Chapitre 777
Réquisition (2)
« Merci pour votre bonté, Excellence ! Elle mérite vraiment d’être soignée ! » Une lueur humide brillait dans les yeux du guerrier qui menait le groupe. Il savait à quel point la force d’âme de Hasting était précieuse, et que le meilleur d’un mage légendaire n’avait rien de banal.
« Comment s’appelle-t-elle ? » demanda Hasting.
« Elle se fait appeler Silverwolf. »
« Silverwolf ? Un nom intéressant, mais je comprends pourquoi… Très bien, vous pouvez partir. Je dois d’abord examiner la protection de son âme. N’oubliez pas de m’envoyer les cadavres particuliers de Daxdus. »
« Bien sûr ! » acquiesça le guerrier, avant de quitter la salle. Ce n’était pas une demande nouvelle.
Une fois les guerriers partis, Hasting posa délicatement la main sur le front de la jeune fille. Ses yeux virèrent lentement au vert pâle. Le corps de celle-ci devint peu à peu transparent, ne laissant apparaître que des points lumineux qui révélaient la puissance de son âme.
« Hein… Qu’est-ce que… Waouh, il y a des maîtres de l’âme aussi doués que ça à Norland ? L’un des vieillards serait-il revenu ? Attends… Qu’est-ce que… Oh non… »
Le vert se dissipa dans les yeux de Hasting tandis qu’il contemplait la jeune fille endormie, l’air épuisé. Les blessures de son âme étaient bien plus graves qu’il ne l’avait cru ; sans cette protection, elle serait morte depuis longtemps. « Bon, qu’est-ce que je fais… Ah, tant pis. Pourquoi ai-je fallu que je dise que je ferais de mon mieux ? Maintenant, je n’ai plus le choix, je vais devoir tout donner. »
Le mage légendaire s’approcha d’une vieille armoire et en sortit un pot de porcelaine gros comme un poing. Très grossièrement façonné, dans un style barbare, le pot avait des motifs presque effacés et une forme même pas symétrique. Pourtant, Hasting retira avec précaution le sceau de boue, puis avala tout le liquide trouble qu’il contenait. Il blêmit et cracha une gorgée de flammes noires, mais son visage prit aussitôt une teinte plus rose.
Il retourna ensuite à la table de pierre, tendit la main pour appuyer dessus et activer une formation magique. Puis deux rayons verts jaillirent de ses yeux et illuminèrent le visage de la jeune fille.
De sombres particules de tailles diverses pénétraient dans le corps de la jeune fille par ces rayons. Une personne à la vue perçante aurait même remarqué que chacune d’elles représentait une créature. Des bêtes féroces, toutes sortes de races étranges, et même des Daxdians y étaient déversés. Ce chapitre paraît d’abord sur novelping.com.
Chaque image déposée dans le corps de la jeune fille était attirée par les points lumineux de son âme, et les lueurs vacillantes se mirent à briller davantage. Chacune de ces images était un fragment d’âme que Hasting avait lui-même raffiné, la source de pouvoir de sa capacité légendaire.
La salle était sombre et sinistre, et la lumière trouble, d’un vert glauque, semblait venir d’un plan étranger terrifiant.
……
Les rues près des portes de la ville étaient en proie au chaos ; bâtiments et remparts gisaient en ruine sur les pavés. La cité, qui avait subsisté durant un nombre incalculable d’années, se disloquait sous les combats répétés. Certaines parties avaient été restaurées, mais le travail, bâclé, était resté inachevé. Les pierres étaient toutes fissurées à des degrés divers, témoignage solennel de la guerre entre les civilisations.
Les rues étaient d’un silence absolu tandis que les équipes affectées au nettoyage s’acquittaient de leur tâche. Les Daxdians s’étaient complètement retirés et ne réapparaîtraient pas avant un certain temps.
Sur le perron d’une maison, un vieillard était recroquevillé dans son fauteuil. Il somnolait, baigné par les rayons de la formation de Gloire éternelle. La lumière du sortilège égalait la douceur d’un soleil printanier et procurait une chaleur agréable. Elle aidait aussi à soigner certaines vieilles blessures que Lawrence avait accumulées au fil des années.
Mais soudain, une série de pas précipités troubla la quiétude des lieux. Ceux qui approchaient semblaient extrêmement agités, mais ralentirent délibérément en arrivant près de la maison.
« Votre Excellence », murmura un homme mince à la peau hâlée en regardant Lawrence endormi.
