Chapitre 818
Entrée en scène
Barian semblait extrêmement agité, tandis que Richard, en contraste, était parfaitement calme. « J’entends dire que Salwyn n’oserait pas m’affronter, même avec une armée trois fois plus nombreuse que la mienne. Tu te crois meilleur que lui ? »
Malgré ces paroles, Richard avait devant lui cinq cents cavaliers en armure, soit dix fois plus que ses propres hommes. « Ce n’est pas une guerre entre deux pays, déclara Barian d’une voix grave. Je suis Barian, pas Salwyn ! »
Il se retourna alors. « Il me faut cinquante hommes prêts à mourir avec moi ! »
Le sol trembla lorsque les cinq cents chevaliers avancèrent d’un pas, auréolés d’une soif de meurtre.
« J’AI DIT CINQUANTE ! » rugit Barian.
Les cinq cents chevaliers se regardèrent, sans bouger. Finalement, l’un des capitaines lança : « Que ceux qui portent un titre de noblesse avancent ! »
Cette fois, une cinquantaine d’hommes sortirent des rangs. Barian se retourna vers Richard et frappa sa cuirasse du poing. « À présent, nous sommes à égalité. Viens ! »
Richard examina ses adversaires. Le jeune homme n’était que de niveau seize, ce qui n’avait rien de négligeable à Faelor, mais il était bien trop faible face à n’importe quel membre de son groupe. Même le chevalier le plus puissant qu’il avait amené n’était que de niveau dix. À vrai dire, à lui seul, il pouvait détruire cet ennemi dix fois de suite avec quelques sorts.
« Toi… » Il fit tournoyer son épée elfique. « Tu es tombé sur la tête quand tu étais petit ? »
« Quoi ? »
Richard soupira. « Il n’y a pas d’autre façon de décrire tes actes. Ton arrogance ne va certainement pas de pair avec ta stupidité, mais… peu importe, dépêche-toi d’en finir. »
Barian entra aussitôt dans une rage folle. Une aura cramoisie jaillissant de son corps, il dégaina son épée. « À L’ATTAQUE ! »
« À L’ATTAQUE ! » rugirent les cinquante chevaliers, qui le suivirent à cheval.
Richard ne descendit de sa monture que lorsqu’ils furent à moins de trente mètres. Waterflower, le groupe de Flowsand et les lances de l’ombre s’avancèrent d’un seul mouvement, comme une machine bien huilée.
Un fracas retentit sur le champ de bataille lorsque les chevaliers percutèrent le mur d’acier, suivi de plusieurs chocs sourds. Richard bondit vers Barian et le désarçonna d’un coup de pied. En un seul choc, tous les membres de la charge furent jetés à terre.
Les troupes restantes de Barian s’agitèrent, mais s’abstinrent d’intervenir. Cinquante contre cinquante, cela tenait davantage du duel que de la guerre, et les duels étaient sacrés. Même s’ils étaient les subordonnés de Barian, sauver leur maître à cet instant aurait constitué pour le prince une humiliation pire que la mort.
Barian eut l’impression que le ciel tournait, tandis que sa tête bourdonnait sans fin. Quand il parvint à se redresser, il vit une épée luire juste devant son visage avant de se planter dans le sol. Richard s’approcha ; tous ses soldats d’élite gisaient déjà à terre, alors que l’ennemi n’avait même pas bougé. Il comprit enfin qu’il avait subi une défaite totale.
Richard retira son épée du sol, la rengaina, puis se retourna, enfourcha son cheval et partit en direction du Duché cramoisi. Encore tremblant, Barian rassembla toutes ses forces pour se relever et rugir : « Pourquoi ne me tues-tu pas ?! »
« Je ne tue pas les enfants », répondit nonchalamment Richard.
« JE NE SUIS PAS UN ENFANT ! JE M’APPELLE BARIAN ! » Le prince n’avait jamais crié aussi fort, mais Richard était déjà parti.
……
Les montures de la mère-ponte étaient étonnamment rapides, malgré leur conception destinée aux combats de longue durée. En moins d’une demi-heure, les troupes de Richard étaient déjà entrées dans le Duché cramoisi.
« On dirait que tu tiens à ce garçon », fit remarquer Flowsand en chemin.
« Peut-être. À l’avenir, il sera plus dangereux que Salwyn. »
« Seulement parce que Salwyn ne voulait pas t’affronter ? Je ne crois pas qu’on puisse le lui reprocher. Il était simplement assez intelligent pour comprendre que le combat était perdu d’avance. »
« C’est vrai, il a toujours été intelligent », soupira Richard, songeant à ses premières expériences à Faelor. « Le problème, c’est que je peux prévoir ce qu’un homme intelligent est capable de faire, mais pas ce qu’un imbécile ou un fou va tenter. Ce genre de personnes se lancera quand même dans une guerre perdue d’avance et nous épuisera. »
« D’accord. Où allons-nous, alors ? »
Richard désigna l’ouest.
