Chapitre 663
Déjà influent
La situation dans le Plan forestier finit par se stabiliser. Pourtant, de retour à Norland, Richard ne trouva que de nouveaux problèmes.
La première nouvelle qu’on lui annonça fut que le Conseil de la famille Archeron avait proclamé le recrutement de fantassins et de chevaliers runiques au Château de la Rose Noire. Une autre annonce lui ordonnait de remplir ses devoirs de membre du clan, notamment en leur fournissant des fonds et des runes.
Cette manœuvre du conseil était bien plus habile que la précédente. La plupart des guerriers Archeron libres étant trop occupés par leurs aventures pour se soucier des changements de pouvoir, ils pouvaient tromper nombre de ceux qui se présenteraient au recrutement et leur faire croire qu’ils étaient désormais l’autorité suprême de la famille.
Bien sûr, Richard trouvait cela risible. Hormis l’obligation d’assurer la continuité du sang familial, les traditions Archeron n’imposaient aucun autre devoir aux membres de la famille. Pour qu’on les prenne au sérieux, il aurait d’abord fallu calculer combien Gaton avait dépensé pour élever et former les familles de branche jusqu’à en faire des puissances respectables. Richard décida néanmoins de limiter les dégâts. En passant par la famille royale et l’assemblée, il publia coup sur coup cinq annonces déclarant que ce prétendu conseil de famille était totalement illégal. Il leur accorda un mois pour restituer le Château de la Rose Noire et verser 100 000 pièces d’or pour son entretien.
Il se montra bien moins clément envers le général Ibra, commandant de la garnison du château. Si l’homme se rendait dans les dix jours, il serait simplement rétrogradé au rang de chevalier titré et banni de la famille. Dans le cas contraire, il serait traité en rebelle, dépouillé de tous ses titres de noblesse, puis toute sa famille serait exterminée pour ses crimes.
La détermination de Richard était manifeste. Comme l’avait dit l’empereur Philip, le jeune Archeron commençait à montrer les crocs.
La nouvelle circula par les deux principaux canaux et, en quelques jours, presque toute l’Alliance sacrée en avait eu connaissance. Le Conseil de la famille Archeron ne souffla mot, comme s’il reconnaissait les accusations ; ceux qui connaissaient les affaires de la famille savaient toutefois que c’était simplement faute d’argent. Envoyer une annonce par l’un des grands canaux coûtait 100 000 pièces d’or. En les accaparant pendant cinq jours entiers, Richard avait donc dépensé un million de pièces d’or. Le conseil n’avait pas les fonds nécessaires pour rivaliser.
Cette extravagance rendit certes plus fréquentes les discussions sur son ascension fulgurante, mais elle produisit de bons résultats. Tous les étrangers retirèrent aussitôt leur soutien au conseil, sachant que quiconque dépensait un million de pièces d’or en annonces était assurément prêt à faire la guerre. Comme le conseil était incapable de répondre de la même manière, il était évident que Richard avait l’avantage financier.
Richard n’avait pas le temps de se préoccuper de tout cela. À peine eut-il payé les annonces qu’il se rendit dans ce qu’on aurait considéré comme un restaurant de second ordre du quartier des affaires de Faust. Deux grands mages se trouvaient dans une salle du premier étage, mais ils ne faisaient qu’escorter la personne qu’il venait rencontrer. Vous lisez sur novelрing.com, la source officielle.
Neil, le second prince.
Richard parcourut la salle du regard, puis prit place en face de Neil et demanda d’un ton indifférent : « Je me demande pourquoi vous avez tant tenu à me rencontrer, Votre Altesse.
Neil sourit comme à son habitude. « Rien ne presse, nous pouvons parler affaires plus tard. Mangez donc ! » Il agita la main et les serviteurs qui attendaient à proximité entrèrent en foule, les bras chargés de plats. Bien qu’il s’agît d’un restaurant de seconde classe, les mets et les boissons étaient tous préparés à partir d’ingrédients rares, encore plus raffinés que ceux servis lorsque Nyris et Agamemnon avaient été invités à dîner.
À cette vue, Richard hésita. Chaque bouchée valait des milliers de pièces, Neil avait forcément quelque chose à lui demander. Pourtant, le second prince balaya la question d’un geste désinvolte. « Mangez ! Ce n’est qu’un petit rien.
Après un bref instant de réflexion, Richard décida finalement de se mettre à table. Avec ses revenus actuels, il pouvait sans problème payer un repas pareil. Même si les négociations échouaient, il aurait de quoi régler l’addition et partir. Il lui restait deux offrandes suprêmes, une autre offrande supérieure et des dizaines de millions de pièces d’or, sans compter ses revenus réguliers jusqu’à la fin de l’année. Sa fortune rivalisait déjà avec celle de certaines des familles les moins puissantes de Faust.
