Chapitre 761
Les mystères du Nid divin
L’inspection de la prison achevée, Richard et son groupe avaient vu tout ce que l’église avait à offrir. Nyra avait réussi à comprendre comment utiliser le Rayon châtieur, mais l’attaque contre Richard et Lina avait presque épuisé l’eau bénite. Une nouvelle utilisation priverait l’église de l’énergie nécessaire à son fonctionnement.
Certains chevaliers runiques avaient été envoyés fouiller toute la cité, mais ils n’y trouvèrent rien de bien intéressant. La cité disposait de ressources suffisantes pour entretenir dix mille soldats pendant plusieurs années, soit une valeur totale de quelques millions de pièces d’or. Toutefois, elles étaient si volumineuses que même la chrysalide astrale ne pouvait justifier des allers-retours jusqu’à Norland pour les vendre.
Richard leur fit prendre une nuit de repos, en prévision de l’ascension du Nid divin, le lendemain. La nuit passa vite et, le matin venu, il prit la tête de tous ses suivants et d’une centaine de chevaliers runiques pour gravir le sentier menant à la montagne. La route était longue et sinueuse, et les vents se déchaînèrent dès qu’ils eurent quitté l’enceinte de la Cité des Saints. Les chevaliers runiques avaient enfilé d’épais manteaux par-dessus leur armure ; seuls Richard et ses suivants pouvaient résister au froid.
Un long sentier en spirale montait le long de la montagne, mais Richard choisit de ne pas l’emprunter : il devait probablement s’étendre sur des centaines de kilomètres. Il préféra grimper à même la paroi. Se souvenant des avertissements qui leur enjoignaient d’éviter à tout prix de voler, il ordonna à ses subordonnés de rester au sol. Le Rayon châtieur lui revenait en mémoire et il ne voulait pas déclencher d’autres armes laissées par la race qui avait bâti l’église.
Quelques centaines de mètres leur suffirent pour atteindre les nuages. L’humidité y était si dense qu’on avait presque l’impression de patauger dans une vaste masse de coton. L’environnement du Nid divin était extrêmement étrange : la température était largement inférieure à zéro, mais l’humidité ne s’était pas condensée. Les vêtements, les robes et les armures furent bientôt trempés, et l’eau, plus froide que la glace, fit frissonner les chevaliers runiques les plus faibles tandis qu’ils grimpaient. Seuls des sorts de chaleur lancés sans relâche permirent à toute la troupe de poursuivre l’ascension.
La même force qui limitait les sorts aux abords de la Cité des Saints était aussi à l’œuvre ici. Un sort de bourrasque ne pouvait dissiper les nuages que sur quelques dizaines de mètres ; ils se reformaient dès que les effets magiques s’estompaient. Il leur restait des milliers de mètres à gravir : cette solution n’était donc pas envisageable.
Richard constata que cette mer de nuages entravait à la fois ses sens physiques et arcaniques. Il eut beau essayer, il ne parvint pas à déchiffrer les runes du Nid divin en chemin. Il finit par abandonner et se concentra sur l’ascension. Même lui souffrait au bout de quelques heures, et la plupart de ses suivants peinaient davantage. Malheureusement, il était le seul du groupe à avoir endurci son corps sur un Champ du Désespoir ; beaucoup commencèrent vite à prendre du retard.
Au bout d’un quart de journée, même les plus robustes de ses suivants s’étaient dispersés. Asiris, Senma et Tiramisu étaient les plus proches de lui, tandis que Waterflower et le groupe de Flowsand suivaient juste derrière. Les autres étaient encore plus à la traîne, et les chevaliers runiques, à près de cinquante mètres, commençaient à haleter.
Asiris et Senma échangeaient sans cesse des regards étonnés. Ils n’étaient jamais allés sur la Terre du Crépuscule, mais les épreuves traversées aux côtés de Gaton n’avaient rien eu à lui envier. Ils voyaient à quel point l’ascension était pénible pour Richard, mais il poursuivait silencieusement, à la même allure du début à la fin. Il ne s’agissait pas tant d’une question de force que de détermination : ne pas broncher pendant des heures dans un froid mordant était bien plus difficile qu’il n’y paraissait.
