Chapitre 719
Énergie d’origine
Le sort de ralentissement freina quelque peu le monstre, mais son effet fut bien plus faible que prévu. Richard fronça les sourcils et activa l’Armement de mana. Tout en esquivant les attaques de l’ennemi, il lança successivement sur lui la Tombe de Lumière, le Bannissement et la Désintégration. Pourtant, tous ces sorts se révélèrent pitoyablement inefficaces.
Le monstre poursuivit ses attaques furieuses, dont les coups s’accéléraient à mesure que les effets des sorts s’estompaient. Même avec l’Armement de mana, Richard commençait à être dépassé en vitesse. Sa situation ne cessa d’empirer, jusqu’à ce que le monstre s’approche assez pour le mordre de part en part.
C’est alors que ses yeux brillèrent d’un éclat glacial. Il poussa l’Armement de mana à son maximum et accéléra encore pour esquiver l’attaque, avant d’entailler le corps de la créature sur une profondeur d’un demi-mètre. Profitant de l’élan de son esquive, il poursuivit son mouvement et trancha horizontalement sur près d’un mètre, puis s’écarta.
La blessure était immense, mais sa véritable létalité ne se révéla qu’une fois Richard à distance. Le monstre s’immobilisa soudain, les yeux brillants d’une peur immense, et poussa un hurlement primitif. Des dizaines de fissures se propagèrent à partir de la plaie, chacune d’une profondeur extrême.
C’était la Lacération, l’un des effets spéciaux du Fléau de la Vie. Le sang du monstre jaillit de la blessure et s’éleva à plus de cinq mètres avant de s’écraser au sol. Sa chair se recroquevilla ; des plaques de tissus gris cendré noircirent complètement. D’autres parties de l’exosquelette éclatèrent, libérant une brume sanglante. L’un des effets était bien plus spectaculaire que l’autre, mais tous deux étaient tout aussi mortels.
Quand le sang cessa de couler, le monstre respirait avec difficulté. Il haletait, apparemment soulagé, persuadé d’avoir surmonté la pire crise, mais poussa bientôt un nouveau hurlement de douleur. D’innombrables mains semblaient le déchirer de l’intérieur tandis que la plaie s’ouvrait sans pitié, disloquant la moitié de son corps avant qu’il ne s’effondre au sol. Le sang jaillit de nouveau, cette fois en un flot qui monta à dix mètres dans les airs, mêlé de fragments d’organes.
Richard lui-même resta stupéfait devant cette scène. C’était la première fois qu’il se donnait à fond depuis qu’il avait obtenu quatre runes du Fléau de la Vie, et il comprenait enfin pourquoi celui-ci était réputé compter parmi les meilleurs pour faucher des vies. Il ne pouvait désormais superposer que dix attaques à la fois, mais, à mesure que sa maîtrise progresserait, ses coups deviendraient d’autant plus terrifiants.
Cependant, cette attaque combinée avait également épuisé la majeure partie de son énergie. Ses réserves de mana comme d’énergie étaient presque entièrement à sec ; il n’avait pas le temps d’examiner le monstre en détail, au cas où des Daxdians sentiraient l’odeur du sang et accourraient. Il préleva rapidement ce qu’il jugeait le plus important, découpa un morceau d’exosquelette, puis détala.
Peu après son départ, deux boules de brume noire flottèrent jusqu’à l’endroit. Les sorciers noirs wanga qui s’y trouvaient examinèrent minutieusement chaque trace du combat, puis en discutèrent longuement.
[…]
Richard était assis derrière un rocher, à l’abri du vent, les yeux clos. Plongé dans une méditation superficielle, il mangeait en même temps de la viande coupée en dés. Parfois, il mâchait un moment, mais il avalait directement la plupart des morceaux.
La viande de ce monstre ne lui apportait même pas autant d’énergie que celle d’un skaven, et, pour ne rien arranger, elle empestait ! La viande de skaven pouvait même passer pour délicieuse, mais celle-ci avait un goût pire que la boue d’un égout. Il se força à l’avaler, se répétant qu’il serait plus pénible encore de mourir de faim ; pourtant, même avec sa volonté de fer, il dut émousser ses sens par la méditation pour parvenir à tout manger.
