Chapitre 671
Le combat commence (2)
« Ici ? » Richard regarda autour de lui, stupéfait. C’était une terre noire et rouge, où flottait une odeur de soufre, et des centaines de milliers de pierres tombales leur servaient de spectatrices. Ce n’était pas vraiment le lieu le plus romantique qui soit.
« Ici ! » Alice prit soudain un ton résolu. « Nous sommes deux membres de la famille Archeron, et nous accomplissons nos devoirs traditionnels. Il n’y a pas de meilleur endroit que la terre sacrée de notre famille ! »
En voyant le feu dans les yeux de sa nouvelle partenaire, ses cheveux cramoisis presque dressés sous l’effet de sa passion, Richard ne trouva tout simplement aucune raison de la contredire. Bien qu’encore quelque peu étonné par ses paroles, il finit par acquiescer d’un grognement.
Alice se redressa et demanda froidement : « Qu’est-ce que tu attends ? Ces vêtements ne vont pas s’enlever tout seuls, tu sais. »
Pourquoi ne peux-tu pas les enlever toi-même ? Richard ouvrit la bouche, mais décida de garder cette pensée pour lui. À la place, il s’approcha du corps raide d’Alice, qui se tenait là comme une lance plantée en terre. Il se souvint, quelque peu amusé, qu’elle mesurait une demi-tête de plus que lui lorsqu’il était arrivé à Faust. À présent, c’était exactement l’inverse ; après l’œuf d’hydre et les divers repas dont on le régalait, il avait pris assez de muscles pour la rattraper.
En observant la femme solennelle, Richard éprouva soudain une étrange impression. Son expression, l’atmosphère, l’endroit… tout n’allait pas pour ce qui était sur le point d’arriver. Sans aucun doute, les choses n’allaient pas se dérouler sans accroc.
Lorsqu’il tendit les mains pour la déshabiller, elles se dirigèrent naturellement vers sa poitrine. Mais à l’instant où ses doigts touchèrent ses gros seins, tout le corps d’Alice trembla et elle lui saisit les mains avec la rapidité de l’éclair. « Ce n’est que du sexe, pas vrai ? On n’est pas obligés de se mettre nus. Enlève juste mon pantalon d’abord ! »
Les paroles d’Alice étaient directes et intrépides, mais Richard avait l’impression de regarder un lapin effarouché. Il hocha la tête et desserra sa ceinture sans rencontrer la moindre résistance ; son pantalon tomba. Cependant, au moment où il allait retirer le sien, il vit soudain le genou d’Alice tressaillir. Le mouvement était subtil, mais des années de combat avaient aiguisé ses réflexes : il s’écarta en un éclair.
« Qu’est-ce que tu fais ?! » demanda-t-il. Ce genou avait visé son entrejambe. Il aurait préféré avaler deux œufs d’hydre d’un coup plutôt que de subir pareil supplice.
« Je n’en ai juste pas l’habitude, je ne t’aurais pas vraiment donné un coup de pied. Qu’est-ce que tu es, un bébé ? » se moqua Alice.
Richard ne crut pas un seul mot de ce qu’elle disait. Si elle n’avait réellement pas eu l’intention de le frapper, son instinct ne se serait pas déclenché aussi violemment. Il revint près d’elle, mais cette fois, il s’avança avec prudence.
Comme prévu, les choses ne se passèrent pas bien.
Alors qu’elle venait à peine de retirer son pantalon, Alice changea soudain d’avis et exigea qu’il soit entièrement nu avant d’enlever ses sous-vêtements. Agacé, mais conciliant, Richard s’exécuta pour en finir.
Quelques instants plus tard, elle se mordit les lèvres et contempla un moment son corps musclé, avant de se jeter agressivement sur lui. Mais…
« Hein ? Pourquoi… Pourquoi tu t’enfuis ? Comment veux-tu qu’on le fasse si tu ne te déshabilles pas ?! » La confusion de Richard se mua peu à peu en colère, mais il lui fallut un bon moment pour la rattraper.
