Chapitre 810
Le pouvoir des lois
Le corridor semblait interminable, mais Richard parvint tout de même à entrer en contact avec la mère de la couvée par la pensée. Il lui fallut quelques secondes pour lui répondre : la chrysalide astrale n’avait pas été conçue avec l’intelligence nécessaire pour s’orienter dans l’espace tortueux du labyrinthe de nuages. Elle lui envoyait aussitôt trois cerveaux clonés, accompagnés de 200 serpents ailés, pour lui venir en aide.
« Combien de temps ça prendra ? » demanda Richard.
« Dix heures. »
« Très bien, je tiendrai jusque-là. » Il hocha la tête en direction des autres et les informa de la situation.
Cependant, après un seul pas en avant, il sentit soudain le monde se déformer autour de lui. L’obscurité du corridor s’ouvrit sur un ciel nocturne, tandis que la pierre sous ses pieds se changeait en herbe. Au loin se dressait un vieux château perché sur une colline, entouré d’un cimetière sinistre qui rayonnait d’une aura de mort presque noire.
Richard regarda autour de lui, mais ne vit aucun de ses compagnons. Il resta un instant stupéfait, puis se mit à marmonner avec colère : « Un putain de demi-plan. J’aurais dû m’en douter, bien sûr qu’il y en aurait un, puisqu’il y a des ombremondes. Pourquoi je ne l’ai pas vu… Ah, merde ! »
Il sortit rapidement le Jumeau du Destin et se dirigea vers le château en ruine, au loin. Être piégé seul dans un demi-plan était extrêmement dangereux, mais plutôt que de continuer à jurer, il décida d’activer le pouvoir de Schloan. Le puits d’étoiles émergea silencieusement au plus profond de son âme, libérant une déferlante d’énergie astrale bleue. La source de ce chapitre est novelping.com.
À présent certain que les lois de ce demi-plan étaient bien inférieures à celles qui régissaient sa propre existence, et que sa capacité à absorber l’énergie n’était pas entravée, il se détendit un peu et commença à examiner les alentours. Tout l’endroit lui paraissait menaçant : la nuit était plus noire que d’ordinaire et des cris d’horreur paralysants retentissaient au loin. Pourtant, il n’en tint pas compte et étudia le cimetière. C’était là qu’une embuscade avait le plus de chances de l’attendre, tandis que le château abritait probablement le moyen de repartir.
Un seul pas sur la montagne sembla déclencher quelque chose de terrifiant. Une paume blanche jaillit soudain de la terre ; un cadavre en décomposition rampait hors du sol avant de se relever en titubant. Un deuxième, puis un troisième le suivirent bientôt, et des milliers de zombies se dirigèrent vers Richard.
La marée de morts-vivants comptait aussi quelques créatures particulièrement puissantes. Leur niveau moyen n’était que de 10 environ, mais certains équivalaient aux saints de Faelor. Aucun ne représentait une menace à lui seul, mais une horde entière attaquant un individu pris au dépourvu aurait assurément l’avantage. Après tout, sa victime chercherait encore à comprendre si tout cela était réel.
Cette horde aurait pu tuer sans peine un être sous-légendaire de Faelor. Malheureusement pour elle, l’individu qui lui faisait face était l’un des grands mages les plus talentueux de Norland. Richard comprit aussitôt qu’il s’agissait d’un véritable demi-plan. Fort de ses vastes connaissances, il savait qu’un lieu alimenté par la Vallée des Ténèbres ne pouvait certainement pas être très étendu. Même une véritable légende de Norland aurait du mal à en maintenir un de grande taille.
Ceux qui savaient où regarder pouvaient aussi repérer certains signes révélateurs. La nuit sombre de ce demi-plan semblait légèrement déformée pour paraître lointaine, mais une observation attentive révélait l’étrangeté de sa disposition. Le créateur s’était contenté de donner au lieu une apparence réaliste.
Remarquant que le premier zombie s’était enfin approché, Richard accéléra pour aller à sa rencontre. La créature poussa un cri et leva les bras pour frapper, mais avant même de les abaisser, Richard avait déjà traversé le ciel et poursuivait sa route vers le château. Les deux poings s’écrasèrent au sol, projetant du gravier.
