Chapitre 788
Soleil Déclinant
La ville du Soleil Déclinant avait été à la hauteur de son nom : la gloire de la cité n’avait pas été ternie par les Daxdians.
Pourtant, moins de trois cents soldats avaient survécu à cette guerre sanglante, et une centaine d’entre eux avaient été si grièvement mutilés qu’ils ne pourraient plus jamais redevenir des saints. La bataille avait pris fin, mais elle n’avait fait que préserver le statu quo dans la Terre du Crépuscule.
L’Alliance Sacrée avait perdu un grand nombre de ses puissants combattants et se trouvait désormais nettement affaiblie face à l’Empire de l’Arbre Sacré comme à l’Empire millénaire. Cette guerre lui avait néanmoins valu le respect de tous les humains de Norland ; les deux empires avaient accepté de lui apporter une aide à court terme, et de nombreux saints indépendants avaient temporairement rejoint les forces de Faust pour les aider à traverser la crise imminente.
La formation de la Gloire éternelle avait fini par s’éteindre, mais le soleil qui ne cessait de brûler était devenu un symbole de la forteresse, dont on chanterait la gloire pendant des générations.
Même quelques jours après la fin de la guerre, la ville comptait encore moins de mille habitants. La plupart s’affairaient à nettoyer le champ de bataille et à réparer les barrières de la ville ; il ne restait personne pour reconstruire la forteresse elle-même. Malheureusement, les gens du commun ne pouvaient survivre aux conditions rigoureuses de la Terre du Crépuscule. Seuls de grands mages ou des puissances supérieures pouvaient être sollicités pour prêter main-forte.
Richard, Beye et Waterflower étaient allongés côte à côte sur les tables d’opération de Lawrence, entièrement enveloppés de bandages. Le vieil homme était à présent l’un des hommes les plus occupés de toute la ville et ne cessait de leur reprocher leur mépris de la vie. Chaque matin, il les remettait autant que possible sur pied, puis s’occupait de la longue file de blessés qui attendait devant sa porte. Leurs blessures n’étaient pas assez graves pour justifier les soins des clercs et des mages qui arrivaient.
Nombre de puissants combattants grièvement blessés avaient été renvoyés à Norland pour y être soignés, mais Richard et ses compagnons avaient préféré confier leur guérison à Lawrence. D’une part, il avait confiance en le vieil homme ; d’autre part, il ne voulait pas que Flowsand le voie dans cet état. Il avait été un peu soulagé d’apprendre qu’elle ne faisait pas partie de l’équipe envoyée par l’Église pour aider au lendemain de la guerre, mais il en avait aussi ressenti une certaine déception. Ce chapitre a été copié depuis novеlping.com sans autorisation.
Bien qu’il ne pût pas bouger, Richard gardait une humeur plutôt joyeuse. Après tout, il avait survécu à une bataille dans laquelle il n’aurait même pas dû s’engager. Son affinité élémentaire avait même atteint le grade quatre, à force d’épuiser sans cesse sa réserve de mana, lui conférant ainsi une nouvelle capacité de lignée : l’Éruption élémentaire. Cette capacité renforçait la pureté élémentaire et l’impact de sorts comme la boule de feu, ce qui s’avérait bien utile contre les ennemis dotés d’une forte résistance à la magie, tels que les sorciers noirs. Après tout, rares étaient les Daxdians à jouir d’une quasi-immunité à la magie comme les diables-poissons.
Il ne lui restait plus qu’à amener ses affinités de la nature et de la restauration à ce stade pour se rapprocher considérablement de l’évolution finale.
Il fallut attendre une semaine après la fin de la guerre pour que Richard se rétablisse enfin. Malgré une régénération qui soutenait avantageusement la comparaison avec celle d’un Daxdian, il avait mis un jour de plus que Beye et Waterflower. Pendant la bataille, il avait trop souvent fait de son corps un rempart pour protéger les deux femmes des attaques, estimant qu’il était le plus résistant de tous.
Mais ces blessures, prises séparément, avaient fini par s’accumuler jusqu’à atteindre un degré effrayant. À la fin de la guerre, il était dans un état lamentable et n’avait dû la vie qu’à l’immense savoir-faire médical de Lawrence.
