Chapitre 661
Essence du bosquet
La cinquième loi était tout aussi énigmatique. Richard s’y essaya à plusieurs reprises, mais dut finalement y renoncer. La sixième, en revanche, était assez facile à comprendre et il en vint rapidement à bout. Le temps passa ainsi lentement, tandis qu’il étudiait toutes les lois qu’il avait repérées. Parfois, il comprenait sans difficulté ; mais la plupart de ses tentatives échouaient.
Un demi-mois plus tard, l’arbre de vie se mit à luire d’un blanc éclatant et répandit son énergie vitale alentour, suscitant de nombreuses exclamations de surprise. Son évolution était terminée, et les jours suivants seraient consacrés au durcissement de son écorce neuve. Tous ceux qui se tenaient près de l’arbre furent soudain coupés de la source du Plan forestier, contraints d’attendre la prochaine occasion d’appréhender ses lois.
Nyris bondit aussitôt sur ses pieds et se mit à crier de joie. À son expression, il avait probablement touché à ces lois et en avait compris plusieurs. Agamemnon, assis à côté de lui, était plutôt calme en comparaison, mais un léger sourire se dessina lui aussi sur son visage.
Flowsand, Io et Nyra semblaient plongés dans leurs pensées, tandis que Phaser et Waterflower demeuraient immobiles, comme hébétés. Gangdor enfouissait la tête dans ses mains en marmonnant, et les têtes de Tiramisu se chuchotaient des choses. Il semblait que tous ses compagnons avaient tiré quelque bénéfice de cette expérience.
Richard eut un pincement au cœur en songeant que Zendrall avait manqué cette occasion. Hélas, une énergie vitale aussi puissante aurait gravement blessé le nécromancien. Le cas de Zangru était semblable. Si même des sorts de guérison pouvaient lui causer une douleur immense, difficile d’imaginer comment il aurait réagi à une énergie vitale aussi intense.
Tandis qu’il soupirait et laissait sa conscience revenir de cet océan d’émeraude, la voix de l’arbre de vie résonna dans son esprit : « Noble visiteur, souverain de ce monde désigné par le destin, je vous prie de pardonner mon impuissance. Je suis consterné que l’Arbre-Monde ait rompu le pacte et m’ait attaqué avec des forces si nombreuses. Mais, en raison de mon alliance avec vous, je ne peux rallier les miens pour le détrôner. Cet incident invalide tous les souvenirs que la volonté du plan a imprimés en moi. Je ne peux prévoir avec exactitude la puissance des ennemis que j’attirerai lors de ma prochaine évolution. »
« Quels ennemis suis-je censé affronter ? Combien seront-ils ? » demanda Richard.
« Je vous prie de m’excuser, je l’ignore. Je ne peux obtenir ces informations qu’à la veille de mon évolution. »
« Et combien de temps cela prendra-t-il ? »
« Comme je peux désormais absorber le souffle de vie sans danger, ma croissance sera plus rapide que je ne l’avais prévu. Je pourrai évoluer de nouveau dans cinq ans. »
« Cinq ans, hein ? C’est bien. » Voilà qui était une excellente nouvelle. Cinq ans dans le Plan forestier ne représentaient que quelques mois sur Norland.
« Souverain désigné par le destin, j’ai un présent pour vous remercier de m’avoir protégé. Venez. » Une liane verte descendit de la cime et s’enroula pour former une plateforme où Richard put prendre place. Elle le hissa jusqu’à une fissure du tronc, près de la cime, et le laissa pénétrer dans un tunnel sombre qui s’enfonçait en spirale vers un espace mystérieux.
C’était une salle circulaire assez vaste, d’une douzaine de mètres de circonférence et haute de vingt mètres. Des cristaux aux arêtes acérées étaient enchâssés dans les parois de bois et diffusaient une douce lumière blanche teintée de vert. La salle en était parfaitement éclairée.
Un cœur vert étincelant, large d’une dizaine de mètres, pendait au plafond. De nombreuses lianes épaisses le recouvraient et palpitaient lentement. « Voici mon noyau, et là, mon cœur », résonna la voix de l’arbre dans l’esprit de Richard, mais celui-ci l’avait déjà deviné depuis quelque temps. Retrouvez le chapitre original sur NovelPing.
Le cœur trembla légèrement. Un liquide vert visqueux suinta de l’intérieur et se rassembla en une grosse goutte à sa pointe. Celle-ci se solidifia lentement en un cristal de la taille du poing d’un enfant, puis tomba aux pieds de Richard. Il se pencha pour le ramasser et aperçut un liquide vert vif qui tourbillonnait dans sa coque solide. Malgré cette enveloppe protectrice, il sentait l’intense rayonnement de l’énergie vitale qu’il renfermait.
