Chapitre 725
Éveillé dans une rêverie
« Les choses ne sont peut-être pas aussi graves qu’elles en ont l’air, intervint l’homme d’âge mûr qui se tenait près du maréchal Rundstedt. Le corps de Maranos avait une structure semblable à cette peau, même si sa résistance était moindre. Toutefois… ce poisson-diable ne doit pas non plus être une créature naturelle de Daxdus. C’est peut-être un rejeton mutant du Dévoreur de cerveaux. »
La plupart des personnes présentes poussèrent un soupir de soulagement en entendant cela et parurent bien plus détendues. Peu importait le nombre de petits que Maranos avait pu engendrer, ils ne seraient jamais aussi dangereux qu’une créature produite en masse. Après tout, Maranos était déjà mort.
« Nous ne pouvons pas en être certains, intervint Saint Lawrence. Voyez-vous, cette peau est extrêmement résistante, mais elle ne semble pas pouvoir supporter un poids trop important. Quelle que soit cette créature, elle ne peut pas mesurer plus de dix mètres au maximum ; il est donc très improbable qu’elle descende de Maranos. »
L’homme d’âge mûr réfléchit à la question. « Peut-être que Maranos est le mutant ? Ou alors ce poisson-diable est une espèce hybride qu’ils utilisent pour la chasse. Voilà des conclusions plus plausibles. »
« C’est possible, mais cessons de nous comporter comme des enfants. Nous devons nous préparer au pire. »
« Et alors, si le poisson-diable est une créature produite en masse ? Tu as une solution, peut-être ? » rétorqua l’homme d’âge mûr.
Saint Lawrence s’emporta, mais, en vérité, il n’avait aucune solution. Le maréchal Rundstedt prit enfin la parole. « Très bien. Quelle que soit la nature du poisson-diable, nous pouvons être certains que les Daxdians ont bouleversé nos plans. Pourtant, nous avons déjà traversé des périodes bien pires et en sommes sortis victorieux. Sa Majesté a même repris le Fort de l’Aube ; nous n’avons rien à craindre ! Cela ne veut pas dire pour autant que nous devons rester là, comme des moutons, sans rien faire.
« Richard, j’ai entendu dire que tu savais désormais confectionner des runes personnalisées de rang 2 ?
« … Oui. » Richard se déplaça légèrement sur son siège. Sa réponse suscita aussitôt un remous parmi les personnes présentes ; tous étaient des experts qui savaient à quel point les runes personnalisées de rang 2 étaient utiles. Leur estime pour lui grimpa encore d’un cran, en particulier celle de ceux qui n’étaient pas retournés à Norland depuis longtemps.
« Excellente nouvelle. Pourquoi ne pas en confectionner davantage pour les habitants de cette ville ? Ce serait le moyen le plus direct d’accroître notre puissance, proposa Rundstedt.
Richard fronça pourtant les sourcils et secoua la tête. « Je suis venu en Terre du Crépuscule pour perfectionner mes talents au combat. Je confectionnerai des runes, mais selon mon bon vouloir. »
Le maréchal lui adressa un sourire compréhensif. « Ne me refuse pas si vite. La confection de runes permet aussi d’accroître ses capacités arcaniques, et nous avons besoin d’un grand nombre de runes en cette période cruciale. Voici ce que je te propose : dès maintenant, tous les matériaux du Soleil Déclinant seront à ta disposition à moitié prix, et nous paierons tes runes vingt pour cent au-dessus du prix du marché. En outre, nous te vendrons aussi à moitié prix les offrandes de nos réserves. »
Richard fut surpris par la générosité de cette offre. Il est vrai que l’un des motifs qui l’avaient poussé à explorer la Terre du Crépuscule était aussi de franchir un nouveau palier dans l’art de confectionner des runes.
Le maréchal ignorait à quel point son taux de réussite était élevé, mais, même s’il l’avait su, il lui aurait fait la même offre. Peu lui importait les bénéfices de Richard, du moment qu’il obtenait ses runes ; payer vingt pour cent au-dessus du prix du marché en valait largement la peine.
« Eh bien… » Richard hésita un instant. « Je suis désolé, maréchal. Je confectionnerai des runes et les vendrai à la ville, mais je crains de ne pas pouvoir en faire mon activité principale ici. Je… dois devenir plus fort. »
Rundstedt en resta bouche bée, et même Saint Lawrence regarda Richard avec incrédulité. Refuser une offre aussi parfaite, c’était fermer la porte à une grande fortune. Avec les offrandes à prix réduit, Richard aurait pu aisément accroître sa propre puissance en se consacrant uniquement à la confection de runes !
