Chapitre 737
La nouvelle génération (2)
La dernière chose à sortir du portail fut la chrysalide astrale. Large de trois mètres et longue de dix, la bête silencieuse était la présence la plus imposante des environs.
En voyant Richard, sa marée de chevaliers, l’étrange créature qui flottait dans les airs, puis les ruines qui entouraient la porte de téléportation, les vétérans furent soudain saisis de désespoir. Le coût élevé du transport des troupes jusqu’à ce plan leur avait permis d’y acquérir peu à peu un certain statut. Pilier de l’armée, ils étaient devenus indomptables, allant jusqu’à négliger certains ordres de Senma. Seul Gaton avait leur dévouement sans réserve.
Mais voilà qu’une armée entière de soldats d’élite se tenait à leurs trousses. Ils n’étaient plus la force centrale de ce champ de bataille et n’avaient donc plus aucun droit d’exiger quoi que ce soit. Tous les chevaliers qui sortaient du portail étaient équipés jusqu’aux dents d’un matériel de qualité supérieure, tandis que les chevaliers runiques resplendissaient d’une lueur magique. Quant aux hommes de Richard, leur équipement était d’un tout autre niveau. À côté d’eux, même les généraux d’ici avaient l’air de paysans.
Le passé venait d’être enseveli sous les ruines de leur salle de téléportation. Ces survivants de l’ancienne génération comprirent qu’ils seraient bientôt remplacés à leur tour.
Lorsque toutes les troupes furent rassemblées, Richard enfourcha sa licorne et se tourna vers Senma. « Nous partons immédiatement. Faites rejoindre le camp de base à vos troupes. »
« Oui, mon seigneur. »
Après lui avoir donné quelques instructions supplémentaires, Richard mobilisa son armée de chevaliers et fonça vers le camp de base, situé à quelques dizaines de kilomètres de là. Senma attendit qu’il se soit éloigné avant de jeter un regard aux vétérans agités chargés de garder le portail. Puis, elle soupira et se dirigea vers son poste de commandement.
« Mademoiselle Senma, attendez ! » Un homme âgé lui barra le chemin. « Et nous, alors ? »
« Hélas… Que voulez-vous dire ? Ce chapitre a été repris sur NovelPing sans autorisation.
À mesure que d’autres soldats se rassemblaient autour d’eux, un homme d’âge mûr prit la parole : « Ce Richard… le seigneur Richard… Il part en guerre ? »
« Oui. Mon seigneur va franchir la Faille des Larmes divines et combattre jusqu’au Nid divin. »
« Comment est-ce que… » Celui qui avait cette question en tête se tut bien vite en se rappelant les cent chevaliers runiques que Richard avait amenés.
« Et nous, alors ? Vous nous emmènerez aussi, n’est-ce pas ? » demanda un autre vétéran, mal à l’aise.
« Vous autres… » Senma soupira, comprenant qu’elle ne pouvait éviter la vérité. « Vous allez rester ici pour garder la base. »
« Nous sommes des guerriers, pas des gardes ! » Les soldats se mirent à protester bruyamment. Mais, contrairement à ce qui se passait avant l’arrivée de Richard, leurs paroles avaient maintenant un ton suppliant plutôt que menaçant.
« Vous resterez ici pour monter la garde. C’est un ordre ! » Le ton de Senma ne souffrait aucune discussion. Les vétérans n’eurent d’autre choix que de la laisser partir. Malgré leur réticence, ils finirent par se disperser.
Le départ précipité de Richard en disait long sur le peu de cas qu’il faisait de ces soldats. Elle savait que son armée n’avait pas de place pour les soldats négligents et désobéissants, quelle que soit leur puissance. Ces vétérans étaient certes redoutables, mais au combat, ils se battaient pour la plupart en solitaires.
