Chapitre 715
Un long voyage
Quand la vouivre atteignit enfin l’île Archeron, Richard n’en put plus et s’évanouit. Toute l’île fut plongée dans la frénésie.
Lorsqu’il se réveilla, une journée s’était écoulée. Plusieurs visages familiers ou inconnus se trouvaient à son chevet ; parmi ceux qu’il reconnut, il y avait le vieux majordome, Coco et Fuschia. Il leur sourit pour les rassurer, puis se redressa et s’assura que tout allait bien avant de prendre dans ses bras tous ceux qui le méritaient.
Dès que la situation sur l’île se stabilisa, il s’assit rapidement pour écrire deux lettres. La première était destinée à Flowsand et fut aussitôt envoyée à Faelor par un émissaire. La seconde était pour Mountainsea ; il la remit au majordome en lui demandant de la faire parvenir dans un an.
Il avait gardé un sourire parfait tout du long. Tout le monde, Fuschia comprise, l’avait trouvé calme, patient, aimable et charismatique, respectueux et bienveillant envers chacun. C’était tout simplement un chef parfait. Lui seul trouvait étrange d’avoir réussi à garder ce sourire.
Une fois les préparatifs et les dispositions achevés, Richard fit ses bagages, qui se résumaient à quelques effets personnels, et se prépara à partir. Il n’était pas Gaton ; il ne pouvait ni plaisanter ni se montrer généreux, mais il avait son propre style et ses propres convictions.
Il était Richard, pas Gaton… Il prit ses quelques effets personnels et partit pour l’île d’Orléans, en direction de la Terre du Crépuscule.
……
La décision de Richard avait peut-être été soudaine et pris tout le monde au dépourvu, mais il avait, comme toujours, tout prévu avec minutie. Toute l’île Archeron était en pleine effervescence pour exécuter ses ordres ; le vieux majordome parcourait une longue liste de tâches, qu’il cochait une à une tout au long de la journée.
Faus l’apprit rapidement, et il redevint le sujet de toutes les conversations. Certains attendaient qu’il accomplisse un nouveau miracle sur les champs de bataille du désespoir, tandis que d’autres le maudissaient et lui souhaitaient de mourir sans jamais revenir. Mais il était déjà parti.
Les ordres concernant l’équipement et le matériel parvinrent à Nyris, Neil et à la Famille d’Orléans dès le lendemain matin. Des cargaisons entières de fournitures furent expédiées au Château de la Rose Noire afin d’armer les soldats Archeron. Même s’il partait, Richard comptait tenir sa promesse et les mener à la conquête. Senma et Asiris recevraient bientôt de nouvelles ressources et des soldats pour soutenir leurs efforts de guerre, ce qui stabiliserait au moins leurs positions.
Quand les cavaliers qu’il avait empruntés à Alice lui furent rendus, ils étaient désormais armés jusqu’aux dents. Ils éprouvaient une drôle de sensation : jamais auparavant un renfort de puissance aussi immédiat ne leur avait paru si considérable. Autrefois, ils s’étaient souvent moqués de ceux qui s’équipaient lourdement : plus l’armure de l’ennemi était épaisse, plus celui-ci craignait la mort. Mais ils étaient maintenant de véritables forteresses mobiles, plus résistantes que tous les ennemis qu’ils avaient rencontrés, et armées d’épées précieuses, plus tranchantes et plus solides.
C’était la manière de faire de Richard. S’il leur avait directement offert de l’or, ces Archeron fiers, qui avaient remporté d’innombrables batailles sous les ordres d’Alice, l’auraient simplement refusé. Les chevaliers de la Lance d’ombre et les chevaliers runiques de Richard avaient été le fer de lance de la plupart de leurs batailles. De plus, la Famille Mensa était l’ennemie qui avait tué le précédent chef de famille. Gaton avait éveillé son vrai nom ; c’était le plus grand guerrier de la famille, qui avait déjà gagné sa place au sommet des tombeaux familiaux. Tuer les ennemis qui avaient abattu une étoile aussi brillante était déjà une récompense en soi.
