Chapitre 798
Combat éclair
Quelques minutes plus tard, Yuria entra dans l’arène, vêtue d’un équipement encore plus extravagant que celui de Jaaron. Pourtant, son visage était blanc comme un linge. Selon les règles du combat, elle devait se tenir à bonne distance de Richard jusqu’au début de l’affrontement.
Au premier son prononcé par l’arbitre, elle bondit en avant, faisant de son mieux pour s’approcher au maximum de Richard. En temps normal, un combat entre un mage et un combattant ne commençait réellement qu’une fois le mage lancé dans son premier sort, mais elle se moquait bien de transgresser la tradition. Après avoir vu la salve de boules de feu de Richard et compris à quel point chacune avait été calculée, elle savait que le laisser commencer signerait son arrêt de mort.
De son côté, Richard ne protesta pas le moins du monde. Il se contenta de sourire en levant la main gauche, les doigts écartés. Des éclairs crépitèrent au bout de ses doigts et se rassemblèrent devant sa paume. Leurs craquements avaient presque des accents de musique, mais sa main bougeait si vite qu’elle laissait derrière elle des images rémanentes.
À peine Yuria fut-elle à moins de dix mètres de lui que les éclairs accumulés jaillirent en un épais pilier d’énergie qui la frappa avant qu’elle ait pu esquiver. Le rayon stoppa net son élan et, avant qu’elle ait eu le temps de bouger à nouveau, un autre fila droit vers son visage.
L’objet magique qui alimentait le premier bouclier de Yuria se brisa sur-le-champ, bientôt suivi de tous les autres. On distingua à peine la terreur absolue qui envahit son visage avant qu’un autre rayon ne le réduise en miettes, mais bien des spectateurs se souviendraient de cette expression pendant des années. Avant même que son cadavre ne touche le sol, une nouvelle salve de boules de feu lancée par Richard la réduisit en cendres.
Elle avait réussi à s’approcher à moins de dix mètres de Richard, mais dès qu’il avait lancé son premier sort, la distance n’avait pas diminué d’un pouce. Certains piliers électriques avaient même percuté le bouclier magique avec l’énergie qui leur restait, manquant de le briser et de tuer plusieurs petits nobles assis dans les gradins. Mais ceux-ci étaient si abasourdis qu’ils ne réagirent même pas à ce frôlement avec la mort. Un grand mage, non loin de là, dut déverser toute son énergie dans le nœud du réseau magique situé à cet endroit pour stabiliser le bouclier.
Richard abaissa lentement sa main gauche. Des étincelles dansaient encore au bout de ses doigts. Il fallut une minute entière à l’arbitre pour parvenir à parler ; il réussit alors à peine à déclarer le vainqueur d’une voix rauque, avant de regarder ce que Yuria avait laissé derrière elle.
« Seigneur… Richard… Votre équipement était inférieur à celui de vos adversaires. Vous pouvez choisir deux de ces objets comme butin… » balbutia-t-il. Yuria avait laissé deux pièces d’équipement légendaires, deux autres de qualité sublégendaire, ainsi qu’un magnifique parchemin. Selon les règles habituelles d’un duel, le vainqueur pouvait emporter une pièce d’équipement du défunt, à condition d’avoir été le moins bien équipé des deux. Et comme Richard n’avait pas encore choisi d’objet parmi ceux de Jaaron, il pouvait potentiellement repartir avec deux pièces d’équipement de qualité légendaire.
Richard ne se pressa pourtant pas de choisir son trophée. Il se tourna plutôt vers la tribune des Mensa, au loin. « Votre Grâce, souhaitez-vous envoyer d’autres adversaires ? Il me reste encore la moitié de mon mana. » Retrouvez le chapitre original sur novelping point com.
Des murmures étouffés s’élevèrent aussitôt dans le public. Les deux combats s’étaient achevés en quelques minutes, et l’absence de cadavres montrait à quel point Richard avait dépensé son énergie avec excès. Pourtant, il affirmait qu’il lui restait plus de la moitié de son mana. Comment avait-il pu faire ça ? Était-ce simplement grâce à ses capacités de grand mage ?