À peine sorti du lit, Richard croula sous le travail. Il devait d’abord réparer toutes les runes endommagées pendant la guerre ; celles de ses seuls compagnons lui prendraient trois à quatre jours de travail. Il s’était aussi fait quelques bons amis dans la ville et, même si la plupart étaient morts pendant la guerre, une douzaine environ avaient survécu. La plupart étaient de simples saints, qu’on ne pouvait guère considérer comme des experts, et ils tenaient à leurs runes encore plus qu’à des armes divines.
Les véritables puissants et les saints du ciel de la ville pouvaient encore chasser pour obtenir des offrandes ou trouver d’autres moyens de payer la réparation de leurs runes. Mais, blessés comme ils l’étaient, ces saints ordinaires n’auraient fait que se faire traquer jusqu’à la mort. Même en temps normal, certains d’entre eux ne s’étaient jamais aventurés seuls au-delà des murs de la ville. Ces faibles accompagnaient généralement des marchands ou l’armée, travaillant comme ouvriers dans cet environnement hostile pour gagner de quoi vivre et tenter de progresser. Sans réforme majeure du système de récompenses fondé sur les résultats, ils ne pourraient jamais combler le fossé grandissant qui les séparait des véritables experts.
La guerre était une bête impitoyable. Elle dévorait les vies sans hésiter, mais ne rendait pas forcément quoi que ce soit en échange. La défaite des Daxdians avait certes rapporté un grand nombre d’offrandes, mais la majeure partie avait été consommée pour maintenir la formation de la Gloire éternelle. Chacun n’avait obtenu que la moitié de ce qu’il aurait normalement reçu pour avoir tué autant de Daxdians et, avec le système de mérite inflexible de Rundstedt, ceux qui n’en avaient tué aucun n’avaient reçu aucune reconnaissance pour leurs efforts. Les saints ordinaires avaient défendu la ville jusqu’à la mort, mais rares étaient ceux qui avaient réussi à en abattre ne serait-ce qu’une poignée. La plupart des amis de Richard n’avaient obtenu qu’une maigre allocation à la fin de la guerre, à peine suffisante pour réparer leurs runes et acheter des potions de soin.
Pourtant, ces véritables amis étaient venus lui rendre visite dès qu’ils avaient appris qu’il était blessé. Les experts sous-légendaires, les fameux saints du ciel, s’étaient contentés de lui envoyer des cartes et n’étaient venus le voir qu’une fois qu’il allait mieux. Contrairement aux experts, qui venaient surtout faire réparer ou remplacer leurs runes, ses amis ne passaient que pour boire un verre et se détendre.
L’Alliance Sacrée ne comptait que deux maîtres runiques royaux. À Norland, Lunor et ses apprentis croulaient sous les demandes ; la rumeur disait même qu’il avait dû confier une partie du travail à des connaissances pour accélérer les choses. Mais, bien que les runes de Richard fussent de meilleure qualité, ses relations avec la ville étaient actuellement assez tendues.
Deux jours après le rétablissement de Richard, Lawrence entra chez lui avec une démarche étrangement fanfaronne. Absorbé par son travail, Richard ne remarqua même pas le vieil homme tandis qu’il choisissait parmi ses matériaux de quoi réparer les formations brisées de la rune qu’il tenait et les réintégrer à l’ensemble d’origine. Comme ses runes étaient toutes des créations originales, les réparer exigeait encore plus d’efforts que d’en fabriquer un nouveau jeu. Seul le coût élevé d’une refonte l’empêchait de tout jeter pour recommencer à zéro.
Lawrence ramassa une feuille sur le bureau de Richard et la parcourut. Elle contenait une liste de noms, de runes et une estimation du temps nécessaire pour les terminer. Elle était courte — moins de vingt noms — et le vieil homme les reconnut tous. Mais l’un de ses sourcils se haussa. « Hé, Richard, qu’est-ce qui ne va pas avec ta liste ? Pourquoi y a-t-il une rune élémentaire, là-dedans ?
— Hein ? Ah, elles appartiennent toutes à mes amis. Ils n’ont pas vraiment les moyens de s’offrir de nouvelles runes et, même s’ils les avaient, ils n’auraient pas forcément les capacités requises.
— Mais il n’y a pas un seul saint du ciel sur cette liste ! Je me souviens pourtant que tu t’étais aussi lié d’amitié avec quelques-uns d’entre eux.
— Ils ont les moyens de payer Lunor, et ils sont prioritaires de toute façon. Je n’ai pas le temps de m’occuper de tout le monde, seulement de ceux qui seraient laissés pour compte si je ne le faisais pas.