Chapitre 815
Neutre envers les dieux
« Lutheris a aussi un enfant illégitime, fit remarquer Richard.
Ptolemy acquiesça. « Quand j’occupais encore mon poste, j’ai entendu des rumeurs selon lesquelles le Dieu de la Guerre aurait des projets secrets semblables à ceux de la Vallée des Ténèbres.
— Ah ? D’autres encore ?
L’ancien pape fronça les sourcils. « C’était il y a longtemps… Luna, peut-être, et Cerces aussi, je crois… Je n’en suis pas certain…
— Ces quatre-là… Quel ennui, dit Richard en secouant la tête, ce qui troubla Ptolemy. Bien que son maître l’eût trahi, le vieil homme avait autrefois été un pape qui plaçait les dieux sur le plus haut des piédestaux. Et pourtant, Richard commettait des actes hérétiques avec un naturel déconcertant.
— Rien que quatre dieux. Ce n’est pas comme si nous devions affronter tout Faelor, dit Flowsand en haussant les épaules. Nous avons encore le temps, non ?
— Hmm… Tu as raison. Mais… un instant. Richard se détendit et se mit à arpenter la pièce. Flowsand garda le silence pour lui laisser de l’espace et le temps de réfléchir à cette décision majeure, tandis que Ptolemy et Bruno échangeaient des regards.
Quelques minutes plus tard, Richard s’arrêta brusquement et soupira. « Je vais devoir venir bien plus souvent à Faelor, n’est-ce pas…
Flowsand sourit. « Comme il se doit. Maintenant, que fait-on de cet endroit ?
— Nous allons tout déterrer, bien sûr. Nous emporterons tout ce qui a de la valeur ici. Voyons si Neian aura le courage de révéler lui-même ce qu’il faisait.
Bruno, Ptolemy et les quelques autres vieillards se mirent à trembler à la seule perspective de ce qui se préparait. L’ancien pape toussota. « Pardonnez-moi, mais je dois vous rappeler qu’enlever la source de la Vallée des Ténèbres fera de vous un ennemi éternel du Dieu de la Vaillance. J’ignore de quel objet il s’agit, mais il dépasse certainement les sept artefacts sacrés de Neian.
— Pourquoi dites-vous cela ? demanda Richard.
— En tant que pape, j’avais le droit d’utiliser à ma guise chacun des sept artefacts. Pourtant, on ne m’a même jamais informé de ce qui était caché dans la Vallée des Ténèbres.
Richard sourit. « Eh bien, cela me donne encore plus envie de creuser. Maintenant… Il interrompit l’homme qui s’apprêtait à répondre. Avez-vous des suggestions pour ces prisonniers ? Quelque chose qui puisse leur rendre la raison, ou du même ordre. Enfin… autre que les tuer.
Bruno et Ptolemy échangèrent de nouveau un regard, puis le premier prit la parole. « Je ne vois rien. Ceux qui avaient une foi véritable ont réussi à résister à l’érosion de leur esprit, mais ils sont tous réunis ici. Les autres n’étaient que des gens ordinaires, et leur âme n’avait pas une telle force… Même parmi ceux qui sont encore conscients, beaucoup ne le sont que parce que les demi-dieux voulaient en faire leurs jouets. Lisez ce roman sur novelping . com pour une meilleure expérience.
Richard tourna silencieusement les yeux vers Nyra, qui secoua elle aussi la tête. Il soupira, déçu, et demanda d’une voix où ne subsistait qu’une lueur d’espoir : « Pouvons-nous au moins les laisser ici ?
— Vous avez dû voir les innombrables morts-vivants des demi-plans, ces cadavres animés par des ombres planaires ? répondit Nyra par une question.
— Oui… Les yeux de Richard se plissèrent tandis qu’il comprenait où elle voulait en venir.
— Si nous les ignorons, cette vallée sera envahie par les zombies en moins d’une semaine. Pardonnez-moi, il n’y a pas d’autre solution, dit doucement Nyra.
— Ah… d’accord. Richard fronça les sourcils, ses doigts se mettant à tressauter malgré lui.
— Non, demande à la mère de la couvée de s’en charger. Elle est douée pour ce genre de tâche ; ses ouvrières sauront tuer ceux qu’il faut.
— Ça… Richard ne donna pas son accord tout de suite et contacta mentalement la mère de la couvée.
— N’ayez crainte, Maître, répondit-elle. Même si j’avais faim, je ne mangerais jamais ces choses. Elles sont pires que de la terre pour moi !
— … Ah… d’accord. Au travail.
— Bien sûr. Je vous promets de n’en oublier aucun. Mais ce fragment d’aile que vous tenez… Sa voix débordait de convoitise.
— Bien sûr.