Alors qu’il restait là, perdu dans son monde et s’efforçant d’ignorer la réalité, il sentit soudain la terre trembler de nouveau sous lui. Une pulsation d’énergie cramoisie apparut dans son champ de perception, se tordant et se débattant comme si elle souffrait terriblement. Cela le tira de sa torpeur ; cette aura ressemblait à celle qui s’était manifestée lors de l’évolution de l’Arbre de Vie, et il fut envahi d’excitation. Le mélange de crainte révérencieuse, de peur et de confusion qu’elle suscitait indiquait que cette énergie semblable à du sang renfermait les lois du plan !
Sa forme spirituelle se précipita aussitôt pour capturer cette pulsation d’énergie, mais, dès qu’il entra en contact avec elle, une douleur brûlante lui traversa l’esprit. Cette minuscule gouttelette contenait une puissance déferlante, presque comparable à une marée.
Pourtant, cela ne fit qu’accroître son excitation. Dans un plan mourant comme la Terre du Crépuscule, une énergie aussi condensée ne pouvait provenir que du noyau du plan. D’ordinaire, la volonté du plan limitait la quantité d’énergie qu’une compétence légendaire pouvait invoquer ; mais, cette volonté étant morte, les chances qu’une partie de cette énergie s’échappe augmentaient de façon exponentielle. Le plan lui-même consommerait bien plus d’énergie qu’il ne pouvait en créer, se desséchant lentement jusqu’à s’effondrer. La sensation de brûlure venait du conflit entre les lois du plan et sa propre puissance.
C’était l’occasion ultime de sonder plus avant le domaine des lois, bien meilleure que celle qui s’était présentée lors de l’évolution de l’Arbre de Vie. Endurant la douleur, Richard força la pulsation d’énergie à pénétrer dans son corps.
Toutes ses lignées sanguines se mirent aussitôt à trembler, agitées, devant l’immense puissance de l’énergie originelle. Il s’efforça d’en extraire brin après brin et de l’absorber, mais la majeure partie fut perdue à cause du conflit entre les lois. Cela ne signifiait pas pour autant que tout avait été vain : même l’énergie détruite lui permettait d’analyser plus avant les lois de ce plan.
Malheureusement, la pulsation d’énergie avait été trop brève. Son analyse s’arrêta dès le seuil, sans même lui permettre de déterminer combien de lois régissaient ce plan. Une quantité colossale d’informations y était dissimulée, mais il lui en fallait bien davantage pour en discerner ne serait-ce que les grandes lignes.
S’il parvenait à percer ce mystère, il ne serait plus qu’à un pas de toucher au domaine des lois. Cependant, il ne pouvait même pas imaginer quelle quantité d’énergie du noyau il devrait absorber pour y parvenir.
Tandis qu’il analysait l’énergie du noyau, l’arbre-monde de son affinité astrale se mit soudain en mouvement. Les racines qui touchaient sa lignée sanguine Archeron s’agitèrent frénétiquement, s’emparant des vestiges de l’énergie du noyau et s’efforçant de les absorber. La pulsation d’énergie semblait irradier une terreur pure, qui culmina en un cri perçant, capable, à ce qu’il semblait, de déchirer l’esprit. Il ne restait que peu d’énergie, mais elle réduisit pourtant couche après couche de racines en cendres, avant de s’éteindre.
Le tronc astral trembla sous la douleur intense, mais sa taille considérable finit par lui donner l’avantage dans cette lutte d’usure. Richard, resté hébété quelques instants, reprit vite ses esprits et mobilisa toute sa réserve de mana pour le soutenir. Les racines de l’arbre finirent par encercler entièrement la pulsation originelle, puis l’absorbèrent.
Une fois l’énergie du noyau absorbée, l’arbre-monde s’immobilisa rapidement. Toutes ses feuilles cessèrent de remuer, et ses racines brisées ne commencèrent même pas à se régénérer. Pourtant, Richard en fut plutôt ravi. Tout indiquait que l’arbre entrait en hibernation, probablement en vue d’une percée.
Richard n’avait même pas prévu de faire progresser l’une de ses affinités jusqu’au cinquième niveau avant de franchir le pas et de devenir grand mage ; sa lignée sanguine de lune d’argent semblait bloquée au quatrième. Que son affinité la plus importante franchisse cette étape fut une agréable surprise.