Richard avait toutefois découvert leur point faible. Ils considéraient l’or comme de la boue, mais accordaient à leur équipement plus de valeur qu’à leur propre famille. Il leur avait donc versé une solde moyenne pour les jours passés à la guerre, puis dépensé des milliers de pièces d’or en armes et en armures qu’ils ne pouvaient refuser.
Équipés par Richard, les soldats d’élite d’Alice renforcèrent considérablement sa puissance. Elle était une Archeron qui avait éveillé son vrai nom ; même si elle n’était pas une sainte, il faudrait une grande puissance pour la vaincre. Richard pouvait être tranquille : elle s’en sortirait.
……
Lina continuant de tenir le fort au Château de la Rose Noire, certains des suivants de Richard avaient été retirés de Faelor pour se rendre sur le Plan forestier.
À Faelor, le nom du Duché cramoisi s’était répandu partout. La réputation des suivants de Richard les plus remarquables, comme Gangdor et Tiramisu, s’était accrue en même temps. Tout le monde savait que le Duché cramoisi rassemblait en son sein un grand nombre de saints, si puissants que même les guerriers de rang semi-légendaire en ressortaient abattus.
Les appels à renverser le Duché s’étaient élevés dans tout l’Empire du Triangle de fer, mais ils furent vite étouffés. Tous croyaient désormais l’évaluation de Salwyn : il serait presque impossible de vaincre Richard sans disposer d’au moins trois fois plus d’hommes. Mais il était bien trop tard pour réunir une telle armée ; vu les effectifs actuels de Richard, il leur en faudrait une de 200 000 hommes !
Même pour un pays aussi puissant que l’Empire du Triangle de fer, réunir une armée de cette taille serait une entreprise difficile. On ne pouvait pas envoyer au combat une bande de vauriens inexpérimentés : ils n’auraient qu’un effet minime. Cependant, s’ils rassemblaient tous leurs soldats pour attaquer, la Baie de Walvis se retrouverait aussitôt menacée. Et l’Église du Dragon éternel en profiterait pour passer à l’offensive.
Les suivants de Richard poursuivaient leur route à travers les plaines barbares. Le célèbre général Andrieka avait de nouveau fait son apparition, accompagné de son mystérieux conseiller vêtu de noir. Andrieka n’avait pas beaucoup de troupes, mais la plupart provenaient de la mère-ponte. Il ne s’agissait que de guerriers barbares de niveau 10, sans commune mesure avec les soldats d’élite de Richard, mais ils disposaient d’un grand avantage en matière de moral et d’équipement. Leurs pertes n’avaient aucune importance : la mère-ponte pouvait désormais en produire une douzaine par jour.
La stratégie d’Andrieka dans les plaines ancestrales différait de celle qu’il avait employée lors de la guerre sainte. Cette fois, ses formations avançaient avec davantage de patience et de fermeté, sans commettre la moindre erreur, même lorsque les combats s’éternisaient pendant des jours. Les tribus barbares voisines rassemblèrent leurs guerriers les plus redoutables et les poursuivirent pendant dix jours avant de comprendre qu’il s’agissait d’un piège. Les aigles blancs qui volaient au-dessus d’eux se mirent soudain à encercler le cerveau cloné, tandis qu’une autre petite armée les prenait par-derrière, prenant en tenaille les barbares déjà en difficulté.
Les barbares avaient subi de lourdes pertes : sur leur armée de 3 000 hommes, seuls quelques centaines avaient survécu. Toutes les tribus dans un rayon de cent kilomètres furent entièrement anéanties. Puis l’armée d’Andrieka enfonça les défenses de la plus puissante tribu locale et détruisit son temple.
Le cerveau cloné s’empara rapidement de l’autel et de l’idole d’un dieu ancestral inconnu, puis s’envola vers la lointaine Terre du Tumulte, tandis qu’Andrieka demeurait dans les plaines pour encercler et anéantir les autres tribus barbares. Il renvoyait également sans cesse les captifs au Duché cramoisi ; ces barbares robustes seraient ensuite vendus comme esclaves aux différents royaumes humains. La majeure partie du commerce d’esclaves dans l’ouest de Faelor provenait des Terres ensanglantées, et Richard s’employait désormais activement à le développer.