Richard accéléra encore en activant l’Armement de mana, si vite que ni les zombies ordinaires, massifs, ni les capitaines, plus grands, ne parvenaient à le suivre. La plupart levèrent les poings pour attaquer, mais leur coup n’avait même pas commencé à prendre son élan qu’il était déjà parti.
Il savait toutefois que le cimetière ne pouvait être si peu dangereux qu’un voleur ou un assassin agile puisse y courir librement. Comme de juste, il ne fallut qu’un instant pour que des ombres noires jaillissent de la nuit et fondent sur lui à la vitesse de l’éclair. Il se contenta de ricaner, faisant tournoyer le Jumeau du Destin dans sa main droite tandis que sa gauche lançait une douzaine de minuscules éclairs.
Cette fois, la foudre était d’un blanc laiteux. Elle s’embrasa en frappant les ombres noires à toute vitesse, arrachant de terrifiants cris de douleur tandis que des araignées hautes d’un demi-mètre tombaient du ciel. Les marques en forme d’étoile sur leur dos furent les premières à brûler ; leurs pattes de deux mètres de long ne tardèrent pas à suivre.
Après avoir commencé à analyser les lois de l’Arbre de Vie, Richard avait désormais la capacité d’intégrer la puissance de la vie à ses attaques. Cela affaiblissait généralement la plupart des sorts, mais se révélait être un contre parfait contre les morts-vivants. En fait, l’effet était si puissant qu’il en fut lui-même surpris : il n’avait ajouté cette énergie que pour faire un petit essai, mais la puissance de la foudre avait doublé !
Après s’être débarrassé des araignées cadavériques, Richard atteignit le château sans rencontrer d’autre obstacle. Une vaste colonie de chauves-souris fondit sur lui, mais elles étaient encore plus faibles que les araignées et ne faisaient que courir à leur perte. Attaquer un mage par le nombre était une chose ; affronter la puissance du Manacycle en était une tout autre. Richard créa autour de lui un épais brouillard pour désorienter les chauves-souris, puis lança une bonne douzaine de petites boules de feu dans les environs. Il s’entoura d’un bouclier magique équivalent à un sort de rang 7, les aligna toutes et les fit exploser.
BOOOOUUUM ! L’explosion ébranla le château. Des flammes furieuses s’entrechoquèrent avant de retomber en cascade sur les chauves-souris. Le brouillard se mit à tourbillonner et forma une tornade de feu qui réduisit en cendres tout ce qui se trouvait à proximité. Pourtant, les flammes atteignirent un point de bascule et jaillirent du centre, incinérant presque tout dans un rayon de cent mètres. Seuls les généraux zombies survécurent de justesse.
Richard contempla le ciel vide et laissa échapper un petit rire. Il n’avait utilisé que l’équivalent d’un sort de rang 8, mais celui-ci avait déployé une puissance supérieure à celle d’un sort de rang 9, tandis qu’une barrière de rang 7 suffisait à protéger l’œil de la tempête. Il était facile de concentrer ou de disperser la puissance d’une série de boules de feu ; s’assurer qu’elle ne se propage que dans une direction donnée était une tout autre affaire. Si une seule boule de feu avait été légèrement mal placée ou avait explosé avec un peu trop de puissance, le bouclier aurait été déchiré en un instant.
Il inspecta les environs, puis se précipita dans le château. Il traversa la cour en un instant et se plaqua contre l’un des murs. Les yeux rivés sur la horde de zombies qui continuait d’approcher, il lança lentement une douzaine de graines de feu dans toutes les directions.
Une nouvelle explosion retentit tandis que toutes les graines se changeaient en un immense mur de flammes, haut d’un mètre. Les flammes semblaient plutôt faibles, et les morts-vivants privés de cervelle auraient dû continuer d’avancer malgré tout. Pourtant, le premier qui tenta de les traverser poussa un cri de douleur et se transforma en poussière. Quelques autres le suivirent, mais subirent le même sort. Le plus puissant parvint à franchir trois couches avant d’être détruit.
Ces murs semblaient bien moins puissants que des murs de feu ordinaires, et ils l’étaient effectivement. Mais ils avaient aussi été imprégnés d’une certaine quantité d’énergie vitale. Ils ne pouvaient brûler que quelques minutes, mais chaque fois qu’un mort-vivant s’y aventurait, une lumière blanche laiteuse jaillissait des flammes et le dévorait en un instant.
Ce ne fut qu’alors que Richard comprit à quel point le pouvoir des lois pouvait être redoutable.