Après le repas que l’empereur lui avait offert, Richard savait combien les aliments précieux pouvaient compter. Une occasion de devenir plus fort simplement en mangeant était rare ; même s’il avait l’argent, il n’avait pas les relations nécessaires pour se procurer ces denrées.
Voyant Richard manger sans retenue, Neil sourit de plus belle. Il agita sa grande main et invita les deux grands mages à se joindre à eux. Les plats disparurent dans leurs gosiers tandis qu’ils les engloutissaient comme de petits tourbillons. L’empereur Philip avait toujours accordé de l’importance à l’appétit et à la vitesse à laquelle on mangeait pour juger de la valeur de quelqu’un ; il semblait que Neil eût hérité de cette philosophie.
En quelques minutes, l’immense assortiment de plats qui couvrait la table fut nettoyé. Richard en mangea un tiers à lui seul, bien plus que les autres, mais seulement parce qu’il en avait eu l’occasion. Il sentit alors une faible chaleur circuler dans son corps, signe que son physique venait une nouvelle fois de se renforcer.
Il prit la serviette d’un blanc de neige posée près de lui et s’essuya soigneusement la bouche avant de déclarer avec élégance : « Très bien, Votre Altesse. Maintenant que nous avons fini, que me voulez-vous ?
Les deux grands mages laissèrent paraître une colère fugace, mais Neil ne sembla pas s’offusquer de sa franchise. Il conserva son sourire habituel et reprit : « Je sais que vous prêtez main-forte à Nyris depuis quelque temps. Ses points ont grimpé à une vitesse incroyable, et cela m’a quelque peu décontenancé.
Richard fronça à peine les sourcils. « Cela devrait être conforme aux traditions de la famille royale, n’est-ce pas ? Ai-je commis la moindre erreur ? Suivez les derniers chapitres sur novelping.com.
— Non, bien sûr que non. Mais… » Neil se pencha légèrement en avant et le regarda droit dans les yeux. Ce simple geste le rendit plus menaçant aux yeux de Richard que les deux grands mages présents. « Vous avez rompu l’équilibre, ce qui représente une menace pour tout le monde. Nyris n’en tirera pas forcément profit.
Richard hocha la tête, devenu grave, et se pencha à son tour pour écouter attentivement. Nyris lui avait parlé du système de points, mais les paroles de Neil avaient éveillé son intérêt. Il voulait connaître le point de vue du prince en tête du classement.
« À l’origine, le système de points devait permettre aux princes ayant un droit à la succession de tirer des leçons de leurs expériences et de progresser. En pesant le pour et le contre de leurs choix, en cherchant à optimiser leur gain de points, nous devions finir par trouver la bonne voie. Mais vous avez propulsé Nyris trop vite ; il n’acquiert pas assez d’expérience. C’est également injuste pour nous, les autres concurrents. N’oubliez pas que vous êtes aussi le runemage royal.
— Et en tant que runemage royal, je suis certain que l’empereur tire bien plus de profit de mes services que moi des siens. D’ailleurs, je pense que les deux autres empires me réserveraient un meilleur traitement.
— Vous ne partiriez pas, affirma Neil avec assurance.
— Et pourquoi donc ?
— Parce que Son Excellence Sharon est la gardienne de l’Alliance. Tant qu’elle restera liée à nous, vous le resterez aussi. De plus, vous êtes le chef de la famille Archeron ; je ne crois pas que vous puissiez abandonner l’héritage du marquis Gaton à sa destruction.
Richard garda le silence ; Neil avait vu juste. Sharon ne s’entendait pas avec l’Empire de l’Arbre Sacré, il ne s’y rendrait donc jamais. L’Empire millénaire n’était pas un mauvais choix, mais il était tout de même le patriarche des Archeron. Le titre était autoproclamé, certes, mais quel chef Archeron ne l’était pas ? Tant qu’il écrasait toute opposition, le poste lui revenait.
« De plus, Richard, que vous l’admettiez ou non, votre statut de runemage royal vous a apporté bien davantage. Il a dissuadé vos ennemis et les a forcés à respecter la loi. Peu importe à quel point ils voudraient vous assassiner, ils ne peuvent pas le faire tant que vous êtes à Faust. Et je suis convaincu que vous saurez vous défendre contre ceux qui vous attaqueront de front.
Cette remarque fit ricaner Richard. « Ah oui ? Alors, qu’en était-il de ce duel avec la famille Mensa ? »