Chapitre 795
Conspiration
Pour une raison quelconque, la troisième fille du duc Peron était vêtue comme une simple noble de second rang. Sa tenue était si modeste pour une personne de son statut qu’elle en devenait presque humiliante. Elle était passée inaperçue parmi le groupe de jeunes femmes, presque invisible si elle n’avait pas pris la parole.
Wendy était le genre de compagne que Jaaron recherchait toujours sans jamais espérer pouvoir s’offrir. La famille Peron était bien plus puissante que la famille Mensa, tandis que Jaaron n’en était même pas un descendant direct et avait plus de dix ans de plus qu’elle. Il lui était déjà difficile de rencontrer Wendy.
En la voyant parmi le groupe, Jaaron prit aussitôt une voix douce. « Mademoiselle Wendy, que faites-vous ici ? Je ne vois aucun garde digne de ce nom dans les environs. Et si vous couriez un danger ? Ces vauriens ne sont pas à la hauteur d’une personne de votre rang. Pourquoi ne vous raccompagnerais-je pas à Faust ?
Les jeunes nobles s’emportèrent aux paroles de Jaaron, mais ne pouvaient rien faire non plus. Ils n’avaient même pas reconnu son identité : deux jeunes filles d’une famille vassale l’avaient invitée comme amie, et elle était restée silencieuse, le visage en grande partie dissimulé par une épaisse cape au col relevé. Jamais ils n’auraient imaginé qu’ils se promenaient avec la troisième fille du prestigieux duc Peron.
Cependant, ils se rappelèrent vite que Wendy était si choyée qu’elle avait le droit de choisir elle-même son compagnon. Si une dame d’un rang aussi élevé jetait son dévolu sur l’un d’eux, leurs familles entières connaîtraient une ascension fulgurante ! Face à pareille tentation, Jaaron ne leur paraissait pas si effrayant. Comment auraient-ils pu laisser passer une telle occasion ?
Jaaron, lui, écouta les nobles tenir des propos de plus en plus odieux. Sa colère prit rapidement le dessus et il hurla : « Foutez le camp, ou je vous casse les jambes !
Les jeunes gens frémirent aussitôt, mais alors qu’ils se taisaient, une autre voix retentit soudain : « Que se passe-t-il ici ?
Contre toute attente, l’équipe de patrouille arriva avant même les chevaliers royaux. Elle était menée par un jeune homme vêtu d’une simple robe de mage qui ne semblait dotée d’aucun enchantement. C’était lui qui venait de poser la question.
En apercevant l’emblème des Archeron sur l’armure des chevaliers, Jaaron sentit sa paupière tressaillir et grogna, accablé par sa malchance. C’était à leur tour de patrouiller aujourd’hui et, sous la direction de Richard, les Archeron n’étaient plus la famille fragile qu’ils avaient été. Les trente chevaliers étaient tous bien équipés, et leur chef était même un mage qui semblait avoir atteint le seizième ou le dix-septième niveau !
Mais combien d’argent ces salauds ont-ils donc ? se plaignit Jaaron intérieurement, avant de répliquer froidement : « Ces affaires concernent la famille Mensa. Pourquoi les Archeron s’en mêlent-ils ?
Le jeune mage sourit. « M’en mêler ? Je ne fais que remplir mon devoir. Si vous avez un problème, vous pouvez toujours le soulever lors de l’assemblée. Pour l’instant, vous obéirez à mes ordres.
« Comment osez-vous ! Je suis Jaaron Mensa, vous n’avez pas le droit de… Vous lisez sur novelping.com, la source officielle.
« Qui êtes-vous, déjà ? » l’interrompit le jeune mage. « Peu importe. Descendez.
Jaaron perdit un instant son air hautain. L’insulte était telle que son sort de vol faillit vaciller. « Espèce de salaud, je te ferai payer ça de ta vie !
« Hmm ? Vous voulez un duel, c’est bien ça ? Avec plaisir. Allez dire à votre vieux débris que vous avez accepté un duel contre Richard Archeron.
À ce stade, Jaaron était déjà hors de lui et s’apprêtait à railler son adversaire sans réfléchir. « Qui a jamais entendu parler de Rich…
« Richard ! » l’interrompit la sainte, tout près de lui. Son hystérie retomba et il se rappela à qui il s’en prenait. Son expression se décomposa aussitôt tandis que des signaux d’alarme hurlaient dans son esprit : le chef de famille des Archeron menait lui-même une patrouille ? Quel était donc ce complot ? Ce ne fut qu’après avoir examiné les chevaliers derrière Richard que Jaaron se calma un peu. Ces chevaliers de patrouille semblaient être du quatorzième ou du quinzième niveau ; même au nombre de trente, ils ne représentaient pas une menace trop importante.
