violente onde de choc se propagea dans toutes les directions. Elle obéissait aux mêmes principes que le piétinement d’un centaure d’enclave, conçu pour désorienter un adversaire plus faible. Mais Richard ne bougea pas, comme si une simple brise l’avait effleuré. Même le piétinement d’un véritable centaure d’enclave ne pouvait plus le faire vaciller ; celui de Balibali était encore moins puissant.
Stupéfait de voir que le séisme n’avait aucun effet, Balibali se pencha en avant et fonça à l’attaque. Mais un bras jaillit soudain, lui tapota l’épaule, puis revint à sa place. Le jeune barbare blêmit aussitôt : une lame aurait pu lui trancher la tête à cet instant.
« Tu n’acceptes pas ta défaite ? Recommence. »
Le visage de Balibali rougit. « Je… Je ne faisais que relâch— »
« Peu importe. Recommence. »
Le barbare prit une profonde inspiration, s’avança et lança un coup de poing de face vers Richard. Celui-ci tendit la main, saisit le poignet de Balibali et détourna son élan pour le plaquer au sol. La terre des plaines était plutôt compacte, mais un cratère s’y forma malgré tout.
Balibali vacilla en se relevant et secoua la tête pour chasser le vertige. Les yeux écarquillés, il dévisagea Richard comme s’il avait vu un fantôme, incapable de comprendre comment il avait été projeté au sol.
Lors de son dernier séjour à Klandor, Richard venait tout juste de commencer à apprendre les arts martiaux de l’Église du Dragon éternel. Depuis, il avait passé cinq ans à laisser sa seconde conscience analyser sans relâche les techniques de combat et les intégrer à son propre style. Il avait déjà largement dépassé Io et pouvait tenir tête à Flowsand. Ce système martial, qui incarnait des lois dépassant les plans, était un mystère sans fin, que l’on pouvait perfectionner indéfiniment.
« On recommence ? » demanda Richard.
Balibali gronda comme une bête, mais son aura se dissipa soudain. Il secoua la tête. « Non, je ne fais pas le poids contre toi. Que veux-tu savoir ? »
Quelques minutes plus tard, Richard avait obtenu un aperçu général de la situation à Klandor. Balibali ignorait précisément pourquoi la cérémonie sacrée avait été avancée ; il savait seulement qu’une personne très importante en était à l’origine. Selon les rumeurs, cette personne participerait à la cérémonie et deviendrait l’époux de Mountainsea. Les anciens du Sanctuaire de la Neige d’Azur semblaient avoir beaucoup d’espoir en lui. Même Urazadzu ne s’y était pas opposé.
« Tu veux dire que le Dieu des Bêtes lui a déjà choisi un époux ? » La colère commençait à se lire sur le visage de Richard.
« Le Dieu des Bêtes ne fait pas ce genre de choix. Seul un brave guerrier capable de vaincre tous les autres lors de la cérémonie sacrée pourra obtenir sa faveur. Cela dit, il est fort probable que l’avancement de la cérémonie réponde à sa volonté. »
Richard hocha la tête et se tut un instant, réfléchissant à la situation. Peu après, il releva les yeux et demanda : « Où se trouve le Sanctuaire de la Neige d’Azur ? »
« Tu vas au Sanctuaire ? Tu… Tu es fou ! »
« Tu crois que je serais ici si je ne l’étais pas ? Dis-moi seulement où se trouve le Sanctuaire. Je dois y aller. »
Balibali contempla Richard un moment, puis secoua la tête. « Tu m’as vaincu ; je dois respecter ta demande. Mais si tu veux participer à la cérémonie sacrée, c’est impossible. »
« Où. Se. Trouve. Le. Sanctuaire. De. La. Neige. D’Azur ? » Ce chapitre est d’abord publié sur novеlping.com.
« Ah… Suis cette route pendant environ un mois, traverse le canyon gelé et la rivière aux crocodiles… » Balibali lui indiqua l’itinéraire en traçant une carte rudimentaire dans la terre. Elle n’était pas parfaitement exacte, mais donnait une idée générale des lieux.
« Très bien. » Richard hocha la tête. « Tu participeras à la cérémonie, toi aussi ? »
« À quoi bon ? J’ai déjà perdu. Les gens comme moi ne participent à la cérémonie que pour acquérir de l’expérience ; nous n’avons aucun espoir de devenir le Père sacré. »
« D’accord. Alors, je m’en vais. »
« Attends un instant ! » l’interpella Balibali derrière lui. « Tu ne peux pas participer à la cérémonie sacrée ! Elle est réservée aux candidats reconnus par le Dieu des Bêtes ! »
« Ah ? » Richard sourit. « Ne t’inquiète pas, le Dieu des Bêtes me reconnaîtra. »
Une autre phrase lui traversa l’esprit : *S’il ne me reconnaît pas, je n’aurai qu’à tuer tous ceux qu’il reconnaît.*
« Tu n’as pas besoin d’aller à la cérémonie », lança soudain une voix grave au loin, dont le ton était bien plus sincère que ne le laissait supposer l’arrogance de ses paroles. C’était quelqu’un d’autre que Richard connaissait bien : Umur.
Richard plissa les yeux. « Quoi, tu veux m’affronter ici ? »
« Bien sûr ! » Umur se gratta la tête, gêné. « Quand tu auras perdu contre moi, rends-moi la Dent du Dieu des Bêtes et rentre chez toi. Si tu croises Zawu ou ses hommes, tu risques d’avoir des ennuis. Ces gens-là n’aiment pas les Norlandais. »
Richard soupira en l’entendant et le regarda droit dans les yeux. « On peut se battre avant que tu ne débites toutes ces inepties ? »
« Alors, commençons. » Umur bondit aussitôt en avant et lança un poing vers le visage de Richard. L’air déplacé par son attaque suffit à balayer Richard d’une bourrasque. Malgré ses appréhensions, celui-ci esquiva le coup et saisit le poignet du jeune homme.
C’est alors que son plan échoua complètement. Le corps d’Umur semblait cloué au sol et refusait de bouger d’un pouce. Richard avait l’impression de tirer sur une montagne plutôt que sur un corps mortel. Le poids le laissa presque stupéfait, mais il garda son sang-froid et parvint de justesse à dresser une barrière avant que le second coup ne le frappe. Il était tout juste à temps : la force du bras du barbare pulvérisa la barrière et l’envoya voler à plus de dix mètres.
En plein vol, Richard pivota et ajusta sa posture pour retomber sur ses pieds. Umur le poursuivait déjà, la jambe fendant l’air avant de s’abattre à l’endroit où il se trouvait. BANG! On aurait dit qu’une météorite venait de s’écraser au sol, y creusant un cratère de plus de cinq mètres de profondeur.
« Oh ? » Umur haussa un sourcil, surpris d’avoir manqué sa cible. « Qui m’a dit qu’il était facile de se débarrasser d’un mage au corps à corps ? »
À une douzaine de mètres de là, Richard fixa Umur tandis que Carnage jaillissait de son fourreau pour atterrir dans sa main. « Désolé, je vais devoir me servir de ma lame. »