Chapitre 797
Bombardement
À minuit, dans une chambre privée du château de la famille Mensa.
« Il a réprimé sa croissance pendant trois années entières ! » cria Jaaron, hystérique, en faisant les cent pas dans la pièce. « Vous ne comprenez pas ce que ça signifie ? Il est au niveau d’un saint céleste ; l’affronter en duel, c’est la mort assurée ! C’est un piège, je vous le dis, un piège ! »
L’atmosphère était sombre et pesante dans la pièce, presque vide à l’exception de deux rangées de chaises disposées face à face. D’un côté se tenaient dix vieillards dont la puissance variait, de l’autre, des grands mages et des saints tels que Jaaron. Yuria était assise vers le milieu de sa rangée, tandis que Jaaron occupait une place près de l’extrémité. Il n’y avait qu’un seul siège réservé à l’hôte, où trônait le duc Mensa lui-même.
« Qu’aurions-nous pu faire d’autre ? demanda sombrement Yuria. Le laisser détruire toutes nos réserves et nos offrandes sous nos yeux ? Tu savais ce qu’elles dissimulaient. Et puis, en tant que nouveau grand mage, il n’aura même pas le temps de se familiariser avec ses pouvoirs. Pourquoi as-tu si peur ? À ce rythme, Richard a peut-être raison. Aucun de nous n’ose l’affronter à force égale. »
« Mais c’est de l’inconsé— »
« ASSEZ ! » Le duc Mensa mit enfin un terme à cette farce, imposant aussitôt le silence dans la pièce. Tous se tournèrent vers l’homme qui avait contribué à une grande partie de la réussite de la famille ces dernières années, un loup rusé qui n’hésitait pas à abattre ses adversaires par la ruse plutôt que par la force.
Le duc était aussi connu pour s’emporter avec une facilité extrême. Il détruisait régulièrement des familles entières pour des affronts insignifiants, prétextant ces offenses pour s’emparer de tous leurs biens. Il ne pouvait tolérer que ses ennemis gagnent en puissance.
Bien que Jaaron eût techniquement raison de s’inquiéter, ses paroles tombèrent dans l’oreille d’un sourd. Le visage de Mensa était aussi sombre que les profondeurs de l’océan lorsqu’il déclara froidement : « Jaaron, tu passeras le premier demain. »
« QUOI ? Pourquoi ? Je suis un grand mage, je ne peux pas accepter ça ! »
Affronter un puissant ennemi dont les capacités étaient inconnues signifiait presque toujours la mort. Les pouvoirs de grand mage de Jaaron étaient connus de tous, contrairement à ceux de Richard. À lui seul, ce manque d’informations pouvait facilement lui coûter la vie. Celui qui passerait en deuxième aurait, en revanche, le temps de se préparer. Au moins pourrait-il mettre fin au combat en entraînant son adversaire dans la mort.
« Tu mourras demain ou tu mourras maintenant. Je pense que Richard acceptera ton cadavre en guise de gage, afin que nous puissions changer l’ordre des combattants », dit froidement Mensa. This chapter is updated first at novelping . com.
Jaaron se mit aussitôt à trembler. La mort que lui réservait le duc Mensa ne serait pas une mort ordinaire. Il tourna les yeux vers la rangée des anciens, les suppliant du regard, mais tous ressemblaient à des zombies sans vie et ne réagirent pas à ses appels.
« Yuria, tu passeras en deuxième. Tu peux demander l’équipement dont tu as besoin. »
Yuria se contenta d’acquiescer.
Après un instant d’hésitation, le duc parcourut du regard la rangée des puissants réunis dans la pièce et s’arrêta sur l’un d’eux. « Satch, tu prendras le relais si Yuria échoue à son tour. Pousse Richard à disputer un troisième combat. »
Le jeune homme assis sur la deuxième chaise se lécha les lèvres et repoussa en arrière une partie de sa chevelure épaisse et bouclée. « Voyons s’il ose. »
……
Tout le monde se leva tôt ce matin-là ; les gradins de l’arène étaient pleins des heures avant le début du duel. Nombre de nobles avaient même sauté le petit-déjeuner pour être sûrs d’avoir une place. Seuls les quatorze de Faust échappaient à cette situation, chacun disposant de sa propre tribune.
Même ces tribunes commencèrent à se remplir avant midi. De nombreux nobles influents observaient les lieux, tandis que dix mages renforçaient les barrières au cas où une décharge d’énergie s’en échapperait et tuerait quelqu’un dans le public. Bien sûr, certains spectateurs appréciaient aussi ce genre de spectacle. Quiconque mourait en regardant un combat ne méritait pas qu’on le plaigne.