Richard, pourtant, ne prêta aucune attention à Jaaron et désigna le garçon qui se débattait à terre. « Qui lui a fait ça ?
Quelques nobles, encore indignés, désignèrent aussitôt le chevalier d’élite des Mensa. « C’est lui !
Richard se tourna vers le chevalier en question. « Vous, descendez de cheval et rangez vos armes. Vous allez nous suivre.
« Qu’avez-vous dit ?! » rugit presque le chevalier en resserrant sa prise sur son épée et en foudroyant Richard du regard. Il aurait fallu un miracle pour qu’il obtempère.
« Un roturier a osé blesser un noble ? Et maintenant, vous me parlez sur ce ton. Désarmez-vous et rampez jusqu’ici. Ne m’obligez pas à laisser mes chevaliers s’en charger.
Ramper ? Aucun des chevaliers Mensa n’en croyait ses oreilles ; leurs yeux brûlaient de rage. La plupart d’entre eux étaient effectivement des roturiers, mais ils restaient des chevaliers de la puissante famille Mensa ! Ils participaient même aux opérations de guerre planaire !
Il était tacitement admis que même un simple soldat d’une grande famille l’emportait sur un noble de second rang. Richard avait techniquement raison de parler de crime, mais, dans la plupart des cas, le chevalier aurait simplement reçu un bref blâme et dû rembourser les frais médicaux du jeune homme. Personne ne voulait envenimer un conflit aussi mineur, à moins de souhaiter s’attirer les foudres de la famille Mensa.
Bien sûr, tout le monde comprit que Richard était précisément là pour cela. Jaaron s’assombrit, mais avant qu’il puisse prendre la parole, l’un des chevaliers de Richard avait déjà fait tomber de sa monture l’homme qui résistait. On traîna ensuite le chevalier Mensa jusqu’à Richard et, sur les quelques mètres qu’il restait à parcourir, on lui retira toute son armure.
Le chevalier se déplaça comme l’éclair et termina sa tâche avant même que les Mensa aient pu réagir. Le capitaine n’avait même pas la force de se débattre dans sa poigne ; il était manifestement à demi inconscient. Aussi vite qu’il avait surgi, le chevalier de patrouille retourna rejoindre son équipe.
La sainte avait d’abord prévu d’intercepter le chevalier qui approchait, mais elle se replia dès qu’elle vit la vitesse de sa charge. « Un chevalier runique ! » murmura-t-elle.
Richard se tourna aussitôt vers elle et la détailla de la tête aux pieds. « Ah, Mademoiselle Yuria, c’est bien cela ? Vous avez l’œil.
Yuria foudroya Richard du regard, le visage rougi, mais se força à éviter la confrontation. Elle-même était considérée comme une experte venue des champs de bataille du Désespoir et comptait parmi les membres éminents de la famille Mensa. Mais elle n’était pas assez folle pour s’en prendre à quelqu’un du rang de Richard. D’autant plus qu’elle avait reconnu, parmi ces trente chevaliers à l’allure ordinaire, un chevalier runique. Qu’en était-il donc des autres ?
Richard, toutefois, n’avait manifestement pas l’intention d’en rester là. Il regarda tous les chevaliers Mensa qui avaient machinalement tiré leurs armes et déclara d’un ton indifférent : « Vous osez dégainer en ma présence ? Descendez de cheval et suivez-moi !
« Seigneur Richard, vous allez trop loin ! » intervint enfin Jaaron.
Richard ne lui accorda presque pas un regard. « Et qui êtes-vous pour en juger ? Vous n’avez rien à faire ici.
Les yeux de Jaaron s’embrasèrent aussitôt d’un feu infernal. La colère lui monta à la tête et il cria sans réfléchir : « J’aimerais bien voir qui osera s’en prendre aux chevaliers de la famille Mensa !
Alors qu’il se retournait pour ordonner à ses hommes d’attaquer, Yuria tira sur sa manche et désigna les chevaliers de patrouille derrière Richard. Dix d’entre eux avaient quitté les rangs et fonçaient sans la moindre hésitation sur la centaine de chevaliers Mensa. Avant que Jaaron ait pu réagir, ils se mirent à luire de magie et leurs fouets firent tomber un chevalier après l’autre de sa monture.
Le grand mage resta bouche bée tandis que ses hommes se faisaient dépouiller de leur armure et jeter à terre. Même sans Richard, dix chevaliers runiques étaient plus que de taille à affronter un grand mage. Jaaron devrait fuir pendant des heures avant de mettre assez de distance entre eux pour commencer à lancer des sorts et espérer remporter le combat.