« C’est l’essence du bosquet, une énergie vitale condensée au cours de mon évolution. Elle peut prolonger votre jeunesse, vous insuffler de l’énergie et renforcer tout pouvoir lié à votre âme. Je ne peux en créer qu’une seule à chaque évolution. »
« Comment l’utiliser ? »
« Il suffit de l’avaler. »
« Hum… À ce propos, auriez-vous d’autres moyens de préserver sa jeunesse ? En dehors du fruit de vie, je veux dire. » La question de la jeunesse rappela à Richard un livre qu’il avait lu sur les arbres de vie.
L’arbre répondit par l’affirmative. Il pouvait faire pousser une certaine sorte de feuilles qui raffermissaient la peau et permettaient de garder une apparence jeune pendant dix ans. Toutefois, il ne pouvait en produire que huit à dix, et elles n’avaient aucun effet sur les organes internes. Puis, comme Richard avait évoqué le fruit de vie, l’arbre précisa que sa production aurait un an de retard à cause des dégâts subis pendant l’évolution. Il n’aurait pas besoin de se rétablir pendant une décennie ou quoi que ce soit de ce genre, mais il lui faudrait tout de même du temps pour se remettre.
Le seul avantage immédiat était que l’arbre pouvait désormais repousser la volonté de la forêt sur une plus grande distance. Pour le reste, il faudrait attendre qu’il ait récupéré. Richard ne voyait toutefois aucun inconvénient à patienter quelque temps.
Lorsque Richard et ses compagnons firent le bilan de la bataille, ils constatèrent que leurs pertes avaient été lourdes. Aucun personnage important n’avait péri, mais la moitié des guerriers avaient été tués, et Nyris avait perdu deux chevaliers runiques. Heureusement, Flowsand, Io et Nyra avaient permis à la plupart des blessés graves de survivre. Nombre d’entre eux pourraient même retourner un jour sur le champ de bataille.
Les cadavres des corbeaux piqueurs et des araignées mangeuses d’oiseaux furent répartis en deux tas. La chrysalide astrale dévora toutes les araignées sans en laisser la moindre trace. Les autres drones lui convenaient parfaitement comme nourriture, et elle pouvait en stocker suffisamment pour qu’un seul repas la sustente pendant des mois. Quant aux corbeaux piqueurs, on en récupéra les becs intacts et d’autres matériaux utiles avant de les soumettre au même sort. Richard chargea ensuite un groupe de chevaliers d’escorter la chrysalide jusqu’à Faelor, où la mère de la couvée pourrait achever son analyse des corbeaux piqueurs.
Une fois toutes les affaires réglées, Richard, Flowsand, Nyris et Agamemnon se réunirent dans l’une des cabanes perchées récemment reconstruites et contemplèrent, hébétés, l’essence du bosquet.
« Qu’en pensez-vous ? » finit par demander Richard.
« C’est une offrande de premier ordre », commenta Flowsand.
« Elle vaut au moins dix millions ! » estima Agamemnon. Ce chapitre a été copié depuis novelping.com sans autorisation.
« Très envoûtante ! » ajouta Nyris, sans rien apporter de plus à la conversation.
Richard finit par l’estimer à dix millions de pièces d’or et, profitant de cette valeur monétaire commode, l’acquit en offrant trois ensembles de runes à Nyris et à Agamemnon. Après un rapide calcul mental, il se rappela qu’il disposait désormais de trois offrandes de premier ordre.
« Non ! » Flowsand comprit aussitôt ce qu’il avait en tête. « Tu ne vas pas l’offrir au vieux dragon. »
Nyris acquiesça : « Peu de choses peuvent libérer le pouvoir d’une âme. Ne la sacrifie pas. »
« Eh bien… » Richard resta sans voix. Une prêtresse élue et un prince de l’Alliance auraient dû être les deux dernières personnes à l’empêcher d’offrir un sacrifice.
« Utilise-la toi-même », renchérit Agamemnon, qui était du même avis.
« Mais qu’est-ce que le pouvoir de l’âme ? » demanda Richard.
Cette fois, Nyris répondit : « Certaines âmes recèlent des facultés cachées qu’elles peuvent révéler avec le temps. Plus une âme est puissante, plus il est probable qu’elle dissimule un grand pouvoir. Si cette essence peut vraiment libérer le pouvoir d’une âme, alors elle est inestimable pour les personnes qui en sont capables. »
« Alors pourquoi ne vaut-elle que dix millions ? » demanda Richard à Agamemnon.
« Pour les personnes qui en sont capables », répéta Agamemnon, reprenant l’idée de Nyris.
Le prince acquiesça à son tour : « Très peu d’âmes ont réellement des pouvoirs à libérer. Si l’âme elle-même n’est pas assez puissante, on risque de l’utiliser pour rien. Ma propre âme n’est pas si puissante, pas plus que celle d’Ag. Ce serait risqué d’utiliser cette essence. »
« Alors, qu’est-ce qui vous fait croire que la mienne est assez puissante ? »
« La volonté de la forêt ! » « La lance spirituelle du troll ! »