De retour à son poste, elle ne mobilisa qu’un millier de fantassins légers d’élite pour l’expédition. Mais lorsqu’elle consulta la liste des réserves de l’entrepôt, elle fut stupéfaite de constater à quel point elles étaient maigres. C’était beaucoup selon les critères de Gaton, mais d’après ce qu’elle avait entendu, la chrysalide astrale pouvait désormais contenir près de mille tonnes de matériel. Elle n’avait qu’à fournir la nourriture, mais même pour cela, Richard avait prévu de quoi parer aux urgences. Plusieurs tonnes de bœuf frais avaient également été entreposées dans la chrysalide pour nourrir les chevaliers à lance d’ombre. Bien cuit, il aurait aussi pu être servi aux soldats ordinaires. De plus, les combattants du niveau des chevaliers runiques étaient assez puissants pour digérer la viande crue plus facilement que les aliments cuits.
Bien que ses ressources fussent inférieures en quantité comme en qualité, Senma décida d’en tirer le meilleur parti. Après une heure consacrée à l’élaboration des plans logistiques, elle sortit la moitié des marchandises de l’entrepôt et mobilisa une équipe logistique de plus de 3 000 soldats chargée d’assurer leur protection et leur acheminement. Ils partiraient tôt le lendemain, en comptant sur Richard pour combler leurs éventuelles lacunes.
Les yeux rivés sur le plan qu’elle tenait à la main, Senma soupira une nouvelle fois. Elle savait que tout cela ne servait à rien pour Richard et sa chrysalide astrale : c’était comme un lion sans griffes rugissant dans le vide. Elle voulait toutefois offrir à ses soldats l’occasion de montrer leurs talents d’organisation et, au moins, de se racheter un peu aux yeux de Richard.
Avec Richard et ses soldats d’élite sur place, les 20 000 hommes déjà présents avaient perdu toute raison d’être en un instant. Leur meilleure utilité consistait désormais à occuper le territoire et à y maintenir l’ordre.
Par habitude, elle posa les pieds sur son bureau et fixa le plafond. Elle éprouvait la même déception que les vieux soldats. Elle était sans doute la seule personne de tout ce plan à avoir la moindre valeur aux yeux de Richard ; avec sa bourse sans fond, il pouvait s’attacher les foules de locaux sans difficulté. Les quelques centaines de vétérans étaient d’une loyauté sans faille envers la famille Archeron elle-même, mais s’ils refusaient de changer de camp, il n’aurait qu’à les écraser sous le nombre. Ils pourraient peut-être tenir tête à des adversaires deux fois plus nombreux, voire trois fois, mais que feraient-ils face à dix mille soldats équipés jusqu’aux dents ?
Les ruines du portail lui revinrent en mémoire. Gaton n’était plus, et l’heure de Richard était venue. Leurs styles étaient radicalement différents, et la marque de Richard finirait peu à peu par recouvrir celle de Gaton. Chacun, elle comprise, avait un choix à faire : s’adapter à son époque ou disparaître lentement, comme une relique du passé.
Lorsque les troupes furent enfin rassemblées, elle ajusta le sabre à sa taille puis sortit du poste de commandement à grandes enjambées.
……
Le continent étant si petit, le climat du Plan de l’Orchidée au repos était à peu près le même du nord au sud. Les chutes incessantes de grêle et de neige étaient d’une violence insupportable ; chaque flocon avait la taille du poing d’un jeune enfant. Parfois, la neige s’amoncelait si haut que même de grands chevaux de guerre s’y enfonçaient entièrement.
Après une semaine entière de marche, Richard goûta enfin aux rigueurs du climat de ce plan. La température descendait souvent à plusieurs dizaines de degrés sous zéro et, sans guides expérimentés, traverser ces étendues enneigées représentait déjà un grand danger. De chaque côté du sentier surélevé s’ouvraient des gouffres sans fond où un cheval pouvait périr à l’instant.
Richard avait rassemblé environ 5 000 soldats déjà stationnés ici et les avait réorganisés en chemin. À leur arrivée à la Faille des Larmes divines, il disposait désormais d’une troupe convenable. Grâce à cette nouvelle organisation, plus de 20 000 soldats seraient déployés à la Faille des Larmes divines. 5 000 tenaient la ville de base, tandis que moins de 3 000 étaient répartis dans le reste du territoire pour y maintenir l’ordre. Senma lui avait fait part de ses craintes quant à d’éventuelles révoltes, mais il les avait balayées d’un geste. Les lances d’ombre suffiraient à écraser toute rébellion.