Richard apparut sur la tribune des Archeron un quart d’heure avant le début du duel, déclenchant des acclamations assourdissantes dans la foule. Le duc Mensa pâlit aussitôt : il savait parfaitement sur qui le public avait parié le plus gros. Les cotes avaient atteint le chiffre stupéfiant de trente contre un, et continuaient de grimper.
Juste derrière Richard, Waterflower semblait quelque peu inquiète. Elle se pencha vers lui et murmura : « Tu ne vas pas révéler tes pouvoirs pendant ce duel ? »
Richard se tourna vers elle en souriant. « Tu te souviens de qui m’a formé ? »
« Euh… Oui… » Ce chapitre a été copié depuis novеlping.com sans autorisation.
« Et tu crois qu’il existe quelqu’un d’un tant soit peu puissant qui ignore les pouvoirs de sainte et les capacités légendaires de cette personne ? »
« Oh… » La jeune femme sembla comprendre.
Quand les cloches annoncèrent l’arrivée de l’après-midi, Richard et Jaaron pénétrèrent lentement dans l’arène. L’équipement de Jaaron était extravagant ; le duc Mensa avait même investi dans une baguette légendaire pour l’aider. Richard, lui, portait de simples robes et n’avait pas le moindre équipement. Le célèbre Jumeau du Destin n’était pas là, pas plus que l’étrange étui à armes qui avait déjà fait parler de lui. Richard était venu les mains vides.
Le public s’agita aussitôt, tandis que Jaaron, de plus en plus perplexe, dévisageait Richard. Il cherchait à discerner s’il avait dissimulé de puissants objets magiques sur lui, mais ne trouva rien.
Lorsque l’arbitre annonça enfin le début du duel, Jaaron brandit aussitôt sa baguette légendaire et lança sur lui trois sorts de protection. Pourtant, avant même que l’éclat des barrières ne se stabilise, un choc capable d’ébranler la terre les frappa et manqua de le jeter à terre. Les yeux écarquillés, il comprit que les attaques de Richard l’avaient déjà atteint ; son cœur manqua de lui sortir de la poitrine. Comment les attaques de Richard avaient-elles pu l’atteindre si vite, au point de faire trembler ses boucliers ? Il fallait un sort de niveau neuf pour cela !
Tandis que le grand mage s’efforçait de comprendre ce qui se passait, sa vision se brouilla aussitôt sous un épais nuage de fumée noire, et toutes les acclamations dans l’arène s’interrompirent d’un coup. La foule resta bouche bée devant Richard, qui continuait de faire claquer ses doigts fins, comme s’il tirait les fils du destin. De minuscules boules de feu jaillissaient alors de ses mains et fusaient droit sur les boucliers de son adversaire. Certaines étaient grosses comme des perles, d’autres comme des poings, mais elles étaient si nombreuses qu’on ne pouvait même pas les compter.
Alors que ces boules de feu martelaient les barrières magiques de Jaaron et que les vagues de flammes menaçaient de l’engloutir, quelques spectateurs remarquèrent enfin sept boules de feu de la taille d’un poing, suspendues dans les airs autour du grand mage. Elles étaient toutes disposées à égale distance ; si elles explosaient ensemble, presque toute leur puissance se concentrerait en un seul point…
Il ne fallut pas longtemps pour que cette hypothèse se vérifie. Les sept boules de feu explosèrent d’un coup et consumèrent aussitôt ce qu’il restait des défenses de Jaaron, réduisant ses boucliers à néant. Avant que le grand mage médusé ait pu réagir, six nouvelles boules de feu explosèrent de concert et le submergèrent de flammes.
Le feu se changea vite en fumée, et Richard eut même la bonté d’en débarrasser le public d’un souffle. Jaaron avait disparu ; il ne restait de lui qu’une baguette légendaire et deux anneaux sous-légendaires, sur le point de fondre. Une seule salve avait suffi, et Richard n’avait pas fait un pas de tout le duel.
« R… Richard remporte le duel ! » annonça finalement l’arbitre, en jetant un coup d’œil à l’horloge au loin. « Il vous reste une heure et cinquante-neuf minutes avant deux heures. Veuillez revenir dans l’arène après vous être reposés. »
« Inutile. Faites descendre Yuria tout de suite », dit Richard avec indifférence.