……
Quelques minutes suffirent pour que les occupants de la cabane entendent un puissant bourdonnement résonner dehors, dans la Vallée des Ténèbres. Le premier à arriver fut un cerveau cloné spécialement conçu pour la vitesse. Ce drone allait trois fois plus vite que les autres cerveaux clonés, mais son intelligence était dix fois moindre. Lorsque Richard sortit, il récupéra l’aile brisée que celui-ci lui tendait, puis repartit à toute allure vers la Terre du Tumulte.
C’est alors que quelqu’un hurla dans la cabane : « Qu’est-ce que c’est que ça ?!
Bruno et Ptolemy se précipitèrent dehors, effrayés par la vue de gros insectes de deux mètres de long qui descendaient des nuages en volant. En quelques secondes, le ciel entier sembla s’en couvrir, et la douzaine de personnes réunies dans la cabane ou alentour parut bien fragile.
Richard lui-même fut assez surpris : la mère de la couvée avait envoyé près de dix mille drones ouvriers ! Même si chacun était peu puissant, leur nombre avait un impact visuel saisissant. Il jeta un regard à l’église de la Douleur, au loin, sachant que ces briques noires de douleur auraient une immense valeur une fois rapportées à Norland. « Emportez tout ça.
Des myriades de drones ouvriers s’envolèrent vers l’église de la Douleur et se mirent à la démonter brique par brique avec une discipline remarquable. Leurs lames puissantes éraflaient à peine les briques qu’ils emportaient. Visitez NovelPing pour lire le chapitre complet.
— Alors… Richard se retourna vers Bruno et Ptolemy. Qu’advient-il de votre foi ?
Ptolemy sourit. « Comment pourrais-je avoir foi en celui qui a bâti cet endroit ? J’ai autrefois suivi Neian avec ferveur, mais il m’a abandonné.
Bruno plongea son regard dans celui de Richard. « Que voulez-vous que nous fassions ? À vrai dire, nous ne valons pas mieux que des déchets, à présent.
— Hmm… J’espère que vous entreprendrez une étude complète et systématique des dieux de Faelor, non pas du point de vue d’un fidèle ou d’un hérétique, mais de celui d’une personne totalement neutre. Vous pouvez même vous imaginer en train de regarder les dieux de haut.
— Ça… Ce serait une humiliation terrible ! s’exclama Bruno. En étudiant les lois de Neian, il avait voulu le faire tomber et installer à sa place un nouveau Dieu de la Vaillance. Les domaines divins étaient relativement fixes : un nouveau dieu reprenait la place d’un dieu déchu, ou bien celle-ci était partagée entre les dieux restants. Or, la demande de Richard allait à l’encontre de la volonté de tout le panthéon.
Richard comprit les intentions de Bruno, mais se contenta de rire. « C’est peut-être un peu blasphématoire, mais je ne vois pas en quoi ce serait mal quand certains d’entre eux peuvent façonner des endroits comme celui-ci sans en subir la moindre conséquence. De telles personnes méritent qu’on les dépouille de leur trône.
Bruno fixa Richard avec insistance. « Mais vous ne pouvez pas simplement le renverser ! Seul un dieu peut en remplacer un autre !
— Pas nécessairement, répondit Richard avec un sourire. Le poisson avait mordu à l’hameçon. Acceptez de m’aider, et je pourrai vous montrer un manuel général sur les divinités et la nature divine.
— Quoi ? Bruno et Ptolemy ouvrirent de grands yeux, incapables de croire qu’une telle chose existait. Le domaine des dieux n’était-il pas majestueux et mystérieux, interdit aux yeux des gens du commun ?
— Pouvez-vous nous dire quel serait le but de cette étude ? demanda Bruno avec prudence.
— Bien sûr. Je compte rebâtir le panthéon depuis ses fondations et en corriger certains aspects peu reluisants. Cela vous semblera peut-être les divagations d’un fou, mais vous n’avez pas à vous en inquiéter.
— On dirait que nous vendons notre âme au diable, marmonna l’un des vieillards.
— S’il y a bien une chose que je ne suis pas, c’est un diable, répondit Richard en riant. La lignée des Archeron remontait aux démons, un peuple radicalement opposé aux diables.
Bruno et Ptolemy finirent par acquiescer lentement. Le second prit la parole. « Nous voulons simplement revoir la réalité du monde.
Richard sourit et ouvrit les bras. « Alors, c’est le bon choix. Renoncez à cette chose aussi insensée que la foi, et vous découvrirez à quel point vous étiez aveugles.
C’était un dicton célèbre à Norland, apparu à l’époque où le Dragon Éternel était encore une divinité relativement récente dans le plan. Le vieux dragon fut la première divinité découverte par Norland dont la puissance dépassait celle d’un seul plan, et son existence bouleversa entièrement le rôle du panthéon dans le monde.