« Les plaines ancestrales ? Je ne pense pas qu’ils aient besoin de ton aide là-bas. »
« Je me suis dit que nous pourrions nous reposer un peu », répondit Richard avec un sourire. « Nous allons devoir affronter plusieurs dieux après avoir détruit l’Église du Dieu de la Guerre des Hautes Terres. » L’histoire vous plaît ? Poursuivez votre lecture sur NovelPing.
« Mais tu ne peux toujours rien faire contre leurs royaumes divins. »
« C’est vrai, mais je peux raser toutes leurs Églises mortelles. Je veux que cette expédition soit une démonstration de force. Les dieux doivent comprendre ce que signifie me provoquer. »
Richard savait qu’il finirait inévitablement par combattre les dieux locaux, surtout depuis qu’il avait découvert que Neian élevait secrètement des demi-dieux. Il savait déjà que trois autres dieux au moins faisaient de même, et cette seule connaissance suffisait à en faire ses ennemis jurés. Les divinités prétendaient être omniscientes, mais cela n’était vrai qu’au sein de leurs royaumes divins. Venu d’un autre plan et d’une civilisation vieille de plusieurs millions d’années, Richard en savait davantage que les dieux de Faelor sur certains sujets.
Même si on les appelait des enfants bâtards, les demi-dieux maudits n’étaient pas nécessairement les descendants d’une divinité. Ils étaient presque l’antithèse des dieux, et leur nature même les poussait à détruire et à trahir. Nés avec le pouvoir des lois, ils détenaient une immense puissance dès leur plus jeune âge et grandissaient à une vitesse stupéfiante. Si l’un de ces demi-dieux parvenait à maîtriser pleinement ses pouvoirs et à atteindre le royaume légendaire, il plongerait aussitôt Faelor dans une ère de ténèbres. L’évolution ultime d’une telle créature absorberait les dernières parcelles d’énergie du plan, anéantissant toute existence et brisant la sphère de cristal avant de retourner dans le vide.
Il ignorait si les dieux de Faelor savaient tout cela, mais, à en juger par les apparences, ils n’en avaient aucune idée. À tout le moins, ils ne comprenaient pas toutes les conséquences de leurs projets. Même à Norland, ces demi-dieux étaient traqués et tués à vue.
Bien sûr, ils ne l’écouteraient pas s’il le leur disait ; il ne pouvait pas révéler qu’il venait d’un autre plan où l’on connaissait ces choses. Ironiquement, un envahisseur se battait donc pour le sort de toute vie sur Faelor.
……
Dès le retour de Richard, le Duché cramoisi se mit aussitôt en branle. Des soldats quittaient sans cesse les garnisons en direction des plaines barbares. Richard mobilisa au total quatre-vingt mille soldats, leva de force un grand nombre d’esclaves et d’autres gens du peuple, puis les déploya aux frontières de l’Empire du Triangle de fer et du Royaume de Sequoia, en guise d’avertissement.
Sur sa carte de guerre, la bannière arachnéenne d’Andrieka fut placée au-dessus de l’Empire du Triangle de fer, tandis que Gangdor se vit confier les autres royaumes humains. Tous deux étaient des généraux redoutables à leur manière : l’un pour le déploiement imprévisible de « ses » troupes, l’autre pour sa force brute et son commandement au premier rang.
Pourtant, la véritable terreur venait de l’emblème de Richard, qui représentait un volcan et un arbre-monde, désormais connu sous le nom d’arbre de l’apocalypse. Dès que cette bannière fut aperçue en route vers l’ouest, tout le plan sut que le Dieu de la Guerre des Hautes Terres était condamné.
Le Dieu de la Guerre des Hautes Terres avait depuis longtemps décrété que tous ses fidèles en âge de combattre se rassemblent près de son Église, avec l’intention d’affronter Richard jusqu’à la mort. Nombreux furent ceux qui répondirent à l’appel, mais beaucoup s’enfuirent dans les montagnes ou les hauts plateaux. Les barbares étaient courageux, mais les noms des compagnons de Richard résonnaient depuis des années dans les plaines ancestrales. Gangdor, Tiramisu, Flowsand, Io, Nyra, Andrieka… ces seuls noms suffisaient à donner des cauchemars.
Quelques drones furent rapidement envoyés dans les plaines ancestrales pour annoncer que tous ceux qui résisteraient seraient réduits en esclavage. Les femmes, les personnes âgées et les enfants seraient épargnés dans tous les cas, mais tous les hommes deviendraient des esclaves à vie. Ceux qui se rendraient en plein combat recevraient le même traitement que les autres esclaves du Duché cramoisi : ils pourraient recouvrer leur liberté avec le temps, mais leurs terres seraient confisquées. Ceux qui ne résisteraient pas conserveraient leurs terres, mais leurs guerriers devraient répondre à tout appel aux armes.
La proclamation était simple, mais en quelques semaines, Richard avait rallié à lui plus de cinq mille nouveaux barbares et dix mille personnes d’autres races. De nombreuses denrées indispensables et luxueuses — vivres, vêtements, alcool et outils en métal — furent acheminées vers les plaines ancestrales afin d’améliorer la vie des membres des tribus qui l’avaient rejoint, tandis que les ennemis étaient peu à peu épuisés. Richard régla les problèmes de faim, de maladie et de froid.