En attendant patiemment la réponse du duc, Richard s’amusa à faire apparaître quelques sorts dans sa main. Des perles de feu, d’éclairs et de glace se mêlaient à de minuscules tourbillons et à la lueur verte de la magie naturelle. Tous dansaient autour de ses mains comme des esprits malicieux, doués d’une âme et d’une vie propres.
Les nobles et les puissants dans le public avaient vu et vécu bien des choses, mais aucun n’avait jamais été témoin d’un spectacle aussi extraordinaire. Tandis qu’ils observaient la scène avec admiration, un mage âgé s’avança soudain jusqu’au bord de la tribune d’Anan et se pencha au-dessus de la balustrade. Sa voix tremblante s’éleva : « Seigneur Richard… est-ce le Manacycle ? »
Le tumulte reprit dans les gradins. Ceux qui avaient entendu parler du Manacycle se mirent aussitôt à partager le peu qu’ils savaient de cette capacité.
Le Manacycle appartenait à la même catégorie de capacités que la Forge de mana : elles étaient si rares qu’on les avait autrefois crues mythiques. Un mage doté de cette capacité maîtrisait entièrement la quantité de mana nécessaire à chaque sort. Selon les circonstances, il pouvait transformer une boule de feu en simple flammèche ou en brasier déchaîné.
La Forge de mana augmentait ses réserves, le Manacycle permettait d’atteindre le sommet de la maîtrise et le Déferlement de mana maximisait la puissance déployée : réunies, ces trois capacités formaient le mage parfait. Après avoir passé trois ans à s’entraîner dans la Terre du Crépuscule, Richard avait débloqué la deuxième. Grâce à ses bénédictions et à son style de combat original, cette capacité se révélait entre ses mains bien plus efficace que chez presque n’importe qui d’autre.
On avait beaucoup écrit sur le Manacycle, mais personne n’en avait jamais été témoin. Devant la puissance hypnotique de cette capacité, nul ne pouvait s’empêcher de s’émerveiller des dons de Richard. Ce chapitre a été copié sur novelping.com sans autorisation.
Pourtant, Richard ne pensait qu’à son propre maître. On disait que la Forge de mana pouvait augmenter de moitié les réserves de mana de son utilisateur, permettant à un grand mage de lancer un sort de neuvième rang supplémentaire. Mais, chez Sharon, cette réserve avait doublé. Son stock de mana, déjà démesuré, avait fait d’elle une machine inépuisable. À côté d’elle, sa maîtrise ne signifiait rien.
Richard éprouva une certaine mélancolie. Dans ce monde en perpétuel changement, une seule chose restait constante : la distance qui le séparait de Sharon. Peu importait le chemin parcouru, il finissait toujours par comprendre que sa puissance dépassait de très loin tout ce qu’il avait imaginé.
Bien sûr, personne ne pouvait le deviner à son expression, et personne ne s’y intéressait. Tous étaient concentrés sur l’humiliation flagrante qui se lisait sur le visage du duc Mensa, occupé à chercher comment répondre à Richard.
Les trois capacités légendaires des mages ne portaient pas ce nom en raison de leur puissance, mais parce que leurs effets étaient proportionnels à la force déjà acquise par leur utilisateur. Richard avait déjà parfaitement maîtrisé le Manacycle en quelques jours depuis sa progression. Il était donc évident qu’il gagnerait encore en puissance à l’avenir. Pourtant, même à présent, la Famille Mensa n’avait ni saint ni grand mage capable de le vaincre au combat.
Le visage de Mensa vira presque au violet. Il regarda autour de lui et constata que Satch avait disparu. Le jeune homme s’était enfui dès la chute de Yuria, comprenant qu’il était impossible de remporter la victoire, avant même que le Manacycle ne soit révélé.
Le duc finit par se lever et s’avança vers la balustrade, s’efforçant de conserver son autorité. « Ma famille avait l’avantage dans ce combat, mais nous avons tout de même perdu. Nous ne nous exposerons pas à davantage d’humiliation : nous reconnaissons notre défaite. Maître Richard, veuillez choisir vos trophées. Hé hé… »
Richard soupira, déçu, puis s’avança et ramassa le magnifique parchemin, ignorant complètement les deux pièces d’équipement légendaires. Le duc, qui ricanait, faillit s’étouffer avec sa salive. Mais il manqua de s’évanouir peu après en voyant Richard ramasser un collier de qualité sublégendaire que Yuria avait porté.