Le maréchal acquiesça néanmoins, comprenant sa décision. « Je ne peux pas te forcer à faire quoi que ce soit. L’offre restera valable tant que tu confectionneras des runes pour les habitants de cette ville ; il n’y a aucune limite à la quantité. » Puis il promena le regard sur les visages inquiets et leur adressa un sourire rassurant. « Inutile de vous inquiéter : nous pourrons toujours demander de l’aide aux barbares ou aux elfes si la situation devient désespérée. Ce danger menace le bien-être de tout notre plan ; ils ne resteront pas sourds à nos appels. Il suffira de flatter un peu leur ego, ce n’est pas bien grave. »
À ces mots, tous, Richard compris, sentirent un brasier s’embraser dans leur cœur. C’étaient tous des puissants, chacun avec sa fierté et son honneur. L’idée d’être méprisé par les barbares, en particulier, transperça l’âme de Richard et lui rappela le rêve de Mountainsea dans le sanctuaire. Même Carnage, dans son fourreau, sembla brûler en réponse à sa haine ; il préférait mourir plutôt que de demander de l’aide à Klandor !
Voyant leurs réactions, Rundstedt soupira. « Moi non plus, je ne le souhaite pas. Il y a bien plus d’honneur à mourir sur le champ de bataille qu’à vivre sans dignité. Mais nous ne sommes pas les seuls en jeu. Nos familles, nos amis, nos connaissances, les inconnus… tous ceux qui vivent à Norland sont sous notre responsabilité, et celle-ci vaut plus que notre fierté. Rendez-vous sur novelping point com pour lire le chapitre complet.
« Bien. Préparez-vous. J’espère seulement que nos craintes sont infondées. »
Ainsi, tous quittèrent le Sanctuaire du Couchant le cœur lourd. Au cours des jours suivants, la vie dans la capitale du Soleil Déclinant suivit son cours habituel ; seule l’atmosphère, légèrement oppressante, avait changé. Les saints ordinaires ignoraient les inquiétudes de leurs dirigeants, mais ils sentaient l’urgence de la situation.
Richard s’installa dans une maison vide, non loin de la boutique de Saint Lawrence, puis se rendit à l’entrepôt de la ville pour y acheter quantité de matériaux magiques et de vin. Les jours suivants, il s’occupa de méditation et d’exercices à l’épée.
Parfois, il s’asseyait simplement sur le pas de la porte pour regarder les rares passants, sirotant son vin en silence. Lorsqu’il était ivre, il se laissait tomber sur le sol et s’endormait. Ce genre de comportement sans retenue était courant dans la Cité du Soleil Déclinant, où nul ne savait s’il vivrait jusqu’au lendemain.
Il ne s’éveilla de sa torpeur qu’à midi, le lendemain. Il secoua lourdement la tête, bâilla sans hâte et leva les yeux vers les nuages épais. Après avoir repoussé du pied le tas de bouteilles vides à côté de lui, il regagna sa chambre et se mit à polir ses épées et son bâton. Son ivresse lui avait donné l’impression de rêver, sans parvenir à distinguer le passé, le présent et l’avenir. Souvenirs et visions s’étaient entremêlés, au point qu’il ne savait plus séparer la réalité de la fiction.
Il poussa un long soupir, posa ses épées et son bâton de côté, puis se remit à confectionner des runes, l’inspiration renouvelée. Quelques jours plus tard, il se rendit chez Saint Lawrence, enfonça la porte et lança à l’intérieur une boîte enchantée. Il repartit sans même attendre que l’ancien maître runique saint sorte.
Saint Lawrence faisait une sieste à son bureau. Le fracas de la porte qui cédait le tira brutalement du sommeil et le fit tomber de sa chaise. « QUELLE ENFLURE VIENT TROUBLER MON SOMMEIL ? » hurla-t-il. « JE VAIS T’ARRACHER LA BITE, ESPÈCE DE SALE CONNARD ! »
À présent tout à fait réveillé, il gagna le hall et repéra aussitôt la boîte sur le sol. Comprenant naturellement qu’elle devait contenir des runes, il la ramassa d’une main tremblante et l’ouvrit. Elle en renfermait deux.
« U-une rune de vie… Attends… » Il se précipita dans son laboratoire, serrant la boîte contre lui, posa les runes sur sa table et les examina avec le plus grand soin.