Votre Excellence ? Lawrence se réveilla, perplexe. Cela faisait longtemps qu’on ne l’avait plus appelé ainsi. Peu de gens, dans cette ville, lui témoignaient encore autant de respect, et cette déférence l’avait poussé à prendre Beye en patience. Il se retourna avec nonchalance, sans même ouvrir les yeux. « Vous devriez savoir que je n’aime pas qu’on me dérange pendant ma sieste. Ce serait dommage de gâcher un soleil aussi merveilleux. »
L’homme hésita un instant, mais insista : « Votre Excellence, ces soldats sont grièvement blessés. Les clercs ont épuisé leurs pouvoirs pour aujourd’hui, et deux d’entre eux ont des blessures trop graves pour qu’ils puissent les soigner. Vous êtes le seul, dans cette ville, à pouvoir les sauver. »
« Quoi ? » La moustache de Lawrence frémit. « Alors, qu’est-ce que vous attendez dehors ? Entrez, vite ! »
Lawrence fit porter les blessés à l’intérieur et installer quelques tables provisoires. Puis il se mit à examiner leurs blessures, l’une après l’autre. « Je me souviens de toi, mon garçon. Je t’ai soigné vite fait, mais tu m’as toujours témoigné du respect. Tu as une conscience, toi. Sans toi, ces gens pourraient mourir cent fois, je ne les laisserais toujours pas troubler ma sieste. Ce vieux têtu croyait que tout pouvait se régler du moment que Hasting était là ? À l’époque, si je n’avais pas été là… »
À écouter les histoires et les ragots sur les êtres légendaires, l’homme ne pouvait que ponctuer le récit de quelques sons approbateurs. Ses camarades s’étaient dispersés autour de lui et regardaient avec révérence Lawrence ouvrir les blessures sans la moindre hésitation, ses gestes aussi fluides que s’il découpait un steak à table.
L’art de Lawrence s’appelait l’alchimie vivante, un nom qui suffisait à glacer le sang. Cette discipline était encore plus obscure que l’alchimie des marionnettes et, malgré son nom, relevait en grande partie d’un domaine extérieur à la magie. Selon la théorie la plus répandue, cet art avait été développé à partir de l’alchimie des marionnettes, comme son pendant pour les êtres vivants ; c’était pourquoi la plupart de ses adeptes étaient des mages. Ce chapitre paraît d’abord sur novelping . com.
L’un des guerriers indemnes renifla soudain l’air avec force, dégaina une dague et lança froidement : « Attention, tout le monde ! Je sens un démon ! »
Les guerriers se préparèrent aussitôt au combat, les blessés s’emparant de toutes les armes à leur portée. Sur les champs du Désespoir, se battre était un réflexe. Le premier guerrier fit brusquement volte-face et bondit par-dessus un mur effondré, avant de se ruer dans une cour voisine, suivi de ses alliés.
Tout se déroula bien trop vite. Lorsque Lawrence comprit ce qui se passait, une série de chocs sourds retentissait déjà dans la demeure de Richard. Le vieillard s’écria aussitôt d’une voix perçante : « Arrêtez ! C’est la maison de Richard ! »
« Il y a un démon dans la chambre de Lord Richard ! » répondit le premier guerrier. « Ne vous inquiétez pas, je vais limiter les dégâts. »
Lawrence poussa un soupir. « Ce démon est le prisonnier de Richard, ne lui faites pas de mal. Reculez, je vais lui parler. »
Le guerrier sembla se figer un instant, mais il sortit tout de même de la pièce comme on le lui avait demandé. Il fixa le jeune démon que deux autres hommes escortaient dehors ; tous trois saignaient abondamment. Blacklight n’avait manifestement pas menti en affirmant qu’il n’était pas faible.
En voyant Blacklight sortir malgré la lumière cuisante de la formation de Gloire éternelle, Lawrence eut bien du mal à réprimer un soupir d’admiration. « Très bien, ne résiste pas. Oui, tout ira bien… »
Blacklight baissa peu à peu sa garde, mais une ombre surgit brusquement derrière lui et le plaqua au sol. La silhouette de l’homme mince se révéla tandis qu’il retirait sa paume et baissait les yeux vers le démon évanoui. Cet homme était un être sublégendaire : Lawrence n’avait donc pas eu le temps de l’arrêter.
« C’est un Dranicus ! » s’écria soudain l’homme, fou de joie.
Un autre guerrier, vêtu d’une armure singulière, prit alors la parole : « Son Excellence Hasting recherche depuis longtemps les membres de la famille royale de Daxdus ! C’est merveilleux, nous allons le lui remettre sans attendre ! Le maréchal et Son Excellence nous récompenseront sûrement comme il se doit. Je vais le signaler tout de suite ! »
Au moment où le guerrier se retournait pour partir, Lawrence cria enfin : « Pas un pas de plus ! Je vous ai déjà dit que c’était le prisonnier de Richard. Cela ne relève pas de l’armée ; tant qu’il ne sera pas revenu, personne n’emmènera ce démon ! »