Tiramisu était tout le contraire de Richard. Ses têtes se chamaillaient sans arrêt tandis qu’il grimpait par à-coups, réclamant une pause tous les quelques centaines de mètres. Pourtant, il ne s’arrêtait jamais tout à fait et ne laissait pas Richard prendre trop d’avance. Contrairement à Richard, ce n’était pas sa volonté qui le faisait avancer. L’ogre gravissait la montagne à la seule force de son corps, sa couche de graisse lui permettant de poursuivre l’ascension. Ce chapitre a été copié sur NovelPing sans autorisation.
La route semblait interminable, mais Richard ne paniqua pas et continua simplement à grimper. Chaque fois que ses réserves d’énergie passaient sous un certain seuil, il activait les pouvoirs de son vrai nom et puisait de l’énergie dans le Néant. Sa récupération et sa dépense d’énergie s’équilibrant parfaitement, il pouvait grimper indéfiniment, pour peu qu’il en ait la volonté.
De volonté, il ne manquait pas. Comparée aux dizaines de jours passés à attendre au même endroit pour tendre une embuscade à un général daxdians, cette ascension du Nid divin était une véritable promenade de santé.
Les heures s’écoulèrent, et Richard continua de creuser légèrement l’écart avec ses suivants. Soudain, il s’arrêta net et leva les yeux vers l’immensité des nuages, plongé dans ses pensées. Les secondes devinrent des minutes, et ses suivants finirent par le rattraper.
Quand Asiris et Senma le rejoignirent, Richard reporta son attention sur l’ordre d’arrivée de ses suivants. Il plaça d’un côté les deux chevaliers, Waterflower, Tiramisu et le groupe de Flowsand, puis se tourna vers Gangdor. « Emmène tous les autres en bas. »
Gangdor bondit aussitôt et s’écria : « Pas question, patron ! Je peux encore grimper, ne m’abandonne pas ! »
Richard secoua la tête. « Tu peux grimper, mais auras-tu encore la force de redescendre ? Je ne sais pas combien de temps ça va prendre, et tu commences à t’épuiser. Certains chevaliers runiques n’arriveront même pas au sommet. C’est à toi de prendre les choses en main. »
Gangdor baissa les yeux et constata qu’une douzaine de chevaliers runiques à peine étaient arrivés jusque-là. Le dernier était peut-être encore à plus d’un kilomètre. Même certains suivants peinaient à grimper : Zendrall s’appuyait sur ses guerriers des ténèbres pour le porter. Il finit par soupirer, résigné. « La prochaine fois, dis à Waterflower de s’en charger ! »
« Allez, file ! » Richard eut un sourire crispé, presque tenté de donner un coup de pied à la brute pour le faire dévaler la montagne. Waterflower était une excellente assassine, mais une meneuse ? Ce n’était pas parce qu’elle savait déployer une armée sur le plan tactique qu’elle savait diriger des hommes.
Gangdor redescendit à contrecœur avec les autres, sa hache oscillant de gauche à droite tandis que ses pieds s’enfonçaient lourdement dans le sol à chaque pas. Richard n’y prêta pas attention et désigna la pente au-dessus d’eux. « Il y a quelque chose d’étrange là-haut. Nous aurions dû atteindre le sommet du Nid divin depuis longtemps, mais nous ne sommes même pas à mi-chemin. L’espace semble s’étirer ici. »
« Pourtant, le temps s’écoule normalement », fit remarquer Flowsand.
« Je peux aussi confirmer que nous ne sommes pas prisonniers d’une illusion », ajouta Nyra.
Alors seulement, tous comprirent la présence de ces nuages. Pour percevoir l’étirement de l’espace, il fallait être à l’orée de la compréhension des lois spatiales.
« À ce rythme, il nous faudra au moins dix heures de plus. Ça ne me pose aucun problème, mais vous, ça ira ? »
Ses suivants échangèrent aussitôt des regards, puis Tiramisu exprima son inquiétude : « Moi, ça va, mais… Maître, voulez-vous que je vous porte ? »
À ce stade, seuls lui et Waterflower avaient encore assez de forces pour poser la question.
Richard rit et tapota le ventre de l’ogre avec son bâton. « Je n’aurais aucun problème, même si nous devions grimper pendant une demi-semaine. »
Il accompagna ses paroles d’un sourire, mais personne ne répondit sur le même ton. Tous ceux qui étaient présents savaient à quel point les implications des propos de Richard étaient terrifiantes.
« Bref, continuons. » Richard se retourna et reprit l’ascension. Les autres ne purent que serrer les dents et le suivre.