« D’accord, reprit soudain sa voix. Ici, ça ira. Allez, arrête de traîner ! »
« C’est moi qui traîne ?! »
« Bien sûr ! »
« … Très bien. Ne bouge pas, je vais essayer de faire vite. Écoute, ce n’est pas aussi effrayant que tu l’imagines. En fait, c’est plutôt si— AÏE, C’EST QUOI CE BORDEL ? »
« J… j’ai mis trop de force sans le vouloir. Enfin, tu vas bien, pas vrai ? Pas vrai ? »
« Tu… » Un gémissement étouffé résonna dans le cimetière. « Tu essaies de me tuer ? »
« Ce n’était pas intentionnel. Allez, continuons. Ne fais pas ta chochotte, relève-toi. Je sais que tu peux le faire ! »
« … Tu viens de me donner un coup de pied… »
« Pourquoi se chamailler autant ? Viens, j’ai hâte. »
Un peu plus tard…
« ALICE ! » Un rugissement retentit dans le volcan. « QU’EST-CE QUE TU ESSAIES DE FAIRE, BON SANG ? »
« R-rien du tout ! Regarde, je suis prête à nouveau. »
« Combien de fois as-tu été prête, au juste ? »
« C’est la première fois ? J’ai oublié ! »
Encore un peu plus tard…
« Alice, qu’est-ce qui se passe, exactement ? »
« Rien, rien ! Tout se passe bien, non ? Regarde, tu n’as rien sur toi, moi non plus, et il n’y a personne d’autre ici. Tout est parfait, pas vrai ? »
« Écoute, si tu ne veux pas être ma partenaire, je ne vais pas te forcer. Tu sais bien que je n’avais pas ça en tête. »
« Alors pourquoi m’as-tu acceptée, après ? »
« Parce que tu as dit que ce serait un excellent moyen de renforcer nos liens ! »
« Oui, alors n’hésitons pas et continuons ! »
« Continuer ? On n’a même pas commencé ! »
« Ah bon ? Alors commençons tout de suite ! »
« Alors il faut que tu arrêtes de t’enfuir ! »
… Encore un peu plus tard…
« Alice… »
« Quoi ? »
« Tu… »
« C’était… un simple réflexe. Je ne peux pas vraiment le contrôler. Désolée, il va falloir que tu fasses plus d’efforts. Une fois la première fois passée, je ne pense pas qu’il y aura d’autres problèmes… »
« D’accord, j’ai compris. Alors, lutte autant que tu veux. Arrête d’essayer de te maîtriser. »
« Hein ? Pourquoi ? »
« Parce qu’on ne commencera jamais si tu ne finis pas par manquer d’énergie. »
« D’accord, fais attention. »
« AAH ! »
Bien plus tard, Alice titubait entre les pierres tombales. Son corps nu tranchait durement avec le paysage noir et rouge ; ruisselante de sueur, elle buta sur un obstacle, ses jambes fléchirent et elle s’effondra, impuissante.
Richard s’approcha par-derrière. Il était tout aussi épuisé, mais ses pas demeuraient fermes. Bien qu’il fût mage, l’œuf d’hydre qu’il avait mangé et les lois absorbées auprès de l’Arbre de Vie avaient renforcé l’affinité régénératrice de son sang elfique. Alice n’avait plus d’énergie, mais lui pouvait encore tenir quelque temps.
N’en pouvant plus de cette comédie, il se pencha sur elle, ajusta rudement sa position et la plaqua au sol avant de s’allonger sur elle.
Un cri de douleur retentit dans le volcan…
« Enfin… » Richard poussa un long soupir.
« Enfin… » gémit Alice d’une voix presque inaudible.
Lorsqu’ils sortirent du cimetière, le lendemain matin était déjà bien avancé. Leurs « ébats » avaient duré tout un après-midi et toute une nuit, mais ils n’avaient consacré que dix minutes au sexe proprement dit.
Fuschia se précipita vers Alice dès qu’elles eurent franchi le portail, les yeux rougis par une nuit blanche. Elle fixa sa maîtresse d’un air absent pendant quelques instants, puis demanda : « Tu… l’as fait ? »
« C’est exact », répondit Alice en hochant la tête.
La joie et le chagrin traversèrent le visage de Fuschia. Elle finit par soupirer : « Toi… Je ne pensais pas que tu irais si vite. Je suis désolée de ne pas avoir pu t’aider. »
Alice sourit et tapota la tête de sa suivante. « Ne t’inquiète pas, je vois toujours clair dans les choses que je veux. »
Richard se tenait à côté d’elle, l’air désapprobateur. Sans sa puissante régénération, elle l’aurait semé et se serait simplement enfuie. Il ne faisait pas le poids face à elle dans un combat frontal, et sa peur irrationnelle du sexe lui avait presque tout fait endurer. Il espérait que les prochaines tentatives seraient moins difficiles.
Ses sourcils tressaillirent lorsqu’il entendit ses vantardises, mais il parvint à se retenir de la démasquer devant une subordonnée. Heureusement, Alice comprit elle aussi qu’elle fanfaronnait un peu trop. Fuschia pouvait lire en elle mieux que quiconque ; aussi poussa-t-elle prestement l’autre femme hors du bureau. « Nous avons encore des choses à discuter, ne t’inquiète pas. Va me chercher quelque chose à manger. »
Cela fait, Alice s’approcha et sauta sur la table. Elle croisa les bras devant sa poitrine puis jeta un regard à Richard. « Alors, comment comptes-tu gérer notre relation, maintenant ? »
« Je vais répondre à ta question, mais c’est ma place. »
« Oh ? Je comprends pourquoi, elle est agréable. Mais alors ? Tout ce qui est à toi est aussi à moi, maintenant, non ? »
Richard décida de passer outre son impertinence et répondit à la question comme il l’avait résolu depuis longtemps : « Alliés et partenaires pour la vie. Si tu ne m’abandonnes jamais, je ne changerai jamais non plus. »
Alice renifla et fit la moue. « La première phrase aurait suffi. Ça aurait été tellement plus touchant. Tu ne sais vraiment pas t’y prendre avec les filles. »
« Oui, et tu es bien placée pour me le dire. »
« Hé, c’est instinctif, bébé. Ça n’a rien à voir avec ton expérience. » Alice n’éprouvait pas la moindre honte.
À la nuit tombée, quelques griffons emmenèrent Alice et Fuschia loin de là. Richard retourna ensuite à Faelor avec trente candidats chevaliers runiques qu’Alice lui avait fournis.
De l’extérieur, tout semblait parfaitement paisible. Personne ne se doutait qu’une alliance cruciale venait d’être scellée au sein de la famille Archeron.